III. — NERF MAXILLAIRE INFÉRIEUR (fig
A. Action sensitive. — Le nerf maxillaire inférieur (branche inférieure du ganglion de Gasser) fournit la sensibiliié : d° àla peau des joues, des tempes, de la lèvre inférieure, du menton, de la partie antérieure du pavillon de l'oreille et du conduit auditif externe; 2" à la muqueuse des joues, des lèvres,
PHYSIOLOGIE DE l'INNERVâTION. 615 du plancher buccal, des gencives, de la partie antérieure de la langue, à celle de la muqueuse du tympan (une partie seulement) et des cellules mastoïdiennes ; 3° à la dure-mère, au maxillaire inférieur, au temporal et a leur périoste ; 4° aux dents de la mâchoire inférieure; o° à l'articulation temporo-maxillaire ; 6° aux muscles correspondants (sensibilité musculaire).
B. Action sur le goût. — Le nerf glosso - pharyngien n'est pas le nerf exclusif du goût; le lingual ne fournit pas seulement la sensibilité tactile à la partie antérieure de la langue, il lui fournit encore la sensibilité gustalive. La section du lingual, pratiquée plusieurs fois chez l'homme, abolit le goût (pour les saveurs sucrées surtout) dans la partie antérieure de la langue. Quant à la provenance de ces fibres gustatives du lingual, elle sera étudiée à propos de la corde du tympan et du glosso-pharyngien.
G. Action sur l'audition.
— Le maxillaire inférieur n'a qu'une action très indirecte sur l'audition par les filets sensilifs, glandulaires et muscu* laires qu'il fournit aux organes auditifs.
D. Action sécrétoire. — L'influence du nerf maxillaire inférieur sur la sécrétion salivaire et le rôle qu'il joue dans cette sécrétion ont été étudiés pages 36 et suivantes. On a vu que les fibres sécrétoires directes que contiennent le lingual et l'auriculo-temporal proviennent du facial et du glosso-pharyngien.
(•) ). qerf maxillaire inférieur (sa racine sensitive fournit un filet récurrent). — 2, racine motrice. — 3, ganglion otique. — 4, petit pétreux superficiel. — 5, son anastomose avec le nerf de Jacobson. — 6, sa racine sympathique venant de l'artère méningée moyenne. — 7, son anastomose avec la corde du tympan.
— 8, nerf du muscle du marteau. — 9, son anastomose avec l'auriculo-temporal. — 10, nerf auriculo-temporal. — « 1, rameaui parotidiens. — 12, nerf buccal. — 13, nerf lingual. — 14, corde du tympan. — 15, rameaux de la corde et du lingual au ganglion sous-maxillaire. — 16, rameaux périphériques du lingual allant au ganglion. — 17, ganglion sous-niaxillaire. — 18, artère faciale et rameau sympathique allant au ganglion.
— 10, glande sous-maxillaire. — 20, glan le sublinguale. — 21, nerf dentaire inférieur. — 22, nerfs temporaux. — 23, nerf massétérin, — 24, nerf du plérygcfidien evterne. — 25, nerf du ptérygo'idien interne.
26, nerf du péristaphylia externe. — 27, uerl' niylo-hyoïdieii. — Vli, nerf facial.
Fig. 537. — Nerf maxillaire inférieur [figure schématique) (*).
Quant aux sécrétions des autres glandes muqueuses de la langue, des joues ou du plancher buccal, elles doivent être sous l'influence des branches du maxillaire inférieur sans qu'on puisse affirmer de quels nerfs proviennent ces libres sécrétoires. Les branches terminales du lingual présentent, surtout dans le voisinage des petites glandes et de leurs conduits excréteurs, de petits ganglions microscopiques (Remak), qui sont probablement en rapport avec la sécrétion.
E. Action vaso-motrice. — Le trijumeau fournit une partie des filets vaso-moteurs qui accompagnent les artères de la cavité buccale. La dilatation des vaisseaux de la partie antérieure de la langue et la rougeur qu'on observe par l'excitation du bout périphérique du lingual sont dues aux fibres vaso-dilatatrices que lui fournit la corde du tympan (voir ce nerf). L'excitation intra-crânienne du trijumeau produit la dilatation de la muqueuse des lèvres (Vulpian).
F. Action trophique. — L'action trophique des branches du maxillaire inférieur est encore douteuse; chez le lapin, chez lequel l'accroissement des dents est continuel, la section du dentaire inférieur n'empêche pas les dents de repousser; cependant cette section est suivie d'altérations de nutrition de la langue et des lèvres; la muqueuse est rouge, gonflée et présente au bout de peu de temps des ulcérations. On a admis, comme pour l'œil, que ces lésions étaient dues à des pressions mécaniques sur des parties devenues insensibles par la section. La question exige encore de nouvelles recherches.
G. Action excito-réflexe. — L'excitation du lingual produit une salivation réflexe étudiée page 39. Les mouvements de succion chez le nouveauné, les mouvements de mastication, etc., se produisent aussi par action réflexe par l'excitation des filets sensitifs de la cavité buccale. A l'état pathologique, ces nerfs déterminent aussi un grand nombre de mouvements réflexes (crampes, convulsions, etc.).
H. Action motrice. — La petite racine ou racine motrice du trijumeau (fig. 537, 2) se distribue aux muscles qui meuvent la mâchoire inférieure, ou, d'une façon plus générale, à tous les muscles qui interviennent dans là mastication, sauf les muscles de la langue et des joues ; d'oii le nom de nerf masticateur. Il innerve le temporal, le masséter, les deux ptérygoïdiens, le ventre antérieur du digastrique, le mylo-hyoïdien et le péristaphylin externe, comme le prouvent sa distribution anatomique, sa section et son excitation directe. Il ne pourrait y avoir de doute que pour le péristaphylin externe; mais Hein a vu des contractions dans le voile du palais par l'excitation de la petite racine du trijumeau (1); il commande donc les mouvements suivants : élévation, abaissement, diduction de la mâchoire inférieure, tension du plancher buccal, tension du voile du palais. Le nerf buccal n'innerve pas le muscle buccinateur qu'il ne fait que traverser et dont les filets moteurs viennent du facial ; l'excitation du nerf buccal ne produit de contractions ni dans l'orbiculaire ni dans le buccinateur.
(1) 11 est à remarquer cependant qu'en général le péristaphylin externe n'est pas compris dans les paralysies de la racine motrice.
La petite racine innerve en outre le muscle interne du marteau ou tenseur du tympan par un filet qui traverse le ganglion otique. Politzer et Ludwig ont obtenu des contractions de ce muscle par l'excitation intracranienne du trijumeau.
Après la section de la cinquième paire des deux côtés, la mâchoire reste pendante et l'animal ne peut plus ni mâcher ni avaler. Quand la section a été faite d'un seul côté, la mâchoire est déviée et attirée du côté sain ; les dents supérieures et inférieures ne se correspondent plus, et chez les animaux chez lesquels raccroissoment des incisives est continu, comme le lapin, au hout de quelques jours les dents présentent un hord libre oblique dù à l'accroissement plus grand dé l'incisive supérieure du côté opéré et de l'incisive inférieure du côté sain.
I. Ganglion otique (lig. o37, 3). — D'après Arnold, le ganglion otique recevrait trois espèces de racines. La racine motrice ou courte racine viendrait de la partie motrice du maxillaire inférieur, ou, suivant Hyrtl, du nerf du ptérygoïdien interne au moment de son passage au travers du gan- ■^lion, ce qui revient physiologiquement au même. Longet, au contraire, fait venir cette racine motrice du facial par le petit nerf pétreux superficiel ; mais cette dernière opinion est peu admissible si l'on réfléchit que tous les filets moteurs fournis par le ganglion otique (nerfs du péristaphylin externe et du muscle du marteau) proviennent en réalité de la racine motrice du trijumeau. La racine sensitive vient du glosso-pharyngien par le nerf de Jacobson, le petit pétreux profond externe et le petit pétreux superficiel. Hyrtl et Rudinger le font provenir de la troisième branche du ganglion de (jasser. La racine sympathique vient du plexus qui entoure l'artère méningée moyenne. Le ganglion otique reçoit en outre, par le petit pétreux superficiel les rameaux glandulaires parotidiens qui proviennent du facial.
Le ganglion otique fournit : 1° des filets sensitifs qui vont, soit par l'anastomose avec l'auriculo-temporal (Sappey), soit par le petit pétreux superficiel et le nerf de Jacobson, se rendre à la muqueuse de la caisse du tympan '■1° des filets glandulaires parotidiens venant du facial et allant se jeter dans l'auriculo-temporal; 3" des filets moteurs, nerf du péristaphylin externe et nerf du muscle interne du marteau; 4° un filet anastomotique avec la corde du tympan, dont l'usage physiologique est inconnu.
J. Ganglion sous-maxillaire (fig. 539, 17 et fig. 2i4, p. 36). — Ce ganglion fournit les filets nerveux de la glande sous-maxillaire. Arnold et Longet, l'assimilant au ganglion ophthalmique et aux autres ganglions analogues, lui ont attribué trois racines, une racine motrice prévenant du facial par la corde du tympan, une racine sensitive fournie par les filets du lingual, et une racine sympathique fournie par le plexus qui entoure l'artère faciale; mais il est difficile d'admettre cette interprétation. En réalité, le ganglion reçoit les filets suivants :
1" Des filets provenant de la corde du tympan et, par suite, du facial. En effet, le facial tient sous sa dépendance la sécrétion salivaire de la glande sous-maxillaire comme celle de la parotide et de la sublinguale. Après la section du facial, les fibres de la corde du tympan dégénérées se laissent
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suivre jusque dans les racines du ganglion (Vulpian); l'excitation intracrânienne du facial produit la salivation sous-maxillaire (Ludwig), et celle de la corde produit le môme effet, tandis que sa section arrête la salivation réflexe produite par l'excitation de la muqueuse linguale (Cl. Bernard). L'excitation de la corde du tympan, comme l'ont prouvé surtout les recherches de Cl. Bernard, produit non seulement une augmentation de salive, mais encore cette salive, dite salive de la corde, a des caractères particuliers ; d'après Heidenhain, la corde contiendrait surtout des fibres agissant directement sur les cellules glandulaires (fibres sécréloires) ; sous l'influence d'une excitation prolongée, ces cellules se vident de leur contenu, mais sans disparaître, comme le croit Heidenhain, pour fournir le produit de sécrétion (Ranvier).
La corde du tympan agit en outre sur les vaisseaux de la glande; son excitation amène leur dilatation ; elle contiendrait donc, outre les fibres glandulaires, des fibres vaso-dilatatrices. Par ces deux ordres de fibres la corde est en antagonisme avec les filets sympathiques de la glande.
2° Les filets sympathiques qui viennent du plexus qui entoure l'artère faciale ont aussi une action sur la sécrétion sous-maxillaire, action prouvée par l'expérimentation. L'excitation du grand sympathique cervical amène une production de salive, salive sympathique, qui a des caractères différents de ceux de la salive de la corde, et présente surtout beaucoup plus de mucus; aussi Heidenhain admet-il dans les filets sympathiques une très faible quantité de fibres glandulaires proprement dites et une prédominance de fibres mucipares. La racine sympathique contient aussi des fibres vasculaires, mais ces fibres sont des nerfs vaso-moteurs dont l'excitation produit la constriction des vaisseaux et qui sont par conséquent antagonistes des fibres vasculaires de la corde. (Cl. Bernard.)
3° Les filets sensitifs du ganglion sous-maxillaire proviennent du lingual; d'après Bidder, ils seraient de deux ordres : les uns viendraient du bout central du lingual et fourniraient la sensibilité à la glande ; les autres viendraient du bout périphérique du lingual (racine périphérique) et n'offrent pas de dégénérescence après la section du lingual ; cette racine périphérique servirait, d'après Bidder, à transmettre au ganglion sous-maxillaire les excitations de la muqueuse linguale et par suite détermineraient la salivation sans l'intermédiaire d'un centre réflexe cérébro-spinal.
La question de savoir si le ganglion sous-maxillaire peut agir comme centre réflexe, indépendamment des centres nerveux cérébro-spinaux, présente une très grande importance au point de vue de la physiologie générale. L'expérience suivante, due à Cl. Bernard, tendrait à faire admettre cette opinion: on fait la section du lingual au-dessus et au-dessous du ganglion sous-maxillaire (en respectant les branches qui vont du tympanico-lingual au ganglion), et ensuite celle du sympathique, si alors on excite le bout périphérique du tronçon nerveux (courant d'induction, pincement, sel marin), on voit la salivation se produire, quoique toute connexion soit détruite entre les centres nerveux et le ganglion ; le raônie effet se produit, mais plus difficilement, si on excite la muqueuse linguale (éther, courants d'induction) après avoir coupé le nerf tympanico-lingual au-dessus du
l^^anglion; celle salivation cesse immédiatement quand on coupe le lingual entre la langue et le ganglion; la salivation ne se produit pas par les excitations gustatives ; ce centre ganglionnaire serait surtout en rapport, d'après Cl. Bernard, avec l'état de sécheresse ou d'humidité de la muqueuse buccale. Schilï, qui a attaqué cette expérience, prétend qu'il y a là une erreur d'observation dont il croit avoir déterminé les conditions anatomiques et physiologiques. (Leçons sur la digestion, t. I", pages 282 et suivantes.)
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