DE LA FORCE ET DU MOUVEMENT
La physiologie est la science de la vie.
Qu'est-ce que la vie? Avant d*en essayer une définition, avant de tracer les caractères essentiels des corps vivants et de montrer en quoi ils diffèrent des corps bruts, il me parait indispensable de résumer en quelques lignes les idées les plus généralement admises sur la constitution de la matière et des corps, et sur leurs manifestations. C'est de la physique pure; mais la physiologie est si étroitement liée aux sciences physico-chimiques que cette question est le préliminaire obligé d'un traité de physiologie, ressayerai ensuite de préciser co qu'il faut entendre par ce mot force si usité aujourd'hui et de montrer que la force n'est qu'un mode de mouvement, la physiologie une branche de la dynamique générale, et la vie elle-même une forme du mouvement universel.
Plusieurs hypothèses ont été faites sur la constitution de la matière. La plus plausible, celle qui répond le mieux à Tétat de la science, est l'hypothèse atomique. On peut la résumer ainsi : la matière se compose en dernière analyse d'atomes, c'est-à-dire de particules indivisibles, impénétrables, distantes les unes des
BB.VUNI8, Phys. 1
î rP.OLÉr.OMt.XES.
îkfiiTff^ et airi£?ant à distance U:? unes sur les antres de façon à
BiO'i.n<rr leurs mouTem^-uli? réciproques.
0;.> ;ïtome« sont de deux espèces et l'on admet deux espèces fU: ni;iîi*:rc : P la matière pondtrable, dont les atomes s'atlireot (::i Thï^on inverrc du carré de la distance (loi de lattractioD liniTrr^';!]*; de Newton-: 2"" une matière impond<-rable on éther, dont U •■• atomes se repoussent suivant une loi encore incooniK. >\ i rther «iTcc sa répulsion atomique n existait pas, les atome porid':r:ibl<;.s se trouveraient entraînés Tun vers l'autre par Tattracliori. et \f'. cosmos ne formerait pins qu'une masse coliéreute où tout mouvement, autrement dit tout phénomène, serait impossible.
(quelques esprits ont cependant poussé plus loin cette syntlièse ph;«iqiie. Ainsi Secclii, dans son livre : De F Unité des forets phyxifpiex, cherche à expliquer tous les phénomènes matériel* p;ir l'élli'T et par les mouvements de ses atomes. 11 n'y aurait plu"- dans ce cas qu'une seule espèce de matière, la matière impondcratiie ou élher dont les mouvements expliqueraient la chîiUur. la lumière, la gravitation, l'électricité, etc.
l)';iprès la théorie atomique les corps simples sont constitués de la r.'icon suivante : chaque atome matériel est entouré par une atmosphère d'atomes d'élher de densité décroissante à mesure qu'on s'éloHine du centre; c'est t ce petit ensemble d'atomes que iif.'dtcnhacher a donné le nom de dynamidcs. Les corps composés sont formés par des agrégations de dynamidcs ou moli" cuirs, plus ou moins complexes suivant le nombre de dynamides qui entn^nt dans une molécule.
Permanence d6 la matière. — Une des lois les mieux étîililirsMùla idiysiqnc moderne, et c'est à Lavoisicr que revient In gloin; île l'avoir le premier scientifiquement démontrée, c'est celle (le la permanence de la matière. Rien ne se crée, rien ne se perd; la matière ne peut pas plus sortir de rien que rentrer dans le néant; quand elle semble disparaître, elle ne fait que se. transformer, que changer d'état, que passer d'une combinaison Il une autre. La chimie scientifique quantitative a été créée le jour où cette loi a été formulée, et la nier, c'est rejeter dans le vîigue la chimie et toutes les sciences qui en dépendent.
Permanence de la force. — L'idée de force est inséparable de l'idée de matière, et, comme on le verra plus loin, nous ne les connaissons toutes deux que par le mouvement. De même que nous avons vu la quantité de matière rester invariable, nous sommes
de mouvemenL Mais si Ton considère non pins Tefliet, mais la nature de la force, les dlTergences commencent. Autant de systèmes, antut d'idées différentes, contraires même, comprises toutes soos cette étiquette banale de/orce. Dans le langage ordinaire ces confùsioat ont peu d'importance ; mais dans le langage scientifique, il n*jn eit plus de même : si un même mot correspond à des idées différentes, U confusion s*introduit peu à peu dans la science, et du langage eDe passe rapidement dans les idées ; la forme ricie le fond. L'histoire di mot force et des idées groupées sous ce mot est, sous ce rapport une des plus instructires. Entre la force à laquelle les spiritualistet donnent le nom de Dieu et « la masse matérielle animée de moiiu> ment ■ que le mattiématicien appelle aussi une force, quelle distance n*y a-t-il pas ?
C'est Leibnitz qui, en créant la «{yiiamt^t^e, introduisit dans la science l'idée de force; mais, au lieu d'en faire simplement une eau$t 4i tnouvement, il Toulut aller au delà des faits et en fit quelque chose de plus, t La force, dit A. Jacques dans son Introduction aux CEuvre» et « Leibnitz, est donc essentiellement simple et une, identique et inalté-
• rable, spirituelle, immatérielle. Partant elle est impérissable, parce ■ que cela seul qui est composé peut périr naturellement par la disao- « lution qui est la seule mort naturelle. La force ne commence donc
• que par création et ne peut finir que par annihilation, c*e8t-â-dire pir « miracle. »
Cherchons donc ce qu'il y a an fond de cette idée de force» et pour cela commençons par les forces dites physico-chimique$.
Soit, par exemple, l'attraction de deux corps l'un pour l'antre. Dans œ phénomène, dit d'attraction, qne trouvons-nous en l'analysant à fond ? Un mourement et pas autre chose. Mais l'esprit humain ne 8*est pai contenté de cette constatation pure et simple ; il a youIu l'étudier de plus près et, en analysant ce mouvement, il a trouvé trois choses : 1» un mouvement ; 2^ un mobile ou corps mû ; Z^ un moteur ou une cause de mouvement. Examinons de pins près ces trois choses :
\^ Un mouvement. C'est là en réalité la seule chose appréciable et indiscutable; c'est un fait de conscience; nous ne connaissons le mqnde extérieur et nous-mêmes qu'à Taide du mouvement, et cette idée de mouvement se réduit en dernière analyse à une succession de sensations, ex. : sensations musculaires, comme quand nous suivoni de l'œil un oiseau qui vole; sensations cutanées tactiles, comme quand un corps touche successivement des points diiférents de la peau, etc.
1^ Un mobile. S'il y a mouvement, quelque chose se meut; ce quélqw choie, on rappelle corps, objet matériel ; mais nous ne sommes déjà plus en présence d'un fait indiscutable comme tout à l'heure ; l'intelligence dépasse ici l'a limite des faits ; la preuve en est que ce quelque
ignorons ce qui Ta précédé et produit, ce qui en détermioe les condî* tions, mais pourquoi faire intervenir derrière cette attracUoa one foite attractive dont nous ne pouvons connaître en riec la nature et même Texisleuce. Si le mol : force attractive, ne signifie que la coDStatatioa d'un mouvement, il est inutile et superflu; 8*11 signifle quelque chose de plus, quelque chose de surajouté au mouvement, il est indëmootrà et indémontrable.
Cette idée de force n'est, en réalilé, qu'une forme d*anlhropomorphisme. Nous ne faisons plus du vent un Borée, de la mer Neptune, da soleil Apollon, mais, sans nous eu douter peut-être, uous faisons, ea adoptant des forces physiques, un raisonnement du même ordre quoique moins grossier et moins enfantin. Mous soulevons une pierre; nous bisons pour cela un certain mouvement; ce mouvement ji'accompagoe d*uoe sensation d'clTort plus ou moins considérable suivant le poids de la pierre; en outre, ce mouvement est précédé d'up acte intellectuel, il est volontaire; il y a là un fait de conscience au delà duquel d'antrei états de conscience, impressions, sensations. Jouent bien le rôle de prédécesseurs, voire même de causes déterminauteâ; mais Tacte Tolontaire du mouvement reste pour nous la chose essentielle, car lls*aocompague d'un certain cfl*ort. r^ous nous sentons la cause dn moave* ment, la force qui le produit. De là à l'idée de forces situées an dehors de nous et produisant tous les phénomènes qui nous entourent, il n'y avait qu'un pas et ce pas fut vile franchi.
• L'origine de la notion de force, dit Â. Jacques dans son in trod action, « c'est la conscience claire, immédiate, directe, que J'ai de moi-même « comme force ; l'homme , le moi, est avant tout une force, une force « libre, intelligeiite. éclairée, vis sui conscia, suipotens, êui motrix; « il le sait quand il agit, 11 le savait avant raction et ne cessera pas de « le savoir quand à l'action aura succédé le repos. Dans cette coo- « science immédiate et permanente de la force personnelle, Tesprit « humain puise Tidée de cause et il ne la puise que là; ailleurs, il ne « voit que des phénomènes, des produits, des effets; les causes eî Us •forces dans le monde, il les suppose et les y fait à f image ei sur te
• tiiodèle de la force qu'il est, sauf à leur retirer, éclairé par la nature « des effets, la liberté qu'il trouve en lui et l'intelligence qu'il s'aUri-
• bue, pour ne leur laisser que le caractère de forces aveugles et « fatales. •
£n résumé, on voit que l'idée de force a sa source en nous-mêmes et que c'est par un vice de raisonnement et de langage que de la force que nous sentons en nous et sur laquelle nous reviendrons plus tard, nous concluons à des forces naturelles existant dans les corps bruts.
Les forces physico- chimiques ne sont pas autre chose que des modes de mouvement; la corrélation des forces physiques ne consiste pas en autre chose qu'en des transformations de mouvement.
Donc les trois choses que Tesprit humain trouve dans les phénomènes
force vitale? Dans cette hfpothèsc, on se Leurfe de tons côtés illDpossibilité, au vague et à la contradiction.
Si de la force vitale végétative nous passons à la force Titale dei animaux, nous rencontrons la môme incertitude, et si nous Itissonide côté les phénomènes de conscience que nous éludiçroDS plus Joii, nous retrouvons les mêmes objections et les mômes difllcultés foe tout à Tbcure. L'admission d'une force ou de forces vitales ii*4<»te rien à nos connaissances; elle ne nous fuit pas faire un pas deploi; nous ne faisons ainsi qu'ajouter l'inconnaissable à riuconuu, rinexpli* cable à Tinexpliqué.
Les phénomènes nerveux eux-mêmes ne sont, en réalité, qae des phénomènes de mouvement. Lorsque vous pincez la patte d'une gRnouille décapitée et que cette patte se contracte, quelle explieattoi vient donner votre force vitale de cette succession de phénomèoeit
Nous arrivons aux phénomènes de conscience, à ces forces anxqneHes on a donné chez l'homme le nom û'dme, forces personnelles, indifiduelles, considérées en général comme absolumeut dîstinotes de h matière.
Ici nous marchons sur un terrain dangereux; l'équivoque régne es maltresse et il importe pour la clarté de la discussion de bien précisef les termes du problème, ce qui n'est pas chose facile.
Tant qu'il s'agit de l'âme humaine, il n'y a pas la moindre difficulté et l'école spiritualiste présente la plus complète unanimité. L*àme est une substance réelle, immatérielle, immortelle, une intelligence servie par des organes, suivant l'expression de de Bonald. Je laisse de côté les questions sur lesquelles les philosophes gardent un silence prudent, telles que l'origine de l'âme, l'époque de son apparition, son siège, son rôle dans les phénomènes d'hérédité, son existence dans certains monstres doubles, etc., etc. Je ne m'occuperai ici que de ses facultés, telles qu'elles sont admises par la généralité des psychologues. Mais une grande partie de ces facultés existent aussi chez l'animal et il n*y a plus aujourd'hui un seul philosophe qui osât soutenir sérieusement Tautomatisme dos bôles; il n'y aurait pas même lieu de cbcrcber A le convaincre, car il ne voudrait pas être convaincu; pour qui a observé les animaux sans parti pris, l'animal perçoit, se souvient, compare, hésite, juge, se décide^ en un mot il a de commun avec l'homme presque toutes, sinon toutes les opérations de l'esprit. On pourra, si Ton veut, lui refuser la généralisation, l'abstraction, mais qu'importe, s'il a une partie seulement, quelque minime qu'elle soit, des facultés qui, d'après l'école philosophique, sont l'apanage de l'esprit, d'un principe immatériel, d'une âme en un mot. Il ne peut y avoir de degré entre la matière et l'esprit. Ou la mémoire, le jugement, l'attention, sont des
ÎO î l:^Lt00M£5ES.
kr pn-uii^r. xion. et k pbéaoBèxie pandl d'os tout antre ordre. Cepaéuii uuhlTBOLt le pbèuui&êike de plus près et totous jn^a'oô M fnt iik-r.
Ja^qu'ai présent il nj t neh euXrt i icîe de rolooté et le mnitciHil <2u i^niE. L'un fceibbie précéder 2'abtre iEmédiatemeDU Ce£tÛBfl,ci «ff<;t que 1» ':b.i6e fie pAbM-n pour nn exJatnt ou un boame igwonaL I Miit qu il I Toulu an oiouTeuient et que ce BOUTemeiit s*est piodott; ToiUi tout. Mus qu'il mette par huard l'autre mais sur son bnia UKMQQeut où ce bras exécute le maaTemenL il eenlin Im chair dorar d se ;^LCer. et il en coitclura que le mouTement du bras s'aecompape d'un cban^oient dans les parties intérieures qui k composent, et sH îjiterrjyçe une perbonne plus instruite il apprendra que. dans son brai» il T a des muscles dont la contraction a prôdoit le moaTemeni dn bnt. Voila donc, interposé entre la Totonté et le BOUTement du bias^ on nos* Tel acte ^.out il u'arait pas conscience, une contraction moscolaîre fri cpiuble p<irtitilemiefd la lacune existant entre le mouTemenl da bias d la Tolouté. Il se passe donc en nous, dans la spbère de la Tokmté^ dci mouremeuts, même trés-grossiers, dont nous n'avons pas eonscinee à moins d'une obserration particulière. Mais ce n'est pas tout : le pkjsiolo^ëte intenrient, et par des expériences précises il rcconBalt quoi organe spécial, un nerf, se rend â ces muscles, et que ce nerf transmet aux muscles une excitation sans laquelle la contraction mnscnlaire ne se ferait pas, et que cette transmission s'accompagne de certains phénomènes qui indiquent un mouTemeut moléculaire. Voilà donc encore oa moufemeut, dont nons n'avions pas conscience, â ajoater à la série des mouTcments déjà mentionnés, et la lacune entre Texlension dn bras et la Tolonté se rétrécit de plus en plus. Ce nerf, d*antre part, abootit à on organe ou centre nerveux composé lui-même de plnsienrs organes; mais, pour simplifier, admettons seulement un centre moteur;. là se passe encore une modiflcation, un mouvement moléculaire qui détermine la transmission dans le nerf. Nous avons donc, si nous reprenons toute la série, la succession suivante :
1* Projection de la pierre;
2* Mouvement du bras;
3* Contraction musculaire;
4* Transmission nerveuse motrice ;
5« Modiflcation du centre nerveux moteur ;
(;• Volonté.
8i nous examinons quel est, par rapport à la conscience, le degré de connaiuable de chacun de ces actes, nous avons le résultat suivant :
1* Projection de la pierre, mouvement connu inunédiatcment par Tobscrvation la plus simple;
V^ Mouvement du bras, connu immédiatement par les sensations qui raccompagnent;
DE L\ FORCE ET DU MOUVEMEyi. Il
3* )louTemcDt musculaire, inconnu immédiatement, mais connu Ucilenieot par une obsenration grossière ;
4* Transmission nenreusc; ne peut être connue qu'à Taide d*une aalrse pbjsiolofique délicate;
5* Modiflcalion do centre nenreux moteur; ne peut être connue que pv une «oalyse plus délicate encore;
^ Toloutè, connue immédiatement, mais pas connue comme mourcaent
0 y a là quelque chose de singulier; nous trouTons en nous-mêmes quelque chose qui ne se réTéle pas à nous comme mourement, mais oosae cause de mouTement. Mais continuons notre analyse et reprenons la chose d*un autre côté.
QoclqQ'uD me lance une pierre; elle Tient frapper ma figure; j'éprouVe ane Tive dooleur au point flnppé ; de colère J'en ramasse une, et Je la lance à ta figure de mon adrersaire. Voyons brièTement quelle est la ioceessioa des phénomènes et leur degré de eonnaissabh :
t* Choc de la pierre contre un point déterminé de la peau, connu jBmedialemcnt par la sensation de douleur qui raccompagne;
V Transmission ncnreuse sensitive, mouTcment moléculaire d'un nerf KBsitif connu seulement par une analyse délicate;
3* Modification d*un centre nerfeux scnsitif connu seulement par QM analyse plus délicate encore ;
4* Sensation de douleur ) Sénn «TmIm de eoMeience coaDQt immé-
S* Colère > dieteflucBi, oMis son conoiu eomsM mou-
6» Volonté ) '«^««n**-
7* Modification du centre nerveux moteur, connue seulement par une ualy «e délicate ;
8* Transmission nenreuse motrice, idem;
9* Mouvement musculaire, connu par une analyse grossière ;
tu* Extension du bras I . ^,. .
11* Projection de la pierre. . . .)
Donc, dans cette série de phénomènes, entre la modification du centre ofrveux scnsitif (3») et celle du centre nerveux moteur (7«) se trouve interposée une série d'actes psychiques qui ne sont pas reconnus. Demi* par une analyse délicate, comme des phénomènes de mouvement, oiâu qui sont reconnus comme appartenant au moi, à ce même moi qui Hhi il qui veut. Mais, d'un autre celé, je remarque que les phénomènes de transmission nerveuse, qui sont incontestablement des modes de mouvement matériel, ne sont pas connus par la conscience, et qu'il faut une analyse Irès-rigoureuse et très-difficile pour les constater. J'en conclus qu'il se passe en dedans de nous, dans les centres nerveux en forticulier. des phénomènes de mouvement dont nous n'avons pas con- Ku&ce el qui n'en existent pourtant pas moins, et que ces phénomènes vie douleur de colère et de volonté, pourraient bien être aussi du même ordre, cl n'être autre chose.que des mouvements.
Ed outre, si ces phénomônes psychiques ne sont pas nu mouTenol malérjcl, que devient le mourement moléculaire dégagé dans le ealR nerveux scnsitif, et d'où vient Je mouvement- produit dans le coIr nerveux moteur? D*après la Joi de corrélation dite des forces pbyiiqui, le premier ne peut disparaître qu'en se trausformaDt, et le second, k pouvant être créé tx nihilo, ne peut être qu*onc transformation foi mouvement antérieur. N'y a-t-il donc pas lieu de supposer que ces pfa(nomènes psychiques ne sont qu'un mode de mouvement (mode tnrt particulier si Ton veut) provenant de la transrormation du mouvemeit moléculaire du centre sensitif et se transformant eu niouTement molfcculairc du centre moteur? Ce qui donne plus de poids à cette hvpothèse, c'est que lorsque ces phéuomèncs sont portés à un degré trâipuissaut, exemple : la colère, on sent en soi quelque chose qu'on « peut comparer qu'à un mouvement ; la colère me monte à la iéte, dit-M quelquefois, et ce langage n'est peut-être pas si figuré qu'il en a Fait
Enfin tous ces actes psychiques supposent des organes nenem. organes dont ractivilé n'est qu'un mode de mouTcment. Qocl beioii alors de surajouter à ces organes une force distincte et spéciale qui M peut entrer en action sans eux? La liaison qui existe entre ceitaiu organes nerveux et des actes que nous ne reconnaissons comoie phènomènes de mouvement que par une analyse très-délicate, ne dom autorlse-t-cllc pas à croire que la même liaison existe entre la Tolonlè et certains centres nerveux, et qu'il n'y a là qu'un mouvement molècslaire dont nous n'avons pas conscience. H est évident que la preuve absolue ne sera faite que le jour où la volonté, la mémoire, le jugement, etc., où tous les actes psychiques simples auront été scicutiOqoement rapportés à un centre nerveux et à un mouvement moléculaire, comme la transmission nerveuse est rapportée à un mouyement molécih laire d'un cordon nerveux; mais jusque-là n'y a-t-11 pas au moins nue très-forte présomption en faveur de cette hypothèse, et la science ae marche-t-clle pas de plus en plus dans cette voie?
Le reproche essentiel qu'on peut faire à l'hypothèse de la production matérielle de la pensée, c'est que certains faits ne sont pas encore prouvés, que beaucoup sont encore inexpliqués et inexplicables. (Test vrai; mais n'en est-il pas de même de l'hypothèse contraire? Et de plus, dans l'admission d'une force pensante, les difficultés, an lieu d*èlie résolues, augmentent.
Nous avons vu tout à l'heure que si l'on admet cette force, cette àme pensante chez l'homme, il faut l'admettre aussi chez l'auimal. Mais oo cela conduit-il? Ces forces, ces âmes animales, concevables à la rigueur pour les animaux les plus rapprochés de l'espèce humaine, que deviennent-elles chez les animaux inférieurs? Où fera-t-on Unir Tautomatismc et commencer la volonté? A quel degré s'arrétera-t-oii dans la série? Est-ce qu'un mollusque n'a pas des sensations, des mouvements volontaires, des souvenirs, des comparaisons? Que sera l'âme des polypes
14 PROLEGOMËNES.
dans les limites de ce lirre. Qu'il me suffise de dire que, pour mt part, croyant a l'origine matérielle de la pensée, c*est à cet ensembte de qualités morales que je rêsenrerais le nom é'dme, ezcluslTemeot attribuée alors à Thomme, sans méconnaître cependant iea objections sérieuses auxquelles cette solution peut donner lieu, et qui seraient ei grande partie les mêmes que celles énoncées précédemment, mais aiec moins de force et d'autorité.
Bn résumé, nous nous trouTons en face de deux grandes doctrinei opposées :
i^ La doctrine dualiste qui admet Texistence simultanée de la matière et de la force, forces personnelles ou impersonnelles ;
2° La doctrine unicUte, ou mieux unitaire, qui n'admet qu'une seak chose : les uns des forces, les autres la matière ; les deux, en réalité, se réduisent, pour nous, au mouTement.
Entre le dualisme et l'unicisme, le choix ne nous parait pas douteux en ce qui concerne les phénomènes physiques et vitaux: dans les deux cas» il n'y a que du mouvement. Le doute peut exister pour les plitoomènes psychiques, mais ils nous paraissent être aussi réductibles as mouvement chez l'homme comme chez les animaux. Enfin, pour les phénomènes moraux, pour la cause première du mouvement, la science, Jusqu'à nouvel ordre, ne peut que rester dans la réserve ; c*est une a£bire de croyance : l'existence de l'âme morale, l'existence de Dieu, ne sont susceptibles ni de démonstration ni de réfutation rigoureuse.
Nous arrivons donc à cette conclusion que, dans les sciences physiques et physiologiques, l'admission de forces distinctes est inntÛe et ne fait qu'embarrasser le langage scientiûque. Tout les phénamèneê pu Fesprit humain peut comprendre sont des phénomènes de nutuvemmU, et la force ne peut être admise que pour les phénomènes qui dépassent les bornes de notre intelligence ; phénomènes de moralité dansleseis indiqué plus haut et cause première, quelle qu'elle soit, du mouvement; mais tout ce qui dépasse notre intelligence, âme et Dieu, étant en dehon de la science, ne doit pas nous occuper ici. En restant dans les limites de la science, il n'y a que du mouvement.
Le mouvement, dans ses différentes manifestations, physiques, vitales et (pour nous du moins) psychiques, constitue le champ commun de toutes les sciences ; mais il doit aussi être étudié en lui-même et dans ses caractères essentiels, indépendamment de ses diflérents modes.
La première question qui se présente est celle du repos et do mouvement. Ce passage du repos au mouvement et du mouvement au repos est une des questions qui ont occupé longtemps les philosophes, et forme encore aujourd'hui une des pierres d'achoppement de la métaphysique moderne.
Voici comment l'expose Herbert Spencer :
« Nous voilà encore en face de la vieille énigme du mouvement et
18 PUOLÉfiOMENES.
La molécule organique, surtout dans les composés quaternaires, possède une très-grande complexité. Il n*y a, pour s'en rendre compte, qu'à jeter les yeux sur les formules des albuminoïdes.
Les corps vivants contiennent une très-forte proportion de colloïdes; colloïdes que Graham appelait état dynamique de la matière, et qui se laissent traverser par Teau, Toxygène et les cristalloïdcs. Cet état colloïde n est pas spécial, il est vrai, à h matière organique, puisqu'il se présente dans la silice et le peroxyde de fer, par exemple, mais il faut remarquer que ces deux corps entrent précisément dans la constitution de beaucoup d'organismes vivants.
La substance des corps vivants est hétérogène ; qu'on prenue l'organisme le plus inférieur ou l'élément le plus petit d'un organisme, on le trouvera toujours constitué par l'assemblage d'eau, de colloïdes et de cristalloïdes, assemblage fait dans certaines proportions et avec un arrangement défini.
Les organismes vivants sont continuellement le siège d'une succession de décompositions et de recompositions {tourbiliùn vital de Cuvier). Ces décompositions et recompositions successives ont .pour condition une rénovation incessante des molécules de l'organisme ; une partie des molécules décomposées est remplacée par des molécules venant de l'extérieur ; la matière brute devient matière vivante et la matière vivante devient matière brute ; il y a un perpétuel échange entre l'organique et l'inorganique ; c'est là ce qu'on a appelé la circulation de la matière. Le mode môme par lequel ces molécules nouvelles pénètrent dans l'organisme fournit encore un caractère distinctif ; tandis que, dans un cristal, par exemple, les molécules nouvelles ne font que s'appliquer sur la surface du cristal déjà formé, dans les corps vivants elles pénètrent dans l'intimité môme de Forganisme, entre (et non pas sur) les molécules déjà existantes; c'est ce qu'on a exprimé en disant que les corps vivants s'accroissaient par intussusception, les corps bruts par apposition.
Ici se présente une question. Les quantités relatives de matière brute et de matière vivante sont-elles invariables? Ou bien la quantité de matière vivante augmente-t-elle indéfîniment aux dépens de la matière brute ? Il est évident qu'à partir de la première apparition de la vie sur le globe, la quantité de la matière vivante s'est accrue graduellement; mais cet accroissement s'est-
•i vli.vXENES.
rt'strcirite? dan* îe cocr? ce f-'.'is ^xi«!eDce. An déboL, cette forint type e^t toujours ou prerf-Tc^ îC'Cji'Crs ]a forme sphérique; puis, peu a peu le type J'T^.'I-t^ t .'Z'TZku^me *e caractérise et se àesâ» dans le cour« de foa orVr.iiî'riEeDt Cette forme sphérique» retrouve noa-««u;einerit «o d-.iLt de 2a lie d'un orgaDisme, mais aussi dans la plupart des eîcZDeats primitifs dont se compose cet organisme.
Évolntion des corps Tivants. — L 'éToloiion des corps vivants est deUrminie : ils col ua commencement, une existenct une lin : ils parcourent dv< phases defioies qui se succèdent régulièrement et dans un certain r'rdre: un cristal, un compo^ chimique instable, pourraient fieut-étre, sous ce rapport, en comparés à un organisme vivant : mais ils s'en distinguent par l'absence d'usure et de rèparaiion. par la fixité de leurs molécsles f>endant la dorée de leur évolution.
Les êtres vivants ont une individualité propre ; ils constitoetf des individus indépendants ou des agrégations d'individus dont 4 haquo membre jouit d'une certaine indépendance vis-à-vis ds tout : mais ce caractère n'e.M pas absolu et disparaît presque dam certaines classes d'animaux et de plantes pour faire place à noe solidarité intime.
Tous les organismes vivants naissent d'un germe ou d*un parent antérieur doué de vie. et comme corrélatif un de leurs o ractères essentiels est l'aptitude à reproduire des êtres plus ot moins semblables au générateur, ou. pour exprimer la même pensée sous une forme plus générale, la possibilité, pour despa^ ties détachées du tout, de vivre d'une existence indépendante. Ce n'est pas ici le lieu de discuter la question si controversée de la génération spontanée : elle trouvera sa place dans un autre diapitre.
Les élrcs vivants forment donc une série continue et on peut remonter ainsi d'être en être jusqu'à l'apparition de la vie sur la surface du globe. Une autre conséquence de cette propriété géoé* raie de reproduction, c'est que les produits possèdent des cara^ turcs (en plus ou moins grand nombre) semblables à ceux de leurs ascendants, soit directs, soit dans la série ; c*est là ce qui constitue ïliérédité. Ces caractères héréditaires apparaissent, les uns dès la naissance de l'organisme (caractères dits à tort tnnes, inni'ité), les autres pendant le cours de révolution de Torganisme (hérédité proprement dite).
24 PROLEGOMENES.
n'aura qu*à se reporter aux caractères essentiels des êtres Tiranb. caractères qui ont été donnés plus haut, pour voir par quoi pécheat ces déûnitions. ,
Aristote : La Tie est renscmbic des opérations de nutrition, de croiisauce et de destruction (^^viv Si Aty^t tyjv t^em^v xot aZ^i/yro ai
Lamarck : La Yie, dans les parties d'un corps qui la possède, est cet état de choses qui y permet les mouYcments organiques, et ces moo- Ycments qui constituent la vie active résultent d'une cause stimnlante qui les excite.
BiciiAT : La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la moit.
RicHERANo : La vie est une collection de phénomènes qui se snceè* dent pendant un temps limité dans un corps organisé.
LoiiDAT : La vie est ralliancc temporaire du sens intime et de Tigrëgat matériel, alliance cimentée par un fvojsuov ou cause de mouTeffleu dont l'essence est inconnue. Cette définition ne s'applique qn'i l'homme.
BtcLARD : La vie est 1 organisation en action.
DcuKS : La vie est l'activité spéciale des corps organisés.
Trëviranus : La vie est l'uniformité constante des phèçomèocs iTec la diversité des iuQuenccs extérieures.
V. BÉRARD : La vie est la manière d'exister des êtres organisés.
De Blainville : La vie est le double mouvement interne de coai[M>silion et de décomposition, à la fois général et continu.
Ch. Rodin : La vie est la manifestation des propriétés inhérentes et spéciales à la substance organisée seulement. Et ailleurs : Oo donne le nom ^'organisation à cet état de dissolution et d*union complexe que présentent les matières demi-solides, quelquefois liquider ou solides, formées de principes^ immédiats d'ordres divers çt provenant d*un être qui a eu ou a une existence séparée. (Diclionnairt àe médecine.)
LiTTRÉ: La vie est l'état d'activité de la substance organisée. {Dictionnaire.)
H. Lewes : La vie est une série de changements définis et successif'. 8 la fois de structure et de composition, qui se présentent chez un individu sans détruire son identité.
Herbert Spencer : La vie est la combinaison définie de changements hétérogènes, à la fois simultanés et successifs, en corrélation avec les coexistences et les successions extérieures {in correspondence wilh externat co-existences and séquences) , ou plus briôvement: la vie est Tadaptation continuelle des relations internes aux rclatious extornes.
Kuss : La vie est tout ce que ne peuvent expliquer ni la physique ni la chimie.
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