CHAPITRE V
NERFS TROPHIOUES
La question des nerfs tropliiiiues est aussi obscure au moins et aussi coniroversée que celle des nerfs glandulaires. Y a-t-il, en dehors des nerfs vaso-moteurs, des nerfs spéciaux agissant directement sur la nutrition des tissus? Samuel a cherché à le démontrer; mais la difficulté de la démonstration est très grande, car dans la plupai t des expériences, en même temps qu'on agit sur les nerfs trophiques dont on veut démonirer l'existence, on agit aussi sur les nerfs vaso-moteurs, et les phénomènes observés peuvent être attribués à ces dei'niers. Ce qui le ferait croire, c'est que, dans beaucoup de cas, après la section des nerfs d'une partie, on observe un accroissement plus intense, au lieu d'une atrophie à laquelle on pouvait s'attendre, de sorte qu'on est en droit de rapporter cet accroissement à un afflux sanguin plus considérable par section des vaso-moteurs. Ainsi Adelmann a vu la lésion du nerf tibial chez le cheval être suivie d'un accroissement du sabot. L'œdème observé par Ranvier après la section du nerf ischiatique peut rentrer aussi daus la môme catégorie de faits. 11 en est d'autres cependant qui sont plus difliciles à expliquer; ainsi Nélaton a constaté l'atrophie du testicule à la suite de la section du nerf spermatique ; Obolensky ayant fait chez le chien et le lapin la résection des nerfs du cordon, au bout de deux à trois semaines, le testicule était atrophié, et, quatre mois après, il avait subi la dégénérescence graisseuse. On a vu plus haut (p. 610), les faits d'altération de la cornée après la section intra-crânienne du trijumeau. Les cas d'altérations de nutrition circonscrites à la suite de maladies des nerfs d'une partie (paralysies, etc.), sont aujourd'hui communs dans la science, et la localisation de ces altérations parle plutôt en faveur d'une influence nerveuse que d'une influence vasculaire (exemple, dans le zona). Ces altérations de nutrition ont été souvent produites expérimentalement; Laborde et Leven, après la section de l'ischiatique chez le lapin et le cobaye, ont constaté la pâleur et la sécheresse delà peau, des ulcérations, la chute des cheveux et des ongles, des hémorrhagies, la nécrose des phalanges, etc. Joseph a vu chez le chat une atrophie des bulbes pileux succéder à l'extiipalion du deuxième nerf eervical. Les irritations du pneumogastrique produisent des altérations du myocarde, du foie, du rein, etc. (Wassilieiî, Arthaud et Butte). Pitres et Vaillant ont observé chez le cobaye à la suite d'injections d'étherdans le voisinage du nerf sciatique des destructions ulcéreuses et les lésions du mal perforanl plantaire.
L'influence des nerfs et en particulier du sympathique sur l'inflammation n'est pas douteuse. Brown-Séquard a remarqué que la cicatrisation des plaies se faisait plus vite du côté où le sympathique était coupé. Snellen, ayant placé une perle de Terre dans chacune des oreilles d'un lapin, et sectionné le grand sympathique d'un côté, trouva que du côté lésé les tissus étaient cicatrisés autour de la perle, tandis que, du côté sain, il s'était formé un abcès.
Dans ces cas, lorsque l'action nerveuse ne s'exerce pas par l'intermédiaire des vaisseaux et par les nerfs vaso-moteurs, elle parait influencer surtout les tissus épithéliaux; ordinairement, en effet, c'est par l'épiderme que débutent les altérations, et les lésions consécutives (ulcérations, etc.) peuvent s'expliquer par cette altération épidermique primitive.
Goltz a cherché à démontrer que les centres nerveux exerçaient une influence directe sur l'absorption ; mais, d'après les recherches de Vulpian, Bernslein, Ileubel, celte influence ne serait autie chose qu'une influence purement vaso-motrice.
PHYSIOLOGIE DE L'INNEIWATION. 677
Bibliographie. — S. Lewasciiew : Ziw Lchre von den trophischen Nerven (Cbl. f. motl. Wiss.^ 1SS:5). — M. Joseph : Beitr. ztir Lchre von dm trophischen Serven (Bcrl. pliysiol. Ges., I88t!, et : Arch. fïir pat. An., 1887). - S. Lewasciiew : Infï. du syst. nerveux sutla nutrition des tissus (Arch. sL de bioL, 188G). - Arloing : Dégénérution et centres Irophiques des nerfs (Soc. de bioL, 188G).