Bruits du cœur
Procédés. — Auscultalion. — L'auscultation du cœur se fait avec les différents slélhoscope-'s usités en clinique et pour la description desquels je renvoie aux traités d'auscultation (stéthoscope de Laennec, de Kœnig, etc.). Les endroits qui correspondent au uiaxiinuiii d'intensité de ces bruits sont les suivants : pour le premier bruit : pour le ventricule gauche, la pointe du cœur; pour le ventricule droit, l'articulation du cinquième cartilage costal droit avec le sternum ; pour le deuxième bruit : pour l'aorte, l'extrémité interne du cartilage de la première côte, à droite du sternum; pour l'artère pulmonaire, le deuxième espace intercostal gauche à gauche du sternum. '
2" Procédés pour l'étude du premier bruit du cœur. — Procédé de Ludtng et Doqiel. Ils curarisent un gros chien et fout la respiration artificielle; le cœur est alors enlevé
(I) A consulter : Hiffelsheim : Physiol. du cœur (Mém. de la Soc. de biol.. 1855, et : Comptes rendus, 1855 et 1856). — Chauveau : Sur la théorie des pulsations du \-œur iComptes rendus, 1857). — Marey : Note sur la forme graphique du battement du cœur chez l'homme (Comptes rendus, 1865). — Id. : Et. physiol. sur les caractères du battement du cœur (Journ. de l'Anat., 1865). — Rosenstein : '/.ur Théorie der Herzstosses und zur Deutung des Cardiogramms (Deut. .Vrch. fur klin. JMed., 1878).
LIVKE QUATRIÉMI;;.
— PHYSIOLOGIE SPÉCIALE
rapidement, vidé du ?ang qu'il contient et placé dans un entonnoir rempli de sang déûbriné et dont le col e?t relié au tube en caoutchouc d'uu stéthoscope de Kœnig. Le cœur continue à se contracter et ou entend un sou cjui ne peut provenir de la tension valvulaire, les valvules ne pouvant se tendre à cause de la petite quantité de sang défibriné que contient le cœur. — Procédé de Bayer. Il introduit par l'oreillette dans le ventricule gauche un petit entonnoir de métal; le col de cet entonnoir disposé en pas de vis traverse la pointe du ventricule et est fixé contre elle par un petit écrou qui assure une fermeture hermétique du ventricule; la partie du col qui déborde est reliée par un tube muni d'un robinet à frottement dou.\. avec un réservoir d'eau situé à 2 mètres de hauteur; on attache sur l'aorte un tube de 1 mètre de haut et on place le cœur ainsi prél)aré dans un entonnoir disposé comme dans l'appareil précédent. Quand on ouvre le robinet, l'eau pénètre dans le ventricule sous une pression de 2 mètres, tend brusquement les valvules et on entend un son bref et assez élevé correspondant à cette tension. Giese a modifié et simplifié l'appareil de Bayer. — Procédé de Wintricfi. Pour isoler dans le premier bruit du cœur le son musculaire et le son valvulaire, AVintrich emploie un résonnateur {polyscope) constitué par un cône tronqué en zinc sur lequel est tendue une mince membrane de caoutchouc dont on peut régler la tension. Suivant le degré de tension de la membrane on entend soit le son musculaire, soit le son valvulaire.
30 Procède pour l'cliide du second bruit du cœur. — Procédé de Rouanel. On détache l'aorte et on lie sur sa partie supérieure un tube de verre de 1 mètre de haut; a sa partie inférieure, au-dessous des valvules sigmoïdes, on attache un autre tube qui communique avec une vessie de porc remplie d'eau : quand on comprime la vessie, l'eau passe audessus des valvules sigmoïdes; si on ausculte alors eu ces.sant la compression, on entend un son dù à la tension des valvules par l'eau qui retourne dans la vessie. — Procédé de Giese. La partie supérieure de l'aorte est reliée par un tube à robinet avec un réservoir placé à une certaine hauteur, et l'aorte est placée dans un entonnoir rempli d'eau et disposé comme dans le procédé de Ludwig et Dogiel. — Je ne ferai que mentionner les procédés dans lesquels les valvules sont détruites, ce qui anéantit le second bruit. (Procédés de Williams, de Guttmann.)
4" Procédés pour mesurer l'intervalle des deux bruits du cœur. — Procédé de Vollimann. On prend un pendule à secondes dont la durée d'oscillation peut être modifiée à volonté par un poids qu'on peut déplacer; on ausculte le cœur et on règle le pendule de façon que ses battements coïncident exactement avec les deux bruits du cœur. — Procédé de Donders. On ausculte le cœur et on imite le rythme des deux bruits avec la main, qui, par l'intermédiaire d'un levier, trace ses mouvements sur un cylindre enregistreur. Les mouvements de la main peuvent aussi agir pour ouvrir et fermer un circuit électro-magnétique ciui s'inscrit sur le cylindre (Landois), ou presser d'un coup sec la membrane d'un tambour à air de IMarey.
î>° Mesure de l'intensité des bruits du cœur. — Pi'océde' de //. Vierordt. Vicrordl interpose entre l'oreille et le thorax une série linéaire de corps identiques (bouchons de caoutchouc) qui affaiblissent le son jusqu'à ce que les bruits du cœur ne s'entendent plus. On calcule d'abord pour chaque bouchon de caoutchouc sa valeur d'extinction, c'est-àdire la quantité d'unités acnusticjues qu'il éteint. 11 prend comme unité acoustique le son donné par une sphère d'un poids de 1 milligramme, tombant d'une hauteur de I millimètre.
Les bruits du cœur sont, au nombre de deux : le premier bruit, qui co'incide avec le deuxième temps (systole venlriculaire et choc du cœur), est sourd et grave et s'entend surtout à la pointe du cœur; il dure à peu près aussi longtemps que la systole venlriculaire; le second bruit, clair, plus aigu (il y aurait entre les deux l'intervalle d'une tierce), coïncide avec le début du troisième temps et s'entend surtout à la base du cœur. Puis, à ces deux bruits séparés par un silence excessivement court succède un long silence qui correspond à la fin du troisième temps et au premier temps (1).
(1) On a donné des hauteurs différentes pour les deux bruits du cœur. Landois donne des hauteurs comprises entre ré diéze et sol de la petite octave de 4 pieds pour le premier bruit, et fa dièze et si bémol pour le second bruit, ce qui correspond à l'intervalle d'une tierce mineure. D'après L'Huillier, l'intervalle de sol à si de la gamme naturelle à'ut serait la tierce physiologique des bruits du cœur. Elle pourrait passer à la quarte, à la quinte, etc., à l'état pathologique.
PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT. 379
L'explication de ces bruits a été très controversée. Sans entrer clans les détails d'une discussion beaucoup trop étendue pour un livre élémentaire, il suffira de donner l'explication la plus généralement admise.
Le premier bruit est attribué par beaucoup de physiologistes à la tension des valvules auiiculo-ventriculaires ; il est probable en effet que celte tension joue un certain rôle; mais la plus grande part revient certainement à la contraction musculaire elle-même; le premier bruit est essentiellement un son musculaire; il dure en effet aussi longtemps que la contraction du ventricule et persiste sur des cœurs de chiens curarisés, alors même que ces cœurs sont vides de sang et que par conséquent les valvules auriculo-venlriculaires ne peuvent être tendues. Quant à l'opinion de Magendie, qui attribuait ce premier bruit au choc du cœur, etie- ne peut se soutenir, car il continue à se faire entendre sur des cœurs extraits de la poitrine. On a vu plus haut que Wiulrich a réussi à l'aide de son poltjscope à isoler l'un de l'autre deux sons, l'un plus long et plus grave qui correspondrait au bruit musculaire, l'autre plus court et plus aigu, au bruit valvulaire. On peut faire cependant à la théorie qui reconnaît dans le premier bruit un bruit musculaire une objection capitale; c'est (|ue la contraction du cœur, au lieu de se composer, comme la contraction musculaire ordinaire, d'une série de secousses fusionnées, ne serait qu'une secousse simple (Marey), ce qui est difficilement compatible avec la production d'un son.
Le second bruit est dii à la tension des valvules sigmo'ides sous l'influence de la pression produite sur le sang par l'élasticité arlérielle; c'est l'opinion de Rouanet, admise aujourd'hui par presque tous les physiologistes. Il est probable cependant qu'il faut aussi faire une part aux vibrations du liquide sanguin, quoique celte part ait été beaucoup exagérée par quelques auteurs et en particulier par Talma.
Je mentionnerai encore l'opinion de Sandborg qui croit pouvoir conclure de ses expériences que les valvules sigmo'ides seules contribuent à la formation des deux bruits du cœur ; ces deux bruits en effet persistaient dans les cœurs préparés dans son procédé (voir p. 364) après la destruction des valvules auriculo-venlriculaires (1). Ce second bruit est quelquefois redoublé.
Le tableau suivant donne le synchronisme des mouvements, des bruits du cœur et du pouls :
1'^ TKMPS.
i'^ TEMPS.
TEMPS
Systole auriculaire.
Diastole ventriculairo.
Silence.
Diastole ai Systole ventriculaire.
Premier bruit.
Tension des valvules auri-
culo-vculriculaircs.
(Ihoc du cœur.
Pouls.
iriculaire.
Diastole ventriculairo.
Second bruit.
Tension des valvules sigmoïdes.
Au lieu de faire commencer le premier temps à la systole des oreillettes et de baser la division des temps sur les mouvements, on peut la baser sur les bruits du cœur et faire coïncider le premier temps avec le premier bruit, ce qui est moins logique au point de vue physiologique, mais est peut-être plus commode pour la pratique. Le tableau prend alors la forme suivante :
(1) Je n'ai pas cru devoir mentionner la théorie de Beau sur la successiou des mouvo ments et des bruits du cœur, théorie qui est rejetée par tous les physiologistes et ne neut être soutenue, surtout depuis l'emploi des procédés enregistreurs.
1" Tl£MrS.
TEMPS
3' TEMPS
PremitT bruit.
Second bruit.
Silence.
Diastoli'
uiriculairf.
Svstole avu'iculairc.
Systole vont rie vilairc.
Diastole ventriculairc.
Choc du cœur.
PunU.
Le Iracû suivant, emprunté à .Mai'ey, donne les signaux des deux hi'uils du cœur
Fig. 385. — Enregistrement des bruits du cœur.
pris par le procédé de Donders modifié (tambour à air). La ligne supérieure, VD, donne la pression ventriculaire du cheval.
Bibliographie. — S. Talm.v : Zur Genèse der Herztone (A. de Pfl., t. XXllI, 1880). — C. E. Webster : Note on the production of the second heart-sound (Journ. oi' physioL, t. III. 1880. — C. Sandborg : Résumé des éludes sur les bruits du cœur, 1881. — Id. : Lidtom UJiirtelydene (Norsk. Mag. for Lagevid., t. XIII, 1884). — J. W. Barret : The cause of l/ie first sound of the heart (.lourn. of anat. and physioL, t. XVHI, 1884). — H. ViERORDT : Die Messung der Intensitût der Ilerzidne, 1885. — F. Yeo et \V. Barretï : Note on the cause on the first sound of tlic heart (Journ. of physioL, t. VI, 1885). - L'HuiLLiER : Rech. sur les niai, du cœur, 188G (1).