Circulation cardiaque
Les artères coronaires, qui fournissent le sang au cœur, naissent de l'aorte au-dessus de l'insertion des valvules sigmoïdes, mais à une si faible distance que lorsque ces valvules se rabattent contre la paroi aortique, leur bord libre atteint presque et quelquefois dépasse l'orifice de ces artères. Tebesius et à sa suite beaucoup d'auteurs, se basant sur cette disposition anatomique, ont prétendu que les artères coronaires ne recevaient de sang que pendant la diastole ventriculaire et que, pendant la systole, l'embouchure des artères coronaires était fermée parles valvules sigmoïdes. Briicke, dans ces derniers temps, a cherché à édifier sur cette hypothèse une théorie des mouvements du cœur ou ce qu'il appelle Xautomalismc du cœur [Selbslsieuemng] ; le sang arrivant pendant la diastole, amènerait, en pénétrant dans les ramifications artérielles, un élargissement passif des cavités
(1) A consulter : Rouanct : Anal, des bruits du cœur, 1822. — Magendie : Mém. sur l'origine des bruits normaux du cœur (Mém. de l'Acad. des se, 1838). — Rouanet : Nouv. analyse des bruits du cœur, 1844. — Dogiel et Ludwig : Ein neuer Versuch uber den erslen Jlerzton (Ber. d. sachs. Gcs. '/ai Leipzig, 18G8).
PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT. 381 cardiaques. Mais l'opinion de Briicke, appuyée par Ludwig, Hermann, etc., ne peut s'accorder avec ce fait bien constaté que la pulsation des artères coronaires est isochrone à la systole venlriculaire. C'est qu'en réalité les valvules signioïdes ne s'accolent pas intimement à la paroi aortique au moment do la systole venlriculaire ; il reste toujours, entre la surface supérieure et l'artère légèrement dilatée à ce niveau (sinus aortiques ou de A^alsalva), un espace où le sang se trouve soumis à la môme pression que dans le reste de l'aorte et par suite pénètre dans les artères coronaires comme dans les autres branches aortiques, même quand l'orifice de ces artères se trouve au-dessous du bord libre des valvules sigmoïdes. Aussi ces sinus manquent-ils dans l'artère pulmonaire dont la disposition valvulaire est cependant la même que celle de l'aorte.
Klug a tout récemment invoqué en faveur de la théorie de Brucke ce fait que si on lie le cœur pendant la systole et qu'on le place dans l'acide sulfurique étendu pour coaguler le sang, ses parois ne contiennent presque pas de sang dans leurs couches profondes, tandis qu'elles sont remplies de sang quand on le lie pendant la diastole.
L'expérience, très complexe du reste, ne me paraît pas suffisante pour faire admettre la théorie de Brucke en présence des faits contraires. Rebatel qui, dans le laboratoire de Chauveau, a étudié récemment la circulation cardiaque, a constaté l'accélération du cours du sang dans la coronaire en même temps que la pulsation aortique; les tracés étaient pris sur de grands animaux. Mais il a constaté en outre ime deuxième accélération au moment de la diastole ventriculaire, accélération qu'il attribue ii la perméabilité plus grande des capillaires par suite du relâchement des fibres musculaires des ventricules.
Vocclusion des artères coronaires (ligature, pince à pression, injection de spores de lycopode) détermine du ralentissement des mouvements du cœur, de l'arythmie des deux moitiés du cœur et enfin un arrêt du cœur. Les phénomènes paraissent être un pou différents chez le lapin (Samuelson, Sée et Bochefontaine, Cohnheim et V. Schulthess-Rechberg). D'après ces derniers auteurs les accidents sont trop rapides pour être dus au manque d'oxygène ou à l'acide carbonique et devraient être attribués à une substance toxique produite par l'anémie du cœur (1).
François-Franck a étudié les conditions mécaniques de la circulation veineuse des parois du cœur. Il a vu que l'aspiration Ihoracique due à l'élasticité pulmonaire maintient béantes les veines coronaires superficiellement situées, et que celte expansion est renforcée dans l'inspiration. Le courant veineux n'est pas suspendu
(1) Ranvicr a siffiiali'; une disposition iatéressant(! dans les capillaires du cœur. Les anastomoses transversales de ces capillaires ne présentent pas l(>s sinuosités et les dilatations ampullaires ou variqueuses qu'on observe dans les capillaires des muscles volonaires à cuulraction lente. D'après Ivo Novi, les capillaires transversaux seraient seuls comprimés pendant la systole ventriculaire; les antres capillaires seraient dilatés.
Lanuelongue a émis l'idée que les mouvements rhythiniques du cœur étaient dus aux variations de la circulation dans les parois des diverses cavités cardiaques. Se basant sur ce fait qu'tm umscle qui se contracte est à l'état d'ischémie momentanée, il admet qu'il y a, pendant la systole ventriculaire, ischémie de la paroi ventriculaire, réplélion des vaisseaux auriculaires; pendant la systole auriculaire, ischémie de la paroi auriculaire, réplétiou des vaisseaux yentriculaires. Dans ce cas, l'afflux sanguin qui se produit pendant la diastole dans les parois des cavités du cohu- déterminerait la contraction de cette cavité La théorie de Lanuelongue s'accorde difficilement avec ce fait que le cœur, extrait de la poitrine, continue à battre rythmiquement pendant un certain temps en l'absence de toute circulation cardiaque.
pendant la diastole vontiiculaire; il ne fait que subir un ralentissement progressif du début à la fin de la diastole; c'est seulement au moment de la systole auriculaire qu'il peut subir un temps d'arrêt très bref.
VirrilnhilUè et le mode de contraction du muscle cardiaque seront étudiés à propos des nerfs du cœur.
Bibliographie. — Brown-Séquard : Existence de mouvements rythmiques dans les vaisseaux du cœur {Soc. (If ])ioI., 1880). — B. Samcelson : Ueber den Einfluss der Coronar- Arterien-Verschliessunç) aitf die llevzaction (Zeitsch. f. kl. Mod., t. Il, 1880). — J. CoiiniiEiM et \. V. SciiLLTHESs-liECiiHEiui : Uebcr die Folgen der Kranzarterienverschliessung fûr dos Herz (Arch. 1". pat. Anat., t. LXXXV, 1881). — B. Samuelson : Folgen der Kranzarterienverschliessunfi, etc. (id., t. LXXXVI, 1881). — G. Sée, Bochefontaixe et Roussy : Arrêt rapide des contractions ryt/imic/ues des ventricules cardiaques sous l'influence de l'occlusion des artères coronaires {C. rendus, t. XCll, 1881). — N. .Martin et T. Sedgwick : Observ. on the mainpressure and t/ie characters ofthe puise-wave in the coronary arleries of the hearl (Journ. of physioi., t. 111, 1881). — KraiNçois-Kranck : Conditions mécaniques de la circul. veineuse des parois du cœur (Soc. biol., 1883). — Ivo Novi : Su la circolazione coronaria del cuore (Riv. clin. Bologn., 1884). — T. Ia.ia : Stilla circulazione coronaria del cuore (Riv. cl. Bologua, 1887) (1).