I. — SENSATIONS DE PRESSION
Les sensations de contact et de pression ne diffèrent pas de nature et ce sont, en réalité, deux degrés de la même sensation. Elles paraissent cependant avoir leur point de départ dans des éléments anatomiques différents, La sensation de contact est abolie dans les cicatrices après la destruction de la couche papillaire du derme et semble résider dans les corpuscules du tact; la sensation de pression persiste au contraire et dépendrait des corpuscules de Pacini situés dans le tissu cellulaire sous-cutané.
PHYSIOLOGIE DE L'INNERVATION. î>83
Sensation de contact. — La sensation de contact peut varier d'intensité, de nature et d'étendue.
Les variations d'intensité sont très limitées et la sensation de contact se transforme presque immédiatement en sensation de pression dès que 1 intensité de la cause mécanique augmente un peu; c'est surtout sensible pour' les corps solides, et, pour ces derniers, on pourrait dire que la sensation de contact est une et invariable comme degré; en deçà, c'est l'absence de sensation; au delà, c'est la sensation de pression.
La sensation de contact diffère de nature suivant les corps; la sensation est différente suivant que le doigt touche (en les supposant à la température du doigt) un métal, du bois, un corps gras, un liquide, ou reçoit un jet de gaz ; il y a là quelque chose de comparable au timbre des sons. C'est surtout pour certaines muqueuses que cette différence de nature se fait sentir; telle est l'astringence déterminée par une solution de tannin. Quand deux régions de la peau se touchent, la plus sensible sent l'autre; ainsi, si on applique le doigt sur le front, le doigt sent le front; si au contraire le doigt frotte rapidement le front, c'est le front qui sent le doigt.
Vétendue de la région impressionnée augmente l'intensité de la sensation. Il est diflicile de préciser le minimum de pression nécessaire pour déterminer une sensation de contact, ce minimum variant suivant les régions. Le tableau suivant, emprunté à Aubert et Kammler, donne ce minimum pour quelques régions; les poids sont exprimés en milligrammes et pressaient tous sur neuf millimètres carrés de surface cutanée :
Front, tempes, nez, joues 2 milligr.
Paume de la niain 3 —
Paupièi'e, lèvres, ventre, paume de la main 5 —
Face palmaire de l'index 13 —
En général, la finesse de la sensation de contact diminue régulièrement des doigts au coude; elle est plus marquée à la face palmaire qu'à la face dorsale, au cùlé radial qu'au côté cubital, à gauche qu'à droite.
Sensations de pression. — La sensation de pression succède toujours à une sensation de contact, mais elle présente toujours une échelle d'intensité bien plus étendue que cette dernière, et il y a une foule de degrés intermédiaires jusqu'au moment où elle se transforme en douleur.
Par contre, la nature de la sensation de pression ofîre bien moins de variété et les caractères de poli, de rugueux, de gras, etc., disparaissent pour le toucher dans une sensation une et identique pour tous les corps, bois, métal, etc., pourvu que la pression qu'ils déterminent soit suffisante. L'étendue de la région pressée diminue l'intensité de la sensation et en émousse la netteté.
Le minimum de pression nécessaire pour déterminer la sensation de pression varie suivant les régions; il en est de même du maximum de pression au delà duquel la sensation fait place à la douleur.
— PHYSIOLOGIE SPÉCIALE