CHAPITRE PRELIMINAIRE
LE LABORATOIRE DE PHYSIOLOGIE
Les laboratoires sont pour le physiologiste ce que les salles d'hôpital sont pour le médecin. Le laboratoire, dit Cl. Bernard, est la condition sine quâ non de développement de la médecine expérimentale; et c'est là, ajouterai-je, que se préparent les progrès de la médecine pratique. L'utihté des laboratoires n'a cependant été comprise que dans ces derniers temps, et tandis^qu'en Allemagne il n'était pas d'Université, queUjue petite qu'elle fût, qui n'eût son Institut physiologique, en France, les Facultés de médecine en étaient dépourvues. Aujourd'hui, il n'en est plus tout à fait de même, mais il y a encore bien des desiderata à combler, bien des progrès à faire ('). Aussi je crois utile, avant d'aborder l'étude de la physiologie, de dire en quelques mots ce que doit être un laboratoire de physiologie.
1° Du local.
Un laboratoire de physiologie devrait être, autant que possible, au rez-de-chaussée, au milieu d'une cour ou d'un jardin, dans lesquels sont conservés les animaux nécessaires à l'expérimentation, de façon à les avoir toujours sous les yeux et à portée.
Le laboratoire même doit être composé de plusieurs salles correspondant aux diverses catégories d'opérations que le physiologiste est dans le cas de pratiquer ; on y trouvera donc :
1° Une salle de vivisections et de dissection; elle doit être spacieuse, haute, aérée, très-éclairée, dallée en pierre; en un mot
(') Pour ne citer qu'un exemple, il n'y a même pas de fonds spe'ciaux alloués pour les laboratoires de physiologie normale et de physiologie pathologique de la Faculté de médecine de Nancy. Il n'y eu a que pour le laboratoire de chimie physiologique.
YIll LE LABORATOIRE DE t'HYSIOLOGIE.
construite à peu près sur le modèle des amphithéâtres d'anatomie; cette salle doit représenter la partie centrale du laboratoire, la pièce dans laquelle toutes les autres s'ouvrent.
2" Une salle plus petite pour la micrographie, les expériences délicates, les appareils de précision (balances, appareils d'électricité, etc.);
3° Une salle servant de laboratoire de chimie et possédant l'installation nécessaire pour tout ce qui concerne la chimie physiologique ;
4" Une petite pièce, pouvant être transformée facilement en chambre obscure, pour certaines expériences de physi [ue physiologique et spécialement d'optique;
0° Enfm, s'il est possible, on réservera avec avantage deux pièces servant d'ateliers de moulage et de photographie.
L'installation du laboratoire, en dehors de l'outillage qui sera vu plus loin, comprend deux choses principales, le gaz et l'eau. Cette installation peut se résumer en quelques mots : du gaz et de l'eau partout, de façon à pouvoir conduire où l'on veut, à Faide do tubes de caoutchouc, le gaz et l'eau dans un point quelconque du laboratoire. Si la pression de l'eau est suffisante, on peut, à l'aide d'une trompe de laboratoire, faire marcher un petit moteur hydraulique et on a ainsi une force motrice qu'on a bien souvent Heu d'utiliser, par exemple pour pratiquer la respiration artificielle. Si la pression d'eau est insuffisante, il faut avoir recours à une petite machine à vapeur.
L'espace intérieur réservé aux animaux doit être dallé, en partie couvert et divisé en circonscriptions distinctes suivant la nature des animaux, auxquels, autant que possible, on doit, en outre de l'abri qui les loge, laisser un peu d'espace et une certaine liberté. La grandeur et la forme des niches et des cages seront appropriées à l'espèce d'animaux qu'elles doivent renfermer (chiens, chats, lapins, cabiais, poules, etc.). Des niches distinctes, séparées des autres, permettront d'isoler complètement les animaux après l'opération. Quelques-unes des niches et des cages auront un fond à jour qui permettra do recueillir les urines {voir page 454) Les cages pour les petits animaux (rats, souris, oiseaux, etc.), seront placées dans le laboratoire même, dans la salle des vivisections. Un bassin, avec des plantes aquatiques, recevra les grenouilles, les poissons, les animaux aquatiques dont on peut avoir besoin, et alimentera les divers aquariums du laboratoire.
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2^ Vivisections.
r CJioix de ranimai. — Ce choix se déduit de la nalure même de l'expérience et du but que se propose le physiologiste. Ici une connaissance parfaite de la structure des animaux les plus employés est indispensable à l'opérateur, et les particularités anatomiques ont la plus Grande importance, car elles permettent chez tel animal une opération qui serait impossible sur une autre espèce. C'est là un des points les plus délicats de la technique physiologique, et cette connaissance ne s'acquiert que par l'expérience et une expérience prolongée. Des renseig[iemenls nombreux sur ces particularités anatomiques se trouvent dans beaucoup de mémoires spéciaux, et en particulier dans les ouvrages de Cl. Bernard, Ecker (Icônes physiologicsé), Krause (Anatomie des Kaninchens, etc.); mais il nous manque une étude systématique, à ce point de vue, des principales espèces animales usitées en vivisection.
2" Contention de f animal. — La contention de l'animal peut se faire de trois façons principales différentes, qui du reste peuvent s'associer l'une à l'autre, contention mécanique, aneslhésie, immobilisation par le curare.
a. Contention mécanique. — Il suffit quelquefois, surtout pour de petits animaux et des opérations très-courtes, de les faire maintenir par un aide. Les grenouilles, les petits mammifères, etc., peuvent être piqués simplement sur un liège avec des épingles. Pour les lapins, les cabiais, etc., on emploie des planchettes, excavées dans leur milieu et percées sur leurs bords de trous, dans lesquels passent des courroies qu'on attache aux pattes de l'animal. Pour les chiens, Cl. Bernard a imaginé de grandes gouttières dont les côtés peuvent se rabattre une fois que l'animal a été fixé dessus. Pour certaines opérations, on se sert d'appareils spéciaux; ainsi, pour les lapins, pour les opérations sur la tète, j'emploie une boîte dans laquelle l'animal est emprisonné étroitement à l'exception de la tète qui sort à l'extérieur et est alors facilement maintenue. Pour assurer l'immobilité plus complète de la tôte, Czermack a imaginé un appareil particulier qui se compose de deux cadres en forme de mors et se croisant en X autour d'un axe; l'axe est introduit comme un bâillon dans la
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bouche de l'animal dont la tête est saisie par les deux mors ; l'appareil est fixé à la planchelte sur laquelle est attaché l'animal, auquel tout mouvement devient impossible.
Il faut toujours se rappeler que la simple contention mécanique de l'animal réagit toujours sur sa circulation et sur sa respiration, et il est prudent d'attendre que l'état normal soit revenu avant de commencer l'opération. Cette précaution est surtout nécessaire quand il s'agit d'étudier le pouls, la pression sanguine, la respiration, la température, etc. Ainsi l'immobilisation d'un animal fail baisser sa température.
b. Anesthésie. — Voir pour l'action et ie mode d'emploi des divers anesthésiques, le chapitre : Toxicologie physiologique ; anesthèsiques, page 1073.
c. Immobilisation 'par le curare. — Le curare ayant la propriété de paralyser les nerfs moteurs en laissant intacts les mouvements du cœur et la plupart des fonctions, CL Bernard en a profité pour s'en servir comme de moyen contentif. Chez les animaux à sang froid, comme la grenouille, le procédé est très-commode et peut être employé facilement. Chez les animaux à sang chaud, la paralysie des nerfs des muscles inspirateurs arrête bientôt la respiration et par suite les mouvements du cœur. Il faut donc chez eux pratiquer en même temps la respiration artificielle. Pour cela, on introduit dans la trachée une canule à laquelle s'adapte un soufflet avec lequel on souffle de l'air dans les poumons en imitant autant que possible le rhythme et l'ampleur des mouve^ ments respiratoires de l'animal; l'air expiré s'échappe par une ouverture latérale de la canule. Gréhant a imaginé un appareil dans lequel le soufflet est mù par un excentrique, qu'on peut raccourcir ou allonger à volonté, et qui se rattache lui-même à une roue mise en mouvement par une courroie de transmission d'un moteur quelconque. Avec cet appareil, on peut très-facilement entretenir la respiration artificielle pendant plusieurs heures.
3° Opération. — Le mode opératoire varie évidemment suivant l'opération elle-même, il n'y a là qu'cà suivre les règles ordinaires de la médecine opératoire; le physiologiste doit être en effet doublé d'un chirurgien, et il doit connaître à fond toutes les ressources de la chirurgie pour pouvoir les employer au besoin. Aussi n'y a-t-il pas lieu de tracer ici des règles spéciales pour les vivisections; seulement le but du physiologiste étant tout autre que celui du chirurgien, la marche à suivre est un peu diffé-
LE LABORATOIRE DE PHYSIOLOGIE. XI
rente. Le chirurgien opère vite, citô, pour arriver le plus tôt possible au but même de l'opération; le cita a beaucoup moins d'importance pour le physiologiste; au contraire, il peut même avoir des inconvénients; il doit en effet saisir au passage toutes les manifestations de l'activité vitale qui se produisent sous ses yeux pendant le cours de l'opération, car toutes les circonstances • qui ne sont qu'accessoires pour le chirurgien, peuvent mettre le physiologiste sur la voie d'une exploration et quelquefois dune découverte nouvelle; il doit donc, sans perdre de vue le but même de l'opération, avoir l'œil sur tout ce qui se passe chez ranimai et dans les organes qu'il voit à nu.
A" Après l'opération. — L'observation de l'animal après l'opération constitue une partie délicate de la tâche du physiologiste. Dans beaucoup de cas , le phénomène observé est simple et l'observation en est facile; mais, dans d'autres cas, les phénomènes produits par la vivisection sont si nombreux et se succèdent avec une telle rapidité que leur observation, et par conséquent leur analyse devient d'une extrême difficulté, c'est ce qui arrive la plupart du temps dans les expériences sur les centres nerveux.
Ordinairement les animaux opérés sont isolés des autres et mis à part; il y a lieu en effet de les soumettre à {\es conditions spéciales (soins, nourriture, observation) qui ne peuvent se faire sans cela. Quant aux soins chirurgicaux et hygiéniques qu'il faut donner aux animaux opérés, ce sont les mêmes que ceux qui sont employés journellement dans le traitement consécutif des opérations chez l'homme et il n'y a pas lieu d'y insister.
b" Autopsie. — Il n'y a pas non plus de règle particulière à tracer pour l'autopsie. Seulement un principe dont il ne faut pas se départir, c'est, toutes les fois que la chose est praticable, de faire l'autopsie immédiatement après la mort. On peut ainsi observer les phénomènes qui se passent dans le corps immédiatement après la mort, ce qu'on n'a jamais l'occasion de faire chez l'homme : on peut avoir les organes avant que toute altération cadavérique, quelque minime qu'elle soit, se soit produite; on étudie de suite ceux qui ne peuvent se conserver sans altération (globules sanguins, certains épithéliums, etc.); on met dans des liquides conservateurs ceux qui doivent être examinés plus tard; on prend note de la persistance des propriétés vitales dans les divers tis.sus, etc., etc. Enfin, l'autopsie doit être
Be.vunis, Phys. 6.
XII LE LABORATOIRE DE PHYSIOLOGIE
compK'te, c'est-à-dire que le physiologiste doit s'aider de toutes les ressources du microscope et de l'analyse chimique.
L'autopsie une fois faite, un antre devoir s'impose, celui de conserver tout ce qui peut présenter un intérêt physiologique ou anatomique; chaque laboratoire de physiologie doit, au bont de quelques années, posséder un véritable musée de physiologie pathologique, et au bout de quelque temps, la réunion de toutes ces pièces, dont le numéro d'ordre renvoie à l'histoire détaillée de l'observation, constituera un ensemble précieux de documents.
3 ° Microgr ap h i e .
Le microscope doit être à demeure sur la tal)le du physiologiste. Même en mettant à part les recherches de physiologie élémentaire et histologique qui en demandent l'emploi continu, il n'y a pas de recherche physiologique, quelle qu'elle soit, qui ne puisse exiger, à un moment donné, l'intervention du microscope. Naturellement l'outillage micrographique devra être trèscomplet et tenu toujours au courant des progrès modernes, mais ce n'est pas ici le lieu de développer ce sujet, pour lequel je renvoie aux traités spéciaux.
Les mêmes réflexions peuvent s'apphquer à la chimie physiologique qui a pris tant d'extension dans ces dernières années ; sans vouloir exiger du physiologiste une universalité qu'aucun homme ne peut atteindre, il faut cependant que son laboratoire soit outillé pour qu'il puisse y faire toutes les recherches possibles de chimie physiologique. Là encore, c'est aux ouvrages spéciaux que je renverrai le lecteur. Outre les réactifs et les produits usuels, tout laboratoire de physiologie doit posséder une collection de produits de chimie physiologique et de toxicologie.
5" Appareils et instruments.
Outre les appareils et les instruments spéciaux pour les vivisections, la micrographie et la chimie physiologique, le labora-
LE LABORATOIRE DE PHYSIOLOGIE. XIII
toire de physiologio doit posséder un certain nombre d'appareils et d'instruments fondamentaux. Je vais les passer brièvement en revue.
A. Instruments de mesure. — ["Mesure de la température. — Thermomi'tres. — Les thermomètres usités en physioloirie sont de plusieurs espèces. Les uns ne servent qu'à donner la température des milieux ambiants, air, eau. etc., et ne présentent rien de particulier. Les autres sont destinés à prendre la température des animaux (aisselle, rectum, bouche, intérieur des cavités et des organes, etc.) et sont par conséquent analogues aux thermomètres à échelle fractionnée, usités en médecine; mais ils doivent être encore plus précis et plus sensibles. Du reste, les règles d'application sont les mêmes que dans l'emploi des thermomètres médicaux, mais elles doivent être observées avec bien plus de rigueur encore. Tous les laboratoires doivent posséder aussi un thermomètre étalon, vérifié, et dont on doit être sur. avec lequel on puisse de temps en temps comparer les thermomètres ordmaires. Pour l'emploi des aiguilles thermo-électriques, voir page 703.
2° Mesure de la pression atmosphérique. — Baromètre de Fortin.
3° Mesure du temps. — Métroiiom,e. — Horloge chronométrique. — Diapasons.
A° Mesure de^ poids. — Balance de précision. — Trébuchet. — Balances Boberval (pour peser les lapins, les chats, les câblais, etc. — Bascule fpour peser les chiens).
5" Mesure des densités. — Densimètres. — Alcoolornètres. — Pèse-urines, etc.-
6" Mesure des longueurs. — Cathétomètre. — Compas cVépaisseur. — Pied d coulisse avec vernier, etc.
B. Appareils enregistreurs. — [" Beprésentation graphique des phénomènes physiologiques. — Les phénomènes physiologiques peuvent toujours être représentés graphiquement. Supposons, par exemple, qu'on veuille représenter ainsi la température d'un animal pendant une journée: on prend un papier quadrillé offrant une série de lignes verticales, parallèles et équidistantes (o/Y/o?inm), coupées par une série de lignes horizontales, parallèles (abscisses). On choisit, au bas déjà feuille, une ligne, ligne des abscisses, sur laquelle on marque successivement, en allant de gauche à droite, les heures de la journée ; chacune des heures,
XIV LE LABORATOIRE DE PHYSIOLOGIE
de 0 à 24, correspond à la base d'une ordonnée. L'ordonnée qui correspond au zéro constitue la ligne des ordonnées; on y marque les degrés du thermomètre en allant de has en haut, de façon que chaque degré corresponde à l'endroit où les hgnes horizontales rencontrent la ligne des ordonnées. On inscrit alors, pour chaque heure de la journée, le degré de température obtenu en plaçant le chiffre à l'intersection de l'abscisse et de l'ordonnée correspondante. Si on réunit les points ainsi obtenus par des lignes, on a une courbe continue qui représente graphiquement la marche de la température dans les 24 heures. En général, les temps et les durées s'inscrivent sur la ligne des abscisses, les intensités sur la ligne des ordonnées. Mais tout phénomène ou toule loi à 2 variables peut toujours se représenter de la même façon. C'est ainsi qu'on a dressé les courbes de la population d'un pays d'année en année, de la mortalité suivant les âges, etc., etc.
Avec ces graphiques, on peut avoir facilement les moyennes par un procédé mécanique, celui de Volkmann. Le papier sur lequel est inscrit le graphique doit être d'une épaisseur très-égale et très-uniforme de texture. On découpe le papier en suivant la courbe du graphique, la ligne des abscisses et les deux ordonnées extrêmes; le poids donne le poids total du graphique, et s'il s'agit, par exemple, d'une courbe de température, le poids correspond à la totalité des degrés observés; ce poids total divisé par le nombre de jours, donnera le poids moyen ou autrement dit la température moyenne par jour.
2° Enregistrement graphique direct des phénomènes physiologiques. — Une grande partie des phénomènes physiologiques ne sont autre chose que des phénomènes de mouvement mécanique qui peuvent toujours, par conséquent, se transmettre à un levier, soit immédiatement, soit, s'ils sont trop faibles, après avoir été amplifiés. Si on place à l'extrémité oscillante de ce levier un pinceau et qu'on mette ce pinceau en contact avec une feuille de papier, les oscillations du levier s'inscriront sur cette feuille et y traceront le graphique du mouvement. Si la feuille est immobile, les graphiques se superposeront, et si le mouvement se fait dans le sens vertical, le pinceau tracera une simple ligne droite verticale; mais si la feuille se déplace d'un centimètre, par exemple, par seconde, les mouvements du levier donneront non plus une ligne verticale, mais une hgne courbe et on aura un
LE LABORATOIRE DE PHYSIOLOGIE
graphique ressemblant tout à fait aux graphiques précédents, avec cette senle ditrérence que le mouvement s'est inscrit de luimême sur la feuille. La rapidité du déplacement de la feuille influera donc sur la forme de la courbe; si la vitesse est trèsgrande, l'étendue de la ligne des abscisses comprise entre les deux extrémités de la courbe sera très-considérable; si la vitesse est très-faible, cette étendue sera Ijcaucoup moindre. C'est ce que montrent les deux courbes suivaiiles de la contraction musculaire prises avec des vitesses ditïéreutes {fhj. I; A, vitesse, très-
f-/g I. — Courbes Je la contrai lion imiSL'ulaire prises avec deux vitesses différentes.
faible; B, vitesse assez grande). Pour faciliter ce mode d'enregistrement direct des phénomènes physiologiques, il a fallu inventer toute une série d'appareils et d'instruments spéciaux et aujourd'hui, grâce aux travaux de Marey principalement, ce mode d'expérimentation est d'un usage journalier en physiologie.
Il y a trois choses à considérer dans l'enregistrement d'un mouvement physiologique, le mouvement lui-même, la transmission du mouvement et le tracé du graphique ou l'enregistrement du mouvement. Ces trois points doivent être examinés successivement.
^.Mouvement.' — Du mouvement lui-même, il y a peu de chose à dire. Ces mouvements peuvent être accomplis par des gaz (respiration), des liquides (sang) ou des sohdes (mouvements musculaires), et la disposition des appareils devra être variée suivant la nature même du corps en mouvement. En outre de sa nature, deux choses ont une importance capitale, la vitesse et l'amplitude du mouvement: les mouvements trop rapides ou trop lents sont plus difliciles à enregistrer, on y arrive encore grâce à la perfection des appareils, mais l'amplitude du mouvement pré-
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sente plus de difficultés: cependant ces difficultés ont été surmontées et on enregistre des mouvements aussi imperceptibles que ceux du pouls et aussi étendus que ceux de la course.
h. Transmission du mouvement. — La transmission du mouvement jusqu'au levier écrivant peut se faire de plusieurs façons et , dans un appareil donné, il pourra y avoir successivement plusieurs modes de transmission.
Cette transmission peut se faire par l'air, comme dans les sonnettes à air. C'est ce qui se fait, par exemple, dans un des appareils les plus utiles en physiologie, le tambour clu polygraphe de Marey ifig. 11). 11 consiste en une petite capsule métallique sur l'ouverture de laquelle se trouve tendue une membrane de caoutchouc qui la ferme complètement. Sur la membrane de caoutchouc est collée une petite plaque d'aluminium rattachée par une petite fourchette à un levier écrivant, de façon que tous les mouvements de soulèvement et d'abaissement de la membrane se traduisent par des ascensions et des descentes correspondantes du levier agissant comme un levier du troisième genre. L'intérieur du tambour contient de l'air et communique avec l'extérieur par un tube sur lequel on peut adapter un tube de caoutchouc. Toutes les fois que l'air du tambour subit une augmentation de pression, la membrane de caoutchouc s'élève, et avec elle le levier écrivant; c'est l'inverse quand la pression diminue. Ainsi, si on met en rapport cet appareil avec la trachée d'un animal , ou chez l'homme avec une narine (voir page 43 i), les variations de pression de l'air des voies aériennes \ réagissent sur la membrane du tambour et le levier baisse dans l'inspiration et monte dans l'expiration (voir, pages 434 et 435, les graphiques recueillis par ce procédé). Si on met l'air du tambour en rapport avec la branche libre d'un manomètre, d'un manomètre à mercure, par exemple, les
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varialions de la colonne morcurielle amènent des oscillations correspondantes du levier écrivant. Knfin , au lieu d'être engendrées par les mouvements d'un liquide, les variations de pression de l'air du tambour peuvent se produire par les mouvements de va-et-vient d'une pièce solide, comme dans le cardiographe de Marey (page Gi6), le spliygmoscope (page G87), le pneumograplie (page 560), etc.
La transmission du mouvement peut se Mre par les liquides. C'est ce qui a lieu, par exemple, dans les manomètres à mercure employés pour mesurer la pression sanguine (page 082): dans ce cas, le levier écrivant est supporté, comme dans le kymographion de Ludwig (page 684), par une tige qui surmonte un index d'ivoire qui s'élève et s'abaisse avec le niveau du mercure, à moins qu'où ne préfère, comme on vient de le voir tout à llieure, adapter le tambour du polygraphe à la branche libre du manomètre.
La transmission du mouvement par les solides peut se faire de deux façons différentes, par des leviers ou par des ressorts. Dans les appareils à levier, dont le type se trouve dans les myographes dllelmhollz (fig. 48, page 263) et de Marey (fig. 49, page 26 i), ou dans le sphygmographe du même auteur (page 667) , le levier agit ordinairement comme levier du premier genre, quelquefois comme levier du troisième genre, et dans ces cas le mouvement se trouve habituellement amplifié; aussi doit-on toujours, dans les graphiques, faire la part de cette amplification du mouvement,facile à calculer, dureste, d'après la longueur des deux bras de levier de la puissance et de la résistance. Celte amplification du mouvement détermine ordinairement, comme le fait remarquer Marey, une déformation du graphique dont il faut tenir compte ; c'est ainsi que, dans le sphygmographe, le levier écrivant décrit un arc de cercle au lieu de décrire un mouvement vertical. En outre, en verlu de la vitesse acquise, le levier tend à s'élever plus haut qu'il ne devrait, son mouvement d'ascension continuant encore après la cessation de l'action qui le soulevait; pour parer à cet inconvénient, il faut diminuer la masse du levier de façon à lui donner la plus grande légèreté possible, augmenter les frottements de la pointe écrivante contre le papier, t't dans certains cas employer des ressorts ou des poids comme dans le sphygmographe et le myographe de Marey.
Dans les appareils à ressorts, dont le type est le kymographion de Fick {fig. 162, p. 686), la pression agit sur un ressort métal-
XVIII LE LALORATOIllE DE PHYSIOLOGIE.
lique comme dans les baromètres anéroïdes, et le levier écrivant
se trouve rattaché plus ou moins directement à l'extrémité mobile du ressort.
LE LABORATOIRE DE PHYSIOLOGIE. XIX
c. Enregistrement du mouvernent. Cet enregistrement exige un appareil écrivant et un appareil de réception. L'appareil écrivant consiste tantôt en une pointe, une plume, un pinceau, un ressort mince, ellilé. etc., qu'on trempe dans l'encre ou dans une matière colorante et qui trace le graphique sur un papier blanc, tantôt en une pointe sèche qui trace des traits blancs sur un papier enfumé. L'essentiel est que le frottement ne soit par trop considérable entre le papier et la pointe écrivante. L'appareil de réception est toujours constitué par une surface animée d'une certaine vitesse. On a donné différentes formes à ces appareils. Ainsi on a employé des disques tournants comparables au disque rotatif de Newton, des plaques supportées par un pendule oscillant, des plaques mues par un mouvement d'horlogerie, comme dans le sphygmographe de Marey. ou des bandes de papier sans fin se déroulant comme dans les télégraphes de Morse ; c'est ce système qui est employé dans le polygraphr de Marey. Un mouvement d'horlogerie fait tourner un cylindre vertical devant lequel passe en le contournant une bande de papier glacé. Cette bande est pressée contre le cylindre au moyen de deux galets d'ivoire qui sont entraînés par la rotation du cyhndre ; la feuille de papier est alors conduite comme dans un laminoir et se dévide indéûniment d'une grosse bobine sur laquelle elle était enroulée (voir : Marey, Bu Mouvement dans les fonctions de la vie, page 150). Mais le plus usité des appareils de réception est le cylindre enregistreur (fig. III). H secomposed'un cylindre dont la rotation est déterminée par un mécanisme d'horlogerie. Ce cylindre peut acquérir, en le plaçant sur des axes diflérents, des vitesses variables, et en général, dans les appareils perfectionnés, ou peut avoir ainsi trois vitesses différentes (cent tours par minute, un tour eu dix secondes, un tour en une seconde et demie). Mais ces vitesses sont rendues uniformes et régulières, grâce à l'adjonction à l'appareil d'un régulateur de Foucault qui est représenté dans la figure. Le cylindre peut du reste être placé dans la position verticale ou dans la position horizontale. On fixe sur le cylindre une feuille de papier blanc enfumé sur laquelle s'écrivent les graphiques. Marey a disposé les appareils de façon à pouvoir recueillir sur la même feuille un grand nombre de graphiques; ainsi la figure IV représente plusieurs courbes de la contraction musculaire disposées les unes à cOté des autres ou en imbrication latérale. Il suffit
LE LABORATOIRE DE PHYSIOLOGIE
pour cela de faire arriver la dernière contraction musculaire un peu après que le cylindre a accompli un tour entier et ainsi de suite. On obtient le même résultat en déplaçant un peu le cylindre ou mieux en plaçant le myographe sur un chariot {fig. 49, p. 264) qui marche dans le sens de la flèche indiquée sur la figure et roule sur un petit cheniin de fer parallèle à l'axe de rotation du cylindre. La pointe écrivante décrit alors autour du cylindre un pas de vis très-fin , et les graphiques se superposent en se rapprochant plus ou moins suivant le degré de vitesse du chariot. On a ainsi des graphiques en imbrication verticale.
Enfin, en combinant les deux espèces d'imbrications, on a Vimbricat ion oblique qui permet de réunir un grand nombre de graphiques sur une petite surface.
La mesure de la durée du mouvement se fait facilement puisqu'on connaît la vitesse du cylindre et sa circonférence ; mais si l'on veut arriver à une grande précision, le meilleur moyen est d'enregistrer en morne temps les vibrations d'un diapason ; il suflit d'adapter à une des branches d'un diapason dont le nombre des vibrations est connu, un stylet écrivant et d'enregistrer ces vibrations en même temps que le mouvement qu'on veut étudier, comme on en a un exemple dans la figure 53, page 270. On connaît ainsi par le nombre de vibrations la durée exacte d'un mouvement, quelque rapide qu'il soit. Pour les durées plus longues on peut employer un pendule qui bat les secondes, et qui, en rompant et en fermant tour à tour un courant de pile, produit
LE LABORATOIRE DE PHYSIOLOGIE. XXI
des mouvements alternatifs dans un électro-aimant muni d'une pointe écrivante.
Pour fixer les grapliiques tracés sur un papier eniume, il sullit .le les plonger dans une solution de gomme laque.
L'emploi des appareils enregistreurs, dont les plus importants
fig. V. — Éluve avec son régulateur à m-jrcure.
sont décrits et figurés dans le courant du livre, a transformé complètement la physiologie et permis d'analyser d'une façon plus
/•Vg.V.-l. tube de caoutcboi.c par lequel arrive le gaz.— 2. tube du régulateur. — :î,rarlie du réservoir en verre du réiiulateur occupée par le ga/.. - 4, partie du réservoir du r,-gnlatei.r occupée par l'air; le reste est rempW par du mercure (partie foncée). - o, tube de .aoutchouc conduisant le gaz au bec de Bunsen. - 6, prise de gaz accessoire pour éviter 1 extinction du b^ de Bunsen quand le mercure bouche l'orifice inférieur du tube 1. — ., bec de bunsen. — s, étuve. — 9, thermomètre plongé dans l'eau comprise entre les deux parois de 1 éluve.
LE LABORATOIRE DE PHYSIOLOGIE
complète et plus rigoureuse un grand nombre de phénomènes dont la connaissance était restée très-imparfaite.
G. Étuves et régulateurs. — Les étuves sont nécessaires, non-seulement pour beaucoup d'opérations de chimie pure, mais encore pour une foule d'expériences physiologiques et en particulier pour les digestions artificielles, les incubations artificielles, l'action de températures variées sur les animaux, etc.; il importe surtout de pouvoir régler à volonté la température d'une étuve et de pouvoir y maintenir une température constante. On y arrive facilement à l'aide de régulateurs. La flgure V représente une étuve avec son régulateur. Quand la température de l'eau de l'étuve s'élève, l'air contenu en 4 se dilate et le niveau du mercure monte, atteint l'orifice du tube métallique \f\g. Yl, o) et rétrécit cet orifice de façon que le débit de gaz devient moins considérable et que par suite la température s'abaisse; il est facile de régler ce régulateur de façon à avoir toujours une température déterminée. La figure YU représente une autre espèce de régulateur, le régulateur Schlœsing.
Dans celui-ci, le débit du gaz est réglé par une lamelle qui vient s'appliquer plus ou moins sur l'orifice du tube E, suivant qu'elle est repoussée plus ou moins par une membrane qui obture un tube situé vis-à-vis le précédent et rempli de mercure; ici c'est la
dilatation même du mercure qui Pig. VI. — Régulateur par dilatation de l'air.
règle le débit du gaz.
D. Appareils d'électricité. — Ces appareils comprennent : r Des appareils pour produire les courants continus, c'est-àdire les différentes espèces de piles : piles de Daniell (zinc et cuivre), de Grove (zinc et platine), de Bunsen (zinc et charbon), au bichromate, etc. La pile de Daniell est celle qui offre la plus grande constance de la force électro-motrice. Pour les expé-
LE LABORATOIRE DE PHYSIOLOGIE. XXIII
riences peu précises, on peut employer de petites pinces ana-
Fig. VII. — Régulateur de Schlœsing.
Fig. VIII. — Pinoes de Pulvermacher.
logues aux chaînes galvaniques de Pulvermacher (voir fig. YIII), ou de petites pinces contenant une pile portative au chlorure d'argent.
2" Des appareils pour produire les courants induits, le meilleur est certainement l'appareil à chariot de Du Bois Reymond (fig. IX), où l'interruption du courant se fait par le même mécanisme que dans l'interrupteur de Wagner. Le courant arrive par la colonne A, passe en a dans le ressort du trembleur de l'interrupteur, et quand ce ressort touche la vi§ v, va par cette vis dans la bobine primaire B ; quand il a parcouru toute la bobine, il passe dans le petit électro - aimant en fer à cheval D, et de là sort par la borne A'. Dès qne le circuit est fermé et que le courant inducteur s'établit, l'éleclro-aimant D attire la pièce de fer doux E; le trembleur s'écarte de la vis v et le courant est interrompu ; dès que le courant s'arrête, l'électro-aimant D n'agit