CARACTÈRES DES SENSATIONS TACTILES
La durée des sensations tactiles ne correspond pas exactement à la durée de l'application de l'excitant, elle la dépasse ; il semble que l'action mécanique du corps en contact détermine une vibration qui survit un peu à l'excitation, comme l'ondulation d'une nappe d'ean survit à la chute de la pierre qui Fa déterminée. C'est pour cela qu'une succession trop rapide d'excitations ou de contacts, comme dans l'expérience de la roue dentée citée ci-dessus, page 879, détermine une sensation continue au lieu d'une sensation intermittente ; dans ce cas, la sensation consécutive à chaque choc d'une dent de la roue dure 1/640® de seconde.
Un caractère important des sensations tactiles, c'est Vextériorité. La sensation tactile est rapportée par nous à la limite de la surface cutanée. Dans certains cas môme, elle est rapportée à l'extérieur ; ainsi, lorsque nous touchons le sol aveclebout d'une canne, nous sentons le sol ; si le bâton est mobile dans la main, nous avons en même temps deux sensations : celle du bâton à la surface de la peau, celle du sol à l'extérieur. C'est de la môme façon que, dans la mastication, nous sentons parfaitement les parcelles alimentaires qui se trouvent entre les dents.
Cette tendance à rapporter les sensations tactiles à la surface du corps explique comment cette projection se produit, même quand les nerfs cutanés sont excités dans leur trajet et non à leurs extrémités, comme dans l'état normal. Elle explique aussi comment les sensations qu'éprouvent les amputés par suite de l'excitation des nerfs sensitifs sont rapportées à la périphérie nerveuse absente, et comment ils croient sentir les doigts et les extrémités des membres qui leur ont été enlevés. De môme après la rhinoplastie par transplantation d'un lambeau de la peau dn front, l'opéré rapporte au front, c est-à-dire à la place qu'il occupait primitivement, toutes les sensations qui se produisent dans le nez nouveau.
Un autre caractère essentiel des sensations tactiles, c'est leur localisation. Nous connaissons plus ou moins exactement le point touché ou pressé, et nous le rapportons avec plus ou moins de précision à une région déterminée du corps. Il semble que nous
sentions la surface de notre corps comme une sorte de champ tactile dans lequel nous nous orientons, comme l'œil s'oriente dans le champ visuel, et cette localisation, qui nous permet de juger de la position des corps par rapport à nous, de leur grandeur, de leur forme, est la résultante dune série d'actes physiologiques et intellectuels compliqués sur lesquels on reviendra plus loin.
Cette localisation e.xplique certaines illusions tactiles dont la plus connue est l'cxpénence dWristote 'Jîg. 230). Si on croise l'index et le
Fig. 230. — Expérience d'Aristote.
médius et qu'on roule entre les deux une petite boule, on a la sensation de deux boules ; c'est qu'en effet, dans la position normale des doigts, Texpérience nous a appris à fusionner, dans la notion d'un seul objet, les sensations localisées dans les parties correspondantes de deux doigts voisins, et à dédoubler, au contraire, à rapporter à deux objets distincts les sensations localisées dans des parties non correspondantes ; et celte tendance au dédoublement e^t si forte, que ce dédoublement se produit malgré la c5nviclion que nous avons de tenir entre les mains un seul objet.
Pour apprécier la finesse de localisation de la peau, on emploie le procédé suivant : Le sujet en expérience a les yeux fermés; la peau est touchée avec une pointe noircie qui laisse une marque sur la peau, et le sujet indique avec une pointe l'endroit touché ; la distance entre les deux points indique l'écart de la sensibilité. Cette localisation s'apprécie aussi en traçant ou en plaçant sur la peau des figures diverses (lettres, figures géométriques; que le sujet doit reconnaître.
Beau.ms, Phvs. 55
PHYSIOLOGIE FONCTIO>'?s"ELLE.