‹ Nouveaux éléments de physiologie humaine (volume 4)Chapitre 151 sur 296 · C. — EXHALATION D'AZOTE · texte numérisé non relu

C. — EXHALATION D'AZOTE

L'air expiré contient toujours un peu plus d'azote que l'air inspiré.

Azote.

Air inspiré. . . 79.2 p. 100 Air expiré. . . 7 9. .3 p. 100

Il y a donc, dans l'acte de la respiration, élimination d'azote. Cet azote peut être évalué à 7 ou 8 grammes (600 centimètres cubes) par jour. Il peut provenir de deux sources :

1° D'après certains auteurs, Dulong, Despretz, Boussingault. etc., il proviendrait de l'azote de l'ahmentation; si on soumet un animal à la ration d'entretien et qu'on lui donne alors une nourriture de viande, tout l'azote ingéré ne se retrouve pas dans les urines et les excréments; il y a un déficit d'azote qui serait compensé par une exhalation d'azote par les poumons. Cependant Bischoff et Voit, dans leurs expériences, n'ont pas constaté ce déficit d'azote. Théoriquement, la formation d'azote aux dépens des matières albuminoïdes est difllcile à comprendre.

2" L'azote proviendrait de l'air introduit avec les aliments serait absorbé dans le canal intestinal et passerait de là dans le sang.

Le coefficient d'absorption du sang pour l'azote est très-faible,

448 PHYSIOLOGIE FO^'t:TIO^'^■ELLE.

et, à l'état normal, le sang paraît être saturé d'azote. Regnault et Piciset ont, chez l'animai à jeun, observé une inversion complète de la règle, c'est-à-dire une absorption d'azote dans la respiration.

p. — EXHALATION DE VAPEUR D'EAU.

Nous exhalons par jour environ 330 grammes de vapeur d'eau par la surface pulmonaire.

La vapeur d'eau éliminée avec l'air expiré provient de deux sources: 1° de l'eau du sang (a); 2° de l'eau contenue déjà dans l'air inspiré {b). La température de l'air expiré ne variant pour ainsi dire pas, et la vapeur d'eau s'y trouvant très-près de son point de saturation, il s'ensuit que la proportion de vapeur d'eau de l'air expiré reste toujours la même, et que par conséquent la quantité d'eau perdue par le sang dépendra, à profondeur de respiration égale, de l'état hygrométrique de l'air inspiré. En effet, si la quantité a + 6 est constante, a ne pourra varier que si b varie en sens inverse.

La quantité absolue de vapeur d'eau éliminée par les poumons augmente avec la profondeur et la durée des respirations. Le froid, une diminution de pression barométrique, la sécheresse de l'atmosphère, produisent le même effet.

e. — Respiration dans une enceinte fermée.

Quand on fait respirer un animal dans une enceinte fermée où par conséquent le renouvellement de l'oxygène est impossible, l'air de cette enceinte perd peu à peu son oxygène et se charge de quantités de plus en plus considérables d'acide carbonique; tant que la proportion d'oxygène de Y air confiné ne tombe pas au-dessous de 15 p. 100, la respiration reste normale; à 7,5 p. 100, les inspirations sont très-profondes; à 4,5 p. 100, la respiration est très-diflicile, et à 3 p. 100 l'asphyxie est imminente. Dans ce cas, l'asphyxie est lente, et le sang, après la mort, ne contient presque plus d'oxygène, les tissus continuant à enlever l'oxygène du sang (respiration interne), tandis que cet oxygène n'est plus remplacé. La rapidité de l'asphyxie dépend de la quantité d'oxygène contenue dans l'espace clos;

RESPIRATIOX. 449

aussi^ la ligature de la trachée, qui réduit cet espace clos à l'air intra-pulmonaire, est-elle suivie d'asphyxie presque immédiate. Quand la viciation de l'air confiné est graduelle, l'organisme acquiert une certaine tolérance qui lui permet de vivre dans un milieu qui tuerait immédiatement un autre organisme introduit sans transition dans ce milieu. Si on place un oiseau sous une cloche sur le mercure, et qu'au bout de 2 à 3 heures on y introduise un autre oiseau, le nouveau venu est pris de convulsions et tombe fandis que le premier oiseau continue à respirer. (Cl. Bernard.)

Dans la respiration dans une enceinte fermée, il y a non-seulement diminution de la quantité d'oxygène et augmentation de l'acide carbonique, mais il y a encore dégagement de produits volatils (ammoniaque, hydrogène carboné, hydrogène sulfuré, matières organiques, acides gras volatils, etc.), dont quelquesuns sont encore très-peu connus et qui donnent à l'air confiné d'une salle remplie de monde une odeur caractéristique lex.: salle de bal). Dans ce cas, la quantité d'acide caj'bonique ne dépasse guère 7 à 8 pour mille, et la gène qu'éprouve dans cette atmosphère un nouveau venu ne dépend pas de cette proportion d'acide carbonique, puisqu'on peut respirer artificiellement dans un mélange plus riche en acide carbonique et plus pauvre en oxygène. Cependant la proportion d'acide carbonique peut servir de guide pour la pureté de l'air; l'air est impur et a une odeur sensible quand la proportion de l'acide carbonique atteint 1 pour mille; pour que l'air d'une salle soit pur, pour que la salle soit bien ventilée, la proportion d'acide carbonique ne doit pas dépasser 0,7 pour mille. L'air ordinaire contient environ 0,5 pour mille d'acide carbonique. Nous expirons par heure 12 litres d'acide carbonique; pour diluer cet air expiré de façon à le ramener aux proportions de 0,7 d'acide carbonique pour mille, il faudrait près de 18,000 litres d'air, si cet air était tout à fait exempt d'acide carbonique; mais il en contient déjà 0,5 pour mille, et il en faudra par conséquent beaucoup plus. On a constaté que pour un adulte, dans les conditions ordinaires, il fallait GO mètres cubes d'air. (Pettenkofer.) La ventilation doit donc fournir par heure et par tête 60 mètres cubes d'air pur pour que la respiration se fasse dans de bonnes conditions, et cette ventilation est surtout indispensable dans

Beau.ms. Phvs. * 29

les salles où sont réunis beaucoup d'individus, salles d'hôpitaux, théâtres, écoles, casernes, etc.

La respiration des gaz délétères sera étudiée dans le chapitre de la Toxicologie physiologique.

Pour X apnée, la dyspnée et l'asphyxie, voir : Mécanique respiratoire.

f. — Théories de la respiration.

La respiration consiste essentiellement, comme l'a démontré Lavoisier et comme on l'a vu plus haut, en une absorption d'oxygène par le sang et en une élimination d'acide carbonique et de vapeur d'eau, et c'est à ces échanges gazeux qu'on doit attribuer exclusivement le nom de respiration. Cependant on donne souvent aussi ce nom aux combustions qui se passent ou sont supposées se passer dans le sang; mais en admettant même, ce qui est douteux (voir page 3301, que lès oxydations se fassent dans le sang, il n'y a là qu'un des actes intimes de la nutrition et non un acte respiratoire. Ce qui a fait confondre ces deux choses, respiration (échanges gazeux) et combustion, c'est que les successeurs de Lavoisier, regardant le poumon comme le siège des combustions intimes, identifièrent les phénomènes d'échanges gazeux et de combustion organique sous le nom de respiration; mais aujourd'hui que l'indépendance de ces deux actes est démontrée, il est impossible de les réunir sous le même nom.

La respiration interne des tissus, constatée pour la première fois par Spallanzani et déjà étudiée page 331, consiste en un véritable échange gazeux, absorption d'oxygène, élimination d'acide carbonique; mais il y a en même temps combustion réelle, destruction de principes constituants ou accessoires des tissus, tandis que dans la respiration externe, le plasma sanguin et le globule rouge ne subissent pas de modification chimique appréciable ou de destruction.

Donders rattache l'absorption de l'oxygène et l'élimination de l'acide carbonique aux phénomènes de dissociation (voir p. 180). Pour l'oxygène, l'oxyhémoglobine est le corps en état de dissociation; elle absorbe l'oxygène dans les poumons sous l'influence de la pression de l'oxygène dans les vésicules, et elle le cède aux tissus par la même cause. Pour l'acide carbonique, ce sont

(les sels en dissolution dans le plasma et peut-être aussi dos' substances albuminoïdes (plasma et globules).

•Quant aux théories anciennes de la respiration, elles n'ont plus qu'un intérêt historique et ne peuvent trouver place dans le cadre de ce livre.

Page 1