suc GASTRIQUE
Procédés pour obtenir le suc gastrique. — Réaumur faisait avaler à des oiseaux de proie des sphères métalliques creuses renfer-
Fig. 23. — Fistule stomacale choz l'homme. (Voir page 156.)
mant une petite éponge qui s'imprégnait de suc gastrique. Les sphères étaient ensuite rejetées par le vomissement, et l'éponge exprimée don-
Fig. 23. — AA, ouverture de la fistule. — B, insertion de l'estomac à la partie supérieure de cet orifice. — C, mamelon. — D, face antérieure de la poitrine (cdté gauche). — E, cicatrices.
nait une certaine quantité de suc gastrique.— Spallanzani faisait avaler aux animaux des éponges retenues par un fil et les retirait quand elles étaient imprégnées de suc gastrique. — Tiedemann et Gmelin sacrifiaient les animaux après leur avoir fait avaler des corps irritants et insolubles. — Mais c'est le procédé des fistules gastriques qui a permis de se procurer du suc gastrique pur en quantité suffisante pour les expériences. Chez riiomme, on a pu recueillir du suc gastrique et étu- . dier les phénomènes de la digestion dans des cas de fistule stomacale. La figure 23, page 155, représente une fistule stomacale chez un Canadien, Saint-Martin, observé par AV. Beaumont, qui put faire sur cet homme une série d'expériences sur la digestion des divers aliments.
Blondlot et Bassow pratiquèrent les premiers les fistules gastriques artificielles chez les animaux. Ces opérations réussissent Lien, surtout sur les chiens, et n'affectent en rien leur santé générale. Les fistules gastriques peuvent être pratiquées en deux temps (procédé Blondlot) ou en un seul temps (Bassow, Cl. Bernard). — Pr. Blondlot. On prend un chien en pleine digestion et on fait le long de la ligne blanche une incision de 7 à 8 centimètres partant de la ligne blanche; le péritoine une fois ouvert, on attire l'estomac entre les lèvres de la plaie et on le traverse de part en part avec un fil d'argent; les deux extrémités du fil sont tordues sur un petit bâtonnet de manière à amener la portion de l'estomac comprise dans l'anse en contact avec la paroi abdominale; des adhérences s'établissent, et après la chute de l'escarre il n'y a plus qu'à placer une canule dans la plaie. Le procédé de Blondlot est surtout apphcable aux fistules d'un grand diamètre comme les pratique Schiff dans certains cas particuliers. — Dans le procédé à un seul temps, l'introduction de la canule se fait immédiatement après l'ouverture de l'estomac; seulement comme les bords de la plaie se tuméfient après l'opération, pour qu'ils ne soient pas comprimés ^'^- ^■^- — Canuie à fistule gascntre les bords de la canule, Cl. Bernard ^"''"^'
emploie une canule à vis 0^^.24) dont on peut écarter les bords à vo-
H,f ^i' ; Ta ■ ''°"^^ "" '^ '''""'^- - "' '■'■'^"''^^ '^^ >3 ''•^""le. - C. saiUies qui entrent dans la clef destinée a visser et à diviser les deux parties de la canule. - D, tète delà clefvue de lace. — E, ouverture de la canule vue entière et par une de ses extrémités.
lonté. Au bout Je quelques jours, des adhérences s'établissent entre les lèvres de la plaie stomacale et les parois abdominales, et Testomac communique alors avec Textérieur par une sorte de canal plus ou moins allongé {fig. 25). Si on fend ce canal, on voit que la muqueuse stomacale
Fig. 25. — Fistule gastrique.
se prolonge jusqu'à lorifice de la fistule {fig. 26). On peut pratiquer ces
Fig. 26. — Fistule gastrique incisée.
Fig. 25. — E, estomac. — D, duodénum. — ^I, muscles de la paroi abdominaie. — 0, orifice extérieur de la fistule.
Fig. 26. — m, m', m", m'" , coupe des parois abdominales. — S, coupe des parois de l'eslomac. — C, replis de la muqueuse gastrique. — E, muqueuse. — O, tissu cicatriciel de l'orifice de la fistule.
fistules gastriques chez d'autres auimaux, cliat, lapin, etc. Le procédé du reste ne diffère pas. Mais le chien est l'animal le plus commode pour ces sortes d'expériences. Chez les ruminants, la fistule doit être pratiquée sur la caillette, la seule partie qui fournisse du suc gastrique. Sur des lapins porteurs de fistules gastriques, j'ai constaté que l'estomac se vidait complètement dans l'intervalle des digestions, à l'inverse de ce qui existe habituellement.
Suc gastrique artificiel. — Il s'obtient en traitant la muqueuse stomacale par la glycérine, et en acidulaut la liqueur par l'acide chlorhydrique dilué ou l'acide lactique.
Le suc gastrique, sécrété par les glandes à pepsine de l'estomac, est incolore, très-fluide, d'une limpidité presque parfaite, sauf parfois un peu d'opalescence, d'une odeur suigeneris, d'une saveur fade, aigrelette. Si on le filtre pour le débarrasser dos détritus épithéliaux qui peuvent s'y trouver, il se conserve trèslongtemps sans altération. Sa densité est un peu supérieure à celle de l'eau, 1,005 environ, sa réaction fortement acide.
La quantité de suc gastrique sécrété dans les vingt-quatre heures est difficile à préciser ; on l'a évaluée à un dixième du poids du corps , soit environ 6 kilogrammes, soit 90 grammes par kilogramme de poids du corps. Chez une femme atteinte de fistule gastrique, Bidder et Schmidt ont constaté ua écoulement de 500 grammes par heure.
Composition chimique. — Chez l'homme, le suc gastrique contient 10 p. 1,000 de principes sohdes qui consistent en pepsine, un acide libre et des sels.
La pepsine est une substance qui se présente sous différents aspects, suivant le procédé d'extraction. Jusqu'ici il a été impossible de l'obtenir à l'état de pureté absolue ; le procédé qui donne les meilleurs résultats est celui de 13rûcke. On fait digérer la muqueuse stomacale à 40° avec de l'acide phosphorique étendu; on neutralise par la chaux; il se précipite du phosphate neutre de chaux qui entraîne mécaniquement la pepsine; le précipité est lavé, dissous dans l'acide chlorhydrique étendu; on ajoute à la solution de la cholestérine dissoute dans quatre parties d'alcool et une partie d'éther; la cholestérine se précipite avec la pepsine. Le précipité est lavé à grande eau, répris par l'éther; la couche éthérée est décantée et la solution aqueuse restante contient la pepsine pure et l'abandonne par l'évaporation. Ainsi obtenue, la pepsine se présente sous l'aspect d'une poudre grise, amorphe, peu hygroscopique, peu
soluble dans l'eau non acidulée. Elle est azotée ; mais la proportion de ses principes constituants n'a pu encore être déterminée. Schitr croit même que c'est un corps ternaire non azoté. La pepsine appartient à la catégorie des ferments solubles et est l'agent principal de la digestion des substances albuminoïdes et de leur transformation en peptones. Ses propriétés sont détruites par l'ébullition. Le suc gastrique contient en outre des traces de peptones.
Vacide libre du suc gastrique a donné lieu à de nombreuses discussions. Blondiot attribuait l'acidité de la sécrétion au biphosphate de chaux. Mais aujourd'hui presque tous les chimistes la rapportent à un acide libre et diffèrent seulement sur la nature de cet acide; pour les uns, c'est l'acide chlorhydrique (Braconnot, W. Prout, G. Schmidt); pour les autres, l'acide lactique (Lehmann, CL Bernard); mais ni les uns ni les autres n'ont pu encore isoler ces deux acides et ne se basent, pour en admettre l'existence, que sur des réactions plus' ou moins positives. L'acide lactique se rencontre fréquemment dans lestomac, mais il paraît provenir en grande partie de la décomposition des aliments amylacés. La question a été reprise dans ces derniers temps par Rabuteau, Laborde, etc., sans résultats bien certains de part et d'autre (voir à la fin de l'ouvrage : Notes additionnelles).
Les sels minéraux consistent en chlorures alcahns, chlorure d'ammonium, chlorure de calcium, phosphates terreux et phosphate de fer.
Le suc gastrique n'est pas troublé par la chaleur (sauf quand il est mélangé à des matières albuminoïdes) ; il précipite par le bichlorure de mercure, l'azotate d'argent, l'alcool. 11 attaque le marbre avec dégagement d'acide carbonique.
D'après Schiff, le suc gastrique ne présenterait pas toujours les mêmes propriétés; il distingue le suc gastrique peptiqiie et le suc gastrique acide; le premier, le seul actif et doué du pouvoir digestif, se produirait au moment de la digestion; le second se formerait lorsque, la digestion faite, l'estomac a épuisé sa provision de pepsine, et celte pepsine ne reparaîtrait dans le suc gastrique que lorsque des substances qu'il appelle peptogènes auraient de nouveau chargé l'estomac de pepsine {\oir : Sécrétions). k\')Tès les injections dans le sang, on retrouve dans l'estomac l'iodure de potassium, le sulfocyanure de potassium, le lactate de fer, le ferrocyanure de potassium, le sucre.
Yoici des analyses comparatives de suc gastrique chez l'homme,
le chien, le mouton et le cheval ; les quatre premières sont due: à G. Schmidt ; la dernière à Frerichs :