‹ Nouveaux éléments de physiologie humaine (volume 2)Chapitre 88 sur 329 · Hématine · texte numérisé non relu

Hématine

Préparation . — Pr. d'Hoppe-i^eyler. Le sanfî défibriné est coagulé par l'alcool ; le caillot, broyé et lauiist', est mis à digérer au baiu-niarie avec de l'alcool faiblement acidulé par l'acide sulfurique. Ou ajoute du sel marin et il so dépose des cristaux de chlorhydrate d'hématine. — Pr. de Cazeneuve. Le sang est additionné de sulfate de soude en cristaux et coagulé par la chaleur; le caillot, exprimé, est trituré avec de l'alcool contenant un peu d'acide oxalique; Ihématinc dissoute dans l'alcool est précipité(; par l'ammoniaque. — Pr. de Sc/ialjew. Le sang défibriné est additionné de quatre volumes d'acide acétique glacial chautfé à 80". Les cristaux se déposent par le refroidissement.

Caractères. — L'hématine se présente sous l'aspect d'une poudre brun-rouge foncé ou noirâtre avec reflets métalliques. Elle est insoluble dans l'eau, l'alcool, l'éther et le chloroforme, solubU; dans l'alcool acidulé ou alcalinisé et dans les solutions aqueuses étendues d'alcalis ou d'ammoniaque. Les solutions alcalines sont rouges en couches épaisses, vertes par transparence; elles sont décolorées parle chlore et le permanganate de potasse. Elles |)récipiteut en brun par les sels de chaux et de baryte.

Caractères spectroscopiques. — En solution acide (tig. 28, 4), elle donne les mûmes raies que la méthémoglobine en solution acide (voir : p. *200). En solution alcaline elle présente une seule bande d'absorption correspondant à la raie D (fig. 28,5). Ceci permet de distinguer les deux substances ; il suffit d'alcaliniser la liqueur.

Propriétés chinaiques. — Elle peut être chauffée à 180" sans se décomposer; au delà, elle charbonne et brûle en dégageant de l'acide cyanhydrique. — Les réducteurs alcalins, sulfure ammonique, hydrosultite de soude, la transforment en hématine ri'duite ou hémochromogène. — L'acide sulfurique concentré la transforme en une substance dépourvue de fer, hématoporphyrhie : à l'abri de l'air, il donne une autre matière dépourvue aussi de fer, Vhématoline. L'acide chlorhydrique concentré la dédouble en hématoporphyrine et hématoline (Cazeneuve). — Elle donne des sels cristallisables avec un certain nombre d'acides; le plus inq)ortant est le chlorhydrate d'hématine ou hémine. — Avec le zinc et l'acide chlorhydrique, elle donne un certain nombre de combinaisons, dont la plus facile à obtenir est Y hexahydrohématoporpfiyrine (Nencki et Sieber).

Formule de l'hématine. — Hoppe-Seyler donne à l'hématine pour formule : C68H'OAz»Fe-iOio. Struve admet une fornude uii peu différente : C'OHG^AzSFe^O'o. Nencki et Sieber, d'après leurs recherches sur l'hémine, sont arrivés à une formvde plus simple : C32H32Az^FeO*, qui permet d'interpréter facilement certains faits de chimie physiolologique comme on le verra plus loin.

Dérivés de l'hématine. — J'étudierai successivement les principaux dérivés de l'hématine.

Hémochromogène ou hématine réduite {hématine rouge). — L'hémochromogène se forme, comme on l'a vu plus haut, en faisant agir les corps réducteurs sur l'hématine. Il se forme aussi sous l'influence des alcalis et des acides aux dépens de l'hémoglobine réduite ; celle-ci se dédouble en substance albuminoïde et hémochromogène comme l'oxyhémoglobine se dédouble en substance albuminoïde et hématine. — Ce corps est très difficile à isoler à cause de son affinité pour l'oxygène, et ne peut être examiné qu'en vases clos. — Ses solutions ont une couleur pourpre et présentent deux bandes d'absorption, l'une très forte, entre D et E, l'autre, beaucoup plus faible entre E et b (flg. 28, G). — En présence des acides concentrés l'hémochromogène perd son fer et se transforme en hématoporphyrine, fait mis en doute par Nencki et Sieber. — C'est l'hémochromogène qui colore en rouge les parties profondes des préparations anatomiques imprégnées de sang et conservées dans l'alcool ; à la surface au contraire, où elles possèdent une réaction acide, elles sont colorées en brun par l'hématine (Hoppe-Seyler).

Hémine. — L'hématine forme avec l'acide chlorhydrique une coaibinaison qui a une très grande importance en médecine lé-

gale, Vhémine de Teichmann, qui cristallise en lames rhomboédriques brun fonc(' (fig. 32), insolubles dans l'eau, à peine solubles dans l'alcool chaud et l'éther, solublcs dans la potasse. Pour voir ces cristaux, il suffit d'abandonner à l'évaporatioii spontanée, sur une lame de verre, quel-

ques gouttes d'eau rougies par le sang; Fig. :i2. — Cristaux d'hcmi.

on reprend le résidu par l'acide acétique

cristallisable, et on évapore à feu doux après avoir recouvert le tout d'une verre.

Nencki et Sieber sout arrivés à un résultat diffèi-ent sur la constitution de l'hémine. En analysant les cristaux do Toichmann, ils ont constaté qu'ils devaient être représentés par la formule suivante : C^-'H^oAz» FeO^,HC!, et ils appellent hémine le corps représenté par la formule Cs^H^OAziFeOa, corps qui se distingue de l'hématine C32H32AziF'eO^ par H20 en moins ; à ce point de vue ou peut donc considérer les cristaux de Teichmann comme un éther clilorhydrique d'hématine.

Hématoporphyrine. — L'hématoporphyrine se produit par l'action de l'acide sulfurique concentré sur l'hématine. Elle est dépourvue de fer. D'après Hoppe-Seyler, elle aurait pour formule Cfi»H"''Az»Oi-, et sa formation serait représentée par l'équation suivante :

C68H70Az8oioFe2 + 4SO''H2 + 0^ = G«8H70Az8O'0 (S04H-2)2 + 2FeS04 + 2H20

Hématine.

la combinaison sulfuriquc étant transformée en hématoporphyrine par un excès d'eau. Nencki et Sieber expriment la réaction de la façon suivante :

C32H32Az'>FeO'* + S0'*H2 + 0^ = C^^HsaAz'^O» + SO*Fe + H20

Hématine. Héniutoporphyriue.

11 faut cependant reconnaître que dans l'action de l'acide sulfurique concentré sur l'hématine la fixation d'eau est peu vraisemblable. — L'hématoporphyrine est une poudre très foncée, d'un bel éclat violet, peu soluble dans l'eau, plus soluble dans les acides, très soluble dans les alcalis. — Au spectroscope, en solution acide (fig. 28, 8), elle présente deux bandes d'absorption, l'une immédiatement à la gauche de D, l'autre entre D et E. En solution alcaline, elle présente quatre bandes (fig. 28, T) (1).

Hexahydrohématoporphyrine. — Traitée par l'amalgame de sodium, I hématopurphyrine donne un produit de réduction, l'hexahydrohématoporphyrine, substance brun-rouge, indistinctement cristalline, insoluble dans l'ammoniaque et les alcalis fixes, soluble dans l'alcool, et qui l'épond à la formule C''2Il38Az'»0"j. Hoppe-Seyler ne considère pas ce corps comme une substance pure.

Hématoline. — En traitant l'hématine, à l'abri de l'air, par l'acide sulfurique concentré, on obtient une substance noire, insoluble dans les acides et les alcalis, à laquelle Hoppe-Seyler attribue la formule C6«ir8AzSO'. Hématoïdine. — L'hèmatoïdine se reiicoutre dans les anciens foyers hémorrhagiques sous forme de cristaux microscopiques, constitués par des prismes obliques à base rhomboïdale de belle couleur rouge (fig. 33). Ces cristaux sont insolubles dans l'eau, l'acide acétique, la glycérine, les essences ; l'ammoniaque les dissout en prenant une teinte jaune amarante qui passe au jaune safran et au brun; la potasse et la soude les dissolvent moins facilement. Ils ne contiennent pas de fer. Leur formule serait identique à celle de la bilirubine, C'bH'SAz^OS (voir : i5//n'î/6me). D'après Robin et Riche, Fig. 33. — Cristaux au contraire, ils auraient pour formule, C'"H'8Az20".

cl' hématoïdine. V li&niatoïne de Rcyer, Y hcmatosinc de Paquelin et JoUy, sont

aussi des produits dépourvus de fer et dérivant de la matière colorante du sang, dérivés dont la composition n'est pas encore bien connue.

Cholohématine. — Mac Munn a obtenu par l'action de l'amalgame de sodium sur l'hématine une matière colorante, qu'il appelle cholohématine et qui se retrouverait souvent dans la bile de mouton et de bœuf. Cette substance présentci'ait au spectroscope quatre raies d'absorption caractéristiques.

Rôle physiologique. — L'hémaline n'existe pas dans l'organisme, pas plus que ses dérivés, à l'exception de l'hématoïdine, dont on ne connaît pas bien le mode de formation. Cependant l'hématine a une signification physiologique importante, parce que, comme on le verra plus loin, elle constitue un intermédiaire entre la matière colorante du sang et les matières colo-

(1) D'après Thudichum, la matière colorante du sang ne serait pas la seule origine de l'hématoporphyrine ; car il a rencontré cette dernière dans les téguments de la limace et de l'arion, qui ne contiennent pas d'hémoglobine.

PRINCIPES CONSTITUANTS DE L'ORGANISME. -'J>J

rantes de la bile et de l'urine. Cette question sera étudiée avec ces matières colorantes.

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§ 2. — llaticres colorantes de la bile.

La bile contient un certain nombre de matières colorantes dont les principales sont la bilirubine et la biliverdine. A ces matières colorantes se rattachent des produits dérivés qui se rencontrent aussi dans l'organisme dans certaines conditions; tels sont principalement la cholétéline, l'hydrobilirubine et quelques autres. La constitution de ces matières colorantes est inconnue jusqu'ici et on ignore à quel groupe chimique on doit les rattacher. Il est donc impossible de leur assigner des formules de structure, et il faut se contenter des formules brutes.

(1) A CONSULTER : Robin et Mercier : Mémoire sur l'hématoïdine (Gaz. médicale, 1855) ; Teichmann : Ueber das Hâmatin (Zeitschrift fiir ration. Med., t. V, 1856) ; G. G. Stokes : On the réduction and oxydation of the colouring matter of the blood (Philos. Magazine, 1864); F. Hoppe-Seyler : Ueber die optischen und chemischen EigeJischaflen des Blutfarbstoffes (Gentralblatt fiir die med. Wiss., 1864); W. Preyer : Die Blutkrystalle, 1870; Quinquaud : Sur un procédé de dosage de l'hémoglobine dans le sang (Comptes rendus, t. LXXVI, 1873); Id. : Sur les variations de l'hémoglobine dans les maladies [ibid.) ; K. Vierordt : Physiologische Spektralanalyse (Zeitschrift fur Biologie, t. XI, 1875); P. Cazeneuve : Recherches de chimie médicale sur l'hématine, 1876 ; A. Jeedcrholm : Unlers. uber den Blutfnrbstoff und seine Derivate (Zeit. fiir Biologie, t. XIII, 1877) ; G. Hufner : Ueber quantitative Spectralanalyse und ein neues Spectrophotometer (Journ. fiir prakt. Ghemie, 1877) ; F. Hoppe-Seyler : Weitere Mitteilungen uber die Eigenschaften des Blutfarbstoffes (Zeit. fur phys. Ghemie, t. I, 1877); L. .Malassez : Sur la richesse des globules rouges en hémoglobine (Comptes rendus, t. LXXXV, i877) ; Id. : Sur la richesse en hémoglobine des globules rouges du sang (Arch. do physiol., 1877).

PRINCIPES CONSTITUANTS DE L'ORGANISME. 20d Toutes ces substances dérivent en réalité de la bilirubine, qui est la matière colorante primitive et la première formée dans la bile. Klles en dérivent soil par oxydation, soit par réduction, comme le montre le tableau suivant :

Bilirubine CisH'SAz^Oa

Oxydation. Réduction.

Biliverdine C»«Hi8Az20* >-Hydiobilirubine

Bilicyauine 7^ ou Urobiline Ca^H'^OAz^OT

Bilipurpuriuo . . ? /

Cholétéline C

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