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ASSIMILATION

Nous allons étudier spécialement à ce point de vue les graisses, les hydrocarbonés et les albuminoïdes.

r Graisses. La graisse de l'alimentation contribue évidemment à la formation de la graisse des organes et des tissus. 11 ne peut y avoir de doute à ce sujet, et même en admettant qu'une partie de cette graisse soit directement oxydée sans entrer dans la constitution des tissus, l'excès de la graisse ingérée s'accumule toujours dans l'organisme. Seulement les formes intermédiaires par lesquelles passent la graisse absorbée en nature et la graisse absorbée à l'état de savons pour aller se déposer dans les éléments anatomiques, nous sont absolument inconnues.

Chez les carnivores, la graisse de l'alimentation suffit pour couvrir la graisse de l'organisme; mais chez les herbivores (et chez les carnivores qui engraissent), il n'en est pas ainsi, et il faut de toute nécessité qu'une partie de la graisse du corps provienne des autres groupes d'aliments simples.

2° Hydrocarhonés. Plusieurs faits parlent en faveur de la production de la graisse aux dépens des hydrocarbonés, théorie soutenue surtout par Liebig. Les carnivores maigres engraissent très-vite si on ajoute des hydrocarbonés à leur alimentation; les abeilles, qui ont une nourriture presque exclusivement sucrée, produisent de la cire, corps Irès-rapproché des corps gras, et on 'connaît l'action engraissante de la bière, qui est très-riche en dextrine. D'après Liebig, une partie des hydrocarbonés de l'alimentation serait oxydée, l'autre partie serait transformée en graisse. 11 y a cependant plusieurs objections à faire à cette théorie. D'abord, ni dans l'organisme, ni en dehors de l'organisme, celte transformation directe des hydrocarbonés en graisse n'a pu être obtenue. Ensuite, même au point de vue chimique, quoique les deux groupes de corps aient un certain nombre de produits de décomposition communs, acides acétique, butyrique, carbonique, eau, etc., il est difficile de concevoir comment pourrait se faire cette transformation, comme on peut s'en assurer par l'examen des formules des deux corps (pages 200 et 202). D'un autre côté, les hydrocarbonés, pris seuls, diminuent la graisse au lieu de l'augmenter, et si les abeilles, par exemple, produisent de la cire avec une alimentation sucrée, c'est qu'elles ingèrent en même temps des albuminoïdes; car si ces albuminoïdes viennent à leur manquer, la production de cire s'arrête.

Comment exphquer alors l'influence, incontestable cependant.

des hydrocarbonés sur la formation de la graisse? D'après les reclierches modernes, celte influence devrait se comprendre de la façon suivante : Les hydrocarbonés ne contribuent pas directement à la formation de la graisse; leur action n'est qu'indirecte, ils agissent comme aliments très-oxydables et protègent ainsi contre l'oxydation la graisse produite par le dédoublement -des albuminoïdes. (Voit.)

3° Albuminoïdes. La production de la graisse aux dépens des albuminoïdes, admise par lioussingault, est aujourd'hui généralement acceptée par les physiologistes. Des faits chimiques assez nombreux parlent en faveur de cette hypothèse. Ainsi, dans les cadavres, le gras de cadavre ou adipocire, constitué essentiellement par de l'acide palmitique, provient évidemment de la décomposition des albuminoïdes des tissus. Blondeau a constaté dans le fromage de Roquefort une formation de graisse aux dépens de la caséine, et Kemmerich a vu la même transformation s'opérer dans le lait sorti de la glande et exposé à l'air. Chez les animaux en lactation, c'est un fait aujourd'hui bien positif que l'alimentation azotée augmente la quantité de graisse du lait, tandis qu'elle diminue par une alimentation grasse ou amylacée. On a voulu encore citer, à l'appui de la transformation des albuminoïdes en graisse, ce fait que des cristallins ou des substances azotées, introduits dans la cavité péritonéale. subis-* saient la dégénérescence graisseuse; mais des expériences ultérieures ont montré qu'il y avait là un mécanisme d'un autre genre et que c'était une simple infiltration graisseuse qu'on observait aussi quand on plaçait dans le ventre des fragments de bois poreux ou de moelle de sureau. Quoi qu'il en soit, la formation de graisse aux dépens des albuminoïdes est aujourd'hui parfaitement démontrée, et les faits cités plus haut rendent très-probable que cette transformation se produit physiologiquement dans l'organisme. Pettenkofer et Voit ont vu que dans une alimentation de viande tout l'azote reparaît dans les excrétions, tandis qu'il n'en est pas de même du carbone, qui reste en partie dans l'organisme pour entrer probablement dans la constitution de la graisse.

11 y a donc dans la formation de la graisse dédoublement des albuminoïdes en principes gras et principes azotés; ces derniers seuls étant éliminés au fur et à mesure que ce dédoublement se produit.

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Reste une question à résoudre, celle de savoir si ce dédoublement porte sur les albuminoïdes des tissus ou sur ceux de ralimentation ; mais cette question paraît actuellement insoluble.

D'après tout ce qui précède, la question de l'engraissement doit être envisagée de la "façon suivante. Il y a deux sources pour la production de la graisse dans l'organisme : !'' la graisse de l'alimentation; 2" les substances albuminoïdes de l'alimentation (directement ou indirectement). Celte production de graisse aux dépens des all)uminoïdes est sous l'influence immédiate d'une condition nouvelle, des plus importantes au point de vue pratique; cette graisse ainsi formée est très-oxydable et serait détruite, au fur et à mesure de sa formation, par les combustions internes, si une cause puissante n'intervenait pour empécber cette oxydation. C'est ici que se place le rôle des bydrocarbonés; ils détournent vers eux l'oxygène et, par leur oxydation, épargnent l'oxydation de la graisse nouvellement formée qui alors s'accumule dans les tissus. Tout ce qui diminue les oxydations internes, défaut d'exercice, certaines aHections respiratoires, agira aussi dans le même sens et favorisera la production de la graisse.

Il est facile, avec ces données, de se rendre compte des causes réelles de l'obésité et des moyens physiologiques à employer pour y remédier; les trois indications capitales sont les suivantes : r supprimer la graisse de l'alimentation; 2" activer les oxydations internes, principalement par l'exercice musculaire; 3" éviter de fournir à l'oxygène du sang des aliments trop oxydables, afln que cet oxygène s'empare, au fur et à mesure, de la graisse formée par le dédoublement des albuminoïdes, et pour cela supprimer autant que possible de l'alimentation les aliments hydrocarbonés. Tels sont, en effet, les points principaux du régime Banting, dû à W. Harvey, régime qui a fait tant de bruit dans ces derniers temps.

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