‹ Nouveaux éléments de physiologie humaine (volume 4)Chapitre 276 sur 296 · ALCALOÏDES · texte numérisé non relu

ALCALOÏDES

l*^ Sti-fjchnine, C-'H"--Az-0-. — Chez la grenouille, de très-faibles doses sutlisent pour déterminer des convulsions. Ces convulsions ne sont jamais spontanées, mais elles sont produites par la plus légère excitation et se reproduisent par accès de quelques secondes; elles sont très-intenses et comprennent tous les muscles volontaires; leur cause est centrale, car si on coupe le nerf sciatique avant l'empoisonnement, les convulsions ne se produisent pas, tandis qu'elles se produisent si on lie Tarière du membre. Ces convulsions ont aussi leur origine dans la moelle., car elles persistent après la décapilation. — Chez les animaux à sang chaud, la nature réflexe des convulsions est moins évidente et les crampes prennent surtout le caractère de convulsions toniques des extenseurs. Le pouls est ordinairement accéléré, surtout pendant l'accès, 11 y a aussi une contracture tétanique des artères qiii amène une augmentation de pression sanguine. La mort dans l'empoisonnement par la strychnine a lieu par l'interruption de la respiration. Les oiseaux et les cabiais jouissent d'une certaine immunité vis-à-vis de la strychnine; il faut, pour les tuer, une dose 5 à 12 fois plus forte que pour le lapin.

L'action de la strychnine parait consi.ster surtout dans une altération des appareils réflexes de la moelle et du cerveau, sans qu'on en -sache exactement le mécanisme. Sur quelle partie de l'arc réflexe agit-elle? Sur les cellules sensiiives ou motrices ou plutôt sur les libres nerveuses intermédiaires ? La question me paraît insoluble actuellement,

La brucine, C'^H-^Vz^O^, a une action identique à celle de la strychnine, mais plus faible.

L'action de la nicotine, C"^'H"Az-, est tellement complexe, qu'il est impossible jusqu'à présent d'en tirer des conclusions pour ia physiologie.

2^ Atropine, C'H-WzO". — Chez la grenouille, elle détermine des crampes tétaniques de nature réflexe, mais seulement dans un stade trèstardif de l'intoxication. — Chez les carnivores, la marche est incertaine et vacillante ; la respiration se paralyse et s'abolit sans convulsions; le pouls est accéléré 'par paralysie des extrémités périphériques du pneumogastrique ; la pression artérielle augmentée. Pour de fortes doses, on

observe au contraire une paralysie complète des centres moteurs cardiaques et une diminution de pression artérielle. L'intestin, 1 utérus, la vessie sont paralysés; les sécrétions, et en particulier la sécrétion salivaire. sont interrompues ; la pupille est dilatée .mydriases et cette action de l'atropine s'exerce certainement sur des centres situes dans nris ou dans le globe oculaire, car l'effet se produit sur un seul œil dans l'instillation monoculaire, et il se produit même sur l'œil de la grenouille extirpé de la cavité oculaire. Cette dilatation de la pupille tient à une paralysie du sphincter et peut-être en même temps a une excitation des fibres dilatatrices. Les lapins, les pigeons présentent une immunité remarquable pour l'atropine.

En résumé, l'atropine agit à la fois sur les centres cérébraux et sur les appareils périphériques (action en partie excitante, en partie paralysante-. La daturiae et Xhyosciamine ont le même effet que l'atropine. 30 Fève de Calabar. Physostigminc. — La fève de Calabar a, sur presque tous les points, une action antagoniste de celle de 1 atropine. La sensibilité et la conscience sont conservées jusqu'à la mort; les muscles volontaires sont paralysés ; les muscles lisses sont le S'ege de contractions tétaniques intestin, utérus-; la respiration est d abord accélérée, puis ralentie; les vaisseaux sont le siège ae contractions spasmodiques suivies d'un relâchement; quant à lactiou sur le cœur et la circulation, les opinions sont trop divergentes pour qu on puisse en tirer une conclusion positive. Les sécrétions, et surfout les sécrétions lacrvmale et sr.livaire, .vont augmentées; entin. action caractéristique la pupille est rétrécie et il y a crampe de l'accommodation, phénomènes interprétés d'une façon différente par les expérimentateurs. En résumé, la fève de Calabar agit surtout sur les centres nerveux, mais chez la grenouille du moins, il y a aussi paralysie des extrémités nerveu<e< motrices, ce qui a fait rapprocher son action de celle du curare. 40 Muscarine ' Agarkus muscarias. — Comme la fève de Calabar, elle est antagoniste de l'atropine. A la dose de 0?^OOnl à 0^,0002, chez la grenouille, elle produit l'arrêt diiistolique du cœur, mais cet arrêt est' dû à une excitation des centres d'arrêt intra-cardiaques, car l'excitation directe des ventricules ramène les pulsations. Cet arrêt du cœur cesse aussi par l'action de l'atropine et de quelques autres substances. Chez les animaux à sang chaud, le cœur est ralenti, les artères sont dilatées, la pression sanguine baisse; la respira' ion , d'abord dyspnéique, peut s'arrêter par paralysie centrale; tous les organes à muscles lisses, y compris la rate, sont à l'état de contraction tétanique; la pupille est'rétrécie, les larmes et la salive s'écoulent en abondance; en un mot, l'action générale se rapproche de celle de la fève de Calabar.

Le jahornwli a une action qui se rapproche de celle de la fève de Calabar et de la muscarine, avec une action spéciale sur la sueur et i-ur la salivation.

5° Yératrine, G"H"Az-0^ — L'action de la vératrine est très-complexe ; elle ag-it sur tous les appareils nerveux et musculaires de la circulation, d'abord comme excitante, puis comme paralysante ; à trèspetites doses, les pulsations du cœur sont accélérées, mais par de fortes doses, le cœur se paralyse ainsi que les artères. El!e agit en outre comme excitante d'abord, comme paralysante ensuite, sur beaucoup d'organes centraux, les muscles, etc., et délermine des crampes tétaniques, mais qui ne sont pas de nature réflexe comme celles du tétanos; il y a au contraire, au bout d'un certain temps, une dépression des réflexes.

l^antiarine {upas antiar) a une action comparable sur beaucoup de points à celle de la vératrine.

G" kconitine, C-"H^^AzO'°. — Son action est très-variable suivant le mode de préparation; mais le symptôme dominant est toujours une paralysie du cœur.

70 Digitaline, C-^H^^O'''. — Malg-ré l'emploi fréquent de la digitaline en médecine, sou influence sur le cœur, qui constitue le phénomène essentiel de son action, est loin d'être éclaircie. A haute dose, elle produit un ralentissement du cœur, et si la dose est trop forte, un arrêt en diastole et le cœur ne réagit plus contre les excitations. A doses moyennes, elle produit d'abord une accélération passagère, puis un ralentissement persistant. Le m.écanisme de cette action sur le cœur est encore incertain. Agit-elle sur le tissu musculaire du cœur, sur les ganglions intra-cardiaques, sur le pneumogastrique, sur le grand sympathique ? En même temps, les petites artères sont contractées et il y a augmentation de la tension artérielle. Les muscles lisses, estomac, intestin, etc., paraissent contractures. Les muscles striés, au contraire, sont affaiblis et paralysés, et pour de fortes doses, ils ont perdu leur contractilité.

On peut placer à côté de la digitaline le principe de l'ellébore et l'émétine.

' 8° Quinine, G-"H-'*Az-0-. — Chez la grenouille, à la dose de Os^^jOlo elle ralentit les respirations et les mouvements du cœur; les mouvements volontaires et réflexes diminuent d'intensité; à la dose de 0*'''",05 à OS'",! gramme, le cœur s'arrête, mais les muscles et les nerfs sont encore excitables. — Chez les animaux à sang chaud, à petites doses, elle accélère le cœur; à doses modérées, elle le ralentit; à fortes doses, elle l'arrête et produit des convulsions. Son action se porte essentiellement sur les organes nerveux centraux, cerveau, moelle, ganglions du cœur. La quinine tue les organismes inférieurs, infusoires, vibrions, bactéries, amibes d'eau salée, mais elle n'a aucune action sur les champignons; elle abolit les mouvements du protoplasma et des globules blancs ; elle n'empêche pas les processus digestifs.

La cmchonine, G-"H-^Az-0, a la même action que la quinine, seulement à un degré plus faible.

9" Santonine, CH'^O^ f'i. — A la dose de O-^S à 1 gramme chez riiomme, elle détermine de la nausée, des vomissements, des liallucinations, du vertige et un mode particulier de vision ; on voit tout en jaune ; quelquefois auparavant tout le champ visuel se colore en violet, surtout dans les ombres ; puis le jaune remplit le champ visuel, surtout dans les objets clairs. Quoique la santonine jaunisse à la lumière, cette vision jaune ne dépend pas d'une coloration jaune des milieux de l'œil, comme on l'avait supposé, car on ne constate pas cette coloration à l'ophthalmoscope. Il est probable qu'il s'agit plutôt d'une paralysie des fibres du violet, précédée quelquefois d'une excitation passagère. Cependant on voit quelquefois tout en jaune dans l'ictère, ce qui prouve que cette vision jaune peut, dans certains cas. tenir à une diffusion d'une matière colorante dans les milieux de l'œil. A fortes doses, la santonine produit de la perte de connaissance, des convulsions tétaniques et la mort. Chez les animaux, on n'observe guère que ces crampes tétaniques.

10° Ergotine et seigle ergoté. — Sou action est encore très-peu connue, et il a été jusqu'ici à peu près impossible d'accorder les faits expérimentaux avec les résultats thérapeutiques. Ainsi la contraction des petites artères, admise théoriquement, n'a pu être constatée d'une façon certaine; il en est de même de son action sur l'utérus; sur le cœur, on est un peu mieux fixé, elle produit un ralentissement du pouls, et chez les animaux on peut constater l'arrêt du cœur.

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