Types respiratoires
La respiration ne se fait pas toujours d'après le même mécanisme, aussi a-t-on admis plusieurs types respiratoires. En effet, parmi les muscles inspirateurs, tous ne présentent pas toujours la même intensité d'action, et suivant que l'action de tels ou tels muscles prédomine, on voit varier le mode d'ampliation de la cage thoracique
Quand l'action du diaphragme prédomine, la respiration est dite diaphragmatique ou abdominale; le ventre se- bombe et les dimensions transversales du thorax ne se modifient que très-peu et seulement dans la région inférieure. C'est ce mode de respiration qui est habituel à l'homme. Dans le type costal ou thoracique au contraire, c'est sur les dimensions transversales du thorax que porte principalement son ampliation et l'action du diaphragme est diminuée d'autant. Dans ce cas le ventre est aplati et l'ampliation du thorax est due principalement aux mouvements des côtes et surtout des côtes supérieures. Ce mode de respiration se rencontre chez les femmes, où il parait dû à l'usage du corset, et toutes les fois que l'action du diaphragme est empêchée (grossesse, tumeur abdominale, etc.). Quand cette respiration est très-accentuée, les mouvements de la clavicule et des deux premières côtes deviennent très-prononcés et lui ont fait donner le nom de respiration claviculaire.
La figure suivante, empruntée à Hutchinson, donne les divers modes et types de respiration chez l'homme et chez la femme- (fig. 103, page 573).
5° De quelques actes respiratoires spéciaux.
Les mouvements respiratoires se modifient de façon à produire certains actes spéciaux qui concourent à l'accomplissement de la fonction respiratoire et d'autres fonctions, ou qui correspondent à des influences nerveuses particuhères. Eu égard à leur mécanisme, ces actes peuvent être classés en trois catégories :
MÉCA^'IQUE RESPIRATOIRE. 573
effort, actes inspirateurs et actes expirateurs. Le mécanisme de la voix et de la parole rentrerait aussi dans cette dernière
Fig. 103. — Diagramme des divers modes de respiration. (Hutchinson.)
catégorie, mais leur importance mérite une élude à part qui sera faite dans les chapitres suivants.
A. Effort. — L'effort n'est pas autre chose que le déploiement, à un moment donné, d'une contraction musculaire intense pour vaincre une résistance considérable. Cet effort a pour première condition la fixation de la cage thoracique, fixation qui donne un point d'appui solide aux muscles des membres supérieurs, de l'abdomen et des membres inférieurs. Pour fixer la cage thora-
Fig, 103. — Cette figure montre l'étendue des mouvements antéro-postérieurs dans la respiration ordinaire et dans la respiration forcée, chez l'homme et chez la femme. Le trait noir indique par ses deux bords les limites de l'inspiration et de l'expiration ordinaires. La ligne pointillée répond à l'inspiration forcée, le contour de la silhouette à l'expiration forcée.
574 PHYSIOLOGIE FOXCTIOX^'ELLE.
cique, on fait une inspiration profonde, puis la glotte se ferme et les muscles expirateurs se contractent alors énergiquement. Cette occlusion de la glotte a été constatée directement chez les animaux ; chez l'homme elle est prouvée par ce fait d'observation journalière que l'émission des sons s'arrête au moment de l'effort. Cependant l'occlusion absolue de la glotte ne paraît pas être indispensable et les animaux ou les hommes porteurs de fistules de la trachée peuvent encore faire des efforts, mais moins énergiques et moins soutenus.
B. Actes inspirateurs. — Ces actes inspirateurs sont tantôt simples, comme l'action de humer ou de renifler, tantôt plus complexes, comme le bâillement. Dans le humer, l'air passe par la bouche en entraînant le liquide en contact avec l'orifice buccal. Dans le renifler, le courant d'air inspiré passe parle nez, et on aspire en même temps les corps placés à l'orifice des narines, comme dans l'action de priser. Le bâillement consiste en une inspiration profonde, la bouche largement ouverte, avec contraction de certains muscles de la face et suivie d'une expiration bruyante ou insonore. Le sanglot est une inspiration ou une série d'inspirations diaphragmatiques, brèves, spasmodiques, douloureuses, avec production de son glottique à l'inspiration et à l'expiration. Dans le soupir l'inspiration est lente, profonde et suivie d'une expiration courte et forte avec émission d'un son particulier. Le hoquet est une contraction spasmodique du diaphragme, avec inspiration brusque arrêtée subitement par l'accolement des cordes vocales.
G. Actes expirateurs. — La toux consiste en une ou plusieurs expirations avec rétrécissement de la glotte et production d'un son assez fort; le courant d'air expiré passe en grande partie par la bouche. V expectoration n'est que l'expulsion par la toux des mucosités contenues dans la trachée et le larynx. Dans ïexcréation {hein des Anglais), les mucosités accumulées dans l'arrière-gorge et le pharynx sont entraînées par le courant d'air expiré: dans le crachement, W entraîne celles qui se trouvent dans la cavité buccale; dans le moucher, le courant d'air, au lieu de passer par la bouche, passe par les fosses nasales, h'èternuement consiste en une inspiration profonde suivie d'une expiration brusque se faisant par le nez. Le rire se compose d'une série d'expirations successives, la bouche ouverte et avec production d'un bruit spécial à la glotte; pendant le rire, l'épiglotte
MÉCA.MQUE RESPIRATOIRK
Fig. 104. — Le graphique se lit de droite à gaucLe; la croix indique le début du graphique; la ligne ascendante E correspond à l'expiration, la ligne descendante l à l'inspiration ; la première courbe donne la respiration normale; il y a dans ce cas une pauie e\piratoire. Le trait horizontal indique le début du rire.
est relevée, ce qui facilite le passage d es aliments et des boissons dans le larynx.
La méthode graphique permet d'étudier dans tous leurs détails le mécanisme de ces divers actes respiratoires. Je donnerai comme type le graphique du rire, pris parle procédé indiqué page 234.
6^ Apnée, dyspnée et asphyxie.
Apnée. — Quand le sang est saturé d'oxygène, les mouvements respiratoires s'arrêtent (Hook, 1667); c'est à cet état que Rosenthal a donné le nom d'apnée. Si sur un animal on pratique l'insufflation pulmonaire en diminuant de plus en plus l'intervalle de deux insufflations successives, les mouvements respiratoires se ralentissent et finissent par cesser tout à fait, tandis que toutes les autres fonctions, mouvements du cœur, actions réflexes, etc., continuent à s'exécuter comme à l'état normal.
Dyspnée. — La dyspnée se présente toutes les fois que les échanges gazeux respiratoires ne se font pas avec assez d'activité. On peut produire la dyspnée de deux façons : 1" par l'ouverture des plèvres, ce qui amène l'affaissement d'un ou des deux poumons; 2° par le rétrécissement des voies aériennes, ce qui diminue l'abord de l'air dans les poumons. Quel que soit son mode de production, la dyspnée se traduit par l'exagéralion des mouvements d'inspiration ; non-seulement les muscles inspirateurs ordinaires, comme le diaphragme, se contractent plus énergiquement que d'habitude; mais on voit entrer en action dos muscles qui, à l'état ordinaire, ne participent pas à l'inspiration cylme, tels sont les muscles scalènes, les dentelés postérieurs, etc. ; aussi les côtes supérieures se soulèvent-elles avec force à chaque inspiration, et le larynx, presque immobile dans la respiration ordinaire, s'abaisse fortement, ce qui est un des signes caractéristiques de la dyspnée.
Asphyxie. — On peut distinguer l'asphyxie brusque, qui se produit par l'occlusion complète de la trachée par exemple, et l'asphyxie lente, dans laquelle l'occlusion des voies aériennes ne se fait que d'une façon graduelle.
Les phénomènes de l'asphyxie rapide peuvent se diviser en trois stades, très-courts, qu'il est facile d'observer sur les animaux et en particuher chez le chien.
Dans le premier stade, qui dure environ une minute, on remarque d'abord de la dyspnée et des mouvements inspiraloires excessifs très-marqués, surtout pour les muscles tlioraciques ; puis les muscles abdominaux se contractent éncrgiquement, et à la fin de la première minute, apparaissent des convulsions d'abord purement expiratrices, puis accompagnées de spasmes plus ou moins irréguliers des membres et surtout des muscles fléchisseurs.
Dans le second stade, qui a à peu près la même durée, les convulsions cessent, quelquefois tout à coup, et les mouvements d'expiration sont à peine perceptibles; la pupille est dilatée; les paupières ne se ferment plus si on touche la cornée ; les actions réflexes ont cessé; tous les muscles, sauf les inspirateurs, sont dans le relâchement; la pression artérielle baisse; il y a en somme un calme général qui contraste singulièrement avec l'agitation de la période précédente.
Dans la troisième période, qui dure deux à trois minutes, les mouvements d'inspiration deviennent de plus en plus faibles et espacés; les muscles inspirateurs accessoires se contractent spasmodiquement et, bientôt après, les spasmes gagnent d'autres muscles et particulièrement les extenseurs; la tète se renverse en arrière, le tronc s'étend et s'incurve en arc ; les membres sont dans l'extension, les narines sont dilatées; des bâillements convulsifs se produisent et la mort ne tarde pas à arriver.
Les phénomènes de l'asphyxie lente suivent la même marche, seulement avec beaucoup moins de rapidité dans leur production ; mais là encore on retrouve les trois périodes de convulsions expiratoires, de calme et de convulsions inspiraloires.
Billliog;rapliie. — J. Rosexthal : Die Athemhewegnngen, 1862. — Maret : Pncnniographie. (Journal de l'Anatomie , 1865.) — Bert : Leçons sur la physiologie comparée de la respiration, 1870, — F. Riegel : Die Âthevihen: egvngen, 1673.
La voix se produit dans le larynx ; dans les conditions ordinaires de la respiration, l'air traverse cet organe sans déterminer de sou appréciable autre qu'un léger soufQe à peine perceptible : mais quand le larynx et en particuUer la glotte se modilient dd la façoQ qui sera décrite plus loin, le courant d'air expiré détermine la formation d'un son, son vocal ou voix.
Beaunis, Phys. 37
578 PHYSIOLOGIE FONCTIO^'^'ELLE.
Avant d'étudier le mécanisme de la production du son dans le larynx, il me paraît utile de rappeler les notions fondamentales sur les caractères et la production du son ; quoique ces notions appartiennent à la physique pure, elles sont le préliminaire obligé de la physiologie de la phonation.