TOUCHER
Le sens du toucher, qui a pour organes la peau et certaines muqueuses, comprend deux ordres de sensations distinctes : Jes sensations tactiles et les sensations de température.
Article i". — Sensations tactiles.
Excitants «le.s .sensations tactiles.
Procédés. — Sensations de contact et de pression. — On détermine ii i'aide de poids appliqués sur la peau la pression minimum nécessaire pour déterminer une sensation de contact ou de pression (Aubert et Kammler). Au lieu de poids placés directement
Fig. 52i). — Aiguille sesthésiomcLrique de l'auteur.
sur la peau; on peut employer une balance dont un plateau est muni a sa face inféricu d'une pointe qui appuie sur la peau (Dohrn), ou la pression d'une onde liquide (tube ( caoutchouc rempli d'eau qu'on soumet a des pressions rhythmiques, Goltz). Ce derni
procédé a été perfectionné récemment par Bastelberger, qu-i le considère comme le plus précis. — Aiffuille lestliésioinétrique de Vauleur. — Pour étudier les sensations de pression (et de douleur) à tous leurs degrés, je fais usage d'un appareil, aiguille sesihésioméhnque, qui permet de graduer, dans les limites les plus étendues, la pression sur une région déterminée de la peau. L'appareil, dont la figure 529 rend toute description détaillée superflue, se compose essentiellement d'une aiguille munie d'un plateau qu'on peut charger de poids et qui peut s'abaisser ou s'élever à volonté eu glissant, sans frottement, dans un tube vertical. L'aiguille et son plateau peuvent, suivant le but qu'on se propose, être construits en bois, en liège, en métal, etc., et, par conséquent, il est facile de leur donner le poids voulu pour les expériences, suivant les régions sur lesquelles on opère (I). Eulenburg a construit sur le modèle des bascule-s ordinaires un instrument qu'il appelle le barœsthésiomètre. On peut utiliser aussi l'appareil de Bitot, mentionné p. .^72.
Sensations tactiles successives. — On emploie pour leur étude des appareils donnant un certain nombre de chocs successifs dont on peut graduer le nombre à volonté. Le plus employé est une roue dentée mise en mouvement par un moteur qui lui imprime des vitesses variables. Hériug a imaginé un œsthésiomètve pour apprécier la sensibilité de la peau à l'état plus ou moins rugueux des corps.
Sensations tactiles simultanées. — Pour explorer la sensibilité de la peau à deux ini-
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Fig. 530. — Msthésiomètre.
pressions simultanées, on se sert soit d'un œsthésiomètre, comme celui de la figure 530, soit-d'un compas {compas de Weher) dont les deux branches sont plus ou moins écartées. Si on applique les deux pointes sur la peau, on a la sensation de deux pointes; mais si on les rapproche successivement, il vient un moment où, malgré l'écartement des deux pointes, on n'eu sent plus qu'une ; il y a donc une distance minimum des deux pointes ou un minimum d'écart en deçà duquel les deux pointes ne donnent qu'une seule sensation. Il existe un grand nombre de modèles d'œsthésiomètres imaginés par les physiologistes qui se sont occupés de cette question.
Les sensations tactiles sont déterminées par des actions mécaniques, contact, pression, traction, et par l'excitation qui en résulte dans les nerfs sensitifsde la peau et des muqueuses.
Le mode d'application de l'excitation mécanique sur la surface sensible diffère suivant que le corps est solide, liquide ou gazeux.
i° Solides. — Les corps solides, dont raction peut toujours se mesurer par des poids, agissent sur la peau (ou les muqueuses) de deux façons : par pression ou par traction.
La pression peut varier depuis zéro jusqu'à un maximum qui n'a pour limite que la désorganisation même des tissus. De zéro à une certaine pression minimum, qui dépend de la sensibilité de la région, la sensation est nulle, et à cette pression minimum correspond la sensation de contact simple; bientôt et très rapidement,
(1) L'aiguille peut servir aussi a apprécier le degré de cohésion des tissus et des organes.
PHYSIOLOGIE DE L'INNERVATION. o81
la sensation change de caractère et on a la sensation de pression; puis, la pression augmentant toujours, la sensation de pression fait place à une sensation nouvelle, celle de douleur, qui elle-même disparaît quand la pression, arrivéeà son maximum, désorganise les extrémités nerveuses. Il y a donc une sorte d'échelle graduée des impressions tactiles correspondant aux ditférences d'intensité de l'excitation mécanique.
La pression peut varier non seulement en intensité, mais en étendue; et quelque circonscrite qu'elle soit, elle couvre toujours une surface correspondante à plus d'une périphérie nerveuse. Cette pression peut être uniforme, c'est-à-dire répartie également sur les différents points de la surface touchée, ou irrégulière; dans ce dernier cas, qui est le plus ordinaire, les sensations tactiles sont plus précises et plus nettes. Un corps rugueux, qui ne louche la peau que par quelques points en laissant des intervalles non impressionnés, donne une sensation plus accusée qu'un corps lisse qui touche la peau par un grand nombre de points. Si l'on imprime le doigt dans un morceau de paraffine encore molle et qu'on la laisse se solidifier sur le doigt, les sensations tactiles disparaissent, sauf à l'endroit où la paraffine cesse d'enlourer le doigt : dans ce cas, en efl:et, la paraffine se moule sur les divers accidents de surface de la peau et presse également sur tous les points ; Vinégalilé de pression paraît être une des conditions de la sensation tactile ; de là l'utilité pour la finesse de la sensation des crêtes papillaires qu'on trouve sur les parties de la peau les plus aptes au toucher, comme la face palmaire des doigts et de la main.
Quand les pressions sont très légères (frôlemenl) et se succèdent rapidement, périodiquement ou non, en excitant une grande quantité de fibres nerveuses, les sensations tactiles prennent un caractère particulier : c'est le chatouillement.
La traction (sur les cheveux, les poils) détermine beaucoup plus rapidement la sensation de douleur, et l'échelle sensitive est bien moins étendue que pour les sensations de pression.
2° Liquides. — Les liquides (supposés à la température de la peau) pressent uniformément sur toutes les parties de la surface cutanée, à l'exception des points de la peau qui se trouvent en contact avec la surface du liquide; soit, en effet, un doigt plongé dans un liquide, dans du mercure par exemple ; la partie plongée dans le liquide subit une pression qui décroît uniformément de bas en haut; la partie du doigt située dans l'air est soumise aussi à une pression uniforme; c'est seulement au niveau de la surface du liquide qu'il y aura inégalité de pression dans le derme, suivant une ligne circulaire correspondante à la ligne d'affieurement du mercure; aussi la sensation tactile est-elle absente, sauf en cet endroit, où elle se révèle par l'impression d'un anneau fixe; l'expérience est plus frappante avec le mercure qu'avec l'eau à cause de la différence de pression qu'il y a entre l'air et le mercure; la sensation est encore plus vive quand on enfonce et qu'on retire alternativement le doif^t du liquide.
3° Gaz. — Un courant d'air qui vient frapper obliquement la peau détermine une sensation tactile; cette sensation est beaucoup moins marquée quand le courant d'air frappe perpendiculairement la surface cutanée.
Le mode de transmission des excitations mécaniques jusqu'aux nerfs sensitifs est encore très obscur. On trouve dans la peau et les muqueuses trois espèces de terminaisons nerveuses auxquelles peuvent se rattacher les sensations tactiles : 1° les corpuscules du tact; 2° un plexus nerveux de fibres sans moelle dont les extrémités plongent jusque dans la couche de Malpighi, et 3° les corpuscules de
Pacini. Les deux premiers sont situés sous l'épiderme, les derniers dans le tissu cellulaire sous-cutané.
La première couche rencontrée par l'excitation mécanique est la couche cornée de l'épiderme ; cette couche cornée, très variable d'épaisseur, transmet aux périphéries nerveuses l'ébranlement mécanique et paraît en même temps en atténuer l'intensité. Quand cette couche cornée disparaît (vésicatoires), la sensation tactile est remplacée par la douleur, et la sensation perd en même temps de sa précision. Au-dessous de cette couche cornée, l'ébranlement mécanique rencontre la couche de Malpi^'hi, moins dure, moins dense, imprégnée de liquides et comparable peutêtre à une mince lame liquide interposée enti'e la couche cornée et les extrémités nerveuses. Comment, avec quelles modifications l'ébranlement mécanique se transmet-il dans cette lame pour arriver aux nerfs? C'est ce qu'il est impossible de préciser.
En tout cas, si une pression très faible suffit pour que les corpuscules du tact et le plexus nerveux soient excités (ainsi dans le chatouillement), il n'en est plus de même pour les corpuscules de Pacini, situés plus profondément; il faut pour cela une pression plus marquée qui puisse se faire sentir à travers l'épaisseur de la peau.
Le mode même d'excitation des terminaisons nerveuses est aussi peu connu. Les actions mécaniques déterminenl-elles simplement une pression, pression qui se transmet aux corpuscules du tact ou de Pacini, ou bien produisent-elles des oscillations qui agiraient sur les extrémités nerveuses comme les vibrations de l'air sur les nerfs auditifs, ou bien les deux modes peuvent-ils se présenter suivant les cas? Krause a cherché à trouver dans la structure des corpuscules des conditions anatomiques qui augmenteraient la pression dans les parties centrales; Meissner, de son côté, voit dans l'arrangement des fibres nerveuses dans les corpuscules du tact une disposition qui favoriserai! l'action des oscillations, et a cherché ainsi à expliquer mécaniquement certains phénomènes de la sensation tactile; mais ces hypothèses, n'étant susceptibles jusqu'ici d'aucune vérification, doivent être laissées de côté jusqu'à nouvel ordre.
Contrairement à ce qui avait été trouvé par Munk, Leyden, Drosdoff, etc., Tschiriew et de Watteville, en se servant de méthodes-plus précises, ont constaté que l'excitabilité électrique des nerfs cutanés était la même sur tous les points du corps.
§ 2. — ^tensationg tactiles.