‹ Nouveaux éléments de physiologie humaine (volume 4)Chapitre 261 sur 296 · DE LA MORT · texte numérisé non relu

DE LA MORT

temps pins ou moins long l'excitabilité de ses nerfs, la contractilité musculaire, les propriétés vitales de son épiderme, etc. L'interruption de la circulation, la séparation d'avec les centres nerveux n'abolissent donc pas immédiatement Vàxie des éléments, des tissus et des organes; seulement ils sont fatalement condamnés à mourir au bout d'un temps déterminé, quand ils auront épuisé les matériaux indispensables à la manifestation de l'activité vitale qu'ils possédaient encoref au moment de la séparation. Au moment de la mort, l'organisme humain se trouve tout entier dans le cas de cette jambe coupée ; la respiration est arrêtée, le sang ne circule plus, mais chaque organe continue encore à vivre, et la durée de cette vie locale, post mortem, varie pour chaque organe suivant sa structure, sa composition chimique, ses rapports, etc. Il faut donc distinguer la mort générale, somatique, de la mort locale ou moléculaire. La première suit immédiatement l'arrêt de la circulation et de la respiration, la seconde ne leur succède qu'au bout d'un certain temps, et ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles, comme dans la fulguration, que la mort somatique comcide avec la mort moléculaire et que les éléments et les tissus sont atteints en même temps que les grandes fonctions de l'organisme.

Pour qu'un élément ou qu'un tissu puisse fonctionner, puisse vivre, il faut qu'il réunisse trois conditions : 1° l'abord de l'oxygène; 2" l'abord des matériaux de nutrition ; 3° une organisation déterminée. Cet élément, ce tissu mourra donc quand l'oxygène ou les matériaux de nutrition ne pourront lui arriver ou quand il sera désorganisé (chimiquement, mécaniquement, etc.). Le sang étant le véhicule de l'oxygène et des matériaux de nutrition, tout ce qui interrompra l'abord du sang (hémorrhagie, hgature, emboUe, arrêt du cœur, etc.), tout ce qui empêchera le sang de recevoir de l'oxygène (arrêt de la respiration, destruction des globules rouges, gaz toxiques, comme l'oxyde de carbone, etc.) ou des matériaux de nutrition (inanition) deviendra une cause de mort.

Ces diverses causes de mort peuvent agir sur tous les tissus et sur tous les organes. Quand un organe peu important est atteint, cet organe meurt, mais sa mort n'a pas d'influence fatale sur le reste de l'organisme ; mais si, au contraire, la cause de mort atteint un des organes qui sont nécessaires à la vie générale de l'organisme, le cœur, le poumon, le bulbe, etc., la mort locale

lOGO PHYSIOLOGIE DE L'ORGA.MSME.

de cet organe amène infailliblement, dans un temps plus ou moins court, la mort totale de l'organisme, la mort somatique. Ainsi, que le cœur cesse de battre par quelque cause que ce soit, la circulation s'arrête et la mort est presque immédiate. Du reste, quelle que soit, en dernière analyse, la cause éloignée de la mort, le phénomène qui la précède immédiatement, qui la détermine est toujours un arrêt du cœur et la cessation consécutive delà circulation. Que la mort arrive, comme on dit, par le poumon, par le bulbe, c'est toujours cet arrêt du cœur qui en constitue le fait essentiel.

La mort naturelle est excessivement rare, et je ne connais pas, pour ma part, d'exemple de mort arrivée par le simple affaiblissement graduel des organes en dehors de toute lésion pathologique. Presque toujours on meurt d'une maladie intercurrente; la mort dans ce cas est précédée d'une agonie dont la durée et les caractères varient suivant la nature de l'affection qui termine l'existence. Dans l'agonie, les différents organes et les différents appareils meurent les uns après les autres ; l'organisme meurt en détail, et cette disparition successive des fonctions vitales se termine quand la mort envahit les deux appareils fondamentaux de la respiration et de la circulation.

Quel que soit le genre de mort, l'agonie présente, en général, les caractères suivants : la face est livide, amaigrie (face hippocratique), les pommettes saillantes, les joues pendantes et flasques, le nez effilé et aminci : le front est couvert d'une sueur froide, visqueuse ; les yeux sont ternes, sans regard ; les paupières à demi baissées ; les lèvres décolorées et livides ; la bouche entr'ouverte découvre des gencives desséchées et des dents couvertes d'un enduit brunâtre ; le corps est inerte et s'abandonne aux lois de la pesanteur ; il est immobile, sauf quelquefois des mouvements involontaires et tremblotants des doigts et des» mains ; les extrémités sont froides et le froid gagne peu à peu les parties centrales; la respiration est faible; les mucosités accumulées dans la trachée déterminent à chaque temps de la respiration un râle trachéal (râle des agonisants) perceptible à distance ; les battements du cœur, d'abord plus fréquents, se ralentissent et diminuent d'intensité ; le pouls devient imperceptible; la sensiidlité s'émousse, l'œil ne voit plus la lumière ; le mourant se croit dans l'obscurité ; l'ouïe se perd la dernière, il entend encore les personnes qui l'entourent; la voix est éteinte,

DE hk MORT.

à peine distincte ; la parole est hésitante, embarrassée ; il marmotte des mots incompréhensibles ; l'intelligence peut être conservée, mais ordinairement elle est affaijjlie et quelquefois elle a tout à fait disparu; des lambeaux de sa vie passée, des sQuvenirs d'enfance, des rêves, tant(3t agréables, tantôt pénibles, paraissent traverser cette intelligence qui s'en va et en sont comme les dernières lueurs; c'est l'heure des retours sur soimême, des regrets, des repentirs, mais c'est aussi l'heure des défaillances ; il n'y a plus ni volonté, ni caractère; l'inertie psychique égale l'inertie physique.

Peu à peu tous ces phénomènes s'aggravent ; la vie n'est bientôt plus qu'un souffle invisible, qu'une pulsation imperceptible; tout va finir, la dernière expiration se fait {fig. 2(3 Ij, le cœur s'arrête. L'homme n'est pourtant pas un cadavre; les organes, les tissus, les éléments vivenf encore d'une vie locale, jusqu'à ce que ces restes d'existence aient disparu aussi, jusqu'à ce que la mort moléculaire ait suivi la mort somatique et laissé le champ libre à la putréfaction cadavérique, seul signe absolument certain de la mort réelle et totale de l'organisme.

De la mortalité. — Sur les 1,200 millions d'hommes qui vivent à la

surface du globe, il meurt 80,000 hommes par jour et 55 environ par^ minute, et il en uait à peu prés autant. Sur 22 naissances, on compte un enfant mort-né; dans la première année, il meurt un dixième des nouveau-nés ; de 5 ans à la puberté, la mortalité diminue ; elle aug- | mente jusqua 25 ans; de 30 à 35 ans, elle atteint son minimum, puis' elle augmente de nouveau en s'aggravant au fur et à mesure des progrès de l'âge. La table suivante donne., pour la France, la mortalité par sexe et par âge (De Montferrand) :

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