Conditions de la production de la voix
Le larynx ne peut être assimilé complètement à aucim des instruments connus: mais il se rapproche beaucoup des instruments à anche. Les cordes vocales inférieures représentent en efTet des anches membraneuses, mais des anches qui offrent ce caractère particulier de pouvoir varier à chaque instant de longueur, d'épaisseur, de largeur et de tension. Dans l'instrument vocal humain, le porte-vent est contitué par la trachée et les bronches, le tuyau sonore par les cavités supérieures à la glotte, cavités du larynx, pharynx, fosses nasales et cavité buccale.
Deux conditions sont essentielles pour la production de la voix ; il faut d'abord que le courant d'air expiré présente une certaine pression, et en second lieu que les cordes vocales soient tendues.
1° Pression du courant d'air expiré. — Pour que l'air puisse faire entrer en vibration les cordes vocales, il faut que cet air, au moment oii il traverse la glotte, la traverse sous une pression suffisante pour écarter les cordes vocales de leur position d'équilibre. Cette pression a pu être mesurée en
mcnts de musique. Dans ce cas, la hauteur du son est influencée par la longueur du corps; le son devient de plus en plus bas à mesure que le corps s'allonge, mais il ne tombe jamais à l'octave comme pour les anches rigides; puis, pour une longueur déterminée, le son revient au son fondamental de l'anche, enfin un allongement nouveau du corps le fait baisser de nouveau et ainsi de suite.
PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT. --^'^ adaptanl un manomètre à la trachée dans le cas de ûstule trachéale; Cagnianl- Latoiir a trouvé (sur une femme) 160 millimètres d'eau pour les sons de moyenne hauteur, 200 pour les sons élevés, 945 pour les sons les plus élevés possibles, et Griitzner a trouvé des chiffres analogues chez un jeune homme. Pour que l'air de la trachée acquière cette pression indispensable à la production du son, il faut, d'une part, que la masse gazeuse des voies aériennes soit comprimée par l'action des muscles expirateurs, et il faut, d'autre part que cet air ainsi comprimé ne puisse s'échapper trop rapidement; de là la nécessité, dans la phonation, de donner à la glotte la forme d'une fente étroite qui fasse obstacle à la sortie de l'air expiré et permette à cet air de se maintenir à la pression nécessaire pendant la production des sons. Aussi voit-on une ouverture à la trachée abolir instantanément la voix en permettant l'issue facile de l'air expiré et en abaissant par conséquent sa pression audessous du minimum indispensable. Si la voix ne peut se produire à f inspiration (sauf dans quelques cas exceptionnels), c'est uniquement parce que la pression de l'air inspiré est trop faible pour faire vibrer les cordes vocales. Lucae a imaginé un instrument, le phonomètre, destiné à apprécier la pression du courant d'air expiré dans la phonation et dans la parole {Arch. fur Physiologie, 1878, p. 788).
2° Tension des cordes vocales. — Pour que les cordes vocales puissent vibrer, il ne suffit pas que le courant d'air expiré ait une certaine pression, il faut encore que les cordes vocales soient tendues, et cette tension a lieu en longueur, en largeur et en épaisseur. La tension en longueur se fait par l'écartement de leurs deux points d'insertion antérieur et postérieur; la tension en largeur par leur rapprochement de la ligne médiane et le rétrécissement de laglotte; leur tension en épaisseur par la contraction du faisceau interne du thyro-aryténoïdien ; la corde vocale forme ainsi un ensemble élastique susceptible de vibrer. En outre, la force ou la pression du courant d'air expiré augmente aussi la tension de la corde vocale.
La physiologie des muscles qui agissent sur les cordes vocales pour faire varier leur longueur, leur tension et les dimensions de la glotte, est étudiée dans les traités d'analomie, auxquels je renvoie. Je me contenterai de donner ici une figure schématique pour rappeler au lecteur les notions les plus essentielles sur l'action de ces muscles (fig. 315).
Il est pourtant un de ces muscles qui, à cause de son importance, mérite une mention spéciale, c'est le thyro-arijténoîdien interne, contenu dans l'épaisseur même de la corde vocale. Ses fibres musculaires sont intimement rattachées par du tissu élastique à la face profonde de la muqueuse, de sorte qu'il ne peut y avoir, pendant la vie et à l'état normal, de vihraljon isolée du repli muqueux du bord libre de la corde vocale; le tout, muscle, tissu élastique et muqueuse, constitue au contraire un petit système vibrant, inséparable et solidaire, dont la tension est sous la dépendance immédiate de la contraction du muscle. Les fibres musculaires obliques qui se rendent du cartilage aryténoïde au bord libre de la corde vocale constitueraient même, d'après quelques auteurs, un faisceau distinct {m. aryvocal de Ludwig) antagoniste des fibres longitudinales. Outre ces faisceaux obliques, il existe aussi des fibres transversales qui contournent le cul-de-sac des ventricules de Morgagni (Jacobson).
Je ferai remarquer aussi que, d'après Hooper et Marlel, dans les mouvements des articulations rrico-lhyroidiennes, c'est le cartilage cricoïde qui se meut sur le
Fig. 315. — Action des muscles du larynx (Beaunis et Bouchard) (*).
cartilage thyroïde qui reste immobile. D'après Martel, c'est le muscle crico-tliyroïdien qni est le muscle phonateur par excellence.