ASSIMILATION
La formation des éléments anatomiques et des tissus est si intimement liée à la connaissance de leur structure qu'elle ne
ASSIMILATIO.X. 515
peut trouver place que dans les traités d'histologie proprement dits. 11 ne s'agira ici que de la formation des principes immédiats de nos tissus, c'est-à-dire de la façon dont les diverses espèces d'aliments simples que nous ingérons arrivent à être assimilés et à entrer dans la constitution de l'organisme.
Ces principes immédiats de nos tissus peuvent , abstraction faite de l'eau et des principes minéraux, se diviser en trois classes qui correspondent en réalité aux trois groupes principaux d'aliments simples, albuminoïdes, graisses, hydrocarbonés. La question de la formation et de la provenance des hydrocarbonés dans l'organisme iiyant été déjà traitée dans le chapitre de la glycogénie, il ne reste donc à étudier que l'origine des albuminoïdes et des graisses.
1° Origine des albuminoïdes de V organisme.
Les albuminoïdes de l'organisme proviennent exclusivement des aliments azotés ; d'après la théorie courante, ces aliments sont transformés en peptones avant d'être assimilés, passent à l'état de peptones dans le sang et s'y transformeraient, d'une façon encore inconnue, en albumine du sérum. Une autre théorie, basée sur des expériences récentes, a cependant été formulée par Fick dans ces derniers temps. On a vu plus haut (page 408) que, d'après les recherches de Brucke et de quelques autres physiologistes, une partie de l'albumine de l'alimentation pouvait être absorbée à l'état d'albumine sans passer par la transformation en peptones. D'après Fick, c'est l'albumine ainsi absorbée directement qui servirait seule à la réparation des tissus et à la formation des substances albuminoïdes de l'organisme. Les peptones, au contraire, une fois arrivées dans le sang, n'entreraient pas dans la constitution des tissus et seraient détruites dans le sang en donnant par leur dédoublement des produits azotés (urée) et des produits non azotés qui sont peut-être les matériaux d'oxydation employés dans les muscles et dans d'autres organes. Si, en effet, on injecte des peptones dans les veines d'un animal, on en retrouve, au bout de quelques heures, tout l'azote dans l'urine, et, suivant Goldstein imais \q6- expériences sont trop peu nombreuses et peu concluantes), après l'extirpation des reins, avec injection de peptones, l'urée s'ac-
cumule dans le sang et le foie, en quantité beaucoup plus forte qu'après l'extirpation simple ou l'extirpation avec injection d'albumine dans les veines. Fick insiste surtout sur une raison théorique qui a une certaine valeur; après un repas de viande, l'augmentation de la quantité d'urée (10 à 12 fois plus forte qu'avant le repas) ne peut s'expliquer que si on attribue cette production d'urée à une transformation directe des peptones absorbées.
C'est l'albumine du sérum sanguin et de la lymphe qui fournit les substances albuminoïdes des tissus, myosine, kératine, élasticine, glutine, etc. ; mais la façon dont s'opère cette transformation nous est complètement inconnue. La chimie physiologique nous apprend qu'on peut passer, par transitions insensibles, de l'albumine soluble à l'albumine solide, et que le degré de résistance et de solidité de la substance paraît tenir, pour une forte part, à la proportion des sels qu'elle contient ; elle nous apprend que dans la kératine, l'élasticine, la glutine, les proportions de soufre, de carbone et d'azote, sont différentes de celles qui existent dans les albuminoïdes proprement dits ; mais jusqu'ici elle n'est pas parvenue a reproduire artificiellement, à l'aide de l'albumine du sérum, une seule de ces substances. Rochleder a bien cru obtenir de la chondrine en chautfant de l'albumine à l'abri de l'air avec l'acide chlorhydrique, mais le produit obtenu diti'érait de la chondrine véritable.
Nous ne sommes guère plus avancés sur la formation de l'hémoglobine. Cependant Preyer, Heynsius, Munnich, ont obtenu des cristaux d'oxyhémoglobine avec de l'hématine et un albuminate alcalin sous l'influence d'une action oxydante énergique. Une nourriture azotée augmente la quantité d'hémoglobine du sang; elle diminue par une ahmentation grasse ou hydrocarbonée. (Subbotin.i
2' Origine de la graisse de l'organisme.
L'origine de la graisse de l'organisme est une des questions les plus controversées de la physiologie de la nutrition, et la part des trois principaux groupes d'aliments simples dans la production de la graisse est loin d'être faite d'une façon précise.