‹ Nouveaux éléments de physiologie humaine (volume 4)Chapitre 247 sur 296 · DES IDÉES · texte numérisé non relu

DES IDÉES

Les idées ne sont que des rapports entre des perceptions ^actuelles ou remémorées); elles supposent l'existence préalable de sensations ; la sensation est donc l'élément initial de Pintelligence. Ces idées peuvent être individuelles, particulières, ou bien générales, abstraites, ni;iis les idées générales ne sont, suivant l'expression de Berkelev, que des idées particulières annexées à un terme général qui leur donne une signiGcation plus étendue et qui réveille à l'occasion d"au(res idées individuelles semblables. Il y a déjà, dans l'idée particulière d'un objet, d'une bille, par exemple, tout un ensemble de sensations, vi.vuelles, tactiles, musculaires, etc., de nature différente (couleur, poli,' puids, résistance, forme, etc.). Une idée générale, celle d'une boule, par ' .\tmple, se compose d'un ensemble d'idées particulières de boules de Lw-andeur. de couleur, etc., variables, dans cbacune desquelles une seule Miisation, la même pour toutes, est retenue par Pintelligence, tandis que les autres sont laissées de côté; ainsi les notions particulières de cuuleur, de poli, de résistance, etc., disparaissent et Ton ne voit que le coips rond, c'est-à-diœ le corps que la main peut parcourir et palper en déterminant en nous une certaine succession de sensations musculaires et tactiles qui se répète avec les mêmes caractères pour toutes les boules. Les idées générales et les idées particulières ne sont donc pas séparées les unes des autres par un abîme infranchissable ; les pieraières dérivent immédiatement des secondes, et les secondes dérivent immédiatement de la sensation. Il en est de même des idées abstraites, qui ne sont qu'un degré supérieur des idées générales.

Ce qui a obscurci cette question, c'est que la plupart des psycliolognes confondent à tort les idées générales et abstraites et l'expression de ces idées par le langage. Les idées générales de temps, d'espace, de coexistence, de succession, etc., existent aussi bien chez l'enfant que chez l'adulte, chez le sauvage que chez l'homme civilisé, chez l'animal que chez l'homme; et ces relations sont chez tous la condition sine qud 7ion de tous leurs actes psychiques ; mais ce qui leur manque, c'est la formule, c'est Pexpression verbale ou écrite de ces relations, de ces idées abstraites. Quoi qu'en disent les philosophes, il n'est pas nécessaire, pour que l'idée abstraite existe, que le langage lui donne une formule,' et on peut, comme le prouve l'observation des sourds-muets non édupiés, penser parfaitement sans langage et sans signes.

Les idées étant des relations entre des sensations actuelles ou reméinorées, il est probable que les centres cérébraux dans lesquels ces idées prennent naissance sont distincts des centres auxquels aboutissent ou dans lesquels s'emmagasinent les sensations; mais jusqu'ici la détermination de ces centres est absolument impossible. Tout ce Beaums, Phys. 65

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qu'on sait, c'est que les idées ont une sorte d'attraction les unes pour les autres ; que certaines idées ont de la tendance à s'associer à d'autres idées, et que ces associations, qui jouent le plus grand rôle en psychologie, sont très-probablement en rapport avec des connexions anatomiques entre les divers centres cérébraux. L'école anglaise contemporaine (école associationiste) reconnaît trois modes d'association des idées, par ressemblance, par contiguïté dans le temps et dans l'espace, et par causalité ; mais, comme le fait remarquer Renouvier, tous ces faits d'association se rattachent, en dernière analyse, à la grande loi de l'habitude, en vertu de laquelle les connexions une fois produites tendent à se reproduire de nouveau.

La volonté n'a que fort peu d'influence sur ces associations, du moins d'une façon directe, et le mécanisme par lequel se produisent ces i associations nous échappe même la plupart du temps. On en a un exemple quand on cherche un mot qui vous échappe, ou qu'on poursuit une idée qui ne se présente pas nettement à l'esprit; le mot, l'idée apparaissent très-souvent subitement, à un instant donné, sans qu'on ait conscience du mécanisme par lequel ce travail cérébral s'est produit.

Cette loi de l'association ou de l'habitude régit la formation des idées, et il est très-probable, quoique la démonstration directe soit encore impossible, que les phénomènes intellectuels de mémoire, de jugement, de raisonnement, d'imagination sont soumis à des lois aussi nettement déterminées que tous les autres phénomènes physiologiques. Il n'y a donc pas lieu d'admettre ces facultés de l'âme des psychologistes, sortes de personnalités indépendantes, entrant en lutte les unes ave^! les autres jusqu'à ce qu'une faculté supérieure les mette d'accord en décidant entre elles; il n'y a que des phénomènes et des lois, et l'étude des faits psychiques conduira aux lois de la pensée comme celle dei faits physiques a conduit aux lois physiques.

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