SENSATIONS INTERNES
Les sensations internes se distinguent des sensations précédentes par leur indétermination, la difficulté de les localiser dans une région précise, et surtout par ce caractère essentiel qu'elles ne nous font connaître que des étals de l'organisme, sans jamais nous mettre en rapport avec les objets extérieurs (1).
Ces sensations internes sont extrêmement multipliées ; chaque fonction pour ainsi dire s'accompagne de sensations particulières qui très souvent passent inaperçues à cause de leur faible intensité et grâce à l'habitude, mais qui deviennent perceptibles dès qu'elles acquièrent une certaine intensité et peuvent même, dans certains cas, arriver à un degré de violence insoutenable pour l'organisme. Ces sensations internes sont de deux ordres : les unes correspondent au non-exercice de la fonction ; ainsi, qu'on retienne pendant quelque temps sa respiration, on sentira bientôt une gêne considérable de la région pectorale (attaches du diaphragme), un besoin de respirer qui, il la longue, devient intolérable; la faim, la soif, l'envie de dormir, etc., sont des sensations du même ordre, et on leur donne, en général, le nom de besoins. A un degré très léger d'intensité, ces besoins ont quelquefois un caractère agréable (appétit, besoin sexuel), mais dès qu'ils atteignent une certaine force, ils deviennent rapidement désagréables, douloureux. Quelques-uns, comme la nausée, par exemple, sont toujours désagréables.
Une seconde catégorie de sensations internes correspond à l'exercice des fonctions; ainsi quand, après avoir retenu notre respiration, nous respirons largement, la pénétration de l'air dans les voies aériennes s'accompagne d'une sensation de bien-être, de courant d'air pur dans les poumons ; la satisfaction de la faim et de la soif, l'exercice musculaire, etc., nous offrent le même genre de sensations qui peuvent atteindre une intensité très grande, comme dans les sensations voluptueuses du coït. On peut les appeler sensations internes fonctionnelles. Je ne parlerai ici que des sensations musculaires.
(I) Cependant cette distinction n'est pas absolue; le sens musculaire, par exemple, offre, à ce point de vue, la transition entre les sensations spéciales et les sensations internes.
Enfin la douleur, avec ses manifestations multiples, constitue un troisième groupe de sensations internes.
Nous allons passer rapidement en revue chacun de ces groupes de sensations internes.