B. — CIRCULATION CAPILLAIRE
Procédés. — La circulation capillaire peut être étudiée au microscope très-facilement, surtout chez les animaux à sang froid. Sur la grenouille, on peut l'examiner sur la membrane interdigitale, le mésentère, la langue et le poumon. Pour éviter les mouvements de l'animal, on le curarise; la circulation continue et on peut ainsi pro-
MÉCA>'1QUE DE LA CIRCUL ATI 0.\. G77
longer Tobservation pendant un temps très -Ion?. Il suffit de tendre la membrane à examiner au-dessus d'une plaque de liège percée d'un trou et de la fixer avec des èpTngles, mais en prenant bien soin de ne pas interrompre la circulation. Pour l'étudier sur le poumon, cet organe doit être maintenu à Tétat de distension par un courant d'air humide (KQttner). Quand l'observation doit être prolongée longtemps, il faut empêcher la dessiccation de la membrane, soit en Thumectant de temps en temps avec un liquide indiffèrent, soit en plaçant l'animal dans une atmosphère saturée d'humidité. La queue du têtard, les jeunes embryons, surtout les embryons de poissons, se prêtent très-bien à l'étude de la circulation capillaire. Chez les animaux à sang chaud, cette étude est plus difficile; cependant, elle peut se faire assez facilement sur le mésentère de petits animaux.
On 'ne doit pas oublier dans cet examen que, grâce à l'ampliOcation microscopique, la vitesse du sang dans les capillaires parait beaucoup plus considérable qu'elle ne l'est en réalité.
L'ensemble des capillaires constitue, comme on l'a vu déjà, une sorte d'élargissement qui termine la base du cône artériel et qui précède le cône veineux; cet élargissement ou ce cylindre est très-court, et entre l'artériole qui précède immédiatement le réseau capillaire et la veinule qui le suit immédiatement, il n'y a guère plus de 1 à 2 millimètres de distance. Mais quelque faible que soit celte dislance des artères aux veines et quelque bref que soit le passage du sang à travers les capillaires, cet élargissement du lit sanguin ne s'en traduit pas moins pac une diminution de vitesse et de pression du sang.
En outre, l'examen direct de la circulation capillaire au microscope permet de constater les faits suivants. Le courant sanguin, appréciable par le mouvement des globules entraînés par le courant est continu, uniforme et ne présente pas d'accélérations périodiques correspondantes à la systole du ventricule. Le courant a toujours la même direction et se fait toujours des artères vers les veines, sauf dans les cas d'obstacle à la circulation. Quand le capillaire a un calibre assez considérable, on voit que la couche liquide immédiatement en contact avec la paroi du vaisseau parait immobile (coucfie inerte) et que le mouvement est le plus rapide dans l'axe du vaisseau. Les globules rouges sont ainsi emportés par le courant et subissent en même temps un mouvement de rotation qui découvre tantôt leur face, tantôt leur profil; ils s'arrêtent souvent sur un éperon de bifurcation capillaire en laissant ballotter leurs deux extrémités dans les deux
branches; en général, ils ne touchent les bords que quand les capillaires se rétrécissent ou quand^ l'espace leur manque par l'accumulation des globules; dans ce cas, ils s'effilent en prenant toutes les formes pour reprendre leur forme primitive dès que la compression a cessé. Les globules blancs, au contraire, cheminent plus lentement contre la paroi du vaisseau, s'arrêtant souvent contre cette paroi; leur vitesse est 10 à 15 fois plus faible que celle des globules rouges.
La disposition des capillaires varie beaucoup suivant les organes, mais ce qui varie surtout c'est la richesse dea différents organes en capillaires, ou autrement dit le rapport du cahbre total des capillaires au calibre des artères afférentes. C'est là, en effet, ce qui règle la quantité de sang reçue par l'organe. On pourrait donc représenter la circulation de chaque organe par un double cône vasculaire analogue à celui qui représente la circulation générale (voir page 6G5). On verrait ainsi quelles différences présentent les divers organes ; il n'y a qu'à comparer à ce point de vue le testicule au foie, par exemple.
Les capillaires sont, du reste, sujets à des variations notables de calibre, et ces variations sont de deux espèces. Les unes sont jmssives et dues à la quantité plus ou moins forte de l'afflux du sang, réglé lui-même par le calibre des artères afférentes, et à la quantité de l'écoulement par les veines efférentes. Les autres sont actives et consistent en des alternatives de rétrécissement et de dilatation ; ces rétrécissements paraissent dus à des éléments contractiles fusiformes (cellules endothéliales?) et peuvent diminuer la lumière du capillaire de façon à empêcher le passage des globules rouges (de Tarchanow).
e. — CIRCULATION VEINEUSE.
Les tissus élastique et musculaire entrent dans la constitution des veines comme dans celle des artères, mais pas dans les mêmes proportions ; leurs parois sont plus minces, moins parfaitement élastiques, plus dilatables, ce qui est en rapport avec la pression sanguine plus faible qui existe dans le système veineux. La contractihté veineuse est hors de doute. On a constaté sur les veines, comme sur les artères, des contractions quelquefois rhythmiques; ainsi dans les veines splénique,mésentériques(Fre-
richs et Reichert), à rembouchure des veines caves (Colin); et, du reste, les excitations mécaniques (choc bref sur les veines dorsales de la main, Gubler); l'électricité, déterminent leur contraction.
La circulation veineuse se fait, comme dans le reste du système vasculaire, sous l'influence de l'inégalité de pression du sang; le sang s'écoule des capillaires, lieu de la plus forte pression, vers les veines, lieu de la plus faible pression. Quoique l'ensemble du système veineux représente un cône qui va en se rétrécissant des capillaires à l'oreillette et que cette disposition doive produire une augmentation de pression marchant dans le même sens, celte augmentation est compensée et au delà par la déplétion périodique de Loreillette pendant sa systole et le résultat final est une diminution de pression des capillaires au cœur (voir fig. 164, p. 688). Cependant ces différences de pression des deux extrémités du système veineux ne seraient pas sutlisantes pour amener une circulation sanguine réguUère si d'autres conditions accessoires n'intervenaient pour contre-balancer les obstacles que la pesanteur (spécialement pour les veines des membres inférieurs), les compressions veineuses (par causes extérieures, par faction musculaire, etc.), l'expiration, l'effort, etc., opposent à la circulation du sang dans les veines.
Les causes qui favorisent la circulation veineuse sont les contractions musculaires (quand elles ne sont pas portées au point d'oblitérer la lumière du vaisseau), les anastomoses nombreuses qui font communiquer les veines voisines ou les veines superficielles avec les veines profondes, les battements des artères satellites, la pesanteur pour quelques veines et surtout l'inspiration (voir : Rapports de la circulation et de la rcspi rat ion). Eniiu, les veines présentent en beaucoup d'endroits des replis ou valvules disposés de façon à s'opposer au reflux du sang dans la direction des capillaires et à permettre le libre écoulement dans la direction du cœur. Sans ces valvules le sang veineux, comprime par l'action musculaire ou par des obstacles mécaniques, aurait autant de tendance à se diriger vers les capillaires que vers le cœur.
L'écoulement sanguin dans les veines est continu et uniforme comme dans les capillaires. Ce n'est que dans les cas pathologiques qu'on observe dans les grosses veines du cou un pouls veineux isochrone à la systole auriculaire, pouls veineux admis à tort comme normal par quelques auteurs.
On peut faire au sujet des veines les mêmes remarques que celles qui ont été faites à propos des artères. Toute diminution de calibre dans une partie du système veineux amène une augmentation de pression dans les vaisseaux. De même, si on fait Ja ligature de la veine principale d"un organe ou si cette veine est simplement rétrécie, la pression augmentera dans les capillaires de cet organe et dans les artères afférentes.
Quant aux bruits vascuîaires qui peuvent se produire dans les artères et dans les veines pendant la circulation, leur étude est plutôt du ressort de la pathologie que de la physiologie, et je renvoie aux traités de séméiologie et de pathologie générale.
Viiuiervation des vaisseaux sera traitée dans le chapitre de l'innervation.