‹ Nouveaux éléments de physiologie humaine (volume 3)Chapitre 46 sur 126 · BILE · texte numérisé non relu

BILE

Procédés pour recaeillir la bile. — La bile peut être recueillie dans la vésicule bfllaire après la mort de l'hoïnme (suppliciés) on de ranimai. Mais pour avoir la bile tout à fait pure, il faut la recueillir pendant la vie, immédiatement après sa sortie du canal hépatique et sans lui laisser le temps de séjourner dans la vésicule. G*est dans ce but qu'où pratique des fistules biliaires artificielles (Schwann). — Procédés opéraMrei. 1° Chez le chien, — L'anhnal doit être à Jeun; on incise rabdomen; on place deux ligatures sur le canal cholédoque. Tune après son abouche*. ment avec le canal cystique, Tautre près de Tintestin, et l'on incise U partie intermédiaire pour éviter le rétablissement du canaL On fixe ensuite le fond de la vésicule biliaire à la. paroi abdominale, afin que les adhérences s^établissent; oif incise alors le fond de la vésicule et oq place une canule pour recueillir la bile qui s*écoule. Les chiens peuvent survivre très-longtemps à Topération. Le procédé est a peu près le même chez le chat, le lapin, le cabiai, le porc, le mouton, etc.; mais ces animaux survivent plus difficilement; les câblais meurent en général au bout de vingt-quatre heures. — 2° Chez le cheval, qui n*a pas de vésicule biliaire, il faut placer directement la canule dans le canal cholédoque ou dans le canal hépatique (Colin). Du reste, on peut aussi, chez les autres animaux, placer la canule dans le canal cholédoque au lieu de la placer dans la vésicule biliaire incisée. — 3^ Fistules amphiboles du canal cholédoque. — On fait une fistule duodénale et on passe par le duodénum, dans le canal cholédoque, une canule pourvue de deux ouvertures, une ouverture terminale qui déverse la bile à Textérieur et

LlOl'lDES DU CORPS HUMAIN.

une ouTcrtnre latérale qui donne dans le duodénum ; suivant que Ton boucbe Tune oa Tautrc des ouvertures, la bile se rend à rcxtéricur ou se jette dans le duodénum (Schiff). — 4'* Chez Vhomme, on a pu recueillir de la bile, sur le vivant, dans des cas de flstule des conduits biliaires ou de la vésicule.

La bile est sécrétée par le foie. La bile fraîche est un liquide îaune rougcâtre chez rhomme et les carnivores , vert chez les herbivores, d'une saveur amère avec un arrière-goût fade et douceâtre; d'une odeur spéciale. Sa densité est de 1,026 à 1,030. Sa réaction est neutre. Dans la vésicule, elle se concentre et se fonce en passant au vert et devient filante, de fluide qu'elle était auparavant; elle contient alors du mucus de la vésicule biliaire et des cellules épithéliales; sa réaction est faiblement alcaline chez les herbivores, acide chez les carnivores (Cl. Bernard). Elle se diitsout presque en entier dans Teau, en donnant une liqueur mousseuse. Â l'air sa couleur verte se prononce de plus en plus. Dissoute dans l'acide sulfurique concentré, elle présente une forte fluorescence : elle est rouge foncé à la lumière transmise, Terte à la lumière réfléchie.

La quantité de bile sécrétée en vingt-quatre heures est plus considérable chez les herbivores que chez les carnivores; tandis que le chien n'en sécrète que le cinquantième de son poids, le hpin en sécrète le huitième, le cabiai encore plus. Cette quantité s'apprécie par l'écoulement qui se produit chez les animaux porteurs de fistules biliaires; mais, s'il est possible d^avoir ainsi avec assez d'exactitude les proportions relatives de bile sécrétée diei les difl'érents animaux, il est impossible d'en avoir la quantité absolue. En effet, SchifT a montré que la résorption de la bile dans l'intesUn augmente la sécrétion et que la quantité de bile sécrétée diminue chez les animaux porteurs de fistule biliaire.

Ces réserves faites, on peut évaluer la quantité de bile produite en vingt-quatre heures, chez l'homme, à un kilogramme environ. On a, pour les dilTérents animaux, les chiffres suivants en vingt-quatre heures, par kilogramme du poids du corps :

grammes.

Homme. . .

Chat. . . .

Chien . . .

Veau. . . .

Lapin . . .

Cabiai. . .

Beau2«u, Phys.

Composition chimique de la bile. — La bile possède en moyenne, pour 1,000 parties, 862 parties d'eau et 138 de principes solides qui consistent surtout en acides biliaires (82 p. 1,000), cholestérine (26 p. 1,000), matière colorante (22 p. 1,000) et sels (8 p. 1,000). La bile renferme en outre des gaz.

1° Acides biliaires. — Si on évapore la bile, il reste un résidu solide, soluble dans l'alcool absolu, et donnant par Téther un précipité résineux (résine biliaire) qui cristallise peu à peu. Pour avoir ces cristaux tout à fait purs (bile cristallisée), on évapore la bile au quart de son volume, ou ajoute un excès de charbon animal qui enlève la matière coloranta; on dessèche cette bouillie noire à 100°, et on la traite par l'alcool absolu. L'éther donne alors un précipité cristallisé d'aiguilles soyeuses, très-soluble dans l'eau et d'une saveur fortement amère; chauffée faiblement avec l'acide sulfurique concentré, cette bile cristallisée devient résineuse et se dissout en donnant un liquide fluorescent jaune et vert. Elle présente la réaction de Pettenkofer. Les solutions de bile cristallisée précipitent par l'acétate de plomb neutre et l'acétate de plomb basique; ces précipités sont les sels de plomb des acides biliaires.

Les deux acides biliaires sont l'acide glycocholique et Tacide taurocholique, tous deux azotés; ils sont unis à la soude.

L'acide glycocholique se rencontre en très-petite quantité dans la bile humaine et manque tout à fait dans celle des carnivores; il est très-abondant, au contraire, dans ceUe des herbivores. On l'obtient en précipitant une solution aqueuse de bile cristallisée par l'acide sulfurique étendu.

L'acide taurocholique contient du soufre; il se trouve surtout dans la bile des carnivores et constitue la plus grande partie des acides biliaires chez l'homme. A l'état f^ais, la bile ne contient aucun des dérivés de ces deux acides (acide cholalique, glycocolle, taurine).

On a constaté dans la bile la présence d'autres matières azotées, mais en très-faible quantité : lécithine, neurine, urée (bile de bœuf); d'après Cyon, l'urée se formerait dans le sang auquel on fait traverser artificiellement le foie.

2** Matières colorantes. — Les matières colorantes de la bile fraîche sont la bilirubine et la biliverdine. La bilirubine s'extrait de la bile fraîche un peu acidulée en l'agitant avec du chloroforme; le liquide inférieur se colore en jaune, tandis que le

132 CHIMIE PHVSIOLOGIOUE.

3° On dose les mallërcs minérales en calcinant le résidu de l'éTaporatioo. La différence donne le poids des matières organiques.

1° On dose les acides biliaires en Évaporant nne certaine quantité de bile; lé résidu est repris par l'alcool IréS'rort, Ëvaporé an quart et prëclplié par rëilicr; le précipite est desséche et pesé.

a° L'acide taurocliollque est dosé par la quantité de soufre qa'il contient, La dilTërence entre le poids de laurocliolatc et le poids des deul sels donne le poids du glycocolate.

G° Pour doser la graisse et la cliolcstéTlne, on évapore A siccilé la solution éthérëc ; on dissout Us sels par des lavages à l'eaa, et on pèse le résidu desséctié.

7° l'our doser séparément la cboleslérinc, ou Tait bouillir t'eilTait élliéré avec une soluiioo alcoolique de soude, qui s'empare des corps gras; on cbasse l'eicès d'alcool par l'ëbullition, el on reprend par l'élber; l'évaporation donne le poids de la cholestérïae. La différcDce des deux poids donne le poids des matières grasscS. [Voir, pour plasde détails : Hitter, Manuel de chimie pratique.)

Le tableau guivant représente la moyenDC de plusieurs ana^ lyges de bile bumaine, par Frerictis et Gorup-Besanez :

Eau 862 p. 1,000

l'arlles solide» , ....... J38 ~

Sels d'acides biliaires 62 —

Matière colorante 22 —

Chelestérine 2G —

Sels minéraux 8 —

D'après Flint, la quanlitë ùe cholestérine serait seuiemeDl de 16 p. 1,000.

Les cendres de la bile de la vësiculo, cbez le bœur, ont donné les chiffres suivaDts, pour 100 pailiea :

Soude 3C,73 p. 100

Cblorure de sodium 27, TO —

Acide carbonique 11,26 —

Acide phospboriqae 10,45 —

Acide sulfurique 6,39 —

l'otasfc 4,80 —

Chaux 1,43

UiBDésie 0,53 —

Silice 0,36 —

Oivde de fer. 0.23 —

Oxfds de manganèse 0,13 —

serait à la fois acide et alcalin; il bleuit le papier de tournesol rouge, et rougit le papier bleu; il aurait ce qu'on appeUela réaction amphotère ; l'acidité peut tenir soit au phosphate acide de soude, soit à Tacide lactique. Le lait contient en suspension des globules graisseux, globules du lait, qui lui donnent son opacité et constituent par conséquent une véritable émulsion. La quantité de lait sécrétée par jour est très- variable; d'après Lampérierre, elle serait en moyenne de 1,350 grammes, c'est-à-dire environ 22 grammes par kilogramme de poids du corps. Cette sécrétion commence à la fin de la grossesse et dure environ sept à dix mois (période de la lactation). Le lait sécrété pendant la grossesse et les premiers jours après l'accouchement a reçu le nom de coloslrum.

Composition du lait. — Le lait possède en moyenne 110 à 130 parties de principes solides pour 1,000. Ces principes solides consistent en matières azotées, matières grasses, sucre de lait et sels minéraux; le lait contient en outre des gaz.

1° La plus importante des matières azotées est la caséine; c'est elle qui donne cette pellicule qui se forme sur lelaitparrébullition et qui se précipite dans la coagulation du lait, soit spontanée, soit par les acides. On y rencontre en outre une petite quantité de substance albuminoïde, lactoprotéine de Millon et Gommaille. Béchamp a trouvé dans le lait trois substances albuminoïdes distinctes. Le lait contient environ 28 pour 1,'000 de caséine.

2° Les matières grasses forment les 35 millièmes du lait, dont elles constituent la crème et le beurre, et consistent en palnûtine, stéarine et oléine, avec quelques traces de glycérides d'acides gras volatils. Cette graisse se trouve dans le lait sous forme de globules. Les globules du lait sont sphériques, fortement réfringents, d'une grosseur variant depuis une petitesse incommensurable jusqu'à un diamètre de 0"",025; leur densité est moindre que celle du lait; la densité des gros globules est plus faible que celle des petits; aussi montent-ils les premiers à la surface (crème). Les globules sont constitués par une gouttelette de graisse entourée d'une membrane albuminoïde (caséine ou reste du protoplasma des cellules glandulaires). Aussi, si l'on agite du lait avec l'éther, la présence d'une membrane d'enveloppe s'oppose à ce que l'éther dissolve la matière grasse, et le lait conserve son aspect d'émulsion; mais si on traite auparavant le lait par la

2<» L*eau est dosée par révaporation d'une quantité donnée pesée du résidu.

3o La matière grasse peut être dosée par différents pro

a) On peut mesurer dans une éprouvette graduée ou crém

hauteur de la couche de crème qui se forme spontanément ap

tion d'une petite quantité de carbonate acide de sodium. —

procédé de E. Marchand, par le lactobutyromètre^ on extrait li

Taide d'un mélange d'alcool et d'éther. — c) Le procédé

(lactoscopc), perfectionné par À. Vogel, est basé sur Tappré

Topacité du lait et la diminution d'opacité qu'il éprouve par

d'une quantité donnée d'eau. — d) Pour la doser exact<

reprend par l'éther le résidu de l'éTaporation dans l'opérati

dente (%% et l'évaporation de l'éther donne le poids de j grasse.

4<» Le sucre de lait est dosé par la liqueur de Barreswill polarimètre.

5» Les substances minérales sont dosées par l'incinération connu de lait.

6* La caséine est dosée par différence. (Pour les détails, TOir de chimie.) •

Voici des analyses comparatives du lait de femme et du i par différents auteurs :

liAXT. COLOSTSUM (

P»., 1,000 ,««... F,. SlmTn. ««'.Zf.'/ '^T.™':"'!

Eau 883,6 889,08 858,00

Parties solides. ... 116,4 110,92 142,00

Caséine 34,8 39,24 —

Albumine — — 80,00

Beurre 25,3 26,66 30,00

Sucre de lait 48,2 43,64 43,00

Sels minéraux. ... 2,3 1,38 5,40 Non

L'analyse des cendres par Wildenstein donne, pour 10

Chlorure de sodium . . . . 10,73

Chlorure de potassium . . . 26,33

Potasse 21,44

Chaux 18,78

Magnésie 0,87

Acide phosphorique. . . . 19,00

Acide sulfurique (*) . . . . 2,64

C) Cet acide sulAxrique provient du soufre des matières album

et une augmentation du sucre de lait; la quantité de beurre serait plus forte de 15 à 20 ans et diminuerait ensuite. — b) Canstitution. Les recherches sont encore trop peu nombreuses sur ce sujet et elles se contredisent sur plusieurs points; Lhéritier a trouvé le lait des brunes plus riche en principes solides, graisse, beurre et sucre; mais Becquerel et Vernois n*ont pas retrouvé ces différences. — c) Race. Le lait des animaux de race pure paraît plus abondant. 11 semble y avoir aussi à ce point de vue une sorte d'antagonisme entre les divers principes du lait; les laits riches en caséine sont pauvres en beurre, et inversement; le même antagonisme se retrouve souvent dans le lait de femme.

S*' Variations fonctionnelles. — a) Alimentation. Une nourriture substantielle augmente la quantité de lait; les boissons ont le même feffet. Une nourriture exclusivement animale augmente la proportion de graisse ou lait, un peu celle de la caséine, et diminue celle du sucre, sans cependant rabaisser autant qu*0Q le croyait (Subotin). Une nourriture végétale diminue sa quantité, fait baisser la caséine et le beurre et accroît la proportion de sucre de lait : une alimentation très-riche en graisse n'augmente pas la quantité de beurre et, si eUe est portée trop loin, elle diminue et peut même supprimer tout à fait la sécrétion lactée. — b) Époque de la sécrétion. Au début de la période de la lactation, le lait a des caractères particuliers et a reçu le nom de colostrum. Le colostrum est très-alcalin, d'une coloration jaune, puis blanchâtre (le quatrième jour); il renferme de l'albumine qui se coagule par la chaleur, très-peu de caséine, un excès de beurre et de sucre; il contient, outre quelques globules graisseux, des éléments particuliers, globules de colostrum, de ©"^jOlS à 0"",04 de diamètre, formés par des globules de graisse enfermés dans une enveloppe et qui proviennent des cellules glandulaires. Quelques jours après l'accouchement, le lait acquiert ses propriétés normales; les globules du colostrum dïisparaissent dans les huit premiers jours. Le lait n'a pas du reste la même composition pendant toute la période de la lactation; la caséine et le beurre augmentent jusqu'au deuxième mois et diminuent, la première à partir du dixième mois, le second à partir du cinquième ou du sixième; le sucre dimintie dans le premier mois et augmente à partir du huitième; enfin les sels augmentent dans les cinq premiers mois et diminuent ensuite progressivement. Le

Si on range ces difTérents laits d'après leur richesse on a le tableau suivant :

Eau.

Albuminates.

Beurre.

Suere de lait et tels.

Jument.. 828,37 Jameot..

Brebis.. 839,89 Ânesse..

Vache.*.. 857,05 Femme..

Chèvre.. 863,58 Chèvre..

Femme. . 889,08 Brebis . .

Ânesse.. 910,24 Vache...

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