‹ Nouveaux éléments de physiologie humaine (volume 4)Chapitre 187 sur 296 · UNION DES SOXS ARTICULÉS ENTEE EUX. FORMATION · texte numérisé non relu

UNION DES SOXS ARTICULÉS ENTEE EUX. FORMATION

PHYSIOLOGIQUE DES JIOTS.

L'union des sons articulés entre eux pour former les syllabes et les mots se fait, en général, d'après des lois qui trouvent leur explication dans le mécanisme physiologique de la parole. Aussi est-ce seulement au point de vue physiologique que je chercherai à donner un court aperçu de cette question.

Union des sons articulés. — l"^ Union des voyelles. — En s'unissant entre elles, les voyelles constituent les diplithongues, qu'il ne faut pas confondre avec les voyelles mixtes. Dans rémission d'une diphthongue, la cavité buccale prend successivement la forme correspondante a chacune des deux voyelles qui la composent, sans qu'il y ait interruption du courant d'air et sans qu'aucun son intermédiaire les sépare.

2" Union des consonnes. — Dans l'union des consonnes il peut se présenter deux cas. Dans le premier cas, les deux consonnes qui se suivent sont prononcées à la suite l'une de l'autre sans interruption et sans qu'il y ait de son interposé ou de temps d'arrêt; il y a presque simultanéité, et il semble qu'il n'y ait qu'un son produit; cependant, en réalité, il y a succession, mais succession très-rapide. Cette agglutination de deux sons ne peut se faire quentre certaines consonnes, ce qui s'explique par le mécanisme physiologique de leur production. Ainsi on ne peut réunir ensemble deux explosives, deux continues, deux nasales, deux vibrantes ; mais on peut réunir ensemble une ex-

plosive et udg vibrante, comme dans BRa, BLa; DRa, DLa. etc., ou une continue et une vibrante, comme dans FRa, FLa, ou une nasale et une vibrante MRa, MLa ; mais déjà dans ces deux dernières associations l'agglutination est moins complète et l'oreille perçoit entre l'F et ]'R de FRa, FM et l'R de MRa, etc., une sorte de temps d'arrêt occupé par la voyelle primitive expiratoire E (mueti. Cette sensation est encore plus marquée dans Fassociation d'une continue et d'une explosive, comme dans FTa, SBa, ou dans TSa, KSa, etc. D'un autre côté, l'agglutination ne peut se faire si on prononce la vibrante la première, comme dans RBa, RFa, RMa. Toutes ces variations tiennent uniquement à la facilité plus ou moins grande qu'on a à passer de la série de mouvements correspondants à la première consonne à la série de mouvements qui accompagnent la seconde. 11 nous est impossible d'entrer ici dans le détail des cas particuliers, qui demanderaient beaucoup trop de développements; je me contenterai de renvoyer le lecteur au mécanisme spécial des différentes consonnes. En outre, il faut faire la par-t de Fbabitude et de l'exercice.

Dans le second cas, les consonnes se succèdent avec un temps d'arrêt, c'est-à-dire qu'elles appartiennent à des syllabes différentes. Cette succession de consonnes peut se faire de plusieurs manières : il peut y avoir d'abord répétition de la même consonne, du même son. Pour les explosives et pour les nasales, cette répétition est très-nette et les deux sons sont très-distincts, comme dans aBBa, a^'^'a. etc., ce qui s'explique facilement, puisque le premier son est dû à une occlusion rapide et le second à une ouverture brusque de la région d'articulation. Dans la répétition des continues et des vibrantes.il n'en est plus tout à fait de même; ainsi, dans aSSez, aRRèter, il me semble qu'il ny a pas véritable répétition des consonnes S ou R, mais simplement accentuation 'intensité.) plus forte du son pendant le premier temps de son émission, tandis que la voix tombe pendant le second temps. En effet, l'R résulte déjà de vibrations lentes, FS de vibrations plus rapides ; autrement dit, ces consonnes ne sont pas autre chose que des répétitions d'un son, et ajouter un R à un R, un S à un S, ce n'est, en somme, que prolonger la série des vibrations assez longtemps pour donner à l'oreille, grâce à la durée et à la différence d'intensité des deux temps, la sensation d'un redoublement de consonne.

Le mécanisme physiologique n'a pas moins d'influence sur l'association de deux consonnes dilférentes. D'une façon générale, une consonne dure est suivie ordinairement d'une consonne dure, et la prononciation sera plus difficile si elle est suivie d'une faible. Ainsi on dira plus facilement aBDa, aPTa, que aBTa, aPDa; il sera encore plus difficile de passer d'une consonne dure à une consonne molle de la même région d'articulation; ainsi, il est presque impossible de prononcer distinctement aBPa, aDTa, et encore plus dilficile quand la consonne douce précède la dure; comme dans aPBa, aTDa. Il y a là, au point de vue

physiologique, un fait très-curieux. En effet, les mouvements que Ion fait pour prouoncer un B et un P sont très-voisins, si voisins même qu'on prononce souvent l'un pour l'autre, B pour P et P pour B ; et cependant, quand une de ces consonnes vient d'être prononcée, on éprouve une insurmontable difficulté pour prononcer immédiatement Pautre, tandis qu'on passe très-facilement d"une labiale à une linguale ou à une gutturale, quoique ces consonnes exigent des mouvements trèsdifférents (lu premier. Ce phénomène, qui parait anormal au premier abord, se rattache, en réalité, à une loi de l'action musculaire qui joue un très-grand rôle dans la parole et dont Pimportance a jusqu'ici été méconnue par les physiologistes et les linguistes : c'est qu'il est plus dij/icile de faille passer immédiatement un muscle d'un degré de contraction à un degré de contraction diJJ'érent que de passer de la contraction d'un muscle à celle d'un autre muscle.

Des altérations phonétiques se produisent souvent dans ces associatiens de consonnes, altérations phonétiques dont les causes sont souvent difficiles à retrouver et qui souvent semblent se contredire. C'est ainsi que MaRSeille vient de }IaSSilia, et suFFero de suBFero.

3° Union des consonnes et des voyelles. — L'union des consonnes et des voyelles constitue les syllabes, ou autrement les mots, puisqu'il est à peu près démontré aujourd'hui que toutes les racines étaient à 'l'origine monosyllabiques. Si l'on se reporte à la délinition des voyelles et des consonnes, on voit que dans la syllabe il y a deux actes musculaires successifs, dont l'ordre de succession peut, du reste, varier: une forme spéciale de la cavité buccale (voyelle), un rétrécissement ou une occlusion dans une région d'articulation (consonne). La syllabe présente ce caractère que le passage d'un mouvement à Pautre se fait sans temps d'arrêt, de sorte que Poreille a la sensation d'un sou continu.

Les mots sont constitués par une seule ou par plusieurs syllabes juxtaposées, et Passociation des syllabes entre elles pour constituer \e& mots composés dépend en partie de causes physiologiques (action musculaire, sensation auditive euohonique, climat, etc.i, telles que celles qui ont déjà été mentionnées. Les procédés d'altération phonétique lis plus importants sont: la transposition, comme ^diUS forma, fromage ; l'addition, soit au commencement d'un mot [scrihere, écrire, — squelette, esquelette, — rana, gi^enouille^, soit au milieu d'un mot ^funda^ fronde, — numerus^ nombre, — couleuvre, coulieuvre), soit à la un [vas-y ; va-t-il) ; la suppression au commencement d'un mol lesumus, sumus — ptisana, tisane), dans le courant du mot {fabula, fables, ou. à la fin [septem, sept). Ces altérations phonétiques sont surtout marquées dans les syllabes finales des mots et tiennent en grande partie à la paresse musculaire et probablement aussi à cette tendance des actions musculaires à suivre un certain rhythme i répétition des mêmes mouvements), et à ce penchant instinctif que nous éprouvons pour le retour

618 PHYSIOLOGIE F0>GTI0>'};ELLE.

des mêmes sons. Là, du reste, se retrouvent encore les influences de race, de climat, et probablement de conformation physique. La linguistique nous en fournit de nombreux exemples. Ainsi, le sanscrit ne termine jamais un mot par deux consonnes et n'admet guère comme consonnes finales que n, t, s et ;• ; on a déjà vu la généralisation de Te muet en français. Cerlains idiomes présentent une pauvreté remarquable sous le rapport des finales. Sauf quelques rares exceptions, le dialecte tzaconien ne possède que des terminaisons en voyelles; l'abor, un des dialectes de l'Himalaya, a la même finale pour la moitié des mots, et cerlains dialectes de la langue karen ne paraissent pas avoir d"autre finale que V ag.

Caractères physiques de la parole. — La parole, de même que la voix, présente certains caractères acoustiques d'intensité, de hauteur et de durée. Ces caractères correspondent à ce que les grammairiens appellent l'accent, la quantité et l'intonation. Vaccenl (accent tonique) dépend de l'intensité du son ; il indique la syllabe sur laquelle la voix appuie de préférence, et cest en général celle qui forme la racine du mot, à moins que, comme dans beaucoup de langues, Teuphonie n'en détermine la place. La quantité correspond à la durée du son et cette quantité varie, pour chaque syllabe, d'abord suivant la durée physiologique de l'émission des sons (certaines voyelles, certaines consonnes peuvent être soutenues plus longtemps que d'autres) et ensuite suivant des règles prosodiques qu'il ny a pas lieu de mentionner ici. Vintnnation ou la hauteur du son joue un très-grand rôle dans certaines langues ; en général, dans la parole ordinaire la hauteur de la voix reste dans les limites d'une demi-octave; et encore les différences de hauteur qui existent entre les syllabes et les mots ne servent qu'à donner de la variété à la phrase et à en accentuer certains passages; mais dans d'autres langues, l'intonation a une importance capitale, car elle modifie le sens même des mots suivant la hauteur donnée au mot ; c'est ainsi que le chinois compte 4 tons différents, le birman 2, le siamois 5, l'annamite 6. Ces intonations de la parole se remarquent très-bien chez certains individus qui chantent eu parlant.

Origine du langage. — Le langage, au point de vue mécanique, n'est pas autre chose qu'un mode particulier de mouvements musculaires. Comment, en restant dans le domaine purement matériel, ce langage a-t'il pu se développer? La voix (cri, interjections, etc.) est aussi naturelle à l'homme que les mouvements musculaires des membres, mais entre la voix simple et la voix articulée il y a la même dislance qu'entre les mouvements musculaires irréguliers des membres, comme on les observe chez le nouveau-né, et les mouvements de la marche. La voix articulée n'est qu'une des formes de l'expression, comme la mimique et la gesticulation, et il n'y a pas lieu de faire de la parole quelque chose de spécial au-dessus de la nature humaine. Nous avons vu que ces sons articulés existent chez les animaux dans une certaine

mesure ; seulement, chez eux, les mouvements expressifs ei le langage en particulier sont réduits au minimum ; en effet, le cercle de leurs idées est très-restreint ; les modes les plus simples d'expression suffisent pour les rendre et pour traduire tous les genres d'émotions. A quoi servirait rinstrumentation compliquée du langage chez des êtres dont la vie intellectuelle et émotionnelle est si simple? Lorsqu'un chien gratte à une porte ou aboie d'une certaine façon pour qu'on lui ouvre, son langage lui suffit, puisqu'il est compris par son maître, l'ourquoi irait-il au delà? 'Sous lui apprendrions à articuler des mots, s'il le pouvait, qu'il ne serait pas plus avancé; il serait dans le cas d'un perroquet qui répète une phrase, ou d'un enfant de cinq ans auquel on ferait réciter une formule de mathématiques. Le langage est un des modes de traduction de la pensée, le plus utile et le plus merveilleux sans doute, mais il ne vaut que par l'intelligence, qui s'en sert comme d'un instrument, et son développement a dû suivre pas à pas le développement de l'intelligence et son évolution progressive. On conçoit parfaitement, et nous en avons des exemples dans certains sourdsmuets de naissance qui n'ont pas reçu d'éducation spéciale, des hommes privés absolument de langage et qui. n'ayant comme moyens de traduire leur pensée que la mimique et la gesticulation, arriveraient cependant à un degré d'intelligence au niveau de la moyenne. Il a fallu à Ihomme pour faire du feu, pour se fabriquer des armes et des vêtements, pour travailler la terre, etc., autant d'efforts et de tâtonnements que pour arriver à donner des noms aux objets qui l'entouraient, et à traduire ses sensations et ses émotions par des combinaisons de sons articulés.

Envisagé à ce point de vue, le problème de l'origine du langage se pose autrement qu'on ne le conçoit habituellement; il se dédouble: il comprend d'une part le développement même de l'intelligence et nous n'avons pas à nous en occuper ici ; mais, d'autre part, il comprend le développement graduel de ce mode d'expression, de cette forme de mouvements musculaires qui constituent la mécanique de la parole. Or, la solution de ce problème doit être cherchée surtout dans l'étude des phénomènes qui se passent chez l'enfant depuis sa naissance jusqu'au moment où il commence à parler d'une façon distincte, dans l'étude des langues chez les peuplades sauvages et enûn dans celle des langues primitives.

L'étude des langues primitives nous révèle deux faits essentiels, le monosyllabisme et la richesse en voyelles. D'un autre côté, chez Tenfanl nous observons la série suivante Je phénomènes. Au début, c'est le cri pur, la simple expiration vocale, sans articulation ; plus tard la vocalisation apparaît; jusqu'ici il n'y avait guère eu dans la vie de l'enfant que des sensations de faim et de douleur traduites par un seul mode expressif, le cri; maintenant les émotions de plaisir, la curiosité, Vétonnement, la colère, etc., commencent à se faire jour et se révèlent

par les modulations de la série des voyelles ; mais peu à peu cela ne suffît plus; les sensations se multiplient et avec elles les besoins de mouvements expressifs nouveaux; les consonnes sont balbutiées, les labiales d'abord, puis les linguales, puis les gutturales jusqu'à ce qu'enfin il ait à son service toute la gamme des sons articulés. Mais il est facile de voir que chez l'enfant le langage n'est qu'une fraction de tout un ensemble de mouvements d'expression qui embrassent tout le système musculaire et qui se perfectionnent en même temps que la parole.

Le cri s'accompagne de contractions réflexes des membres inférieurs qui se rapprochent du ventre et se fléchissent ; les mêmes contractions se retrouvent dans les membres supérieurs. Avec la vocalisation se montrent des mouvements expressifs plus complexes ; il rit, il frappe des mains, il avance le bras pour saisir, il fait des gestes de dénégation ; enfin avec l'articulation des consonnes paraissent les mouvements plus intelligents de la palpation, les tâtonnements de la marche, en un mot toute la série des mouvements de relation destinés à le mettre en rapport avec le monde extérieur.

On a admis deux théories diflTérentes sur l'origine du langage, celle de V o7iomatopée et celle de Vinterjecéion ; dans la première, le langage primitif ne serait que l'imitation par l'homme des bruits extérieurs; dans la seconde il ne serait que le développement des cris émotionnels; mais si les deux théories peuvent s'appuyer sur quelques faits, aucune des deux ne peut être admise à l'exclusion l'une de l'autre et elles ne suflisent pas, même à elles deux, comme le fait remarquer Max Millier, pour expliquer la formation du langage. D'un autre côté, l'attribuer, comme le fait Max Millier, à une force inhérente à la nature humaine, ne me paraît pas plus heureux. Le langage n'est qu'un des modes d'expression et. d'une façon générale, les animaux possèdent aussi ces mouvements d'expression, quoique les manifestations en soient beaucoup plus restreintes que chez l'homme. Le langage n'est donc pas essentiel à la nature humaine, il n'est que le terme supérieur d'une évolution commune à tous les êtres animés, et sa manifestation la plus élevée et la plus remarquable; il est uniquement ce que le fait l'intelligence humaine et cette intelligence a perfectionné peu à peu l'instrument brut et grossier des premiers temps pour en faire l'admirable instrument dont nous nous servons aujourd'hui. Mais vouloir séparer le langage de l'accentuation, de l'intonation, de l'expression faciale, de la gesticulation qui l'accompagne, et vouloir le réduire à une pure combinaison de mots et de sons articulés, c'est méconnaître complètement la portée du problème et les lois physiologiques.

C'est en me basant sur les considérations précédentes que je me hasarde à proposer l'échelle suivante de développement progressif du langage en le rapprochant des autres modes principaux d'expression :

Première période. — Cris émotionnels et gesticulation instinctive.

MÉCAMOUE DE LA DIGESTIO>'. 621

Deuxième période . — Vocalisation (voyelles). Intonation. Gesticulation raisonnéc ; mimique; danse.

Troisième période. — Articulation (consonnesi. Monosyllabisme. Écriture figurative.

Quatrième période. — Apparition des langues proprement cfites. Langues monosyllabiques ou isolantes (ex. : chinois).

Cinquième période. — Langues agglutinantes lex. : turc).

Sixième période. — Langues amalgamantes ou à flexion (ex. : langues aryennes et sémitiques).

nibliosrapliie. — Eexax : Histoire des langues sémi'iqiies, 183S. — Geïmm; Deutsche Grammatik, 1840. — Brucke : Grundziige der Physiologie nnd Systematik der Sprachlaute, J856. — Merkel : Anat. und Phys. des menschlichen Stimm nnd Sprachorgans, 18Ô7. — L. Vaisse : De la Parole considérée au double point de vue de la physiologie et de la grammaire, 1858. — W. V. Hcmboldt : De l'Origine des formes grammaticales ; trad. par Toxnelé, 1859. — M. Thausing : Das natûrliche Lautsyitem, 18tj3. — Max Muller : la Science du langage; trad. par Harris et Perrot, 1864. — D'ESCAYRAC DE LAUTtRE : le Langage, 186Ô. — C.L. Merkel: Physiologie der menschlichen Sprache, 1860. — Bopp : Grammaire comparée; trad. par Bréal. — Terrien Poxcel : Du Langage, 18 il.

Les phénomènes mécaniques qui se passent dans le tube digestif sont de deux ordres : les uns ont pour but de faire progresser les alim.ents depuis la bouclie jusqu'à l'anus et de les mettre ainsi successivement en contact avec les différentes sécrétions digestives et d'expulser ensuite leur résidu ; les autres ont pour but de diviser ces aliments et de les mélanger aux sucs digestifs, en un mot de leur faire subir des modifications de consistance et de cohésion.

Ces deux effets se produisent sous l'influence des contractions musculaires des parois du tube digestif : ces contractions, sauf aux deux extrémités, sont dues à des fibres musculaires lisses, tandis que du côté de la bouche, comme du côté de l'anus, des appareils musculaires striés viennent remplacer les fibres lisses du tube alimentaire ou s'y surajouter. Aussi tandis que, d'une façon générale, les mouvements qui succèdent immédiatement à l'ingestion des aliments ou qui précèdent leur expulsion sont rapides et volontaires, les mouvements de toute la partie intermédiaire se distinguent par leur lenteur et leur soustraction à l'influence de la volonté. Xous étudierons successivement la préhension des aliments, la mastication, la déglutition, les mouvements de l'estomac, ceux de l'intestin grêle, du gros intestin et la défécation.

\o Préhension des aliments.

Nous ne nous arrêterons que sur les divers modes de préhension des aliments liquides.

Les liquides peuvent être versés directement dans la cavité buccale et de là passer dans le pharynx par un mouvement de déglutition [boire à la régalade). Mais ordinairement ils sont «5pirés. Cette aspiration se fait de deux façons. Dans l'action de humer un liquide, c'est le courant d'air inspiré qui entraîne dans la cavité buccale le liquide dans lequel baignent les lèvres; quand les lèvres ne sont pas complètement immergées dans le liquide, une petite quantité d'air est entraînée en même temps et donne lieu à un bruit de gargouillement.

Chez l'enfant à la mamelle, dans la succion, l'aspiration se fait par un tout autre mécanisme. La cavité buccale joue le rôle d'un corps de pompe dont la langue constitue le piston ; les lèvres s'apphquent hermétiquement au pourtour du mamelon ; l'isthme du gosier est fermé par le contact de la base de la langue et du voile du palais.; la partie antérieure de la langue se porte en arrière en faisant le vide autour du mamelon, et la pression atmosphérique, qui presse sur la surface de la mamelle, chasse le lait dans la cavité buccale. La respiration peut continuer pendant la succion. .

2° Mastication.

La mastication a pour but de triturer les aliments et de les imprégner de salive, de façon à faciliter leur déglutition et l'action ultérieure des sucs digestifs (page 399).

Les aliments sont divisés par les incisives et les canines, et broyés entre les molaires supérieures et inférieures. La résistance de l'émail est assez considérable pour permettre aux dents de briser et de broyer des corps très-durs, action favorisée par les pointes saillantes des canines et des molaires qui peuvent, comme une sorte de coin, concentrer la pression sur un seul point. La sensibihté dentaire, très-développée et très-délicate, nous permet de graduer la pression suivant la résistance de l'aliment.

Pendant que les mouvements de la mâchoire inférieure mettent ainsi en jeu l'appareil dentaire pour diviser et triturer les aliments, les parties molles de la cavité buccale ne restent pas inactives : les lèvres et les joues ramènent contre les dents les parcelles alimentaires qui tombent en 'dehors des arcades dentaires ; la langue joue le même rôle pour celles qui s'échappent du côté interne, et quand la trituration mécanique est accomplie, la langue presse les aUmenls contre la voûte palatine et en forme une sorte de masse molle imprégnée de salive, qui a reçu le nom de hol alimentaire (').

Innervation. — Les nerfs des mouvements de mastication sont : la branche motrice du trijumeau (muscles de la mâchoire inférieure et ventre antérieur du digastrique), l'hypoglosse (langue) et le facial (buccinateur et ventre postérieur du digastrique). Le centre des mouvements coordonnés de la mastication paraît se trouver dans la moelle aUouirée.

S'' Déglutition.

La déglutition comprend les actes par lesquels l'aliment passe de la cavité buccale dans l'estomac. On peut la diviser en trois temps : dans le premier temps, le bol alimentaire franchit l'isthme du gosier; dans le second, il franchit le pharynx: dans le troisième il traverse l'œsophage.

\" Premier temps. — Le loi aUmentaire franchit fisthme du gosier. — Tant que le bol alimentaire se trouve dans la cavité buccale, nous pouvons retarder la déglutition ; mais dès que le bol alimentaire arrive à l'isthme du gosier, le mouvement de déglutition commence, mouvement rétlexe et involontaire qu'il nous est impossible d'arrêter. Quand les ahments ont été sufllsamment triturés et insalivés, la langue se soulève par la contraction des styloglosses et surtout du mylo -hyoïdien qui agit à la manière d'une sangle (Bérard) et dont on sent parfaitement la contraction sur soi-même ; en même temps les libres linguales

(') Les mouvements de la mâchoire inférieure dans l'articulation temporomaxillaire, ainsi que l'action des muscles masticateurs, sont étudiés dans les traités d'anatomie. (VoirBeaunis et Bouchard, 2^ édit., page lôi, Articul. teraporo-maxillaire,; 259, Digastrique; 275, Buccinateur; et 278, Muscles de la mâchoire inférieure.)

624 PHYSIOLOGIE FONCTIONÎfELLE.

intrinsèques se contractent et pressent le bol alimentaire d'avant en arrière contre la voûte palatine d'abord, puis contre le voile du palais tendu par les péristaphylins externes et par les piliers antérieurs. Le bol alimentaire franchit ainsi, par une sorte de mouvement convulsif, l'isthme du gosier qui reste alors à l'état d'occlusion complète pendant que l'aliment franchit le pharynx.

2" Second temps. — Le bol alimentaire franchit le pharynx. — Pendant ce second temps, il se passe quatre séries de phénomènes simultanés, mais qui, pour être analysés, doivent être étudiés à part. Ce sont: les mouvements du pharynx, l'occlusion des fosses nasales, l'occlusion des voies respiratoires, l'occlusion de l'isthme du gosier.

A. raouvemcnt.^ du pharynx. — Ccs mouvcmcnts sont de deux ordres, le pharynx s'élève et en môme temps il se contracte. L'ascension du pharynx ne porte que sur ses parties moyenne et inférieure, et s'accompagne d'un mouvement d'ascension simultané du larynx, bien sensible quand on place le doigt sur la pomme d'Adam pendant la déglutition; cette élévation est produite parles muscles des piUers postérieurs, les stylo-pharyngiens, les constricteurs et les muscles sus-hyoïdiens; aussi l'ascension du pharynx exige-t-elle la fixation préalable de la mâchoire inférieure par les muscles masticateurs; on ne peut avaler la bouche ouverte à moins de fixer entre les arcades dentaires un corps dur qui donne un point d'appui fixe aux dents de la mâchoire inférieure. Ce mouvement a pour but de porter le pharynx audevant du bol alimentaire. La contraction du pharynx a lieu par l'action des constricteurs, qui se contractent successivement de haut en bas et refoulent le bol du côté de l'œsophage. D'après Passavant, la contraction du constricteur supérieur déterminerait la formation d'une crête verticale sur la paroi postérieure du pharynx.

n. Orcliii^iou des fosses nasales. — L'oCClusiOU de l'isthme

pharyngo-nasal se fait par le concours de deux actes musculaires: 1" par la contraction des muscles pharyngo-staphylins, qui rapprochent l'un de l'autre les piliers postérieurs, rapprochement constaté par l'observation directe et cependant nié parMoura-Bourouillon ; 2° par le soulèvement du voile du palais ; ce soulèvement , nié par quelques auteurs, est assez marqué pour imprimer un mouvement de bascule à un stylet introduit par les fosses nasales (Debrou) et amène une augmentation de près-

sion dans Tair des fosses nasales (Garlet), tandis qu'il y a eu même temps diminution de pression dans l'air de la cavité pharyngienne. (Garlet, Arloing.)

C. occlusion des voies respiratoires. — Cette OCClusion porte

à la fois sur l'orifice supérieur du larynx et sur la glotte, r Locclusioji de l'orifice supérieur du larynx est due à l'abaissement de l'épiglotte ; 1 epiglotte est refoulée par la base de la langue qui se porte en arrière, et ce refoulement est favorisé par l'asconsion du larynx; en outre, peut-être y a-t-il aussi abaissement de l'épiglotte par ses muscles propres (fibres thyro- et aryépiglottiques). Cependant l'incision de l'épiglotte chez le chien (Longet) ne gêne en rien la déglutition des ahments soUdes ; elle gêne seulement un peu celle des liquides. Si on avale un bol alimentaire imprégné d'une encre noire, et qu'on examine ensuite les parties au laryngoscope, on voit que la base de la langue, les replis glosso-épiglottiques, la face anférieure de l'épiglotte, les gouttières laryngo-pharyngées, l'ouverture de l'œsophage, sont seuls noircis par le contact du bol aUmentaire, tandis que la face postérieure de l'épiglotte et l'intérieur du larynx ont conservé leur coloration normale (Guinier). 2" L'occlusion de la glotte a lieu pendant la déglutition, si on s'en rapporte à l'examen laryngoscopique ; il est vrai que dans ce cas les conditions de la déglutition sont tout à fait changées; cependant un fait qui semble prouver cette occlusion, c'est que l'expiration est complètement arrêtée et la voix impossible au moment de la déglutition. Mais cette occlusion ne paraît pas être indispensable, au moins chez certains animaux; car Longet a pu. par une ouverture à la trachée, introduire une pince et maintenir la glotte dilatée sans gêner la déglutition des solides et des liquides, et l'expérience de Guinier, citée plus haut, indique qu'à l'état normal, les aliments ne pénètrent pas dans la cavité du larynx. D'après Longet, l'occlusion de la glotte dans la déglutition ne serait pas due à l'action des muscles propres, mais à colle du constricteur inférieur. Il a vu en effet cette occlusion persister après la section des nerfs récurrents et du rameau du cricothyroïdien. Par contre, la persistance de la sensibilité de la partie sus-glottique du larynx est indispensable pour éviter l'introduction dans la trachée de parcelles alimentaires et surtout de liquides qui auraient pu franchir l'orihce supérieur du larynx; si ou sectionne les nerfs laryngés supérieurs, cette sensibilité

Beaums, Phys. 40

626 PHYSIOLOGIE FOXCTIO X?;ELLE.

est abolie, ces parcelles n'excitent aucun mouvement de toux et, au lieu d'être expulsées, pénètrent dans la trachée quand la glotte s'ouvre après la déglutitiou.

». Occlusion de l'isthme du gosier. — Cette OCClusioU, doilt

le mécanisme a été étudié plus haut, persiste pendant tout le temps de la déglutition pharyngienne, comme le prouve le maintien de la pression de l'air dans la cavité buccale. (Carlet.)

Pendant ce temps de la déglutition, le pharynx représente donc une cavité qui n a d'issue que du côté de l'œsophage, grâce à l'occlusion hermétique des trois ouvertures nasale, laryngienne et buccale. D'après Carlet, la diminution de pression de l'air dans le pharynx déterminerait une véritable aspiration du bol.

3" Troisième temps. — Le bol alimentaire francliit l'œsophage. — Une fois le bol alimentaire arrivé dans la partie supérieure de l'œsophage, le pharynx retombe, les trois orifices mentionnés plus haut s'ouvrent de nouveau et le bol traverse de haut en bas l'œsophage sous l'influence des contractions successives des fibres circulaires et des fibres longitudinales; les fibres longitudinales portent au-devant du bol la partie de l'œsophage située au-dessous de lui , et les fibres circulaires le refoulent alors de haut en bas. La pesanteur n'a à peu près aucune influence sur la déglutition; on avale parfaitement la tête en bas.

La déglutition s'accompagne de l'ouverture de la trompe d'Eustache due aux fibres du péristaphylin externe qui s'attachent à la partie membraneuse de la trompe.

Pour que la déglutition s'accomplisse , il faut qu'il y ait quelque chose à déglutir ; il est impossible d'avaler à vide. La cause en est dans l'absence de stimulus qui détermine, par son contact avec la muqueuse, la production des mouvements réflexes.

D'après Schiff, la déglutition des hquides laisserait toujours dans le sillon glosso-épiglottique quelques gouttes de liquide qui donnent lieu à une déglutition secondaire. Si, en effet, on observe ce qui se passe après avoir bu une certaine quantité de liquide, on remarque quelques secondes après une nouvelle déglutition qui empêche que ce reste de liquide n'arrive à la glotte. Pour Schifl', cette déglutition secondaire serait déterminée par l'irritation des ventricules du larynx par le liquide descendu du sillon glosso-épiglottique.

Innervation. — Vinnervation motrice de la déglutition est très-

compliquée à cause du grand nombre de muscles qui entrent en jeu dans cet acte. On trouve en effet parmi les nerfs moteurs, le glossopharyngien (muscles du pharynx), le facial fpéristapliylin interne)^, rhypoglosse (langue), le trijumeau ipéristaphylin externe, muscles sushyoïdiens, muscles masticateurs), le pneumogastrique (muscles du larynx, œsophage). Les nerfs sensitifs proviennent du trijumeau (voile du palais), du glosso-pharyngien (langue et pharynx), du laryngé supérieur (orifice supérieur du larynx). L'excitation de ces différents nerfs produit des mouvements de déglutition iWaller et Prévost). La sensibilité œsophagienne vient du pneumogastrique.

4° Mouvements de l' estomac.

Observation des mouvements de l'estomac. — Mise à nu de r estomac par V ouverture du ventre. — En général, les mouvements de l'estomac, surtout les mouvements spontanés, sont peu marqués ; cependant on observe, même sur l'estomac extirpé, des contractions rhythmiques, spécialement dans la partie cardiaque, et qui gagnent peu à peu le pylore. Les mouvements deviennent plus prononcés par une excitation galvanique ou mécanique et se traduisent par une contraction circulaire de l'estomac au point irrité. La dilatation de l'estomac par une vessie de caoutchouc qu'on introduit dans l'estomac et qu'on dilate ensuite par l'insufflation, amène aussi des contractions de cet organe. Les fistules gastriques, soit sur l'homme, soit sur les animaux, ont permis d'observer les mouvements communiqués par les contractions stomacales aux substances contenues dans son intérieur. D'après de Beaumont, les matières suivraient la grande courbure en allant du cardia au pylore et reviendraient le long de la petite courbure en allant du pylore au cardia, et ce mouvement de rotation durerait de une à trois minutes. D'après d'autres auteurs, ce mouvement se ferait au contraire comme le représente la figure 130. Réclam a imaginé un procédé pour étudier les mouvements de l'estomac; il donne à des chiens du lait riche en caséine ; puis il sacrifie l'animal ; la direction des sillons à la surface de la masse coagulée indique le sens de la rotation de cette masse.

L'estomac se dilate au fur et à mesure que les aliments arrivent par le cardia; en môme temps que se fait cette dilatation, la grande courbure ainsi que le grand cul-de-sac, qui sont les parties les plus expansibles de l'estomac, se portent en avant et s'appliquent à la paroi abdominale antérieure.

Les contractions de l'estomac à l'état normal sont très-lentes

et très-peu intenses; cependant elles suffisent pour opérer le mélange des diverses substances alimentaires entre elles et avec

Fig. 130. — Mouvements de l'estomac. (Voir page 627.)

le suc gastrique. On a admis, sans qu'on en ait eu la preuve directe, que pendant la digestion stomacale l'estomac se divisait en deux portions par la contraction des fibres obliques : une partie inférieure gauche, correspondant au grand cul-de-sac, réservoir où s'accumuleraient les aliments pour y subir l'action du suc gastrique; une partie supérieure, constituant un canal qui longerait la petite courbure et permettrait aux liquides (et à certains aliments ?) de passer directement de l'œsophage dans le duodénum.

Pendant la durée de la digestion stomacale, le pylore est fermé par la contraction de son sphincter, et ce sphincter ne s'ouvre que par moments p.our laisser passer successivement le chyme dans le duodénum. Cette ouverture dusphincter se fait par action réflexe sous l'influence d'une excitation de la muqueuse qui le recouvre, mais dont la nature est tout à fait inconnue.

Vomissement. — Quoique le vomissement appartienne plutôt à la physiologie pathologique qu'à la {Thysiologie normale, il est impossible de le passer sous silence. Le vomissement est précédé d'une sensation interne particulière, ]3i nausée. L'acte mécanique du vomissement comprend, d'après les expériences de SchifT, deux stades : un stade préparatoire et un stade d'expulsion. Le stade p?'épaî'atoire est ôùk l'estomac et consiste essentiellement en une dilatation du cardia. Cette dilatation qu'on peut sentir en introduisant le doigt par uneflstule gastrique dans roriflce du cardia, serait active, d'après Scliiff, et due à la contraction

Fig. 130. — a, direction du cardia c au pylore d. — b, direction en sens inverse.

MÉGAMOL'E DE LA DIGESTIOX. 629

des fibres longitudinales de l'œsophage; si ces fibres sont désorganisées, le vomissement est impossible ; il en est de même si l'estomac est paralysé. Le deuxième stade consiste dans l'expulsion violente des matières et exige l'intervention de tous les muscles de l'ovoïde abdominal : diaphragme et muscles abdominaux, comme dans l'eflort. En eflet, si on ouvre le ventre pour mettre l'estomac à découvert, le vomissement ne peut plus se faire ou se faire que Irès-incoraplétement ; et d'autre part, comme le prouve une expérience célèbre de iMagendie, on peut remplacer l'estomac par une vessie de porc et voir le vomissement se produire, après injection d'émétique dans les veines, par la seule influence des muscles abdominaux; mais il faut que l'orifice cardiaque de l'estomac soit enlevé avec l'estomac, comme l'a montré Tantini ; sans cela la dilatation du cardia ne se produisant pas, le vomissement n'a pas heu. Pendant le vomissement, le pylore reste fermé parla contraction énergique de son sphincter; les matières se trouvent ainsi poussées violemment dans l'œsophage et de là dans le pharynx et la cavité buccale. L'orifice supérieur du larynx et Tisthme pharyngo-nasal sont obturés par le mécanisme déjà décrit à propos de la déglutition ; seulement, il arrive souvent que la pression est si forte qu'elle surmonte la résistance du voile du palais et que les matières sont rejetées par le nez. L'occlusion de la glotte précède le vomissement, mais ne paraît pas être indispensable.

Les différentes espèces animales présentent de très-grandes différences au point de vue du vomissement. Très-facile chez les carnivores et en particulier chez le chien et le chat, il est à peu près impossible chez le cheval et chez les ruminants.

La régurgitation est le retour dans la bouche d'une partie du contenu de l'estomac ; ce retour a lieu sans efforts, et chez certaines personnes il est volontaire et peut devenir habituel (rumination ou mérycisme). Certains physiologistes, Erown-Séquard, Gosse, ont utilisé cette faculté pour étudier les modifications des aliments dans l'estomac.

V éructation est l'expulsion violente de gaz stomacaux avec production d'un son à la partie supérieure de l'œsophage.

Innervation. — On sait peu de chose de l'innervation motrice de l'estomac. Cependant l'excitation du pneumogastrique et quelquefois celle du plexus cœliaque déterminent des contractions, surtout chez les ruminants, et ces contractions sont arrêtées par la section ou la destruction de ces nerfs.

b^ Mouvements de l'intestin grêle.

Observation des mouvements de l'intestin grêle. — Observation directe. — Si on ouvre le ventre et qu'on mette à nu les intestins sur

un animal vivant ou qu'on vient de sacrifier, on voit toute la masse intestinale parcourue par des mouvements qu'on ne peut mieux comparer qu'aux mouvements d^un tas de ve?'s, d'où le nom de mouvements vermiculaires ; ces mouvements sont surtout très-intenses au moment de l'agonie. Ces mouvements sont de deux ordres: les uns consisten-t en alternatives de constriclion et de relâchement circulaires qui se propagent de proche en proche le long de l'intestin ; les autres consistent en véritables déplacements des anses intestinales les unes sur les autres. Gn a attribué ces contractions à l'action de l'air et au refroidissement de l'animal ; mais aucune de ces deux conditions ne peut en être la cause exclusive, car elles se produisent encore quand on respecte le péritoine ou quand la température de la chambre est égale à celle de l'animal. La circulation parait avoir plus d'influence, et ces contractions sont déterminées aussi bien par l'anémie que par l'hyperhémie de l'intestin ; ainsi, elles augmentent par la compression de l'aorte, l'occlusion de la veine porte, l'injection de sang rouge dans les vaisseaux; cependant, une hyperhémie veineuse trop forte les fait cesser. Elles sont arrêtées par le froid, jusqu'à -h 19°, et augmentées par la chaleur. V excitation directe de tintestin, soit galvanique, soit mécanique, agit beaucoup plus vivement sur lui que sur Testomac et produit une contraclion énergique au point touché.

On peut enregistrer les contractions de l'intestin en introduisant dans une anse intestinale des ampoules en caoutchouc qui communiquent par un tube avec le tambour du polygraphe. La contraction de l'intestin comprime l'ampoule, et la pression de l'air se communique au levier enregistreur qui s'élève. Ces instruments, dont la disposition peut varier, ont reçu le nom d'entérog?^aphes (entérographes de Legros et Onimus, d'Engelmann, etc.).

Les mouvements de l'intestin grêle ont pour but la progression des matières alimentaires depuis le pylore jusqu'à la valvule iléocœcale. On les a divisés en péristaltiques, qui favorisent ce mouvement de progression, et antipéristaltiques ^ qui se produiraient en sens contraire. Ce qu'il y a de certain, c'est que ces contractions ne sont pas continues , mais sont rhytlimiques et séparées par des intervalles de repos, et, en outre, qu'elles sont loin de se faire dans les circonstances normales avec la violence qu'on observe chez les animaux au moment de l'agonie. La présence des aliments, la bile (action niée par Schiff), favorisent ces mouvements; ils paraissent s'arrêter pendant la nuit.

La progression des aliments dans l'intestin grêle n'est donc pas continue; elle subit des temps d'arrêt et quelquefois même

Page 1