‹ Nouveaux éléments de physiologie humaine (volume 4)Chapitre 273 sur 296 · AXESTHÉSIQUES · texte numérisé non relu

AXESTHÉSIQUES

Les anesthésiques produisent tous une sorte d'ivresse, des troubles de la sensibilité, la perte de la conscience et du sommeil. A haute dose, tous les mouvements réflexes sont abolis, et si leur action se continue, la inort arrive par l'arrêt des mouvements du cœur et de la respiration. Tous les anesthésiques sont volatils et agissent directement sur les centres nerveux auxquels ils sont apportés par le sang; tous décomposent et détruisent les globules rouges, mais leur action anesthésique n'est pas liée à cette destruction, qui ne peut s'accomplir avec les faibles doses qui suffisent pour Tanesthésie. Seulement les analogies de composition de la substance nerveuse et des globules rouges (lécithine, graisse, cholestérine) semblent indiquer que cette action anesthésique <'St due à une altération, quelque légère qu'elle soit, de la substance nerveuse. La durée d'action d'un anesthésique dépend de la rapidité de son élimination et, par conséquent, en grande partie de sa volatilité. Ceux dont l'action est la plus fugace sont aussi ceux qui sont les plus volatils.

1" Chloroforme, CHCP.

L'action du chloroforme comprend deux stades : 1° un stade d'excitation des organes nerveux centraux; 2" un stade de paralysie. Dans le slade (T excitation, le cerveau est congestionné, la face rouge, la pupille rétrécie; le pouls et la respiration sont accélérés ; chez Ihomme, les sensations sont moins nettes, il y a des hallucinations, du délire, de l'agitation, etc. Quelquefois, tout à fait au début, on observe un raleutissement passager dn cœur et de la respiration, ralentissement réflexe consécutif à l'irritation des muqueuses nasale et respiratoire par les vapeurs de chloroforme, irritation qui se transmet aux centres d'arrêt du cœur et de la respiration. Le stade de paralysie arrive plus ou moins vite et se

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traduit par les caractères suivants : sommeil, résolution musculaire, perte des réflexes, diminution de fréquence du pouls et de la respiration, pâleur de la face; on constate aussi une anémie cérébrale. Le ralentissement du pouls et de la respiration dans ce stade est dû à une action directe de la substance sur les centres cardiaque et respiratoire. La pression sanguine artérielle diminue, et la température intérieure du corps s'abaisse. La pupille est élargie par paralysie centrale du sphincter pupillaire; l'action du sympathique sur la dilatation de la pupille persiste pendant tout le temps de la chloroformisation. L'utérus conserve sa contraclilité, mais un peu affaiblie. La salivation est augmentée. L'action sur les centres nerveux suit la marche suivante : la conscience du moi se perd la première, puis les cellules sensitives des sens spéciaux sont atteintes; les sensations conscientes, tactiles, visuelles, etc., disparaissent lia conjonctive conserve la dernière sa sensibilitéi; mais les impressions qui déterminent les réflexes inconscients, tels que la déglutition, subsistent encore; bientôt elles sont abolies aussi et il ne reste plus que les impressions qui déterminent les actes automatiques, monvements du cœur et mouvements respiratoires. La perte de la sensibiUté dans les nerfs sensitifs marche de la périphérie au centre; la peau n'est plus sensible quand les nerfs le sont encore dans leur trajet; les racines postérieures sont encore excitables quand le tronc nerveux ne l'est plus, et quand les racines ont perdu leur excitabilité, les cellules nerveuses sont encore sensibles et la strychnine peut encore déterminer des convulsions. Quand Taction du chloroforme est portée trop loin, la respiration et les battements du cœur deviennent irréguliers et s'afl"aiblissent, et la mort arrive par l'arrêt de l'une des deux fonctions Dans le cas contraire. le réveil est ordinairement rapide.

L'élimination du chloroforme se fait principalement parles poumons On n'a pas démontré d'une façon certaine sa présence dans les excrétions et les sécrétions.

Les lésions trouvées à l'autopsie consistent en lésions asphyxiques le contenu de la cavité crânienne exhale l'odeur du chloroforme; lî rigidité cadavérique se développe très-vite; le cœur est mou et relâché ou trouve quelquefois des bulles gazeuses dans le sang.

La rapidité de l'intoxication chloroformique dépend du mode d'absorption ; l'absorption est plus rapide par les inhalations; aussi est-ce la voie la plus usitée, soit qu'on place devant les narines une éponge imbibée de chloroforme (grands animaux, soit qu'on place les animaux sous une cloche dans laquelle on dégage des vapeurs d( chloroforme 'lapin, chat, rat, etc. Dans certains cas, comme pour leJ grenouilles, les salamandres, les poissons, on peut employer l'immer sion dans l'eau chloroformée. Certaines espèces, chats, lapins, oiseaux etc.. sont excessivement sensibles à l'action du chloroforme. Pou éviter autant que possible le stade d'excitation et l'agitation de l'animal

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dues en grande pariie à l'action irritante des vapeurs du chloroforme sur les muqueuses nasale et laryngée, on peut faire pénétrer directement ces vapeurs dans la trachée.

L'action de Xéther, C'H'^0, est à peu près identique à celle du chloroforme. Elle est seulement un peu plus lente et l'irritation locale est moins forte. II en est de même de l'action du sulfure de carbone, CS-.

2" Hydrate de chloral, C'HCPO,H'0.

Sur la gre)iouille, l'hydrate de chloral a la dose de 0-^^025 à O-'-.OS, en injection sous-cutanée, produit un ralentissement de la respiration et un affaihlissement, puis la cessation des réflexes: cet état dure plusieurs heures. A la dose de O-'",! on a l'arrêt du cœur. Chez les lapina, une mjection sous-cutanée de l gramme détermine en quelques mi^ nutes un ralentissement de la respiration, un rétrécissement de la pupille, et un sommeil profond pendant lequel les réflexes disparaissent; pour une dose de 2 grammes, le sommeil est très-rapide et la mort peut arriver avec \m refroidissement graduel de l'animal. Chez les chiens, il faut environ G grammes pour produire le sommeil. Quand Je chloral est administré en injections intra-veineuses par le procédé d'Oré (solution au quart., Tanesthésie s'obtient avec des doses plus faibles et elle peut être proiongée de façon à permettre les vivisections les plus longues et les plus laborieuses.

L'action du chloral se distingue de celle du chloroforme par l'absence du stade d'excitation. Pour Cl. Bernard, il n'y aurait pas une véritable anesthésie, le chloral serait un hypnotique, et il le rapproche de la morphine.

Liebreich avait admis une décomposition du chloral en chloroforme et acide formique, et dans ce cas les effets du chloral seraient dus au chloroforme dégagé; mais il ne parait pas en être ainsi. On n'a retrouvé de chloroforme ni dans le sang, ni dans l'air expiré, et on a constaté dans l'urine la présence du chloral.

3" Alcool, Q'WO.

L'action de l'alcool est comparable à celle du chloroforme et de réther; comme eux il agit directement sur les centres nerveux, d'abord comme excitant, ensuite comme paralysant. Le stade d'excitation, qui existe chez les animaux à sang froid comme chez les animaux à sang chaud, se traduit par une accélération du cœur et de la respiration, de la chaleur de la peau, de l'injection de la conjonctive, etc. Le

stade de paralysie s'accompagne de ralentissement du pouls et de la respiration, avec abaissement de température, diminution des réflexes et état soporeux qui se termine par la mort (par arrêt du cœur et de la respirationi si Tintoxication est trop forte. L'action aneslhésique de l'alcool est beaucoup plus lente que celle du chloroforme et de l'étber, mais sa durée d'action est plus longue à cause de la lenteur de son élimination. Liebig croyait a une décomposition de l'alcool dans l'organisme, avec production d'aldéhyde, d'acide acétique, d'acide oxalique, d'acide carbonique et d'eau, mais les recherches de Lallcment et Perrin ont montré qu'une petite partie seulement se transforme dans l'intestin eu acide acétique et que presque tout l'alcool introduit est éliminé en nature par les différentes excrétions dans lesquelles on le retrouve • urine, lait, bile, pcrspiration cutanée), et principalement par la respiration. L'alcool est donc transporté en nature par le sang jusqu'aux centres nerveux et agit directement sur les cellules de ces centres.

4" Des suhstances anesthésiqioes.

Le nombre des substances douées de propriétés anesthésiques est considérable, et quoique celles qui viennent d'être étudiées soient les plus usitées, il peut être utile pour le physiologiste de connaître les autres anesthésiques qui pourraient être utilisés dans des circonstances données. Tous ces anesthésiques appartiennent aux composés organiques du groupe des corps gras. Seulement la plupart de cea composés n'ont pas encore été l'objet d'une étude approfondie l'i.

Parmi les carbures d'hydrogène, l'hydrure d'amyle, C^H'-, a des propriétés anesthésiques; parmi les alcools monoatomiques, il en serait de même, outre l'alcool ordinaire ou alcool éthylique, de l'alcool méthylique ou esprit de bois, CH^O, et de l'alcool amylique, G'H'-O. L'aldéhyde, C-H^O, l'acétone (?), G^H^O, l'éthylène, C"-H' action faible analogue à celle du protoxyde d'azote), et surtout Uamylène, G^H'", sont aussi des anesthésiques.

Mais les propriétés anesthésiques sont bien plus prononcées dans les produits de substitution chlorés des substances suivantes dont je donne ici Uénumération :

Dérivés chlorés du gaz des marais, CH* : chlorure de méthyle, GH^CI; chlorure de méthyle monochloré, CH-C1-; chloroforme, CHCP; perchlorure de carbone, CCH.

Dérivés chlorés de Ihydrure d'éthyle, C-H'^ : chlorure d'éthyle ou éther chlorhydrique, G-H^Cl; chlorure d'éthyléne ou liqueur des Hollan-

('y La plupart des renseignements donnés dans cet alinéa ont été empruntés à la Toxicologie d'Hermann.

dais, C-H'*Cl-; chlorure d'élhylène monochloré (isomère du précédent), C-H'CI-; chlorure d'éthyle tétrachloré (éfher anesthésique). C-HC1\

Dérivé chloré du propylène, G^H" : îrichlorhydrine, C^H^GP (agirait coaime le chloral).

Dérivé chloré de l'hydrure d'amyle, C'H'- : chloramyle ou éther amylchlorhydrique. G'H"i;l.

Dérivés chlorés de l'aldéhyde, G-H'O-: chloral, C"-HC1''0; croton-chloral, G^H^CFO.

Les produits de substitution iodés et bromes paraissent aussi pouvoir agir comme anesthésiqucs; tels sont : le bromoforme, GHBr\l'iodure d'amyle, G^H"I; l'hydrate de bromal, G-Hljr^O,H-0 (anesthésie générale sans sommeil i; l'hydrate d'iodal. C-HL^O.H-O.

Enfin certains cthers acides volatils, comme rélhcr acétique, G^H'^O-, agissent comme aneslhésiques.

Le protoxyde d'azote, Az-O, occupe un rang à part, parmi les aneslhésiques. tant par sa composition chimique que par son action. Son action est beaucoup plus fugace que celle des substances précédentes, à cause de sa grande volatilité et de la rapidité de son élimination. D'après Hermann, et contrairement à l'opinion de quelques physiologistes, il ne peut suppléer Toxygène, et, employé j)ur, il produit l'asphyxie; les grenouilles meurent dans le protoxyde d'azote pur comme dans l'hydrogène. Chez l'homme, il produit une ivresse agréable (gaz hilarant), dont les effets sont bien connus et qu'il est inutile de décrire ici.

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