Nerf trijumeau
Procédés. — A. Section. — l» Section inlrucrânienne sans ouverture du crâne (lapin). Ou se sert d'un ueurotouio à lame triangulaire ou d'un inslruuieut en l'orme de canif. La tête étant solidement fixée, on enfonce l'instrument entre la saillie du conduit auditif externo on arrière et la saillie du condyle do la mâchoire inférieure eu avant ; on traverse ainsi l'écailie du temporal et l'on dirige l'instrument horizontalement en dedans le long du rocher, le tranchant tourné en avant, jusqu'à ce que les cris de l'animal indiquent qu'on est arrivé sur le nerf; on tourne alors le tranchant en bas et on relève le manche de l'instrument de façon à couper le nerf; on retire l'instrument de la même façon en rasant l'os pour couper tout le tronc nerveux. Suivant qu'on est allé en avant ou en arrière, on coupe en avant ou eu arrière du ganglion de Gasser ; suivant qu'on incline plus ou moins le tranchant en bas contre l'os, on coupe toutes les branches ou seulement les deux supérieures, ou l'ophthalmique seule. Les accidents à craindre sont : la section de l'artère carotide interne, l'ouverture du sinus caverneux, la lésion du pédoncule cérébelleux moj'en (reconnaissable aux mouvements de rotation du corps sur l'axe) ou celle du pédoncule cérébi'al (mouvement de manège), la fracture du rocher avec lésion de l'acoustique ou du facial, etc. — 2° Section après l'ouverture du crâne. Même procédé que pour les autres nerfs crâniens. Pour les branches diverses de ce nerf, les ganglions sphéno-palatiu et otique. etc., consulter les mémoires spéciaux.
H. Excitation intra et extracrânienne. — Mêmes procédés.
r. — BRANCHE OrUTIIALMIQUE DE ^VILLlS (fi g. o35, V).
A. Action sensitive. — La branche ophthalmique fournit la sensibilité (tactile, thermique, et sensibilité à la douleur) : i° à la peau du front, du sourcil, de la paupière supérieure, de la racine et du lobule du nez; 2" à la conjonctive palpébrale et oculaire, à la muqueuse des voies lacrymales, des sinus frontaux, à la partie antérieure de la muqueuse nasale ; 3" à la cornée, à l'iris, à la choroïde, à la sclérotique; 4" au périoste et aux os des régions frontale, orbitaire et probablement nasale ; à la dure-mère; 5" elle fournit probablement la sensibilité musculaire aux muscles intra-orbitaires (Sappey) et peut-être aussi aux muscles sourciller, frontal et orbiculaire des paupières. La section de l'ophthalmique abolit la sensibilité dans toutes ces parties.
D'après Cl. Bernard, les filets ciliaires qui se rendent au globe oculaire sont de deux sortes, directs et indirects. Les filets directs [pj. :i35, 5) provenant du nasal, vont à l'iris et à la conjonclive ; les filets indirects' (4) passant par le ganglion ophtbalmique vont à l'iris et à la cornée, 11 y aurait donc indépendance entre la sensibilité de la cornée et celle de la conjonctive; et, en efi'et, elles peuvent être abolies l'une sans l'autre. Dans la mort par la section du bulbe, la cornée reste sensible quand la conjonctive est déjà insensible; c'est l'inverse dans la mort par la strychnine; l'extirpation du ganglion ophthalmique abolit immédiatement la sensibilité de la cornée. Demaux (thèse, 1843) cite un cas de paralysie du triju- Beai'nis. — Physiologie, .3e édifion. 39
iTieau, dans lequel l'œil était insensible, à l'exception de la cornée. Barwinkel a prétendu récemment, en se basant sur des faits pathologiques, que la cornée devait sa sensibilité au sympathique.
Fig. 535. — Innervation oculaire. Figure schématique (*).
B. Action sécrétoire. — La sécrétion de la glande lacrymale est sous l'influence de l'ophthalmique. Cette influence, d'après Herzenstein et Volferz, s'exerce de deux façons :
1° Le nerf lacrymal agit directement sur la glande; si on excite son bout périphérique (lapin, chien, mouton), on obtient une sécrétion abondante; sa section est suivie, au bout d'un certain temps, d'une sécrétion continuelle (paralytique?).
2° L'excitation des filets sensitifs de la première (et de la deuxième) branche du trijumeau produit une sécrétion de larmes du côté correspondant; cette action réflexe ne se produit plus après la section du nerf lacrymal.
C. Action nutritive ou trophique. — Après la section du trijumeau, Magendie et après lui tous les physiologistes ont signalé des altérations spéciales du globe oculaire qui surviennent au bout de quelques heures chez le chien, plus lentement chez la grenouille. La cornée se trouble et s'opacifie, et devient le siège d'une véritable kératite qui peut aboutir à une ulcération et à une perforation de la cornée; la conjonctive rougit et s'enflamme, et il en est de même de l'iris. Ces altérations s'accompagnent en même temps d'une diminution de tension du globe oculaire (Kocher), et, en efl^et, von Hippel et Grùnhagen ont vu une augmentation de tension du bulbe succéder à l'excitation du trijumeau. Ces troubles de nutrition ont été aussi observés dans plusieurs cas de paralysie du nerf.
(*) m, Nerf moteur oculaire commun. — IV, nerf pathétique. — V, nerf ophtlialmique de Willis. — VI, nerf moteur oculaire externe. — C, carotide et plexus carotidien. — 1, ganglion ophtlialmique. — 2, sa racine motrice. — 3, sa racine sympathique. — 4, sa racine sensitive. — 'i, filet ciliaire direct. — 6, muscle ciliaii-e.
7, iris. 8, cornée. — 9, conjonctive. — 10, glande lacrymale. — 11, nerf frontal. — 12, nerf nasal. —
13, filet récurrent. Dans cette figure schématique, comme dans les suivantes, les nerfs moteurs sont figurés par des lignes épaisses; les nerfs sensitifs, par des lignes pointillées; les nerfs sympathiques ou vaso-moteurs par des lignes fines, continues; les nerfs glandulaires par des traits interrompus.
La cause de ces altérations a été très controversée. Pour Snellen, elles reconnaissent une cause mécanique et sont dues aux chocs des corps étrangers dont l'animal ne peut se garantir, n'en ayant pas conscience à cause de l'insensibilité delà cornée ; en couvrant l'oeil avec l'oreille correspondante (restée sensible après la section du nerf), les altérations ne se produiraient pas. Les recherches de Gudden sur des lapins nouveau-nés, parlent aussi en faveur de l'hypothèse d'une cause mécanique. Cette explication, adoptée par beaucoup de physiologistes et à laquelle se range Ranvier, ne me parait pas suffisante. J'ai conservé plus d'un mois un lapin chez lequel la cornée était devenue absolument insensible h la suite de la section des nerfs ciliaires et qui, quoique aucune précaution ne fût prise pour protéger l'œil, n'a jamais présenté de lésion de la cornée. Si on sectionne superficiellement la cornée par une incision circulaire qui suit le pourtour de cette membrane et divise ses nerfs, la cornée perd sa sensibihté, mais ne s'enllamme pas (Ranvier).
On les a attribuées encore au dessèchement de la cornée par l'air, soit par diminution de la sécrétion lacrymale (qui a été observée en effet), soit par absence de clignement; mais ces explications sont peu satisfaisantes, car ces altérations ne se produisent pas quand on extirpe la glande lacrymale ou quand on abolit le clignement par la section du facial.
Un fait remarquable, c'est que les altérations de sensibilité de l'œil et les altérations de nutrition paraissent jusqu'à un certain point indépendantes l'une de l'autre. Magendie avait déjà remarqué que si on coupait le nerf avant son passage sur le rocher, les altérations de nutrition étaient moins prononcées, tandis qu'elles étaient plus graves si on le coupait après le ganglion de Casser, et le fait a été confirmé.
Maintenant une autre question se présente. Ces fibres appartiennent-elles au trijumeau ou lui viennenl-elles du grand sympathique, comme le croyait Magendie? Magendie se basait sur ce fait qu'après l'ablation du ganglion cervical supérieur, on observe des altérations de nutrition de l'œil correspondant. Mais 61. Rernard a montré qu'il n'en était pas ainsi et que cette inflammation de la conjonctive ne se produisait que chez les animaux malades; au contraire, chez les animaux sains, il a vu une sorte d'antagonisme entre la cinquième paire et le grand sympathique ; ainsi la section de la cinquième paire produit l'abaissement de température du côté correspondant de la tète, et l'ablation du ganglion cervical supérieur lui a paru, chez les animaux opérés du trijumeau, retarder l'apparition des phénomènes oculaires.
SchilT et V. Bezold croyaient que ces altérations provenaient de la dilatation paralytique des vaisseaux sanguins par suite de la section des filets vaso-moteurs provenant de la moelle allongée ; d'après les expériences de Cl. Bernard, au contraire, elles seraient dues à la section des fibres vaso-dilatatrices qui arriveraient au nerf entre le cerveau et le ganglion ; en elTet, la section du nerf à ce niveau amènerait des troubles de l'œil sans que les fibres soient dégénérées, ce qui empêcherait de rattacher ces lésions à des nerfs trophiciues.
On voit que la question de l'origine et de la nature (trophique ou vasculaire) de ces fibres nerveuses du trijumeau n'est pas encore définitivement tranchée.
Cependant les recherches de M. Duval semblent indiquer que les fibres trophiques appartiennent réellement au trijumeau; en effet il a vu les lésions oculaires se produire après la section intrabulbaire de la racine inférieure de ce nerf.
D. Action sur l'iris et la pupille. — L'oplithalmique contient, comme on l'a vu à propos de l'innervation de l'iris, toutes les libres dilatatrices de la pupille.
fil 2 LIVRE QUATRIÈME. — PHYSIOLOGIE SPÉCIALE.
E. Action vaso-motrice. — L'ophthalmique contient les filets vasomoteurs pour l'iris, la choroïde et la rétine. Ces fibres vaso-motrices lui viennent probablement des anastomoses du sympathique. Cependant, d'après Klein et Svetlin, celles delà rétine proviendraient directementdu trijumeau, car les vaisseaux de la rétine ne seraient influencés ni par l'excitation ni par la section du sympathique.
F. Ganglion ophthalmique. — L'ablation du ganglion ophthalmique produit immédiatement l'insensibilité de la cornée; cependant, par luimême, le ganglion, au moins chez le lapin, est insensible (Cl. Bernard); les nerfs ciliairesqui en partent, au contraire, sont sensibles; on a vu plus haut que, de ces nerfs, les uns contiennent les filets constricteurs, les autres les filets dilatateurs de la pupille.
La courte racine du ganglion, venant du moteur oculaire commun, fournit des filets au sphincter de l'iris; la racine sympathique fournit probablement des filets vaso-moteurs, la longue racine, les filets sensitifs de l'iris et de la cornée. Les filets ciliaires directs, venant du nasal et s'accolant aux nerfs ciliaires, iraient, d'après Cl. Bernard, à l'iris et à la conjonctive. Hensen et Vœlckers ont vu l'excitation directe des nerfs ciliaires amener une saillie de la face antérieure du cristallin.
G. Anastomoses. — Xes anastomoses de l'ophthalmique avec les nerfs moteur oculaire commun et externe et avec le pathétique (?) fournissent probablement aux muscles innervés par ces nerfs la sensibilité musculaire. L'anastomose avec le plexus carotidien contient sans doute une partie des fibres vaso-motrices de l'ophthalmique.