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II. — CARACTÈRES DES SENSATIONS DE TEMPÉRATURE

Les sensations de température sont de deux espèces; sensation de froid, sensation de chaleur. Quoique leur cause soit essentiellement la même et qu'il n'y ait au fond que des différences de degré, l'esprit a la perception de deux sensations différentes ; quand ces deux sensations ont une très très grande intensité, elles se transforment bientôt en sensation de douleur qui, d'abord, a un caractère particulier pour la chaleur et pour le froid mais qui, au maximum d'intensité, prend pour les deux le caractère d'une brûlure.

Les sensations thermiques simultanées ou successives sont d'autant mieux perçues qu'il y a plus de différence de tem))érature entre les deux corps en contact avec la peau.

Certaines températures s'apprécient plus facilement que d'autres; ainsi,

pour l'eau, on apprécie le mieux les différences de température de 27° à 33" ; puis entre 33° et 37», puis entre 14° et 27°. Cette appréciation se fait en plongeant successivement le même doigt dans les deux liquides, ou successivement deux doigts symétriques ; on peut distinguer ainsi des différences de 1/6^ de degré (Réaumur).

La durée des sensations de température dépasse la durée de l'applicacation de l'excitant; on a ainsi des sensations consécutives de froid et de chaud ; cette durée est même assez longue. Ainsi, si on met en contact, pendant quelque temps, le front avec un corps froid, un morceau de métal, par exemple, on a une sensation consécutive de froid assez prolongée, et cette sensation présente ce caractère particulier de n'être pas uniformément décroissante, mais de présenter des espèces de redoublements d'intensité (-4 à 5).

L'intensité de la sensation dépend d'abord de la température même du corps en contact et de sa conductibilité, autrement dit de la rapidité du changement de température de la peau ; en second lieu, de l'étendue de la surface impressionnée; de l'eau paraît plus chaude (ou plus froide) quand on y plonge la main entière que quand on y plonge le doigt seulement.

La localisation des sensations thermiques se fait toujours à la surface touchée: mais celte localisation est moins nette et plus diffuse que celle des sensations tactiles.

Certaines muqueuses sont douées de la sensibilité à la température; telles sont les muqueuses buccale, pharyngienne (le voile du palais fait percevoir des différences de deux degrés), la partie inférieure du rectum, etc.; d'autres, comme les muqueuses stomacale, intestinale, utérine, etc., en sont tout à fait dépourvues. La sensibilité des muqueuses pour la température est, en général, moins développée que celle de la peau. Si, par exemple, pendant qu'on boit un liquide chaud, comme du café, on trempe la lèvre supérieure dans la tasse de façon que la partie cutanée de la lèvre soit en contact avec le liquide, on a immédiatement une sensation de brûlure.

L'influence de l'exercice, de l'habitude, de la fatigue, a été peu étudiée.

Les sensations de température peuvent être le point de départ de réflexes, différents pour les sensations de froid et de chaud : pour le froid, les réflexes portent surtout sur le système musculaire lisse (chair de poule) ou strié (frissons, claquements des dents); il faut distinguer dans ces cas l'effet réflexe de l'influence locale directe.

Les sensations thermiques, comme les sensations de contact, ont leur siège dans les parties superficielles de la peau; ainsi elles disparaissent, comme ces dernières, dans les cicatrices superficielles du derme. Gomme le contact a pour organes les corpuscules de Meissner, il est probable que les sensations de température ont pour siège le réseau nerveux de la couche de Malpighi, et cette hypothèse s'accorde avec la diffusion plus grande et la localisation moins bien définie des sensations de température.

Les sensations thermiques et les sensations tactiles ont, du reste, beaucoup de points de ressemblance; si on recouvre la peau de collodion en laissant un trou central où la peau est à nu et qu'on fasse agir sur la peau tantôt le contact (pinceau, bâton, ouate), tantôt la chaleur (métal incandescent, lentille), la cause de la sensation est parfaitement reconnue à la paume de la main (le sujet en expérience Beau.ms. - Physiologie, Se édition. H. — 33

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a nalurellemenl les yeux fermés) ; mais sur le dos de la main, 6 fois sur lOo expél iences, la chaleur est prise pour le contact, et, sur le dos, le nombre des erreurs atteint 12 sur 30 expériences (Wunderli et Fick). Cependant, d'un autre côté, les deux sensibilités, thermique et tactile, peuvent être abolies indépendamment l'une do l'autre.

Théories nouvelles sur la sensibilité thermique. — Les recherches récentes de Blix, Goldscheider, Herzen, ont fait envisager la sensibilité thermique sous un point de vue tout à fait nouveau. Celte sensibilité thermique n'est pas répartie uniformément, comme on le croyait, sur toute la surface cutanée. Elle est localisée en des points déterminés, très circonscrits, points de température, qui sont euxmêmes de deux ordres et auxquels on peut donner le nom de points de chaud et points de froid. Si l'on explore avec des pointes mousses chaudes ou froides la surface cutanée, on voit que certains points ne donnent qu'une sensation de chaleur, d'autres qu'une sensation de froid, et si on marque ces points d'une couleur dilférente, on peut dresser facilement la topographie de ces deux ordres de points. On voit alors (ju'ils sont disposés en lignes sinueuses ou rayonnées, et entremêlés les uns dans les autres; mais jamais les deux sensations de chaleur et de froid ne sont produites par l'excitation du même point. Les excitations mécaniques ou électriques des points de température déterminent la sensation spécifique afférente au point excité.

Les points de température sont insensibles à la pression et à la douleur même quand l'excitation est déterminée par une chaleur intense (brûlure).

En général les points de froid dominent et il y a même des régions dans lesquelles les points de chaud manquent tout à fait. Goldscheider a dressé la topographie des points de température pour les principales régions du corps et le degré de leur sensibilité. En général la ligne médiane est très peu sensible, sauf pour le froid. Les parties les plus sensibles sont les paupières, la région mamillaire, le ventre, le l)ras, l'avant-bras, la cuisse; certaines régions comme le genou, la région olécranienne, sont presque insensibles. Il n'y a pas toujours parallélisme entre la sensibilité à la chaleur et la sensibilité au froid, celle-ci est en général plus développée. Avec l'œsthésiomètre double les différences sont encore plus marquées, surtout à la jambe et au pied; mais V écart minimum est toujours plus considérable pour les points de chaud que pour les points de froid. En général la sensibilité thermique augmente de la périphérie vers le tronc ; c'est donc l'inverse de la sensibilité tactile.

Dans les membres engourdis par la compression du nerf, la sensibilité au froid disparait quand la sensibilité à la chaleur persiste encore (Herzen).

On a vu plus haut (p. o91) qu'il y a dans la surface cutanée des points qui ne sont sensibles qu'à la pression, points de pression. On est donc porté à admettre, et c'est l'opinion de Goldscheider, qu'il y a des nerfs spéciaux pour le chaud, pour le froid et pour la pression. 11 a vu en effet qu'on pouvait, en éleclrisant ou en comprimant un tronc nerveux (radial), avoir des sensations de chaleur ou de froid projetées à la périphérie cutanée.

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