VISION
La sensation visuelle est une sensation spéciale qui reconnaît pour cause déterniinanle l'excitation de la rétine par la lumière. Cette sensation exige donc deux conditions fondamentales : un excitant, la lumière; une membrane impressionnable, la réline. Mais la sensation, limitée dans ces conditions, ne serait que rudimentaire et indistincte si des appareils surajoutés, faisant partie du globe oculaire ou extérieurs à lui, ne venaient la perfectionner. Ces appareils sont : en premier lieu, un appareil de réfraction constitué par les milieux transparents de l'œil; un diaphragme musculaire, l'iris, qui règle la quantité de lumière qui arrive à la rétine; un appareil d'accommodation, le muscle ciliaire et le cristallin, qui permet à l'œil de s'adapter aux diverses distances ; des muscles, qui font parcourir au globe oculaire toutes les parties du champ visuel, et enfin des organes de protection, comme l'appareil lacrymal, les paupières et les sourcils.
J'étudierai donc successivement la lumière, la dioptrique oculaire, l'iris et la pupille, l'accommodation, les sensations visuelles, les mouvements de l'reil, la vision binoculaire, les notions fournies par les sensations visuelles monoculaires ou binoculaires, et les appareils de protection du globe oculaire.
§ 1. — De la lumière.
Les sensations visuelles ne sont pas liées essentiellement à l'action de l'excitant lumière; même, dans l'obscurité la plus absolue, à toute excitation^ mécanique, physique ou chimique de la rétine et du nerf optique, correspond
(1) A consulter : Helmholtz : Ueber die Combinalionstône (Pogg. Ann., 1856). — Id. : Ueber physilc. Ursache der Harmonie und Disharmonie (4"= Vers. d. Naturf. zu Karlsruhe, I8Ô9). — Coruu et Mercadicr : Sur la mesure des intervalles musicaux (Comptes rendus, t. LXXVI, 1873).
(2) A consulter : E. Weber : De aure et oudifu, 1830. — Broschet : Rec/i. anat. et p/iysiol. sur l'organe de l'ouïe, 1836-1838. — Savart : Leçons de physique (L'Institut, 1839). — E. Weber : Ueber den Mechanismus des menschlichen Gehôrorgans (Sachs. Ges. d. Wiss., 1851). — Helmhollz : Die Lehre von den Tonemp/indungen (1802; trad. franc., 1868). — Politzer : Zur physiol: -Akusdk {Arch. fiir Ohrenheilk., 1871). — Gavarret : Acoustique biologique, 1877.
PHYSIOLOGIE DE L'INNERVATION. -^89 une sensation lumineuse; la lumière est seulement l'excitant physiologique normal. L'étude de la lumière étant du ressort de la physique, je ne fera» que rappeler les notions indispensables.
La lumière est due aux vibralions de l'élher. On appelle rayon lumineux la direction suivant laquelle se transmettent les vibrations de l'étber. Cette transmission de la lumière se fait en ligne droite avec une vitesse de 300,000 kilomètres par seconde dans l'air (vitesse de la lumière), et de chaque point lumineux partent comme d'un centre une infinité de rayons qui vont dans toutes les directions de l'espace. Les vibrations de l'éther sont transversales, c'est-à-dire perpendiculaires à la direction des rayons lumineux. A la durée, ou ce qui revient au même, au nombre des vibrations correspond une sensation particulière : celle de couleur, qui est pour la sensation lumineuse ce que la hauteur est pour le son. La durée de ces vibrations est infiniment courte, et, par suite, dans une seconde, il y a un nombre considérable de vibrations, et la rétine se comporte avec les vibrations lumineuses comme le nerf acoustique avec les vibrations sonores; au delà et en deçà d'un certain nombre, la rétine n'est plus impressionnée par les vibrations transversales de l'éther; la limite inférieure des vibrations visibles est donnée par le rouge, qui correspond à 435 billions de vibrations par seconde; la limite supérieure par le violet, qui correspond à 764 billions de vibrations. Au-dessous de 43n billions, la rétine n'est plus impressionable, quoique les vibrations inférieures puissent encore produire de la chaleur (rayons calorifiques); au-dessus de 764 billions, la rétine est insensible, quoique ces rayons (rayons chimiques) puissent encore impressionner certaines substances (nitrate d'argent).
Le nombre des vibrations du violet, limite supérieure des sensations lumineuses (aigu\ n'est pas môme le double de celui du rouge, qui en est la limite inférieure (grave). On voit donc que l'échelle des vibrations visibles ou des rayons lumineux, moins étendue que l'échelle des vibrations sonores, comprend à peine une octave du grave à l'aigu.
Les rayons ultra-violets peuvent aussi impressionner la rétine si on se place dans certaines conditions, de façon à accroître leur intensité; ils peuvent alors devenir visibles.
La lumière blanche est une lumière composée; on peut, en lui faisant traverser un prisme, la décomposer en un certain nombre de vibralions, autrement dit, isoler les vibralions simples qui la composent, comme les résonnateurs divisent un son complexe en sons simples. Les rayons qui correspondent aux différents nombres de vibrations étant inégalement réfrangibles, le faisceau de lumière blanche se disperse et laisse apparaître les couleurs simples qui le composent; on a alors'ce qu'on appelle le spectre solaire. Les rayons violets sont les plus réfrangibles et se trouvent dans le spectre, du côté de la base du prisme ; les rayons rouges, les moins réfrangibles, du côté du sommet.
§ 2. — Trajet des rayons lumineux dans l'œil. — l>ioptrique oculaire.