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PEODUCTION DES SONS ARTICULÉS

1° Conditions générales de la production des sons articulés.

Les cavités sus-laryngiennes, pharynx, houche, fosses nasales, constituent une sorte de tube additionne] qui joue déjà, comme on l'a vu dans la phonation, un certain rôle dans la production de la voix, mais qui joue le rôle essentiel dans la parole.

Ce tuhe additionnel présente des parties fixes, des cavités invariables de forme, comme les cavités nasales, et des parties mobiles, comme la langue, les lèvres, le voile du palais. Ce sont ces dernières qui, par leur variation, produisent les différents modes d'articulation, et les premières ne servent que d'appareils de résonnance et de renforcement.

A sa partie supérieure, le tube additionnel se bifurque; le courant d'air expiré a donc deux issues, par la bouche et par les fosses nasales, et comme on le verra plus loin, il y a dans cette disposition le point de départ d'une catégorie particulière de sons, sons nasaux, qui se produisent quand l'air passe par la bouche et par les fosses nasales. Mais les variations de forme de la cavité buccale sont encore plus importantes, et ces variations, amenées par les mouvements du voile du palais, de la langue et des lèvres, déterminent les différentes espèces de sons articulés.

Ces variations des cavités buccale et pharyngienne consistent tantôt dans de simples changements de forme qui n'interrompent pas la continuité du tube additionnel, et laissent le passage à l'air expiré, tantôt dans de véritables occlusions qui arrêtent momentanément la sortie de l'air. D'après la disposition anatomique des parties, il est facile de comprendre que les rétrécissements et les occlusions se feront de préférence dans certaines régions plus mobiles que d'autres, et c'est dans ces régions que se produisent surtout les sons articulés; d'où le nom qui leur a été

donné de régions d'articulation, tels sont l'isthme du gosier, l'espace compris entre les arcades dentaires et la pointe de la langue , l'orifice labial. Cependant il ne faudrait pas croire que ces^'régions d'articulation soient strictement délimitées, et grâce à la mobilité de la langue, tous les points de la cavité buccopharyngienne peuvent en réalité donner naissance à des sons articulés.

2° Caract'kres distinctifs des voyelles et des consonnes.

La première division qui se présente dans l'étude des sons articulés est la division classique en voyelles et en consonnes ('). On a beaucoup discuté sur la valeur de cette division et sur les caractères distinctifs de ces deux ordres de sons, et en effet, jusqu'aux travaux récents de Willis et d'Helmholtz, l'oreille seule était encore le meilleur critérium pour les distinguer les uns des autres. Aussi toutes les définitions données étaient-elles passibles d'objections {-)etbeaucoup de physiologistes en étaient-ils arrivés à les confondre. Mais aujourd'hui cette distinction est faisable et vient donner raison à la doctrine classique.

Les voyelles sont des sons formés dans le larynx et dont certains harmoniques sont renforcés par la résonnance du tube additionnel.

Les consonnes sont des sons formés dans le tube additionnel et renforcés par le son laryngien.

Les expériences sur lesquelles se base cette distinction des voyelles et des consonnes sont dues principalement à Helmlioltz. La voix hu-

(') Cette division en vovelles et en consonnes existe dans toutes les langues Les voyelles sont les^ sons purs du sanscrit, les sons-mères des Chinois, les âmes des lettres des Juifs, les phoneenta des Grecs, les Hauptlaute des •Allemands. Les cotisonnes sont le.s sons auxiliaires des Chinois, les corps des lettres des Juifs, les symphona des Grecs, les Hûlflaute des Allemands.

(-) Voici quelques-uns des principaux caractères distinctifs sur lesquels on insiste généralement : Les voyelles peuvent être émises seules, les consonnes ne peuvent être émises sans les voyelles.— Les voyelles sont des sons, les consonnes sont des bruits. — Les voyelles sont continues, les consonnes sont caractérisées par un arrêt momentané du courant d'air expiré. — Les voyelles sont des modifications simples de la cavité buccale, les consonnes des modifications doubles. Ce n'est pas ici le lieu de discuter ces diverses définitions.

maine présente des harmoniques qu'on peut reconnaître facilement à l'aide des résonnateurs. Or, la cavité buccale représente un véritable résonnateur accordé pour un son déterminé, variable suivant la forme de la cavité buccale et qui renforce Tharmonique correspondant de la voix laryngienne. Si on place successivement une série de diapasons vibrants devant la bouche ouverte, il arrive un moment où l'un des diapasons vibre avec une très-grande force quand il est d'accord avec l'air de la cavité buccale, et on peut ainsi, en faisant varier la forme de cette cavité, trouver la hauteur du son correspondant. C'est grâce à ce moyen que Helmhollz a trouvé les hauteurs suivantes pour les diftérenles voyelles ; je donne à côté les résultats obtenus par Kœnig :

Helmholtz. Kœnig.

OU Fa' Sii?

0 Sil?- Sil?'

A Sib^ Si>-

E Si'' — fa- Si|73

I Ré'- fa' Sib'

Aussi comprend-on pourquoi les voyelles se chantent mieux sur les notes dont un harmonique correspond au son propre de la voyelle.

On peut mettre en évidence le timbre des voyelles à l'aide des flammes manométriques. Cette méthode, imaginée par Kœnig, rend

Fig. 117. — Méthode des flammes manométriques de Kœnig. (Voir page COi.)

visible l'état vibratoire d'une masse d'air par l'agitation qui est commii- Biquée à la flamme d'un bec de gaz [fig. 1 17, page 600).

Pour rendre visibles les variations de hauteur de la flamme, on place devant elle un miroir vertical qui tourne rapidement. Si la flamme ne varie pas de hauteur, on voit une bande lumineuse ; si elle varie de hauteur, elle présente des découpures dont la disposition correspond à la nature des vibrations sonores.

La figure 1 18 représente l'appareil de Kœnig construit sur le môme principe pour analyser les sons des voyelles, et la figure 119 donne,

Fig 118. — Appareil à flammes manométriques de Kœnig.

d'après le même physicien, la forme des flammes qui caractérisent les voyelles A, 0, OU, chantées successivement sur les notes, iit\ sol\ ut '. On voit immédiatement quels sont les harmoniques renforcés par le son propre de la voyelle.

Mais on ne s'est pas contenté d'analyser le timbre des voyelles, on est arrivé à les recomposer artificiellement. Willis avait déjà reproduit

Fig. 119. — Timbre des voyelles A, 0, OU, rendu visible par les ûamiuea nianoraétriques.

(Kœnig.)

les sons des voyelles à l'aide d'un ressort plus ou moins long-, mis en vibration par une roue dentée ainsi qu'avec des tuyaux à anche ; mais Helmholtz est arrivé à des résultats beaucoup plus précis et plus'intéressants avec une série de diapasons mis en mouvement par l'électricité et dont le son était renforcé par des résonnateurs accordés au ton de chaque diapason. (Voir, pour la description de l'appareil, Helmholtz, Théorie physiologique de la musique.)

Le timbre des consonnes est beaucoup plus difficile à analyser que celui des voyelles.

3° Des voyelles.

Les voyelles sont formées dans le larynx comme on l'a vu plus haut, et aucun son buccal ne se mêle au son glottique ; seu-

lement, suivant la forme prise par la cavité buccale, la résonnance de cette cavité varie et cette résonnauce fait prédominer dans le son vocal tel ou tel harmonique et détermine le timbre spécial de chaque voyelle.

Il y a en réalité autant de voyelles différentes qu'il peut y avoir de formes différentes de la cavité buccale, et comme on peut passer par des transitions insensibles d'une forme à l'autre, il y a en réahté une infinité de voyelles possibles ; mais on peut cependant admettre certaines voyelles primitives que l'oreille distingue facilement et qui se retrouvent à peu près dans toutes les langues; puis, entre ces voyelles primitives, viennent se placer des sons intermédiaires plus ou moins nombreux et qu'on pourrait multiplier indéfiniment si on voulait relever toutes les variétés phonétiques de dialecte, de langue et d'individu.

Les voyelles primitives sont au nombre de six, dont trois surtout, OU, A, I, peuvent être considérées comme fondamentales ; ce sont : OU, 0, A, É, I, U. Toutes ces voyelles peuvent être considérées comme ayant pour point de départ notre E muet (comme dans je), qui n'est en somme que l'exagération du murmure respiratoire de l'expiration, quand l'air expiré, au lieu de passer par le nez, passe par la bouche entr'ouverte. La cavité buccale se trouve ainsi dans une sorte de position d'équilibre, d'état indifférent dont elle peut sortir pour prendre alors la forme correspondante à chacune des six voyelles primitives. La figure suivante représenterait alors les rapports de cet E avec les six voyelles et des six voyelles entre elles :

On voit que toutes les voyelles intermédiaires peuvent se placer dans les espaces situés entre deux voyelles voisines.

Les figures suivantes donnent la forme de la cavité buccale

dans l'émission des trois voyelles principales OU, A et I {fig. 120, 121 et 122):

Dans rOU, la cavité buccale a la forme d'une sorte de fiole

Fig. 121.

Fig.ll^.

arrondie sans col ou à col très-court, et l'orifice buccal est assez étroit (fig. 120); aussi l'OU donne-t-il le son le plus bas de toutes les voyelles.

Dans ri ifig. 121), la langue est élevée et presque accolée au palais, dont elle n'est séparée que par un isthme étroit; il en résulte que la cavité buccale a la forme d'une fiole à col allongé et à ventre très-court; aussi cette voyelle a-t-elle le son le plus élevé et, d'après Helmholtz, elle aurait deux sons, l'un pour la panse et l'autre pour le col.

Vk'ifig. 122) est intermédiaire entre l'OU et l'I; les lèvres sont plus ou moins écartées et la bouche figure un entonnoir ouvert en avant. Pour beaucoup de physiologistes, l'A serait la voyelle primitive, la voyelle par excellence, celle qui peut être prise pour point de départ de toutes les autres.

Les autres voyelles, 0, É, U, répondent à des formes de la cavité buccale intermédiaires entre les formes précédentes, et il sera facile de les retrouver sans qu'il soit besoin d'en donner ici une analyse plus détaillée.

Dans toutes ces voyelles, le voile du palais empêche la communication des fosses nasales avec le pharynx. Si on verse de l'eau dans les fosses nasales pendant qu'on prononce les voyelles,

il ne passe pas une goutte d'eau dans rOU , i'O et ri ; il en passe un peu dans l'É et surtout dans l'A, ce qui prouve que dans ces voyelles rocclusion n'est pas hermétique. On arrive au même résultat en plaçant devant l'orifice des narines un miroir; la glace ne se ternit pas dans l'émission des voyelles, ce qui prouve que le courant d'air expiré ne passe pas par les fosses nasales.

On peut rendre ceci visible par la méthode graphique. Si on enregistre la pression de l'air des voies aériennes par le procédé indiqué page 434, on voit qu'au moment où se fait la parole à haute voix, la pression reste sensiblement la même dans les fosses nasales dans l'intervalle des respirations, sauf de légères ascensions qui correspondent aux sons nasaux pendant lesquels l'air expiré sort par les fosses nasales ifig. 123).

On peut cependant prononcer les voyelles , à l'exception de 11 et de rOU, en tenant ouverte la communication des fosses nasales et du pharynx; ces voyelles acquièrent alors un timbre particuUer qui leur a fait donner le nom de voyelles nasales :

ON, AN, EN, UN. Cette résonnance nasale est encore plus prononcée quand on ferme ou qu'on rétrécit rorifice des narines; or. même dans ces conditions, la nasalisation de l'I et de rOU est à peu près impossible, ce qui s'explique par l'occlusion hermétique des fosses nasales nécessaire pour prononcer ces deux voyelles.

Fig. 123. — E, ligne de l'exf iratiun. — I, ligne de Tinspiration. La croix indique le début ilu graphique qui se lu de droite à gauche. Le trait hoiizoutal indique le début de la parole à

graphique qii haute Toix.

606 PHYSIOLOGIE FO>'CTIO.\xNELLE.

Pendant l'émission des voyelles, le larynx monte peu à peu depuis OU, en passant par A, E, I, ce qui concorde avec l'augmentation de hauteur du son qui existe dans la série de ces voyelles.

4° Des consonnes.

Tandis que dans les voyelles le rétrécissement de la cavilé tuccale n'est jamais assez prononcé pour qu'il s'y forme un bruit ou un son appréciable, il n'en est pas de même dans les consonnes. Dans l'articulation des consonnes, certaines régions mobiles du tube additionnel se rapprochent de façon à constituer une sorte de glotte temporaire, susceptible de produire un son sous l'influence du courant d'air expiré. Ce son, comme on l'a vu, s'ajoute au son glottique véritable et est renforcé par lui. Les sons ainsi formés se rapprochent beaucoup des bruits et présentent des caractères particuliers qui permettent de les comparer aux bruits qui. dans les instruments, accompagnent souvent le son musical (ràclement de la guitare, frôlement des cordes de violon, souflle de la flûte, etc.).

Il faut distinguer, dans la formation des consonnes, le mode de production du son et le lieu où il se forme, autrement dit la région d'articulation.

Les régions d'articulation se rencontrent dans trois points principaux : T au niveau du voile du palais et de la base de la langue {consonnes gutturales)-^ 2" au niveau de l'arcade dentaire supérieure et de la partie antérieure de la voûte palatine et de la langue {consonnes linguales] ; 3° au niveau de l'orifice labial {consonnes labiales). Cette division ne doit servir qu'à fixer les idées et à faciliter le classement des consonnes; car. en réalité, il y a un bien plus grand nombre de régions d'articulation, et tous les points intermédiaires peuvent donner lieu à la formation de consonnes. Aussi Max Millier, par exemple, admet-il neuf régions d'articulation, et il serait aisé d'en multiplier encore le nombre (').

Le mode de formation du son peut avoir lieu de quatre façons différentes, auxquelles correspondent les quatre espèces de consonnes suivantes :

(') On donne encore aux gutturales le nom de palatales, aux linguales le nom de dentales et dento-linguales.

r Dans la première espèce, le tube additionnel est simplement rétréci dans la région d'articulation et rémission du son continue tant que dure le courant d'air expiré; ce sont les consonn-es continues : telles sont les gutturales Glt et J, les linguales S, SGH, les labiales V, F.

2° Dans la seconde espèce, il y a occlusion complète et momentanée dans la région d'articulation; le son ne dure qu'un instant et se forme soit au moment de l'occlusion «B, soit au moment de l'ouverture B«.Ges consonnes sont toujours associées à des voyelles qui les précèdent ou qui les suivent. Ce sont les consonnes explosives {muettes) : telles sont les gutturales G, K, les linguales D, T, les labiales B, P.

3° Dans la troisième espèce, la région d'articulation représente une sorte d'anche ou de languette qui est mise en vibration par le courant d'air expiré et donne un son tremblé, une sorte de roulement: ce sont les consonnes vibrantes : telles sont l'R, qui se divise suivant la région d'articulation en R guttural, lingual et labial, et l'L, qui se forme par les vibrations des bords de la langue, dont la pointe est fixée contre la partie antérieure du palais.

4° Dans les trois espèces précédentes, l'air expiré passe par la bouche et les fosses nasales sont hermétiquement fermées ; mais si on abaisse le voile du palais pour établir la communication, les consonnes formées dans les diverses régions d'articulation prennent un timbre spécial et on a les consonnes nasales. Ce sont, suivant la région d'articulation, la nasale gutturale KG, la nasale linguale N, et la nasale labiale M.

Le tableau suivant représente les genres et les espèces de consonnes.

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