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LES VEGETAUX ET LES ANIMAUX

mal l'assimilation est beaucoup moins complexe, puisqu'il utilise des matériaux (albuminoïdes, graisse, amidon) déjà transformés par la plante et qui n'ont guère plus à subir qu'un simple virement physiologique plutôt qu'une préparation réelle (').

La désassimilation au contraire, liée au dégagement de forces vives, est une usure des matériaux de l'organisme, dont les deux termes extrêmes sont,, d'une part, une introduction d'oxygène, et d'autre part une élimination d'acide carbonique, de vapeur d'eau et de substances de déchet ; c'est ce qui constitue la respiration (introduction d'oxygène et élimination d'acide carbonique) et l'excrétion. Ce processas, inverse du processus d'assimilation, se présente avec bien plus d'intensité chez l'animal, mais il n'en existe pas moins chez la plante ; ainsi toutes les parties, vertes ou non du végétal, absorbent de l'oxygène et éliminent de l'acide carbonique aussi bien à la lumière qu'à l'obscurité, c\,\ii respiration végétale est identique à la respiration animale; mais dans les végétaux, la respiration (introduction d'oxygène et élimination d'acide carbonique) est inférieure à l'assimilation (introduction d'acide carbonique et dégagement d'oxygène), de sorte que l'effet total est une absorption d'acide carbonique et un dégagement d'oxygène, et, à ce point de vue, on peut dire qu'il y a antagonisme entre la plante et l'animal. En effet:

La plante absorbe de l'eau, de l'acide carbonique et de l'ammoniaque ;

— élimine de l'oxygène ;

— épure l'air, appauvrit le sol ;

— est un appareil de réduction.

Vanimal absorbe de l'oxygène ;

— élimine de l'eau, de l'acide carbonique et de l'am-

moniaque (urée) ;

— vicie l'air, enrichit le sol ;

— est un appareil d'oxydation.

Les principes nécessaires à la vie de la plante (eau, acide carbonique, ammoniaque) sont précisément ceux que l'animal élimine comme dernier terme de la désassimilation,*et il y a donc entre le sol et l'air, la plante et l'animal, une corrélation et une solidarité intimes qui se traduisent par des échanges continuels,

(') Les plantes sans chlorophylle, comme les champignons, sont en général parasites et assimilent comme des animaux.

28 PROLEGOME^'ES.

par une véritable circulation matérielle. C'est cette action combinée de la plante et de l'animal qui mamtient la constance delà quantité d'acide carbonique de l'air. La vie végétale et la vie animale sont fonctions l'une de l'autre.

La proportion relative de matière végétale et de matière animale reste-t-elle constante ? A l'origine, il n'en a pas été ainsi; à l'époque où l'atmosphère terrestre était surchargée d'acide carbonique, la vie végétale était seule possible ; puis, quand la vie animale a fait son apparition, les deux quantités ont, la première décru, la deuxième augmenté, jusqu'à un moment où les deux quantités sont probablement devenues stationnaires, de façon à amener l'équilibre qui existe aujourd'hui, équilibre qui, du reste, peut être troublé à chaque instant et dont il est diflicile d'aflirmer le maintien.

Le dégagement de forces vives est beaucoup moins intense dans la plante que dans l'animal et ne se laisse constater chez la première qu'à certaines phases de son existence (chaleur dans la germination et dans la floraison) et dans certains cas spéciaux (mouvements de la sensitive, par exemple). Les plantes transforment plutôt des forces vives (chaleur et lumière solaire) en forces de tension, les animaux des forces de tension en forces vives.

L'organisation végétale est moins compliquée, la division du travail physiologique y est poussée moins loin que chez l'animal; cependant, là encore il n'y a qu'une différence de degré, et l'organisation des animaux inférieurs ne dépasse guère celle de certaines plantes. La symétrie sphérique ou bilatérale existe aussi bien chez la plante que chez l'animal ; mais la forme générale de l'organisme emprunte chez la première aux conditions habituelles de son existence un caractère particulier. La plante est ordinairement fixée au sol et cette fixation lui imprime une forme qui se retrouve jusqu'à un certain point chez les animaux qui se trouvent dans les mêmes conditions (polypiers).

Chez l'animal, un facteur, sinon nouveau, du moms essentiel, le mouvement locomoteur apparaît, et ce mouvement détermine la distinction de l'organisme en partie antérieure et partie postérieure (avant et arrière), partie dorsale et partie ventrale, et donne à chacune de ces parties un caractère morphologique spécial en rapport avec leur mode de fonctionnement.

D'une manière générale, l'évolution de la plante est moins

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bien définie que colle de l'animal; l'individualisation y est plus rare et la formation de colonies ou d'agrégats d'individus {polyzo'ismc) beaucoup plus fréquente que chez l'animal, où elle est l'exception. L'accroissement de la plante en particulier est, sinon indéfini, du moins ne présente pas cet arrêt qui survient chez l'animal à une période donnée de son existence ; la plante s'accroît presque continuellement jusqu'à sa mort; il n'y a pas chez elle, en effet, cette usure et ce dégagement de forces vives qui sont si prononcés chez l'animal et sont, comme on l'a vu plus haut, les causes principales de cet arrêt dans l'accroissement qui se produit chez ce dernier.

La plante trouve à peu près partout les matériaux de son existence, eau, acide carbonique et ammoniaque ; l'animal, au contraire, netrouve pas partout ses aliments: il doit les chercher, et tandis que la première est forcée de subir le milieu où les circonstances l'ont jetée et de s'y adapter ou de périr, le second peut changer de milieu; aussi la variabilité des végétaux est-elle plus considérable que celle des animaux, et ceux-ci présentent-ils beaucoup plus d'indépendance vis-à-vis des milieux extérieurs.

Les principaux caractères distinctifs de la plante et de l'animal peuvent être résumés de la façon suivante :

Plaxte.

PréseDce de la chlorophylle.

Prédominance de l'assimilation sur la dèsassimilation.

Absorption d'eau, d'acide carbonique et d'ammoniaque.

Élimination d'oxygène.

Dégagement très-faible de forces vives imouveraent et chalcun.

Transformation de forces vives en

forces de tension.

Pas de locomotion.

Pas de sensibilité.

Organisation moins compliquée.

Tendance au polyzoïsme.

Accroissement presque indéfini.

YariabiUté plus grande.

AXIMAL.

Absence de la chlorophylle.

Prédominance de la desassimilation sur l'assimilation.

Absorption d'oxygène.

Élimination d'eau, d'acide carbonique et d'ammoniaque (urée).

Dégagement intense de forces vives I mouvement, chaleur, innervation i.

Transformation de forces de tension en forces vives.

Locomotion volontsRre.

Sensibilité.

Organisation plus complexe.

Tendance à l'individualisation.

Accroissement s'arrêtant à un moment donné.

YariabiUté plus faible.

30 PROLEGOMENES.

Mois, comme on Ta vu déjà, aucun de ces caractères n'est absolu; ni l'absence de chlorophylle, ni le mouvement, ni la sensibilité, ni la digestion, ni la respiration, ne fournissent de caractère tranché, et il n'y a pas, à vrai dire, de critérium réel de l'animalité.

Résultats de la comparaison de la plante et de l'animal.

— La plante trouve les matériaux de son accroissement dans lair et dans le sol, c"est-à-dire à peu près partout; il n'y a donc pas pour elle nécessité de déplacement. L'animal ne les trouve pas partout; il doit donc se déplacer, c'est-à-dire se mouvoir, et ce mouvement, qui n'est qu'un dégagement de forces vives, est lié à une oxydation; cette oxydation ne peut se faire que par l'usure de la substance même de l'organisme animal, et cette usure amène à chaque instant la nécessité d'une réparation organique et le besoin de rechercher des aliments appropriés; l'animal sent ses besoins et cherche à les satisfaire, et il exécute en vue de leur satisfaction des mouvements combinés et volontaires ; il sent, il sait et il veut. Le nombre des actes vitaux de l'animal sera donc beaucoup plus considérable que celui des actes vitaux de la plante.

A chacune des actions vitales de l'animal correspond une fonction : locomotion, digestion, respiration, etc. Chez les animaux supérieurs, chaque fonction a pour instruments des organes ou des appareils déterminés; mais chez les êtres inférieurs, il n'en est plus de même; c'est la même substance qui se contracte, sent, digère, excrète, se reproduit; puis, à mesure qu'on s'élève dans la série animale, la spécialisation se fait et la masse vivante se segmente et se différencie en parties afférentes à chaque fonction; c'est la division du travail en physiologie, suivant l'expression de Milne-Edwards.

Cette division du travail physiologique a les mêmes avantages que dans l'industrie; en se localisant et se spécialisant, la fonction se précise et se perfectionne ; mais en même temps chaque organe, chaque partie de l'organisme devient indispensable à la vie du tout qui périt quand cette partie se trouve profondément atteinte.

Mais, même chez les animaux supérieurs, tous les actes vitaux ne se localisent pas dans des organes et dans des appareils déterminés; à côté des fonctions spéciales, comme la digestion, la circulation, l'innervation, il en est d'autres, plus générales, qui ont

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pour siège toutes les parties, tous les éléments de l'org-anisme; tels sont raccroissement, la nutrition, la production de chaleur. Ces actes, essentiels cala vie, ne méritent pas le nom de fonctions, qui doit être réservé aux actes combinés et coordonnés pour un but déterminé, comme la digestion.

Spécialisation et perfectionnement successif des organismes. — Si l'on examine la série animale depuis les êtres les plus simples jusqu'aux êtres les plus complexes, on voit l'organisation se perfectionner peu à peu par transitions presque insensibles.

Tout à fait en bas, en prenant d'abord les organismes unicellulaires, on trouve des êtres complètement homogènes [monères d'HcTckel) et constitués par une simple masse de protoplasma; à un degré plus élevé, la couche la plus extérieure, la sm^face limitante de cet organisme rudimentaire acquiert une consistance plus grande que celle de la masse intérieure; bientôt certaines parties se diiférencient pour servir à une fonction déterminée; telle est l'apparition d'organes locomoteurs, soit temporaires (pseiidopodies) des radiolaires, soit permanents (cils vibratiles des infusoires ciliés); telle est celle des organes reproducteurs, noyau et nucléole, chez les infusoires.

Dans les animaux multicellulaires, cette spécialisation se continue. La spéciahsation ne porte d'abord que sur les éléments cellulaires; puis elle s'étend plus loin; de véritables organes apparaissent, cavité digestive, muscles, et ces organes eux-mêmes finissent par se grouper en appareils correspondant aux principales fonctions.

Si nous prenons le degré supérieur de spécialisation fonctionnelle tel qu'il se présente chez l'homme, par exemple, nous pouvons concevoir l'organisme de la façon suivante, en le réduisant schématiquement à sa plus simple expression {fig. 1, page 32).

Il est constitué par :

l*' Des organes profonds, organes de mouvement ou muscles (Aô'- 1) (Oi Gt organes nerveux (2);

2° Des organes superficiels qui isolent l'organisme du milieu extérieur, surfaces épithéliales, qui se divisent en : a, surfaces d'introduction (5) pour l'oxygène et les matériaux nutritifs, et : è, surfaces d'élimination (6) des déchets;

3° Des agents, sang et globules sanguins (4), qui portent l'oxy-

PROLEGOMENES.

gène et les matériaux nulritifs des surfaces d'introduction aux organes profonds et portent les matériaux de déchet de ces organes profonds aux surfaces d'élimination;

4° Un organe reproducteur, mâle ou femelle (3);

5° Une masse de remplissage et de soutien, substance connective (7).

Cette spécialisation d'organes et de fonctions peut se suivre non-seulement dans la série animale, mais aussi dans l'évolution

Fig. 1. — Schéma de rorganisme. (Voir page 31.)

même d'un organisme. Qu'on prenne, par exemple, l'homme tout à fait à sa naissance; on le verra d'abord constitué par une seule cellule, un ovule; il représente à cette première phase de son existence un animal unicellulaire; puis cette cellule se segmente et se multiphe en plusieurs cellules : il devient agrégat pluricellulaire; toutes les cellules qui composent l'embryon à cette période sont identiques, et l'œuf segmenté ressemble à un rhizo-

Fig. 1. — A, surfi<ce d'introduction. — B, surface d'élimination. — 1, éléments musculaires. 2, éléments nerveux. — 3, élément reproducteur. — 4, ftlobules sanguins et sang. — 5, éléments épithéliaux d'absorption. — 6, éléments épithéJiaux d'élimination. — 7, éléments conn<'ctifs. — La direction des flèclies indique la direction du courant nutritif et du courant sanguin.

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