‹ Nouveaux éléments de physiologie humaine (volume 4)Chapitre 277 sur 296 · DE QUELQUES GAZ TOXIQUES · texte numérisé non relu

DE QUELQUES GAZ TOXIQUES

1° Acide carbonique, CO^.

L'acide carbonique n'est toxique qu'à très -hautes doses; l'atmosphère peut en contenir 1 p. 1 00 sans qu'on en soit affecté, et on peut respirer, pendant quelque temps, des mélanges bien plus riches en acide carbonique. xMais quand la proportion est plus forte, il survient d'abord des phénomènes d'ivresse (vertige, céphalalgie, somnolence, délire, etc.i, puis une véritable asphyxie (dyspnée, crampes, paralysie, mort), même quand la proportion d'oxygène dans l'atmosphère artificielle est suffisante. Pendant ce stade dyspnéique, le pouls est ralenti (par excitation du pneumogastrique), les petites artères contractées, la pression sanguine accrue.

Localement, l'acide carbonique détermine de la chaleur à la peau et

(') Les substances suivantes n'appartiennent pas au groupe des alcaloïdes; j'ai cru cependant devoir les ranger à la suite de ces derniers.

108i ACTION DES MILIEUX SUR L'ORGANISME.

de l'anestliésie. Le mécanisme d'action de l'acide carbonique a été différemment interprété. Cependant son action délétère ne paraît pas tenir, comme on l'a cru, à une asphyxie par défaut d'oxj^gène. Elle tient plutôt à une action spéciale du gaz sur les centres respiratoires (dyspnée), les centres vaso-moteurs (crampes vasculaires) et sur les centres d'arrêt du cœur (ralentissement du pouls). Il semble donc qu'il n'y ait, dans cette intoxication, que l'exagération de l'excitation que l'acide carbonique à l'état normal exerce sur ces trois centres, et par suite une action directe, encore inconnue, sur la substance nerveuse de ces centres. Il est probable que la mort arrive par la paralysie de fatigue consécutive à l'excitation exagérée de ces centres et l'asphyxie qui en est la conséquence. Beaucoup d'auteurs considèrent l'acide carbonique non comme un gaz toxique, mais comme un gaz simplement irrespirable.

2° Oxyde de carbone^ CO.

L'oxyde de carbone rend les grenouilles immobiles et sans réaction ; il y a quelquefois de la dyspnée, jamais de crampes; le cœur et les muscles sont paralysés. Les animaux à sang chaud meurent dans une atmosphère qui contient 1 p. 1 00 d'oxyde de carbone ; on remarque une dyspnée intense, des crampes, de l'exophthalmie, uu élargissement de la pupille et de l'asphyxie ; il y a du sucre dans l'urine. Mais les altérations les plus importantes concernent le sang. Il est d'une couleur rutilante avec une légère teinte bleuâtre ; au spectroscope, il présente des raies d'absorption dans le jaune, semblables aux raies de l'oxyhémoglobine, mais un peu plus rapprochées, raies qui persistent malgré l'addition d'un corps réducteur, comme le sulfure d'ammonium. En effet, l'oxyde de carbone forme avec l'hémoglobine une combinaison cristalline rouge vif plus tenace que l'oxyhémoglobine. Aussi l'oxyde de carbone décompose l'oxyhémoglobine et en chasse l'oxygène qu'il remplace volume à vukime, tandis que l'oxyde de carbone ne peut être déplacé de sa combinaison par l'air ou l'oxygène qu'avec la plus grande lenteur. L'oxyde de carbone produit donc la mort par asphyxie, en empêchant le globule sanguin de fixer l'oxygène dans la respiration. Il est douteux qu'il y ait, outre cela, une action toxique directe du gaz sur les tissus.

3° Acide cyanhydriqiie^ CAzH.

L'acide cyanhydriqueest la plus toxique des substances connues. Chez la grenouille, il produit la perte des réflexes et la mort sans convulsions; le cœur se ralentit et s'arrête ainsi que la respiration; le cœur

est rempli d'un sang- clair. Chez les animaux à sang chaud, il y a des crampes tétaniques, spécialement des extenseurs^ de la dyspnée, du ralentissement du pouls, de la dilatation pupillaire, de l'exophlhalmie, une paralysie générale avec perte des réflexes, de l'abaissement de température avec de la faiblesse du pouls et de la respiration, qui finissent par s'arrêter. Le sang- est habituellement foncé; si la mort est trèsrapide, il est rouge cramoisi. Les convulsions tétaniques sont peutêtre dues à la paralysie du cœur. Le mécanisme d'action de l'acide cyanhydriquc est encore inconnu. On ne sait non plus par où se fait son élimination de l'organisme.

Bibliograiihie. — Cl. Berxard : Leçons stir les effets des substances toxiques et iiiédiccunenteuses , isôT, et : Leçons sur les anesth'-siques et sur Vasphyxie, 1^75. — Hehmanx : Lehrbuch der experimentellen Physiologie, 187 i. — Voii" aussi les traités de toxicologie.

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