Caractères du suc gastrique
attire l'estomac entre les lèvres de la plaie et on le perce de part en part avec un fil d'argent ; les deux extrémités du fil sont tordues sur un petit bâtonnet de manière à amener
la portion de l'estomac comprise dans l'anse en contact avec la paroi abdominale; des adhérences s'établissent, et après la chute de l'cschare il n'y a plus qu'à placer une canule dans la plaie. Le procédé de Blondlot est surtout applicable aux fistules d'un grand diamètre, comme les pratique Schiff dans certains cas particuliers. (Blondlot : Traité analytique de la digestion.) Plus récemment, Blondlot avait modifié son procédé et remplacé la canule par un obturateur {Journal de la physiologie, t. I, p. 87). — Dans le procédé à un seul temps, l'introduction de la canule se fait immédiatement après l'ouverture de l'estomac; seulement, comme les bords de la plaie se tuméfient après l'opération, pour qu'ils ne soient pas comprimés entre les bords de la canule, Cl. Bernard emploie une canule avis (fig. 245) dont on peut écarter les bords à volonté. Pour pratiquer les fistules gastriques parle procédé à un seul temps, l'animal (chien) est immobilisé et endormi. L'estomac a été préalablement dilaté, soit parmi repas copieux après vingtquatre heures de jeûne, soit par une injection d'air. On peut aussi distendre l'estomac au moyen d'un ballon de caoutchouc fixé à l'extrémité d'une sonde gastrique (I)astre). On fait alors à gauche de la ligne blanche, en dehors du bord externe du muscle droit, une incision de 2 à 3 centimètres, qui commence a 3 centimètres au-dessous de l'appendice xypho'ide. La paroi abdominale et le péritoine incisés, on saisit l'estomac avec une pince, puis on passe un fil circulaire autour du point saisi en traversant les tuniques de l'estomac alternativement de dehors en dedans et de dedans en dehors comme dans la suture à points passés; on a ainsi une espèce de bourse pouvant se fermer quand on tire le fil ; on incise alors l'estomac, on introduit la canule et on serre la ligature de façon à maintenir les lèvres de la plaie stomacale serrées contre les parois de la canule. On fait alors la suture de la plaie abdominale en se servant des deux bouts du fil et en reliant par quelques fils la paroi abdominale et l'estomac ou mieux le fil circulaire qui applique ce deimier contre la
canule. Les suites de l'opération sont en général très simples. Au bout de quelques jours, des adhérences s'établissent entre les lèvres de la plaie stomacale et les parois abdominales, et l'estomac communique alors avec l'extérieur par une sorte de canal plus ou moins allongé (fig. 24G). Si on fend ce canal, on voit que la muqueuse stomacale se prolonge jusqu'à l'orifice de la fistule. On peut pratiquer ces fistules gastriques chez d'autres animaux, chat, lapin, etc.
Le procédé du reste ne dilfère pas.
Mais le chien est l'animal le plus commode pour ces sortes d'expériences. Chez les ruminants, la fistule doit être pratiquée sur la caillette, la seule partie qui fournisse du suc gastrique. Un grand nombre de physiologistés ont modifié la disposition des canules (Laborde, Dastre) et perfectionné les divers temps de l'opération.
Fig. 245. — Canule à fistule gastrique {*).
Fig.
24U. — Fistule gastrique (**).
(*) AB, coupe de la canule. — c, rebords de la canule. — C, saillies qui entrent dans la clef destinée ù visser et à dévisser les deux parties de la canule. — D, tête de la clef vue de face. — E, ouverture de la canule vue entière et par une de ses extrémités.
(*•) £, estomac. — D, duodénum. — M, muscles de la paroi abdominale. — 0, orifice antérieur de la fistule.
Fistules gastriques partielles. — Dans ces derniers temps, on a employé des fistules gastriques partielles permettant d'étudier à part la sécrétion de certaines régions de l'estomac. C'est ainsi que Klemensiewicz, et après lui Heidenhain, ont pu, en se servant du procédé de Tliiry pour les fistules intestinales (voir : Suc enlérique), isoler du reste la portion pylorique de l'estomac {fistules ptjloriques). Les animaux opérés par Klemeusiewicz n'avaient pas survécu plus de soixante-douze heures ; mais Heidenhain, en se servant de la méthode antiseptique de Lister, a pu conserver 3 chiens sur 7 opérés. — Heidenhain est parvenu aussi à isoler une partie du grand cul-de-sac de l'estomac (Voir pour s(»n procédé : Archircs de Pflugcr, t. XIX).
Procédés pour obtenir le suc gastrique chez l'homme. — Chez l'homme, on a observé un certain nombre de faits de fistules gastriques ; Gauthier dans sa thèse en a réuni 37 cas; Middeldorf, en 1859, en mentionnait 47 cas et ce nombre s'est encore accru depuis. Le plus connu est celui du Canadien de Saint-Martin, observé par W. Beaumont et plus tard par Smith. La fistule succédait à un coup de feu (1). On a mis à profit, pour étudier la digestion stomacale, la propriété que possèdent certains individus de rendre au bout d'un certain temps, sans effort et sans nausée, les aliments qu'ils ont pris [rumination ou ménjcisme). Mais on ne peut étudier ainsi qu'un mélange de suc gastrique et des aliments ingérés. — Leube s'est servi de la sonde de PIoss et de la pompe stomacale pour extraire le suc gastrique chez l'homme après avoir injecté dans l'estomac 750 centimètres cubes d'eau. On pourrait employer dans ce but les différents appareils imaginés pour le traitement de la dilatation stomacale (appareil de Kussmaul, de Fauchier. etc.).
Suc gastrique artificiel. — Au lieu du suc gastrique naturel, on peut préparer ' artificiellement un suc gastrique, dont on peut se servir pour étudier les phénomènes de la digestion gastrique. On peut le préparer soit avec la muqueuse de l'estomac, soit avec la pepsine. — Dans le premier cas, la muqueuse préalablement lavée et détachée de la tunique musculaire est coupée en morceaux et traitée par l'acide chlorhydrique dilué à 0,1 p. 100 ; on laisse macérer six ou huit heures et on filtre. Pour un estomac de porc, il faut environ 4 litres de liquide. On obtient le suc gastrique à l'état de pureté plus grande en employant seulement le mucus qu'on enlève en raclant la surface de l'estomac. Au lieu de la muqueuse fraîche, on peut se servir de la muqueuse desséchée à l'étuve au-dessous de 40". On peut aussi employer la glycérine comme dans le procédé de V. W'ittich, mais alors le suc gastrique est moins actif; 2" on prépare aussi un suc gastrique artificiel avec la pepsine extraite de la nmqueuse stomacale; il suffit d'ajouter à la solution (le pepsine de l'acide chlorhydrique dilué.
Préparation de la pepsine. — Ju-squ'ici il a été impossible de l'obtenir à l'état de pureté absolue ; le procédé qui donne les meilleurs résultats est celui de Brïicke. On fait digérer la muqueuse stomacale à 40° avec de l'acide phosphorique étendu; on neutralise par la chaux ; il se précipite du phosphate neutre de chaux qui entraine mécaniquement la pepsine; le précipité est lavé, dissous dans l'acide chlorhydrique étendu; on ajoute à la solution de la cholestérine dissoute dans 4 parties d'alcool et 1 partie d'éther; la cholestérine se précipite avec la pepsine. Le précipité est lavé à grande eau, repris par l'éther; la couche éthérée est décantée et la solution aqueuse restante contient la pepsine pure et l'abandonne par l'évaporation. "V. Wittich traite la muqueuse par la glycérine, après l'avoir laissée dans l'eau une nuit et triturée avec du verre pilé. Au bout de huit jours, la solution glycérique est filtrée et on peut en précipiter la pepsine par l'alcool. — Krasilnikow soumet le suc gastrique naturel à la dialyse, la pepsine reste sur le dialyseur; pour la conserver, on la dessèche dans le vide et on la pulvérise. Sundberg a récennnent donné un procédé qui permet de l'obtenir à l'état de pureté plus grande qu'on ne l'avait fait jusqu'ici. Les anciens procédés de Wasmann, Payen, Mialhe, C. Schmidt, etc., donnent de la pepsine très peu pure ; il en est de même du reste de la plupart des pepsines du couunerce et des pepsines médicinales. On a donné le nom d'inr/luvine a une pepsine préparée avec le gésier du poulet et employée en Angleterre.
Essai du pouvoir digestif de la pepsine. — 1° Procède de Bidder et Schmidt. On prend deux cylindres égaux d'albumine ; l'un de ces cylindres est pesé après dessiccation a 120" ; l'autre est pesé dans les mêmes conditions après avoir été laissé vingt heures à 40O dans le liquide digérant. Le pouvoir digestif s'apprécie par la perte de poids du
(1) Les cas les plus intéressants au point de vue physiologique sont les suivants • Saint-Martin (VV. Beaumont); femme de Dorpat (Otto, Bidder et Schmidt); femme de vingt-cinq ans (Kretschy) ; Catherine Boss (Murchison) ; Enfant (Ulfelmann) ; Marcelin (Vcrueuil, Ch. Richet) ; Henri Baud (De Cérenville et A. Herzen). Les noms des observateurs sont entre parenthèses.
— PHYSIOLOGIE SPÉCIALE
second cylindre. — 2° Pr. de Britcke. Ce procédé consiste à placer des flocons de fibrine dans de? solutions de pepsine additionnées de proportions variables d"acide chlorhydrique; on apprécie le pouvoir digestif par la rapidité avec laquelle ces flocons sont digérés. Ce procédé, pour les détails duquel je renvoie aux mémoires spéciaux, ne peut s'appliquer qu'aux solutions de pepsine pure. — 3" Pr. de P. Gvunhagen. On met de la fibrine dans de l'acide chlorhydrique à 0,2 p. 100 ; elle se gonfle et forme une masse gélatineuse qu'on place dans un entonnoir avec ou sans filtre et on ajoute un peu du liquide digérant; au bout de quelques minutes, on voit les gouttes de fibrine digérée couler dans l'entonnoir avec plus ou moins de rapidité, suivant la rapidité de la digestion (Arch. de Pfliiger, t. V, p. 303). — 4° P}'. de P. Grillzner. On colore la fibrine par du carminate ou du piorocarminate d'ammoniaque; à mesure que la digestion de la fibrine se produit, la liqueur se colore, la fibrine en se dissolvant abandonne sa matière colorante [Arch. de Pflijgor, t. VIII, p. 452). Ces deux procédés sont peu précis, mais ils permettent de rendre sensible aux yeux le pouvoir digestif d'un liquide digérant. — D'une façon générale, je recommanderai de faire toujours l'essai d'un liquide digérant avec l'albumine plutôt qu'avec la fibrine qui se dissout beaucoup plus facilement. Dans une série d'essais avec les différentes pepsines du commerce, j'ai pu constater que des pepsines qui dissolvaient assez facilement la fibrine restaient sans action sur l'albumine coagulée.
Le suc gastrique est incolore, limpide comme de l'eau, d'une odeur sui generis (odeur de matières vomies), d'une saveur aigrelette. Il est très fluide ; sa réaction est fortement acide quand il est pur ; quand il est mélangé de salive ou de mucus stomacal, cette acidité diminue et dans certains cas (voir plus loin) on peut même trouver dans l'estomac un liquide alcalin. Sa densité est un peu supérieure à celle de l'eau, 1,001 à 1,010 environ.
La quantité du suc gastrique sécrété dans les vingt-quatre heures est difficile à préciser; on l'a évaluée à un dixième du poids du corps, soit environ () kilogrammes, soit 90 grammes par kilogramme de poids vif. Chez une femme atteinte de fistule gastrique, Bidder et Schmidt ont constaté un écoulement de 500 grammes par heure.
Filtré pour le débarrasser des débris épithéliaux qui peuvent s'y rencontrer, le suc gastrique se conserve très longtemps sans altération. Pur, il n'est pas troublé par la chaleur, mais il perd son activité ; la congélation ne l'altère pas. Il précipite par le bichlorure de mercure, l'acétate de plomb, l'azotate d'argent, l'alcool. Concentré, il attaque le marbre avec dégagement de bulles très fines d'acide carbonique.
Composition chimique. — Le suc gastrique renferme 10 pour 1000 de principes solides, dont un tiers de substances organiques; il contient, outre ■de l'eau :
1° Un ferment soluble, la pepsine {3 pour 1000 environ), et un autre ferment {présure ou lab) qui sera étudié plus loin ;
2** Un acide libre, Y acide chlorhydrique (1 à 2 pour 1000).
3° Des sels minéraux (2 pour 1000), consistant surtout en chlorures de sodium et de potassium, un peu de chlorure de calcium et des phosphates de calcium, de magnésium et de fer.
Pepsine. — La pepsine appartient à la catégorie des ferments solubles. Obtenue par les procédés indiqués plus haut, c'est une poudre jaunâtre soluble dans l'eau et dans la glycérine, insoluble dans l'alcool. Elle n'est pas diffusible, même quand il y a un acide ou de la fibrine dans le liquide extérieur (0. Hammarsten). Desséchée, elle peut être chaufTée jusqu'à 110° sans perdre ses propriétés; mais il n'en est plus de même quand elle est en dissolution; à 40° elle se transformerait en une
substance moins active, Visopepsine (Finkler) et à 80° elle devient tout à fait inaclive. Elle est fixée par l'albumine coagulée et la fibrine, et ne peut alors être extraite par l'eau ou la glycérine à moins qu'elle n'ait été mise en liberté par l'acide chlorhydrique à 2 p. 100 ou par une solution de chlorure de sodium. La solution précipite par l'acétate neutre et l'acétate basique de plomb (sauf celle de Sandberg). Elle ne précipite pas par l'azotate d'argent, le tannin, l'acide acétique, le ferrocyanure de potassium. Son action sur les substances albuminoïdes sera étudiée plus loin. (Elle est rapidement détruite par les alcalis et les sels alcalins (Langley). C'est à elle que le suc gastrique doit ses propriétés digeslives. Gautier l'a obtenue à l'état soluble sous forme de granulations considérées par Bécliamp comme des microzymas. D'après Schutz, on en trouverait ordinairement dans la muqueuse même à jeun.
La composition élémentaire de la pepsine est encore incomplètement connue. Elle est azotée, quoique quelques auteurs, et Schiff en particulier, la considèrent comme un corps ternaire. Malgré tous les procédés de purification, elle contient toujours une certaine quantité de cendres, 0,05 pour 100 au minimum.
D'après Grûlzner et Heidenhain, la proportion de pepsine dans le suc gastrique varierait aux divers moments de la digestion; elle baisserait au début de la digestion (minimum à la deuxième heure), puis remonterait pour atteindre son maximum entre la quatrième et la cinquième heure et reviendrait ensuite peu après à sa hauteur primitive, Heidenhain a môme dressé la courbe de la pepsine {Arch. de Pflïiger, l. XIX, p. 162).
Acide. — L'acide du suc gastrique a donné lieu à de nombreuses discussions qui ne sont pas encore épuisées. Les opinions principales sur ce sujet peuvent être groupées sous les chefs suivants et rapportées à deux catégories ; pour les uns, l'acide du suc gastrique est un acide libre ; pour les autres, l'acide est à l'état de combinaison :
A. L'acide du suc gastrique est im acide libre.
^° Vacide du suc gastrique est de l'acide chlorhydrique (Braconnot, W. Proul, C. Schmidt, Rabuteau, etc.). L'existence de l'acide chlorhydrique libre dans le suc gastrique a été admise en se basant sur un certain nombre de procédés de démonstration dont je donnerai les principaux.
Procédés de démoiistration de Vacide chlorhydrique. — Pr. de Prout. Prout avait obtenu de l'acide chlorhydrique par la distillation du suc gastrique, fait confirmé par Tiedemanu vt Gnielin, Braconnnt, etc. Mais Lehmann montra que la distillatiou des chlorures métalliques avec l'acide lactique donnait de l'acide chlorhydrique. — Pr. de Schmidt. 11 consiste à doser d'une part toutes les bases qui existent dans le suc gastrique à l'état de chlorures, et d'autre part tout le chlore contenu dans le suc gastrique; or on trouve toujours un excès de chlore qui ne peut être saturé par les hases, de sorte qu'on est forcé d'admettre qu'il existe dans le suc gastrique un acide chloré qui n'est autre que l'acide chlorhydrique. On a objecté au procédé de Schnudt que dans la calcination des chlorures (dogage des métaux ù l'état de chlorures) une certaine quantité des chlox'ures se volatilise et donne par conséquent un poids trop faible de base. Pour éviter cette cause d'erreur, Richet a dosé les bases à l'état de sulfates et est arrivé aux mêmes résultats que Schmidt, c'est-à-dire à trouver un excès de chlore. — Pr. de Babuteau. Le suc f^astrique est saturé parla quinine récemment préparée; la quinine non dissoute est séparée par la filtration ; on évapore ; le résidu de l'évaporation est traité par l'alcool amylique qui dissout le chlorhydrate de quinine et ne dissout pas le chlorure de sodium. II a toujours trouvé dans le résidu du chlorhydrate de quinine et la proportion de chlore répondait à 2,h d'acide chlorhydrique pour lOOU de suc gastrique. Rabuteau a encore employé un autre procédé avec l'iodate de potassium, l'iodure de potassium et l'amidon. — Pr. de Richet. Ce procédé est basé sur le fait suivant découvert par Berthelot. Quand on agite une solution aqueuse d'un acide avec l'éthcr, l'éther et l'eau se partagent l'acide suivant un rapport constant qu'on peut appeler le coefficient de partage et dont la valeur
numérique caractérise chaque acide. Pour les acides minéraux, ce coefficient est très élevé, supérieur à 500, c'est-à-dire que l'éther ne les enlève pas pour ainsi à l'eau, tandis que, pour les acides organiques, il est bieu plus faible. On peut donc, par cette méthode, déterminer avec certitude, dans un liquide ne contenant qu'un acide, la nature minérale ou organique de cet acide. Or Richet a constaté que dans le suc gastrique pur et frais il n'existe qu'un acide minéral et pas d'acide organique. Ewald n'accorde qu'une valeur limitée à cette méthode qui, suivant lui, donnerait des chiffres trop variables. — Pr. d'! Rt'ock. Il est basé sur ce fait que les acides minéraux donnent une coloration de sulfocyanure de fer quand on les traite par le sulfocyanurc de potassium mélangé de citrate de fer et de quinine. — Pr. (ÏUffelmann. 11 emploie le vin de Bordeaux pur ou mieux la matière colorante des myrtilles extraite par l'alcool amyliquc. Il en imbibe un papier qu'on dessèche à l'obsurité. Ce papier se colore en rose par l'acide chlorliydrique à 0,3 p. lOOO. Cette coloration n'est pas enlevée par l'éther, tandis qu'il fait disparaître la coloration produite par les acides organiques. — Pr. d'IIvssli7i. Le rouge du Congo bleuit par l'acide chlorhydrique beaucoup plus que par les acides organiques. Baumann a employé le phénolsulfate de potassium. La plupart des auteurs précédents par ces divers procédés ont constaté la présence de l'acide chlorhydrique.
2° L'acide du suc gastrique est de l'acide lactique (Lehmann, Cl. Bernard, Smilli, Laborde, etc.). Les auteurs qui soutiennent cette opinion se basent soit sur la démonstration directe de l'acide lactique dans le suc gastrique, soit sur la nonexistence de l'acide chlorhydrique. D'après Cb. Richet, il se formerait à la longue dans le suc gastrique abandonné à lui-même une certaine quantité d'acides organiques et en particulier de l'acide lactique.
Procédés de démonstratioii de l'acide lactique. — Lehmann, en traitant par la magnésie le suc gastrique du chien, avait obtenu du lactate de magnésie. Depuis, un certain nombre d'auteurs ont pu aussi constater la présence de l'acide lactique. Mais les expériences, répétées par beaucoup de chimistes, ont donne des résultats habituellement négatifs. Laborde s'est basé sur les réactions suivantes pour admettre l'existence de l'acide lactique et nier celle de l'acide chlorhydrique dans le suc gastrique : 1° Si on traite de l'amidon par de l'acide chlorhydrique étendu à la température de 150 à \ï)h° et sous une pression de 5 atmosphères, l'amidon se transforme en glycose ; ni le suc gastriqme ni l'acide lactique n'accomplissent cette transformation ; 2° De même l'acide chlorhydrique exerce sur le sucre de canne une action (transformation en glycose) double de celle qu'exercent dans les mêmes conditions le suc gastrique et l'acide lactique ; 3" le bioxyde de plomb, en présence de l'acide chlorhydrique, donne naissance à du chlore qui agit sur les sels d'aniline, de façon à engendrer des colorations diverses. Ou verse dans trois verres les solutions suivantes : 1° une solution d'acide chlorhydrique au millième dans le premier; 2° une solution d'acide lactique au millième dans le second ; 3° dans le troisième, 2 à 3 centimètres cubes de suc gastrique pur dilué dans une quantité d'eau distillée égale à celle que contiennent les deux premiers verres ; ou ajoute dans chacun des verres 4 centimètres cubes d'une solution peu concentrée de sulfate d'aniline ; il n'y a aucune modification de couleur. On verse alors dans chaque verre une ou deux gouttes d'un mélange très concentré de bioxyde de plomb et d'eau ; ou voit alors se produire les colorations suivantes : dans le verre n» 1 (acide chlorhydrique), une teinte acajou persistante; dans le verre n° 2 (acide lactique), une teinte rouge vineux clair ; dans le verre n" 3 (suc gastrique), la même teinte rouge vineux. Pour faire la conti-e-épreuve, si au Ucu du suc castrique pur, on emploie le suc gastrique additionné d'acide chlorhydrique, on obtient la teinte acajou; 4° le violet de Paris donnerait, d'après Laborde, des résultats encore plus nets. On met dans trois éprouvettes, 1° une solution à deux millièmes d'acide chlorhydrique ; 2° une solution d'acide lactique au même degré ; 3° du suc gastrique ; on verse alors dans les trois éprouvettes quelques gouttes d'une solution de violet de Paris.
Les éprouvettes 1° et 2° ne changent pas de couleur, tandis que la solution chlorhydrique prend une teinte verte.
La valeur des divers procédés employés par Laborde a été vivement attaquée par plusieurs chimistes en France et à l'étranger et môme par quelques-uns de ceux qui, comme Szabo par exemple, admettent la présence fréquente de l'acide lactique dans le suc gastrique (1).
(1) J'ai indiqué page 229 (t. lo') la réaction d'Uffelmann.
B. L'acide du suc gastrique s'y trouve à l'état de combinaison. — Cette opinion s'appuie sur les laits suivants : 1° Si on soumet à la dialyse du suc gastrique et une solution d'acide chlorhydrique de même titre acide, les deux liqueurs se comportent différemment ; l'acide du suc gastrique est dialysé moins facilement que l'acide chlorhydrique (Ch. Richet). 2° Berlhelot a montré que, si on met un acétate alcalin en excès en présence de l'acide chlorhydrique, le chlore se fixe sur le métal et l'acide acétique est mis en liberté; or l'acide du suc gastrique, au lieu de déplacer tout l'acide acétique des acétates, comme l'acide chlorhydrique, n'en déplace que la moitié (Ch. Richel). — 3° Enfin on peut aussi invoquer en faveur de cette opinion la plupart des réactions colorantes mentionnées plus haut, et l'action du suc gastrique sur l'amidon et le sucre de canne.
\° L'acide du suc gastrique s'y trouve à l'état de phosphate de chaux. — Cette opinion, soutenue par Blondlot, est aujourd'hui abandonnée. Le biphosphate de chaux provenait de la digestion des os.
2° L'acide chlorhydrique est combiné à la pepsine, acide chlorhydropeptique (Schiff, Ch. Schmidt, v. Witiich, Ch. Richet). — Celte opinion se base sur ce fait que la pepsine n'agit sur les substances albuminoïdes que lorsqu'elle est acidulée, et sur quelques autres considérations, mais dont la valeur est très douteuse, tant que cet acide chlorhydropeptique n'aura pas été isolé.
En résumé, ce qui me semble ressortir des faits précédents, c'est que les deux acides, acide chlorhydrique et acide lactique, peuvent se rencontrer dans l'estomac mais dans des conditions différentes. Ces conditions me paraissent avoir été déterminées par les recherches récentes faites soit sur l'homme, soit sur les animaux par Edinger, Uffelmann, EUenberger, Ewald et Boas, etc. A l'état de vacuité, l'estomac ne contient ni acide chlorhydrique, ni acide lactique ; immédiatement après l'ingestion des aliments, on y trouve de l'acide lactique, acide lactique de fermentation dans le cas d'alimentation mixte ou féculente, acide sarcolactique dans le cas d'alimentation de viande; puis au bout d'un certain temps, variable suivant l'espèce animale ou l'alimentation, de l'acide chlorhydrique. Seulement, dans certains cas, cet acide chlorhydrique peut être neutralisé par le chyme stomacal et par conséquent faire défaut quand on emploie les réactifs ordinaires.
On peut donc considérer l'acide lactique comme un produit de décomposition des aliments introduits dans l'estomac tandis que l'acide chlorhydrique est sécrété par les glandes stomacales et constitue par conséquent l'acide véritable du suc gastrique.
La proportion d'acide et par conséquent l'acidité du suc gastrique augmente avec la durée de la sécrétion. Cette acidité atteint son maximum un certain temps (i heure 1/2 à 3 heures) après l'ingestion des aliments, puis diminue peu à peu.
Outre l'acide lactique, on peut trouver dans le suc gastrique d'autres acides organiques (acétique, butyrique, etc.) provenant de la décomposition des aliments.
Présure {lab des auteurs allemands). Le suc gastrique a la propriété de coaguler le lait. Cette coagulation est habituellement attribuée à l'acide libre du suc gastrique; cependant si on neutralise le suc gastrique, la coagulation ne s'en produit pas moins, et d'un autre côté la pepsine pure et neutre n'agit pas sur le lait ; on est donc porté à admettre dans la muqueuse stomacale un ferment spécial qui coagulerait la caséine. D'après 0. Hammarsten, ce ferment existe en effet dans la muqueuse, spécialement chez les jeunes animaux, et coagulerait presque instantanément la caséine.
Après l'introduction dans l'organisme de l'iodure, du sulfocyanure et du ferro-
cyanure de potassium, du laclate de fer, du sucre, etc., on peut retrouver ces substances dans le suc gastrique. On peut y rencontrer accidentellement la matière colorante el les acides de la bile.
Variétés du suc (jastrique. — D'après Scbifî, le suc gastrique ne présenterait pas toujours les mêmes propriétés ; il distingue le suc gastrique peptique et le suc gastrique acide; le premier, seul actif et doué du pouvoir digestif, se produirait au moment de la digestion; le second se formerait lorsque, la digestion faite, l'estomac a épuisé sa provision de pepsine, et cette pepsine ne reparaîtrait dans le suc gastrique (jue lorsque des substances qu'il appelle peptogènes auraient de nouveau chargé l'esloniac de pepsine (Voir : Sécrétion du suc gastrique).
Ce qui est certain, c'est que, d'après les recherches d'Heidenhain, il faudrait distinguer trois sortes de sécrétions de la muqueuse stomacale, le suc gastrique proprement dit, provenant des glandes dites à pepsine et principalement de la grande courbure et du grand cul-de-sac de l'estomac, le suc pylorique, provenant de la région pyloiique et le mucus stomacal, provenant des cellules épithéliales de la muqueuse.
Le suc pylorique, obtenu par les fistules pyloriqiies (chien), est un suc alcalin, transparent comme du verre, filant, riche en pepsine ; additionné d'acide chlorhydrique il digère activement la fibrine; il contient aussi du lab (Voir: Digestion du lait par le suc gastrique) et à la chaleur coagule assez rapidement le lait frais (un quart d'heure à une heure) sans produire d'acidité. Il ne renferme pas de ferment diastasique et n'a aucune action sur l'amidon. Il contiendrait 1,63 à 2,03 pour 100 de parties solides.
Le suc gastrique du grand cul-de-sac de l'estomac, obtenu par Heidenhain, par son procédé de fistule (chien), se rapprochait comme composition du suc gastrique ordinaire, cependant il présentait certaines particularités. C'était un liquide presque toujours transparent comme de l'eau, quelquefois un peu opalin, très fortement acide. Il renfermait en moyenne 0,43 pour iOO de parties solides (0,20 à 0,83 pour JOO) et 0,13 pour 100 à 0,33 pour 100 de cendres. La proportion d'acide était très forte, 0,320 pour 100 en moyenne (0,473 à 0,80 pour 100). Il se troublait à peine par la chaleur, devenait un peu opalin par l'alcool et déposait à la longue de petits flocons. Il ne se troublait pas par l'acide azotique concentré, se troublait très légèrement par le bicblorure de platine, un peu plus par l'acétate neutre de plomb, et plus fortement par le tannin. 11 contenait donc, outre la pepsine, ■des traces d'autres substances organiques.
Le mucus stomacal, tel qu'on le trouve surtout à jeun ou le matin à la surface de la muqueuse, est alcalin, filant, incolore, blanc grisâtre, quand il est mélangé de débris épithéliaux. Il est riche en mucine.
La sécrétion du suc gastrique est inlermittente. Elle n'est continue que chez les animaux qui, comme le lapin, ont l'estomac toujours rempli d'aliments. Cette sécrétion peut provenir soit d'excitations portées directement sur la muqueuse, soit d'excitations éloignées. Les irritations mécaniques (chatouillement avec une barbe de plume, présence de sable, etc.), l'eau froide ou glacée, l'éther, le poivre déterminent, quand l'estomac est convenablement disposé (Voir : Mécanisme de la sécrction), un afflux de suc gastrique, non seulement au point touché, mais sur toute la surface de la muqueuse. Cette sécrétion est surtout activée par les liquides alcalins, qui sont rapidement neutralisés, et spécialement par la salive ; aussi l'airivée des aliments dans l'estomac produit-elle une sécrétion qui persiste pendant toute la digestion stomacale. Les impressions guslatives et les excitations qui amènent la salivation ont la même influence. Toutes ces causes agissent plus rapi-
demenl et avec plrjs d'intensité si l'estomac est à jeun depuis un certain temps. Au contraire, quand l'estomac est épuisé, après une longue digestion, par exemple, son excitation ne produit plus qu'une sécrétion de mucus stomacal ou de suc gastrique acide, mais dépourvu de pepsine. Les purgatifs paraissent plutôt déterminer une sécrétion de mucus. Les injections de gaz (acide carbonique, oxygène, ozone), augmentent la quantité de suc gastrique (Jaworski).
Le suc gastrique des mammifères a à peu près la même composition que celui de l'homme. Celui des carnivores est plus riche en acide que celui des herbivores et de riiomme. Il en serait de même de la pepsine. Chez les poissons, d'après Ch. Richet, le suc gastrique a une acidité considérable, jusqu'à 14 grammes pour 1000 (raies, roussettes). Chez les animaux à sang froid (grenouilles, poissons), la pepsine paraît être ditl'érente de ce qu'elle est chez les vertébrés supérieurs; en effet, elle possède encore le pouvoir digestif à 0°, température à laquelle la pepsine des animaux à sang chaud est inaclive. Chez certains invertébrés, le suc gastrique serait alcalin. Je rappellerai ici les faits de ferments peptiques chez certains végétaux mentionnés page 2o, t. P^
D'après quelques auteurs, le suc gastrique de chiens et de lapins nouveau-nés ne contiendrait pas de pepsine, et celle-ci ne s'y formerait qu'au bout de quelques jours.
Le tableau suivant donne les analyses comparatives du suc gastrique chez l'homme, le chien, le mouton et le cheval ; les quatre premières sont dues à Ch. Schmidt; la dernière à Ellenberger et Hofmeister.
Eau
Matières solides
Matière organique
Chlorure de sodium
— de potassium.
— d'ammonium,
— de calcium...
Acide libre
Phosphate de chaux...
— de magnésie.
— de fer
Sulfate de sodium
HOMME
suc G. CONTENANT DE LA SALIVE.
CHIEN
suc G. SANS SALIVE.
CHIEN
suc G. AVEC LA SALIVE.