ÉLECTRICITÉ ANIMALE
électriques; E. Becquerel les a constatés dans les os. les tendons, les vaisseaux, etc. La surface externe de la peau (grenouille) est électrisée négativement, la surface interne positivement. ^
2° Variation négative.
Les nerfs et les muscles à l'état d'activité présentent un changement remarquable de leur état électrique. Si on place, comme dans l'appareil de la figure 172, une portion de nerf ou de muscle dans le circuit galvanométrique, la déviation de l'aiguille indique l'existence du courant normal. Si alors on excite le nerf ou le muscle en dehors du circuit galvanométrique, de façon à tétaniser le muscle, l'aiguille revient sur ses pas et peut même (pour les nerfs seulement) dépasser le.zéro et indiquer un renversement du courant (variation négative). Ainsi, dans la patte d'une grenouille, on a un courant descendant au moment de la contraction au heu du courant ascendant ordinaire. Cette variation négative peut agir comme excitant sur le nerf d'un autre muscle, et pour cela il n'y a pas même besoin de tétaniser le muscle, il suffît d'une seule contraction ; si on place le nerf de la patte galvanoscopique sur le nerf du muscle qui se contracte, de façon qu'un des points du premier nerf corresponde à la coupe et un autre point à la surface du second nerf, chaque contraction musculaire s'accompagne d'une contraction de la patte galvanoscopique (contraction secondaire). Si au lieu d'y produire une seule contraction, on tétanise le muscle et qu'on place sur ce muscle (coupe et surface longitudinale) deux points du nerf de la patte galvanoscopique, les muscles de cette patte entrent aussi en tétanos {tétanos induit ou secondaire de Matteuci).
Cette variation négative peut être aussi constatée chez l'homme. Si on ferme le circuit galvanométrique par un vase rempli d'eau et qu'on plonge dans le liquide un doigt de chaque main, l'aiguille du galvanomètre n'indique aucun courant, les courants allant dans chaque bras du tronc vers le doigt se détruisant réciproquement ; si alors on contracte les muscles d'un bras, l'aiguille se dévie et indique un courant qui va dans ce bras du doigt vers l'épaule. (Du Bois-Reymond.)
La variation négative se produit d'abord au point excité du muscle dont elle précède la contraction, et sa durée totale est d'en-
viron '/soo^ de seconde ; puis, à partir de ce point, elle se propage dans le muscle à raison de 3 mètres par seconde, c'est-à-dire avec unevit^se égale à celle de la transmission de l'onde musculaire. Dans les nerfs, il en est de même et sa propagation se fait comme pour l'excitation nerveuse, à raison de 33 mètres par seconde en moyenne.
Du Bois-Reymond ne considère pas la variation négative comme l'indice d'une diminution réelle du courant.
•Holmgren a constaté la variation négative du courant de la rétine du lapin au moment où les rayons lumineux entrent dans l'œil.
3" Théories des courants musculaire et nerveux.
La théorie des phénomènes électriques qui se produisent dans les nerfs et dans les muscles, soit à l'état de repos, soit à l'état d'activité, laisse encore beaucoup à désirer, et je me contenterai de donner une idée générale des principales opinions émises sur ce sujet sans entrer dans la discussion de ces opinions.
1° Théories chimiques. — Liebig émit un des premiers lïdée que le courant musculaire était dâ à la réaction différente du sang (alcalin i et du tissu musculaire 'acidei, et cette idée de l'origine chimique des courants électriques a été soutenue et généralisée par d'autres observateurs. Ranke.en particulier, a cherché, en se basant sur la façon dont les éléments anatomiques se comportent avec le carminate d'ammoniaque, à déterminer la réaction de ces éléments; il a vu que le noyau des cellules était acide par rapport au contenu cellulaire, qu'il en était de même de la fibre-axe du nerf par rapport à la moelle nerveuse, de la substance intermédiaire du muscle, par rapport bws. sarcous éléments, et il considère tous ces éléments anatomiques comme des molécules électro-motrices et l'origine incessante de courants électriques multiples dans l'intérieur de l'organisme. Mais c'est surtout E. Becquerel qui, dans ses remarquables recherches sur les phénomènes électro-capillaires, a, grâce à ses observations et à ses expériences ingénieuses, fait entrer dans une voie nouvelle l'étude des phénomènes électriques dans les organismes vivants. E. Becquerel a démontré, eu effet, que des circuits électro-chimiques peuvent exister dans l'organisme sans l'intervention dun métal; il suffit de la présence de deux liquides de nature différente, séparés par une fente capillaire ou par une membrane organique; la paroi qui est en contact avec le liquide, qui se
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comporte comme acide, est le pôle négatif, la paroi opposée le pôle positif; les parois des espaces capillaires se comportent comme des conducteurs solides. Il existe donc dans le corps un nombre incalculable de couples éleclro-capillairesqui donnent naissance incessamment à des courants électriques qui ne disparaissent qu'après la mort. Ces actions chimiques expliquent non-seulement les courants musculaire et nerveux, ceux des os (découverts par E. Becquerel), etc., mais encore les phénomènes intimes qui se passent dans les capillaires et dans les tissus. Ainsi, dans les capillaires des tissus, la face de la paroi capillaire en contact avec le sang est le pôle négatif, la face en contact avec le suc des tissus, le pôle positif d'un couple; l'oxygène, par l'efTet du courant électro-capillaire agissant comme force chimique, est déposé sur la face externe positive en dehors des capillaires; le gaz acide carbonique produit dans les tissus rentre dans les capillaires par l'action du courant agissant comme force mécanique à l'égard des composés électro-positifs dissous. Dans les capillaires des poumons, Tinverse a lieu; loxygène se trouve, en effet, non en dedans des capillaires, mais en dehors, et l'électricité des parois capillaires a changé de signe, de façon que c'est l'oxygène qui entre dans les capillaires et Facide carbonique qui en est expulsé.
2^ Théorie de Du Bois-Reijmond. — Si l'on prend un cylindre de zinc terminé par deux surfaces de cuivre et qu'on le plonge dans l'eau (liquide conducteur!, il se forme une inOnité de courants isolés qui vont par l'eau du zinc au cuivre et dont on peut dériver une partie en appliquant une des extrémités d'un conducteur sur le zinc, l'autre sur le cuivre ; on voit alors, si on interpose un galvanomètre dans le conducteur, que la surface du zinc est électrisée positivement, celle du cuivre négativement, et on a une disposition analogue à celle du cylindre musculaire. Du Bois-Reymond suppose que chaque fibre musculaire (ou nerveuse) se compose d'une inûnité de petits éléments électro-moteurs, analogues au cylindre zinc-cuivre précédent, c'est-àdire ayant une zone équatoriale positive et deux zones ;)o/ai>e5 négatives, et plongés dans une substance intermédiaire conductrice. La série de ces éléments électro-moteurs, dans une hbre musculaire peut alors être représentée schématiquement de la façon suivante :
Les rapports ne changent pas si on suppose chacun de ces éléments électro-moteurs divisé en deux molécules dipolaircs dont les pôles positifs seraient tournés l'un vers lautre, et qui otîriraient alors l'arrangement suivant :
La figure 179 peut représenter dans ce cas la disposition des molécules dipolaires dans le muscle; les flèches indiquent la direction des
Fig. 179, — Disposition des molécules dipolaires dans le muscle.
courants dans la substance intermédiaire conductrice. On voit aussi que quand on dérive un courant en plaçant les deux extrémités d'un conducteur sur le muscle ou sur le nerf, le courant ainsi détourné ne représente qu'une petite partie des courants totaux développés dans rensemble du système, et que par conséquent le courant musculaire est beaucoup plus intense que ne l'indique la déviation de Taiguilie g-alvanométrique.
3° Théorie (VEermann. — Hermann nie absolument l'existence des courants musculaires et nerveux à l'état de repos ; ces courants, d'après lui, n'existeraient pas chez l'animal intact, et seraient dus à des causes cliimiques dépendant du mode de préparation.
Yoir aussi : Action de l' électricité sur ïorganisme.
ESihlio^Çi'apliie. — Matteucci : Traité des phénomènes électro-physiologiques des animaux, ls44. — E. Dr Bois-Reymoxd : Vnfersnchungen îiher thierische Electricitàt, 184s -1>49. — Chauve \r : Théorie des effets physiologiques produits par Télectricité. Journal de physiologie, lsô9-18C0.) — L. Hermaxx : Weitere Vntersvchungen zur Physiologie der Mus'heln und Xerven, 1867. — On'imus : Des Phénomènes électro-capillaires : vé>uvaé àp-^ expériences de M. Becquerel. (Journal de l'Anatomie, 1870.) — Voir aussi les Traités de physique médicale.
Article troish^me. — Physiologie de l'ixxera'atiox.