Apnée, dyspnée et asphyxie
Apnée. — Quand le sang est saturé d'oxygène les mouvements i-espiratoires s'arrêtent (Hook, 1667); c'est à cet état que Rosenthal a donné le nom d'apnée. Si sur un animal on pratique l'insufflation pulmonaire en diminuant de plus en plus l'intervalle de deux insufllalions successives, les mouvements respiratoires se ralentissent et fmissent par cesser tout à fait, tandis que toutes les autres fonctions, mouvements du cœur, actions réflexes, etc., continuent à s'exécuter comme à l'état normal.
Dyspnée. — La dyspnée se présente toutes les fois que les échanges gazeux respiratoires ne se font pas avec assez d'activité. On peut produire la dyspnée de deux façons : 1° par l'ouverture des plèvres, ce qui amène l'afTaissement d'un ou des deux poumons; 2° par le rétrécissement des voies aériennes, ce qui diminue l'abord de l'air dans les poumons. Quel que soit son mode de production, la dyspnée se traduit par l'exagération des mouvements d'inspiration; non seulement les muscles inspirateurs ordinaires, comme le diaphragme, se contractent plus énergiquement que d'habitude; mais on voit entrer en action des muscles qui, à l'état ordinaire, ne participent pas à l'inspiration calme, tels sont les muscles scalènes, les dentelés postérieurs, etc.; aussi les côtes supérieures se soulèventelles avec force à chaque inspiration, et le larynx, presque immobile dans la respiration ordinaire, s'abaisse fortement, ce qui est un des signes caractéristiques de la dyspnée. Ch. Richet distingue avec raison de la dyspnée la polypnée qui se caractérise par une fréquence extrême des respirations.
Asphyxie. — On peut distinguer l'asphyxie brusque, qui se produit par l'occlusion complète de la trachée par exemple, et l'asphyxie lente, dans laquelle l'occlusion des voies aériennes ne se fait que d'une façon graduelle.
PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT. 289
Les phénomènes de l'asphyxie rapide peuvent se diviser en trois stades, très courts, qu'il est facile d'observer sur les animaux et en particulier chez le chien.
Dans le premier stade, qui dure environ une minute, on remarque d'abord de la dyspnée et des mouvements inspiratoires excessifs très marqués, surtout pour les muscles thoraciques; puis les muscles abdominaux se contractent énergiquement ; et à la fin de la première minute apparaissent des convulsions d'abord purement expiratrices, puis accompagnées de spasmes plus ou moins irréguliers des membres et surtout des muscles fléchisseurs.
Dans le second stade, qui a à peu près la même durée, les convulsions cessent quelquefois tout à coup, et les mouvements d'expiration sont à peine perceptibles ; la pupille est dilatée; les paupières ne se ferment plus si on touche la cornée; les actions rétlexes ont cessé; tous les muscles, sauf les inspirateurs, sont dans le relâchement; la pression artérielle baisse; il y a en somme un calme général qui contraste singulièrement avec l'agitation de la période précédente.
Dans la troisième période, qui dure deux à trois minutes, les mouvements d'inspiration deviennent de plus en plus faibles et espacés; les muscles inspirateurs accessoires se contractent spasmodiquement et, bientôt après, les spasmes gagnent d'autres muscles et particulièrement les extenseurs; la tête se renverse en arrière, le Ironc s'étend et s'incurve en arc; les membres sont dans l'extension, les narines sont dilatées ; des bâillements convulsifs se produisent, et la mort ne tarde pas à arriver.
Les phénomènes de l'asphyxie lente suivent la même marche, seulement avec beaucoup moins de rapidité dans leur production; mais là encore on retrouve les trois périodes de convulsions expiratoires, de calme et de convulsions inspiratoires.
Voir aussi : Moelle allongée et Pneumogastrique .
Biblioo^raphie. — A. Dastre : De la glycémie asphyxique, 1879. — S. Frédéricq : Él. expér. sur /'asphyxie aiguë (Trav. du labor. de L. I^Yédérlcq, 1886). — Gad : Ueher héemoi'rhagische Dyspnœ (Berl. phys. Ges. dans : Arch. f. Physiol., 1886). — E. Holov- TscHi.NER : Id. (Arch. f. Phys. Suppl., 1886). — M. Rosenthal : Ueber die Farm de.r Ko/ilensuure-und Sauei'stoffdyspnoe (id.). — Cn. Riciiet : Des conditions de la polypnée l/iermiqiie (G. rendus, t. CV, 1887). — A. Lacassagne : De la submersion expérimentale : 7'ôle de l'estomac comme réservoir d'air chez les plongeurs (Arch. de l'anthropol. criminelle), t. II, 1887) (1).