‹ Nouveaux éléments de physiologie humaine (volume 4)Chapitre 248 sur 296 · DE l'expression et du langage · texte numérisé non relu

DE l'expression et du langage

Le langage n'est qu'un mode de l'expression. On a vu plus hau (page 618), que le langage ne peut se séparer des mouvements d'exprès sion; il n'en est qu'un cas particulier; seulement, à cause de soi importance et des rapports intimes qu'il a avec l'intelligence, il es préférable de l'étudier à part.

V De V expression des émotions.

La multiplicité des mouvements musculaires qui accompagnent le différentes émotions rend leur étude détaillée impossible dans u

traité élémentaire. Je me contenterai de renvoyer aux ouvrages de Darwin et de Duchenne et de rappeler seulement les principes qui, d'après Darwin, régiraient la manifestation de ces mouvements.

Darwin rattache l'expression des émotions aux trois principes généraux suivants :

1° Un grand nombre de mouvements émotionnels ont été primitivement des mouvements volontaires accomplis dans un but utile à Uindividu; peu à peu, par l'habitude, ces mouvements volontaires se sont associés aux sentiments qui leur avaient donné naissance et sont devenus machinaux et instinctifs; enfin ces mouvements associés se sont transmis par hérédité. Ainsi l'acte de serrer les poings a été primitivement volontaire au moment de combattre un ennemi; cet acte s'est associé peu à peu au sentiment de la colère et est devenu machinal; il s'est transmis ainsi par hérédité et aujourd'hui encore nous serrons Tes poings quand nous sommes en colère comme pour combattre un ennemi absent.

2'' Dans certains cas, les mouvements d'expression sont l'opposé des mouvements que produit le sentiment contraire à celui que l'individu éprouve. Ainsi,, pour témoigner sa joie, un chien emploie d'.-s mouvements contraires à ceux qui expriment la colère. C'est ce que Darwin appelle le principe de l'antithèse; cependant la plupart des cas cités par Darwin paraissent susceptibles d'une autre interprétation.

3" Enfln, certains mouvements qui ne rentrent dans aucun des cas précédents ne peuvent s'expliquer que par l'intervention d'une action nerveuse involontaire (diffusion nerveuse de Bain); telles sont les larmes, l'action des émotions sur le cœur, etc.

Bain fait appel aussi, pour certains mouvements d'expression, au principe de la spontanéité des mouvements et à l'exubérance de vie musculaire (gambades d'un poulain, d'un chien, d'un enfant.)

2^ Du IciiKjage.

Le langage émotionnel n'est qu'une forme de 1 expression des émotions et rentre par conséquent dans le paragraphe précédent; ce langage émotionnel est trés-développé chez l'enfant, le sauvage, et, d'après Max Millier, existerait seul chez l'animal et constituerait ainsi une limite tranchée entre l'animal et l'homme.

Le langage rationnel, au contraire, est le pouvoir de construire et de manier des concepts généraux ; il serait spécial à l'homme et. suivant M. Mijner, « le point où finit l'animal et où l'homme commence est déter- « minable avec la précision la plus rigoureuse, parce qu'il a dû coïncider « avec le commencement de la période du langage à radicaux ». Mais est-il vrai qu'il soit impossible de passer du langage émotionnel au langage

1028 PHYSIOLOGIE F O.XCTIO^WELLE.

rationnel; n observe-t-on pas ce passage chez l'enfant qui commence à parler, et peut-on préciser chez lui l'instant où l'un fait place à l'autre? Le langage rationnel a deux conditions fondamentales, d'abord un certain degré de développement intellectuel, en second lieu un organe cérébral du langage articulé (voir : Physiologie des hémisphèt-es cérébraux); qu'une de ces conditions vienne à manquer, le langage rationnel ne pourra exister tel qu'il existe chez l'homme. Mais c'est un fait certain que les animaux ont non-seulement l'expression des émotions, c'est-à-dire les mouvements vocaux ou mimiques en rapport avec ces émotions, mais qu'ils ont encore des moyens de communiquer entre eux, en un mot qu'ils se comprennent et que certaines idées, très-simples il est vrai, mais qui n'en sont pas moins des idées, peuvent s'échanger entre eux. Il n'y a, pour s'en convaincre, qu'à lire les ouvrages de Leroy, Réaumur et de tous les naturalistes qui ont observé les animaux sans parti pris. H y a donc, même chez l'animal, une sorte de langage rudimentaire qui n'est peut-être pas encore le langage rationnel de Max Miiller, mais qai est déjà quelque chose de plus qu'un simple langage émotionnel.

Page 1