ABC DE F G H I
Fig. 210. — Expérience de Volkmaun.
Expériences diverses sur le punctum cœcum. — On peut varier de différentes façons l'expérience de Mariette. Cette expérience peut réussir avec les deux yeux ouverts Picard); on fixe un papier au mur, on se place à une distance d'environ 20 pieds, et on fait converger les deux yeux vers le doigt, tenu à une distance telle que. dans les deux yeux, l'image du papier \ieuue se Y>^indYC suv]e punctuju cœcum ; alors cet objet disparait absolument, tandis que, dans ces conditions et avec un point de fixation un peu différent, il parait double. On peut faire
même disparaître deux objets à la fois, les deux yeux restant ouverts (Mariotte); on fixe au mur, à la même hauteur, deux papiers à une distance mutuelle de 2 pieds; on se place à 12 ou 13 pieds du mur, on tient le pouce verticalement, à 8 pouces environ des yeux, de manière qu il cache à rœil droit le papier situé à gauche et à Tœil gauche le papier situé à droite; puis on regarde le pouce; aussitôt les deux papiers disparaissent.
Procédé pour déterminer la forme et la grandeur apparente du punctum cœcum. — On donne à Toeil une position fixe à 8 à 12 pouces d'une feuille de papier blanc sur laquelle on a tracé une croix sâfvant de point de fixation ; puis on promène sur le papier, dans la région de la lacune, la pointe, trempée dans l'encre, d'une plume blanche ; la pointe noire disparaît quand elle entre dans la lacune; on éloigne ainsi la plume dans diverses directions, en marquant à chaque fois le point où elle commence à devenir visible; on peut avoir ainsi le contour de la lacune, et on constate qu'elle a la forme d'une ellipse irrégulière sur les bords de laquelle on reconnaît l'émergence des gros troues vasculaires. (Helmholtz.)
B. Tache jaune et fosse centrale. — La tache jaune et la fosse centrale sont les régions de la vision directe. Elles se distinguent des autres parties de la rétine, surtout la fosse centrale, par la netteté de la perception des images ; aussi lorsque nous fixons un objet dans l'espace, nous dirigeons la ligne de regard de façon que l'image de cet objet vienne se faire sur la fosse centrale.
La tache jaune a un diamètre horizontal de 2 millimètres environ et un diamètre vertical de 0'"",8; ce qui correspond dans le champ visuel à un angle de 2 à 4 degrés. La fosse centrale a un diamètre de 0™"™,2, ce qui donne un angle dix fois plus petit; on voit, par conséquent, que le champ de la vision distincte est excessivement limité, puisqu'il est soustendu par un angle d'environ 12 minutes. Pour trouver ces angles, il suffit de joindre les deux extrémités de la tache jaune (ou de la fosse centrale) au centre de la pupille et de prolonger ces deux lignes dans l'espace. 11 résulte de ce fait que l'œil ne peut voir, au même nwjnent, d'une façon distincte, qu'une très-petite portion du champ visuel; c'est ce qui arrive, par exemple, si, étant placé dans l'obscurité, le champ visuel se trouve éclairé par une lumière d'une très-courte durée, comme un éclair ou une étincelle. électrique; dans ce cas, on ne voit qu'un trèspetit nombre d'objets; ainsi, dans un livre de justification moyenne, on ne verra distinctement que cinq ou six lettres; seulement, à l'état ordinaire, les mouvements rapides du globe oculaire, mouvements qu'il
est facile d'observer sur un lecteur, par exemple, suppléent à cette insuffisance et la persistance des impressions lumineuses sur la rétine nous fait croire à la simultanéité de sensations qui ne sont que successives.
La détermination des plus petites distances perceptibles a déjà été traitée en partie à propos de l'acuité de la vision (page 773). Helmboltz admettait que pour que deux points lumineux pussent être perçus comme distincts; il fallait de toute nécessité que leurs images fussent séparées par une distance plus grande que la largeur d'un cône de la tache jaune (0"'"',002 environ). Cependant, les expériences de A. Volkmann ont montré que les cônes de la fosse centrale ne sont pas assez petits pour expliquer l'acuité visuelle et que deux points peuvent être vus encore comme distincts quoique leurs images puissent se faire sur un même élément rétinien. Dans ce cas il faudrait, ou bien abandonner les lois les mieux connues de la transmission nerveuse, ou bien admettre alors que les cônes ne sont pas les derniers éléments rétiniens, mais que ces éléments doivent être recherchés dans les fibrilles qui, d'après quelques histologistes, en constitueraient l'article interne.
La fosse centrale contient environ 2,000 cônes.
C. Parties périphériques de la rétine. — Sur les parties latérales de la rétine, la netteté de la vision diminue à mesure qu'on s'éloigne de la tache jaune et qu'on se rapproche de Yora serrata : mais cette diminution ne se fait pas avec la même rapidité dans les différentes directions; elle est plus lente vers la région externe et présente, du reste, des variations individuelles assez notables. La diminution serait plus rapide dans la vision éloignée que dans la vision rapprochée. Volkmann et Aubert ont trouvé que pour former des images visibles sur la rétine, les objets situés à 60° en dehors de l'axe visuel devaient avoir un diamètre 150 fois plus considérable que dans le milieu de la tache jaune.
Pour les procédés employés pour mesurer l'acuité visuelle des parties périphériques de la rétine, voir : Helmholtz, Optique physiologique, page 297.
3° Mode et nature de V excitation rétinienne.
11 esl bien démontré aujourd'hui que les cônes et les bâtonnets sont les seuls éléments impressionnables à la lumière, tandis qu'elle ne produit rien sur les autres couches de la rétine. Mais
806 PHYSIOLOGIE FO>'CTIONNELLE.
il est plus difficile de savoir comment la lumière agit sur ces éléments.
Pour comprendre les hypothèses émises sur ce sujet, il est nécessaire de connaître l'histologie de la rétine et spécialement celle des cônes et des bâtonnets ('). Je ne ferai que rappeler les points essentiels pour la phj'siologie.
Les cônes et les bâtonnets sont constitués par un arïicle interne qui se continue avec les flbres nerveuses du nerf optique par l'intermédiaire des fibres des cônes et des bâtonnets (ûbres de MUller), et par un article externe appliqué contre la choroïde. Pour arriver à l'article externe, la lumière doit donc traverser l'article interne. L'article interne se compose de fibrilles très-fines; l'article externe est constitué par une série de petites plaques transversales superposées, tout à fait comparable à une pile de lames de verre ; ces plaques sont transparentes, ont toutes à peu près la même épaisseur, mais peuvent posséder un indice de réfraction différent; leur nombre varie suivant la longueur de l'article externe. Le mode d'union de l'article interne et de l'article externe est encore indéterminé, et il est impossible de dire si les fibrilles de l'article interne se continuent avec les plaques de l'article externe; mais ce qui semblerait infirmer cette hypothèse, c'est que chez certains animaux (oiseaux, reptiles), le lieu d'union des deux articles est occupé par un globule incolore ou coloré, qui occupe toute l'épaisseur du cône et doit très-probablement interrompre la continuité entre les deux articles. Quand ces globules colorés existent, la lumière ne peut arriver dans l'article externe sans les traverser, et dans ce passage certains rayons sont absorbés suivant la couleur du globule ; ces globules, qui paraissent de nature graisseuse, sont, en général, rouges ou jaunes, fortement réfringents, et doivent en outre, par leur nombre même et leur pouvoir réfringent, exercer une certaine influence sur la marche des rayons lumineux. Dans certains cas, ces globules manquent et sont remplacés par des corpuscules réfringents, analogues à de véritables lentilles. Chez l'homme, ces globules colorés n'existent pas, mais toute la région de la tache jaune et de la fosse centrale est occupée par un pigment jaune diffus qui forme une couche continue en avant des cônes et absorbe au passage une partie des rayons violets et bleus du spectre. En outre, dans les parties périphériques de la rétine, la couche des vaisseaux capillaires et des globules sanguins de la rétine produit le même effet sur les éléments impressionnables de cette membrane. (M. Schultze.)
Quel est maintenant des deux articles celui qui est impressionné par la lumière? L'article externe, par sa disposition lamellaire, parait très-
(') Voir Beaunis et Bouchard : Anatomie, 2^ éd., page 922.
Aivorable à une réJlexion de la luDiière, et on pourrait avec Schullzelc comparer aune pile de lames minces de verre qui ont, comme on sait, une grande puissance de réllexion; dans ce cas, les vibrations lumineuses seraient renvoyées dans l'article interne, qui serait alors l'élément impressionnable. Cette théorie se rapproche beaucoup de celle qui est adoptée depuis longtemps déjà par Rouget; seulement Rouget admet que la lumière est réfléchie à la surface de contact i\cs bâtonnets et de la choroïde et que, grâce à la coïncidence presque exacte du centre optique et du centre de courbure de la rétine, les rayons sont réfléchis dans la direcuon de l'axe des bâtonnets, qui constituent, pour la terminaison des nerfs optiques, l'appareil spécial destiné à recevoir 1 ébranlement des ondulations lumineuses.
D'après Zenkcr, au contraire, les lames de l'article externe, au lieu d'agir comme appareil de réflexion totale et de renvoyer les rayons dans l'article interne, agiraient en transformant, par une série de réllexions successives à la limite de chaque lamelle, les vibrations de l'éther en vibrations stationnaires [^) qui, par conséquent. s'éteindraient dans Tarticle externe même et, dans ce cas, cet article externe serait l'élément impressionnable. Il est difficile de choisir entre ces deux hypothèses. 'Voir aussi : Vision droite.)
A'ous ne sommes pas plus avancés sur la nature de la modification qui se passe dans les cônes et dans les bâtonnets, que ce soit l'article interne ou l'ariicle externe qui entre en jeu. Quelle transformation subissent ces vibrations lumineuses qui disparaissent en grande partie? Est-ce un échauffement (Draper), un effet photochimique (Mosen? ou bien y a-t-il un déplacement de molécules électro-motrices, comme celui qui se produit, d'après Du Bois-Reymond, dans les nerfs et dans les muscles? Holmgren a constaté la variation négative du courant de la rétine du lapin au moment où les rayons lumineux entrent dans 1 œil. La seule chose certaine, c'est que la modification, encore inconnue, que la lumière produit dans les cônes et les bâtonnets, peut agir à son tour comme excitant sur les parties purement nerveuses de la rétine et se transmettre jusqu'aux centres nerveux.
4'^ Conditions de l'excitation rétinienne.
Pour qu'il y ait sensation lumineuse, trois conditions principales interviennent.
Il faut en premier lieu que les rayons lumineux aient une certaine longueur d'ondulation; on a vu plus haut que les rayons
(') On appelle vibrati07u stationnaires celles qui se produisent, par exemple, dans une corde fixée par ses deux bouts.
compris du rouge au violet peuvent seuls impressionner la rétine; il faut, en second lieu, que l'excitation rétinienne ait une certaine durée, et enfin i'excitant-lumière doit avoir une certaine intensité.
Durée de l'excitation rétinienne. — Pour que la rétine soit impressionnée, l'excitation lumineuse doit agir sur cette membrane pendant un certain temps; si ce temps est trop court, il n'y a pas de sensation lumineuse, à moins que l'excitant lumineux ne soit très-intense, comme dans le cas d'un éclair ou d'une étincelle électrique dont la durée est infiniment courte ; quand la durée de l'excitation augmente, la sensation lumineuse apparaît. Biais il faut déjà plus de temps encore pour avoir la sensation de couleur. (Vierordt, Burckhardt et Faber.)
Pour déterminer la durée de Pimpression lumineuse, on peut employer des disques rotatifs avec des serleurs noirs et blancs (voir : Sensations de couleur). Mais un procédé plus précis a été employé par \ierordl. Il suspend à un pendule une lame noircie, percée à son milieu d'une ouverture quadrangulaire, qui peut être rétrécie par deux lames mobiles de façon à être convertie en une fente plus ou moins étroite A; derrière le pendule se trouve une source de lumière; en avant du pendule se trouve un écran pourvu d'une petite fente B, devant laquelle se place l'œil à la distance de la vision distincte. Quand on fait osciller le pendule, l'œil est soumis à une excitation lumineuse qui dure tout le temps que la fente A se trouve derrière la fente B; et il est facile de calculer ce temps d'après la largeur dos deux fentes et les oscillations du pendule.
Exner a recherché la durée d'application qu'un excitant lumineux doit avoir pour produire le maximum d'excitation rétinienne. Il a employé pour cela deux disques parallèles, pourvus de fentes et tournant avec une vitesse inégale déterminée et connue pour chacun des disques. Il a constaté ainsi que quand Pinlensité de la lumière et la grandeur de l'objet lumineux augmentent en progression géométrique (I, 2, 4, 8), le temps d'application nécessaire pour avoir le maximum de sensation lumineuse diminue suivant une progression arithmétique (4, 3, 2, 1).
Intensité de la lumière. — Pour exciter la rétine , la lumière doit avoir une certaine intensité ; quand cette intensité est trop faible, il n'y a pas de sensation lumineuse : nous n'avons plus que la sensation d'obscurité, de noir (page 802). Aubert a constaté, par des procédés très-délicats de recherches, qu'une lumière un million de fois plus faible que la lumière ordinaire
du iour peut encore être perçue. Ce minimum d'intensité lumineuse nécessaire à la sensation visuelle varie, du reste, suivant l'état d'excitabilité de la rétine. Ainsi, quand on est reste longtemps dans l'obscurité, la sensibilité rétinienne augmente dabord considérablement, puis un peu moins vite, et des sources de lumière dune très-faible intensité sutlisent pour impressionner la rétine. Ouand lintensité de la lumière est trop forte, non. sommes éblouis et la sensation lumineuse fait place a une sensation de douleur très-vive.
Mesure de l'intensité des sensations lumineuses - Procédés photométriques. - Le principe des procèdes photometnques les plu. '^téHst que les intensités de deujc lunuères sont uuerseme.a prc nortionnelles aux carrés de leur distance à T écran ^ ^ Le photomètre de Rumford, dont l'idée appartient a ^ouJ^^ev^ ^l^' être uUlisé pour mesurer rintensité des sensations lumineu.e. . On place dans une chambre obscure, devant un écran blanc une Ugeopau éclairée par deux bougies. A et B, et qui Pf Jf ^^^j ^'T^'.^f:"^ ombres lune a due à la bougie A, l'autre 6 a la bougie B pui. on éloigne'nne des bougies, A, par exemple, jusqu'à ce que 1 ombre corespondante «ne soit plus perceptible. Fechner a trouve que .i la bou- . B est à l mètre de l'écran, la bougie A doit être a lu mètres pour que l'ombre a disparaisse; d'après la loi citée plus haut, les intensités lumineuses de A et de B sont donc dans le rapport de 1 a luO. en vertu de^a proportion I : 1' :: 10"^ : 1, ou I représente l'intensité lummeuse de B. et V l'intensité lumineuse de A. En prenant 1 comme unité. 1 intensitè de la sensation lumineuse correspondante a A sera égale a ^,^, c'est-à-dire qu'une différence de -^ de l'intensité lumineuse peut encore être perçue. La plupart des procédés photométriques sont amsi basés sur l'exactitude avec laquelle nous jugeons si deux sensation, lumineuses sont égales ou non en intensité. . , i f -ki^
Procédé des disques rotatifs. - L'appréciation de la plus faible quantité de lumière qui peut encore impressionner la retme se fait plu. facilement à l'aide des disques rotatifs (Masson . On trace sur un disque avec un tire-ligne, et suivant un des rayons du disque, un trait interrompu dont toutes les parties possèdent la même épaisseur; pendant la rotation, ces lignes noires forment des bandes grises plus ou moins pâles dont on cherche à distinguer les contours du fond blanc du disque. Soient d la largeur des raies, r la distance d'un point d une de ces raies au centre du disque; si on pose l'intensité du blanc du disque = 1, on a pour Fintensité h de la bande grise qui se forme
pendant la rotation, /i = 1 - ^., si on considère le trait de tire-
810 PHYSIOLOGIE FONCTIOX.NELLE.
ligne comme absolument noir. On peut arriver ainsi à constater des différences d'intensité de l/IôO^". (Helmlioltz, Optique physiologique, p. 417.)
5° Caracttres de V excitation rétinienne.
Persistance des impressions rétiniennes. — La modification rétinienne suit presque instantanément l'excitation lumineuse; la période (ï excitation latente y existe peut-être, mais elle y est tellement courte qu'il est à peu près impossible de la démontrer ; cette modification rétinienne, une fois produite, a une certaine durée, c'est-à-dire que l'impression lumineuse persiste encore même après la disparition de l'excitant-lumière; cette durée, variable du reste, peut être évaluée de 1/50^ à 1/30® d.e seconde. Si on regarde un moment le soleil ou une fiamme brillante et qu'on ferme rapidement les yeux, ou si on éteint une lampe dans l'obscurité, on voit pendant quelque temps une image du corps lumineux; c'est ce qu'on a appelé image accidentelle positive ou image consécutive. Il résulte de ce fait que quand des excitations lumineuses intermittentes identiques se succèdent sur la rétine avec assez de rapidité, les images rétiniennes persistent encore quand les nouvelles excitations se produisent, et la sensation lumineuse, au lieu d'être intermittente, est continue ; ainsi, un charbon enflammé qu'on tourne rapidement paraît être un cercle de feu; si l'on marque un point blanc brillant sur un disque noir à une certaine distance de son centre et qu'on fasse tourner le disque, on voit un cercle gris qui paraît immobile; il en est de même si on prend des disques rotatifs avec des secteurs noirs plus ou moins étendus, les disques paraissent d'un gris uniforme plus ou moins foncé, suivant l'étendue des secteurs noirs. C'est également à cette persistance des impressions rétiniennes que sont dues les courbes variables qu'on obtient quand on fait vibrer une corde métallique noircie, dont un seul point est fortement éclairé; et on a pu, par ce procédé, étudier la forme des vibrations des cordes dans différents instruments.
Si dans l'expérience du disque rotatif avec le point blanc brillant, le cercle paraît gris et non pas blanc, c'est que le point de la rétine impressionné ne voit que pendant un temps trop court la lumière blanche du point brillant; et l'expérience montre que la lumière émise pendant la durée (Wine rotation du
disque par le point lumineux se comporte comme si elle sg répartissait uniformément sur le cercle entier; chaque point da cercle enverra donc moins de lumière à la rétine et ne pourra donner que la sensation de gris.
Pendant tout le temps que dure cette sensation lumineuse persistante, l'excitation rétinienne ne conserve pas la même intensité. A partir de son début, l'excitation rétinienne, ou autrement dit la sensation lumineuse, s'accroît rapidement, puis, après avoir atteint un maximum, elle décroît plus lentement pour disparaître tout à fait. La marche de l'excitation rétinienne pourrait donc être représentée par une courbe tout à fait analogue à la courbe de la figure 52, page 2G8, en supprimant la première partie (1) qui correspond à la période d'excitation latente que nous avons vue être à peu près nulle. La partie ascendante da la courbe (2) correspond à la période d'augment de l'excitation rétinienne, la partie descendante (3) à la période décroissante de cette excitation.
Un certain nombre d'appareils bien connus et devenus populaires, le thaumalrope de Paris, les disques stroboscopiques de Stampfer, le phénakislicope de Plateau, etc., sont basés sur cette persistance des impressions rétiniennes. (Voir Ilelmlioltz : Optique physiologique, page 461.)
^intensité de la sensation lumineuse est en rapport avec l'intensité de la lumière, et, d'une façon générale, la première augmente quand la seconde s'accroît; mais cette augmentation n'est pas proportionnelle à l'intensité de l'excitation, elle est plus lente ; les recherches de MM. Weber, Fechner, Helmholtz, ont montré que cet accroissement suit, dans des limites très-étendues, la loi psycho-physique de Fechner (voir : Psychologie physiologiciue)^ et que ce n'est que pour des intensités de lumière très-faibles ou très-grandes que cette loi n'est plus -applicable aux sensations visuelles.
On a donné le nom (^ irradiation à une série de faits qui ont ceci de commun que les surfaces fortement éclairées paraissent plus grandes qu'elles ne le sont en réalité, faits qui s'expliquent tous par cette circonstance que la sensation lumineuse n'est pas proportionnelle à l'intensité de la lumière objective. Ces phénomènes d'irradiation se montrent sous des formes très-diverses, et sont surtout plus prononcés
PHYSIOLOGIE FOi\CTION>'ELLE.
quand raccommodation est incomplète. Les surfaces lumineuses nous paraissent plus grandes; une étoile fixe se montre à nous sous la forme d'une petite surface brillante; dans la figure 21 1, le carré blanc sur fond
Fig. 211. — Inadiation.
noir paraît plus grand que l'autre, quoique les deux carrés aient exactement les mêmes dimensions. De même les surfaces lumineuses voisines se confondent : si l'on tend un fil très-fin ou un cheveu entre l'œil et la flamme d"une lampe très-éclairante.le fil disparait. Helmholtz me parait avoir donné la véritable interprétation de l'irradiation. » Tous ces phénomènes, dit-il. se réduisent à ce fait que les bords des surfaces éclairées paraissent s'avancer dans le champ visuel et empiéter sur les surfaces obscures qui les avoisinent. » Les cercles de diffusion qui existent toujours, même dans l'accommodation la plus exacte, font qu'au bord de l'image rétinienne d'une surface éclairée il y a une sorte de pénombre où la lumière empiète sur l'obscurité et l'obscurité sur la lumière; seulement, nous rattachons cette pénombre à la surface éclairée au lieu de la rattacher au pourtour obscur ; en effet, en vertu de la loi psycho-physique, la sensation lumineuse varie très- peu pour des degrés élevés d'intensité lumineuse objective, de sorte que nous remarquons beaucoup plus l'éclairemenl du pourtour obscur de l'image rétinienne que raffaiblissement lumineux des bords de cette image. Cette théorie expliqiie pourquoi l'irradiation augmente d'étendue avec la grandeur des cercles de diffusion. En général, à cause de l'astigmatisme^(voir : Astigmaiisme], les carrés blancs sur fond noir paraissent allongés dans le sens vertical.
Volkmann a observé des faits qui paraissent, au premier abord, en contradiction avec la théorie de l'irradiation. Ainsi, des fils noirs trèsfins sur un fond blanc paraissent plus épais qu'ils ne sont en réalité; mais il me semble qu'il y a là un simple etTet d'illusion psychique ; nous accordons plus d'importance à l'objet que nous regardons qu'au fond, ce qui nous porte à en exagérer la grandeur.
De la fatigue rétinienne. — De même que les nerfs mo-
leurs et les nerfs sensitifs, la rétine présente toujours, après une excitation lumineuse, une dimniution dexcitabilité qui disparaît peu à peu; il faut donc un certain temps pour que la rétine récupère son excitabilité primitive. Aussi les excitants lumineux intermittents agissent-ils avec plus d'intensité sur la rétine que les excitants continus; le maximum d'effet des excitations lumineuses intermittentes se produit quand ces intermittences sont an nombre de 17 à 18 par seconde, c'est-à-dire quand la nouvelle excitation arrive alors que l'effet produit par l'excitation précédente a cessé. La diminution de l'excitabilité rétinienne par la fatigue explique la. plus grande sensibilité de cette membrane après un séjour dans l'obscurité.
Les images accidentelles négatives (voir plus loiiii doivent leur production à la fatigue de la rétine et à l'affaiblissement de sou excitabilité.
Aubert et Purkinje ont remarqué que la fatigue se produit bien plus facilement dans les parties latérales de la rétine que dans la tache jaune.
ô'' Images consécutives monochromatiqiies.
On a vu plus haut (page 810) que, grâce à la persistance des mpressions rétiniennes, il peut se produire, dans certaines condi- ;ions, une image consécutive ou accidentelle d'un objet lumineux. ]es images accidentelles se divisent en positives et négatives, par comparaison avec les images photographiques; les images acciientelles positives sont celles où les parties claires et obscures de 'objet paraissent également claires et obscures; les images négaives sont celles où les parties claires se dessinent en noir et vice ':ersa, comme dans un négatif photographique.
Les images accidentelles positives sont d'autant plus nettes et plus ntenses et durent d'autant plus longtemps que l'excitation lumineuse îst plus forte; pour avoir le maximum d'effet, la durée de l'excitation umineuse ne doit pas dépasser un tiers de seconde. Avec un peu l'exercice, ces images positives acquièrent une telle netteté qu'on peut listinguer les plus petits détails de Tobjet lumineux. Bientôt les parties es moins éclairées disparaissent les premières ; puis ce sont les paries éclairées qui s'effacent après avoir passé par des nuances allant lu bleuâtre au jaune.
Si, pendant que l'image positive est encore visiJDle, on dirige le regard vers une surface fortement éclairée, l'image négative apparaît, et cette image négative peut avoir aussi assez de netteté pour que les plus petits détails soient visibles. A Einverse de l'image positive, l'image négative augmente d'intensité avec Eaugmentatioa de durée de l'action lumineuse.
Les images accidentelles suivent les déplacements de l'œil; si c'est la tache jaune qui en est le siège, cette image vient se placer au point de fixation de Eoeil et, tant qu'elle existe, empêche de distinguer nettement les objets.
L'expUcation des images accidentelles est facile à donner. Les images positives sont dues, comme on l'a vu plus haut, à la persistance de l'excitation rétinienne après la cessation de l'excitant; les images négatives sont dues à la fatigue et à la diminution d'excitabilité de la rétine : les parties qui, avec la première excitation lumineuse, donnaient l'image positive sont devenues inexcitables par la fatigue; alors, quand arrive la deuxième excitation lumineuse, toutes les parties de la rétine, sauf celles-là, sont excitées et à l'image positive brillante succède l'image négative obscure.
Cette influence de la fatigue se montre nettement dans l'expérience suivante : Si on regarde sur fond gris un objet clair, par exemple un morceau de papier hlanc. et qu'on enlève subitement cet objet, on voit paraître une image accidentelle foncée du papier; si on remplace le papier blanc par du papier noir, Limage accidentelle est claire. La partie de rétine excitée par le papier Liane est plus fatiguée que le reste de la rétine où se peint le fond gris ; celle excitée par le papier noir l'est moins, et quand nous enlevons le papier, le fond gris qui le remplace va exciter une partie de la rétine qui n'est pas fatiguée, et le reste du fond gris, agissant sur une rétine déjà fatiguée, paraît plus foncé par comparaison.