‹ Nouveaux éléments de physiologie humaine (volume 4)Chapitre 38 sur 296 · GLOBULES · texte numérisé non relu

GLOBULES

1° Globules rouges.

Numération des globules rouges. — 1° Procédé de Vierordt. — On étend une petite quantité de sang- d'un volume déterminé d'eau sucrée; on fait passer une petite quantité de ce mélang-e dans un tube capillaire dont on connaît exactement le calibre; on mesure sous le microscope la longueur de la colonne sanguine, ce qui donne le volume du sang; on étend ce sang sur un verre porte-objet dans une solution de gomme qui'en séchant conserve les globules, et on n'a plus qu'à les compter à l'aide d'un micromètre quadrillé. — 2" Procédé de Malassez. — On fait d'abord un mélange parfaitement titré de sang et de sérum artificiel, soit dans une éprouvette, soit avec le méla?igeur'Potai7i. Le sérum artificiel se compose de 1 volume d'une solution de gomme arabique, de densité de 1,020 au pèse-urine, et de 3 volumes d'une solution à parties égales de sulfate de sodium et de chlorure de sodium de même densité. — Le mélangeur-Potain représente une sorte de pipette à tube capillaire ; dans l'ampoule de la- pipette se trouve à l'état de libellé une petite boule de verre; un tube de caoutchouc s'adapte à la partie de la pipette supérieure à l'ampoule; l'autre extrémité du tube est graduée et effilée en pointe et a, entre les deux traits extrêmes de la graduation, une capacité de 1 centième de la capacité totale de l'ampoule. Pour faire un mélange au 1/100% on aspire par le tube en caoutchouc une colonne de sang égale à la longueur de la partie graduée et on aspire ensuite du sérum artificiel de façon à remplir l'ampoule; on agite le tout, et la petite boule contenue dans l'ampoule mélange entièrement le sang et le sérum. Ce mélange est alors introduit dans un tube fin en verre (capillaire artificiel), calibré et cubé, qu'on place sous le microscope et dont on compte les globules sur un micromètre quadrillé. (Arch. de Phys., 1874.)

Les globules rouges, ou hématies ifig. 13, page 85), sont de petits corpuscules de 0""",007 de diamètre sur 0'"'",0019 d'é-

paisseur; ils ont la forme cl une lentille biconcave, de façon que, vus de face, ils représentent un disque circulaire avec une dé-

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Fig, 13. — Globules du sang. (Voir page 84.)

pression centrale, et de profil un bâtonnet un peu renflé à ses deux extrémités. Leur couleur est jaunâtre clair, et ce n'est qu'en grande masse qu'ils ont une coloration rouge. Ils sont très-mous, élastiques et, après avoir été comprimés ou étirés, reprennent immédiatement leur forme primitive; cette élasticité leur permet de se modifier suivant les obstacles qu'ils rencontrent et de traverser des capillaires plus fins que leur diamètre. Une particularité singulière encore mal expliquée est la propriété qu'ils ont de s'empiler les uns à côté des autres comme des piles de monnaie (fig. 13, a).

Leur volume, de 0,000,000,68 de millimètre cube (Welcker), a une assez grande fixité pour une même espèce animale. Leur nombre est considérable; Vierordt l'évalue à 5 millions par millimètre cube; Hoppe-Seyier a trouvé par son procédé 326 parties de globules pour 1,000 parties en poids de sang de cbeval. D'après Welcker, la totalité des globules rouges contenus dans le sang représente une surface de 2,816 mètres carrés (surface oxydable du sang). Leur densité, 1,105, est plus considérable que celle du plasma ; aussi, si on laisse le sang reposer en retardant la coagulation de la fibrine, tombent-ils au fond de l'éprouvette.

Les globules sont constitués par une masse demi-solide, homogène, dépourvue de membrane d'enveloppe et de noyau; ce dernier se rencontre cependant dans la vie embryonnaire et chez les vertébrés inférieurs. L'existence d'une membrane d'enveloppe a été longtemps admise et l'est encore aujourd'hui par quelques

I-'ig. 13 ■ — a, globules empilés en colonnes. — h, c, globules vus de face.

histologistes. Briicke distingue dans le globule une masse poreuse, sorte de charpente molle, transparente, ou Yoïkoïde, et une substance vivante, contractile, colorée, le zooïde. Béchamp et Estor les considèrent comme des agrégations de microzymas (voir : Fermentations). Les globules rouges sont circulaires chez tous les mammifères, sauf les caméliens; ils sont elliptiques chez les caméliens, les oiseaux, les amphibies {fig. 14), les reptiles et la plupart des poissons; ils sont circulaires chez les cyclostomes. Leur grandeur est très-variable pour les ditTérentes espèces; les plus considérables se rencontrent chez les amphibies; ceux du protée ont V12 d.^ millimètre.

Composition du globule sanguin. — p,^. i4. Giobuiosdasa„g Le globule sanguin se compose de deux de grenouille,

parties, le stroma, ou masse globulaire, et la matière colorante ou hémoglobine.

Procédés de séparation du stroma et de la matière colorante. —

1*' Isolement du stroma. — Pour isoler le sîroma de lamalrère colorante, on peut employer divers procédés; la réfrigération, Féleclricité font passer dans le plasma la matière colorante des globules. Si on laisse tomber goutte à goutte du sang déGbriné (surtout de cabiai) dans une capsule placée dans un mélange réfrigérant et qu'on chaufTe ensuite rapidement à -\-W, le sérum se colore et les globules restent à peu prés incolores (Rollet). — 2° Extraction de l'hémoglobine. Procédé de Preyer. On prend du sang de cheval ou de chien qu'on laisse se coaguler; on décante le sérum; on lave le caillot à l'eau glacée et on le fait congeler; on le triture sur un filtre avec de l'eau glacée jusqu'à ce que l'eau de lavage ne précipite plus que faiblement par le bichlorure de mercure; puis on dissout le globule dans Peau tiède (10°). Le liquide filtré est recueilli, additionné d'une quantité convenable d'alcool et abandonné dans un mélange réfrigérant; il se dépose des cristaux qu''on lave avec de Peau glacée alcoolisée et qu'on purifie par une recristallisation. (Pour les détails et pour les autres procédés de préparation, voiries Traités de chimie spéciale et surtout le Manuel de chimie pratique de E. Kitter, et le mémoire de W. Preyer : Die Blutkr y stalle.)

Le stroma globulaire (globuline de Denis), obtenu par le procédé de Uollet, a conservé la forme et la plupart des propriétés des globules rouges ; mais les globules ainsi décolorés sont de-

venus moins lourds et ne tombent plus au fond du liquide. Ce stroma est insoluble dans le sérum, l'eau disliUije, les solutions salines étendues, l'eau sucrée; au-dessus de GO", il se dissout en se divisant d'abord en gouttelettes. Chimiquement, ce stroma se compose de deux substances, de paraglobuline et de protagon (voir à l'appendice), substance azotée et phosphorée qui en constitue la plus grande masse; en outre, ce stroma contient des sels, et particulièrement des sels de potasse, et un peu de chaux et de magnésie.

La matière colorajite ou lirmof/Iolnne imprègne la masse du stroma; elle est unie ou phitôt combinée à une certaine quantité d'oxygène et forme l'oxyhémoglobine. Les caractères de l'hémoglobine et de l'oxyhémoglobine ont été donnés page 68.

Influence de divers agents sur les globules rouges. — Après leur sortie des vaisseaux, les globules rouges s'altèrent trèsrapidement et prennent des formes singulières; ils se dentèlent sur leurs bords (aspect crénelé) et présentent des prolongements fibformesou arrondis (voir /îiy. 15, Z', s, t, r,p, page 88). L'eau et les solutions salines étendues leur donnent une forme sphérique et les décolorent en leur enlevant l'hémoglobine; les solutions concentrées, au contraire, les réduisent et les ratatinent. L'oxygène, le froid, la quinine, l'alcool, l'acide cyanhydrique, augmentent leurs dimensions ; l'acide carbonique, la chaleur, la morphine, produisent l'effet inverse (W. Manasséin). Le tannin, l'alcool, en coagulent la paraglobuline; les acides, les acides biliaires, le sérum dune espèce animale éloignée, dissolvent les globules.

L'électricité les détruit et fait passer la matière colorante dans le sérum. Une température de -+- b2'' produit des altérations trèscurieuses : ils se liquéfient en se divisant d'abord en gouttelettes et en présentant des prolongements variqueux. Ils sont plus nombreux chez l'homme que chez la femme et paraissent diminuer par les progrès de l'âge.

Genèse et évolution des globules rouges. — Il y a encore une grande obscurité sur cette question.

Chez l'embryon, les premiers globules qui paraissent se détachent des parois du cœur (observation personnelle). En examinant un embryon de brochet, à l'époque où le cœur bat ou plutôt exécute une sorte d'ondulation, et avant que la circulation ne soit

Otal)]ie, j'ai constaté les faits suivants : le cœur est à ce moment constitué par des cellules polygonales très-régulières ; à deux reprises, j'ai vu très-distinctement une de ces cellules, plus réfringente que les autres, se détacher peu à peu des parois du cœur, devenir libre et passer alors, comme globule sanguin, dans la cavité cardiaque où elle se charge de matière colorante. Robin et la plupart des auteurs les font provenir directement des cellules du feuillet moyen du blastoderme. La multiplication des globules rouges se fait par scission des globules primitifs, scission qui porte d'abord sur le noyau {fig. 15, i) et consécutivement sur

Fig. 15. — Globules du sang <Ie renibryon liumain.

le globule. Le foie paraît jouer un rôle essentiel dans la multiplication des globules rouges. On retrouve encore des globules à noyau sur des fœtus .de cinq mois. La figure 15, empruntée à Robin, représente les diverses formes, naturelles ou altérées, qu'on rencontre sur l'embryon humain.

Chez l'adulte, les globules rouges paraissent se former aux dépens des globules blancs, mais jusqu'ici on n'a pu suivre d'une façon précise le mode de transformation; cependant Recklinghausen, en plaçant du sang de grenouille dans des capsules et dans un air saturé d'humidité, a suivi, en dehors de l'organisme, les transformations des globules blancs en globules rouges,

Fig. 15. • — Ces çlohules proviennent d'embryons de 3, 8 et Sri millimètres. ■ — a, h, c, o,, q, {çlobules normaux vus de face et de prolil. — d, g-Iobule gonOé par l'eau. — fc, l, m, n, g\obbies déformés. — h, g, it, v, x, y, z, u, déforuiations plus prononcées. — f, s, t, globules crénelés. — p, r, globules offrant des prolongcmcnls. — i, globule à deux noyaux.

cl le fait a été confirmé par Kôlliker. La moelle rouge des os paraît être un des lieux de formation des glolmles rouges. (Xeumann.) La durée des globules rouges est complètement inconnue et les chiffres qui ont été donnés ne s'appuient sur aucune base sérieuse. Le lieu et le mode de destruction en sont aussi incertains (voir: Rate et Foie). La seule chose positive, c'est qu'on observe dans le sang des globules qui présentent des différences de coloration, de consistance, de volume même, qui doivent correspondre à des degrés divers de développement; il y aurait alors dans le sang une destruction et une rénovation incessantes de globules rouges.

2" Gloljides blancs.

Numération des globules blancs. — La numération dos globules blancs dans le sang pur est peu exacte, parce qu'une partie des globules blancs est masquée par les globules rouges; il vaut mieux employer le procédé de Malasscz; ce procédé est identique au procédé de numération des globules rouges; seulement, à cause de la faible proportion des globules blancs, on ne fait le mélange de san^r et de sérum artidciel qu'au I/50« et on compte les globules blancs dans plusieurs champs microscopiques contigus.

Les globules blancs ou leucocytes sont incolores, sphériques, un peu plus volumineux que les globules rouges, 0°"",008 en moyenne. Leur nombre est beaucoup moins considérable que celui des globules rouges, dans la proportion de 1 à 500 environ, ce qui fait à peu près 15,000 par millimétré cube. Cette proportion varie beaucoup, du reste, suivant les circonstances physiologiques et les organes; le sang de la veine splénique contient quelquefois jusqu'à un quart de globules blancs; ils augmentent au moment de la digestion et ils diminuent par l'abstinence; chez les grenouilles, ils peuvent disparaître complètement (Kôlliker). Leur densité est un peu plus faible que celle des globules rouges; ils se précipitent plus lentement au fond du vase.

Ils sont constitués par une masse de protoplasma granuleuse qui contient 1 à 4 ou 5 noyaux visibles par l'addition d'acide acétique. Leur étude chimique est encore trés-incompléle.

Les globules blancs sont loin d'avoir la fixité de volume et la constance de caractères des globules rouges; quelques-uns

90 CHIMIE l'HYSIOLOCIQUE.

sont très-petits et réduits à un noyau entouré d'une mince couche de protoplasma; on trouve, du reste, toutes Jes formes de transition jusqu'aux globules parfaits. On rencontre en outre dans le sang des amas irréguliers provenant de l'agglomération de plusieurs globules et des granulations qui ressemblent beaucoup aux micrococciis et qui viennent de la dissociation des globules blancs, granulations élémentaires de Zimmermann. {L. Riess.)

Les globules blancs offrent, d'une façon très-nette, le phénomène des mouvements dits amoiboïdes parce qu'ils ressemblent à ceux des amibes (voir: Proloplasma); ces mouvements sont plus prononcés si on chauffe la préparation à la température du corps.

C'est probaJjlement grâce à ces mouvements qu'ils peuvent traverser les pores des membres organiques: ainsi Lortet appliqua la membrane de la chambre à air d'un œuf de poule, dépouillé à ce niveau de sa coquille, sur une plaie en suppuration, et trouva, au bout de quelques heures, les globules blancs du pus (identiques à ceux du sang) à la face interne de la membrane.

Un caractère essentiel de ces globules, c'est leur ubiquité; ils ne sont pas exclusifs au sang, comme les globules rouges; on trouve partout ou à peu près partout, spécialement dans les tissus connectifs, des éléments absolument semblables.

Le mode de formation et la durée des globules blancs sont presque inconnus; tout ce qu'on sait, c'est que les glandes lymphatiques et les organes lymphoïdes (rate, thymus, etc.) sont les lieux principaux de leur production.

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