PROFOND
Jusqu'à 7 ans
De 14 à 21 ans
De 21 à 28 ans
De 28 à 35 ans
De 35 à 42 ans
De 42 à 49 ans
De 63 ans et au delà.
Tôt AI
Voici maintenant, pour mieux faire saisir les variations dépendant de l'âge, le même tableau sous une autre forme, c'est-à-dire en prenant pour chaque âge les chiffres proportionnels ; par exemple, sur 100 enfants de 1 à 7 ans, combien y a-t-il de cas de somnambulisme, de sommeil très profond, etc., et ainsi de suite pour chaque âge?
AGE
SOMNAM- HlLISMi:.
.Jusqu'à 7 ans
De 7 à 14 ans
De 14 à 21 ans
De 21 à 28 ans
1)0 28 à 3â ans
De 35 à 42 ans
De 42 à 49 ans
D(! 49 à 56 ans
De 56 à 63 ans
De 63 ans et au delà
Tllf-.S l'HllFONI).
pnoFoNi).
LÉdKn.
SOMNO- LEiNCE.
NON IN FLUENCÈS
J'ai donné ces tableaux intégralement, car leur inspection seule suffit pour rectifier bien des idées erronées sur celle question de l'hypnotisme. On croit volontiers, et ce préjugé a cours non seulement dans le public extra médical, mais chez beaucoup de médecins, que les états hypnotiques ne peuvent être provoqués que chez les hystériques. En réalité, il n'en est rien. Ces états s'obtiennent avec la plus grande facilité chez un grand nombre de sujets chez lesquels l'hystérie ne peut être invoquée, enfants, vieillards, hommes de toute constitution et de tout tempérament. Hien souvent même l'hystérie, le nervosisme, sont des conditions défavorables à la production du somnambulisme, probablement à cause de la mobilité d'esprit qui les accompagne et qui empêche le sujet qu'on veut endormir de fixer son attention sur une seule idée, celle du sommeil; au contraire, les paysans, les soldats, les ouvriers, à constitution athlétique, cèdent facilement au sommeil hypnotique.
Caractères physiologiques du sommeil provoqué. — Les caractères physiologiques du sommeil provoqué sont presque nuls, (ant que la suggestion n'intervient pas, au moins dans les premiers degrés. Quand le sujet est dans un état normal, exempt de toute appréhension et qu'on n'emploie pas de procédés violents pour l'endormir, et surtout si le sujet a déjà élé endormi, les appareils enregistreurs (sphygmographe, cardiographe, pneumographe, etc.) ne révèlent aucun trouble appréciable de la circulation et de la respiration. Tout au plus y a-l-il, dans les degrés profonds de sommeil, un peu de ralentissement du pouls et de la circulation, un peu d'émoussement de la sensibilité cutanée, un peu de diminution de la force musculaire (1). J'ai constaté cependant chez certains sujets une augmentation de l'acuité auditive et une diminution de temps du réaction des sensations auditives. Par contre le temps de réaction des sensations tactiles s'est trouvé augmenté.
Si, comme on vient de le voir, les caractères physiologiques, somatiques, de de l'état hypnotique sont presque nuls, en dehors de la suggestion, il n'en est pas de même des caractères psychologiques.
Caractères psychologiques du sommeil provoqué. — Les modifications psychologiques de l'état hypnotique sont beaucoup plus importantes et constituent la vraie caractéristique de cet état. Je les passerai brièvement en revue :
i° Suggestihilité. — J'y reviendrai à propos des suggestions.
2° Mémoire. — Le fait essentiel, et qui a été constaté par presque tous ceux qui se sont occupés de cette question, c'est que la personne hypnotisée, une fois réveillée, ne se rappelle rien de ce qui s'est passé pendant le sommeil hypnotique, tandis qu'une fois endormie de nouveau, elle se souvient parfaitement de tous les faits et gestes de ses sommeils antérieurs. Tous les sujets que j'ai observés se trouvaient dans ces conditions, pourvu que le sommeil fût assez profond.
Il semble donc qu'il y ait une sorte de dédoublement de la mémoire et de la conscience; il y aurait, d'une part, la vie ordinaire, normale, avec ses veilles et ses sommeils naturels et la vie somnambulique composée uniquement de la série des sommeils hypnotiques provoqués. Il faut i-emarquer cependant qu'il n'y a pas séparation absolue entre ces deux vies, car le sujet hypnotisé se rappelle non seulement ce qui s'est passé pendant le sommeil hypnotique, mais encore tout ce qui s'est passé pendant l'état de veille et pendant le sommeil naturel, ses rêves, par exemple. On verra même que le souvenir des faits qui se sont produits à l'état de
(1) Dans 242 cas observés par moi la force dynamométrique prise pendant le souuneil provoqué a été .31 fois égale à la force dynamométrique prise avant le sommeil, 31 fois plus grande, 1G2 fois plus faible.
veille pendant l'existence ordinaire est plus exact et plus précis pendant le sommeil provoqué.
Cet oubli, au réveil, des faits qui se sont accomplis pendant le sommeil hypnotique se retrouve aussi, du reste, la plupart du temps dans le somnambulisme naturel, avec lequel le somnambulisme artitîciel a tant de points de contact; mais cet oubli n'est pas absolu. Il suffit de le suggérer au sujet pendant son sommeil pour qu'il se souvienne au réveil de tout ce qu'il a entendu, fait et dit pendant son sommeil; mais il faut absolument que la suggestion lui en ait été faite. Par luimême et malgré tous ses efforts, il serait incapable de réveiller ses souvenirs; il faut que ce soit une main étrangère qui mette en mouvement tout le mécanisme mémoricl (I).
En résumé, les lois suivantes régissent la mémoire hypnotique :
1° Le souvenir des états de conscience (sensations, actes, pensées, etc.), du sommeil provoqué est aboli au réveil, mais ce souvenir peut être ravivé par suggestion, soit temporairement, soit d'une façon persistante;
2° Le souvenir des états de conscience du sommeil provoqué reparaît dans le sommeil hypnotique; mais ce souvenir peut être aboli par suggestion, soit temporairement, soit d'une façon persistante;
3° Le souvenir des étals de conscience de la veille et du sommeil naturels persiste pendant le sommeil hypnotique ; mais ce souvenir peut être aboli par suggestion, soit temporairement, soit d'une façon persistante.
J'ajouterai que dans le sommeil hypnotique le souvenir des faits qui se sont passés soit dans le sommeil provoqué, soit en dehors de ce sommeil, est la plupart du temps d'une fidélité étonnante. Les sujets dans cet état se rappellent une foule de détails qui passent inaperçus dans la vie ordinaire et qui cependant, sont enregistrés dans la mémoire sans que nous en ayons conscience {mémoire inconsciente).
3" Spontanéité. — D'une façon générale la spontanéité du sujet diminue quand on passe des degrés inférieurs au somnambulisme complet. Dans ce dernier degré toute spontanéité a presque disparu. Cet état se réalise surtout quand le sujet a été souvent hypnotisé, et spécialement quand il l'a été par la même personne. Dans ce cas cette personne acquiert sur lui une telle puissance que les actes les plus excentriques, les plus graves, les plus dangereux même, s'accomplissent sans lutte apparente et sans tentative appréciable de résistance. Au fond, l'automatisme est absolu, et le sujet ne conserve de spontanéité et de volonté que ce que veut bien lui en laisser son hypnotiseur (2).
4° État mental de l'hypnotisé. — Dans l'hypnotisation complète, sommeil profond ou somnambulisme, il y a, en l'absence de toute suggestion, un repos absolu de la pensée. Quand on demande à un sujet placé dans le sommeil hynolique, et j'ai fait cette demande bien des fois : A quoi pensez-vous? Presque toujours on a cette
(1) Cetta opinion ;i (•té coml)attue par quelques autours, on particulior par Dolbœuf
(2) L'étude des états hypnotiques fournit des renseignements précieux pour la psychologie et constitue, ronimr je l'ai montré, une voritablo lurthode de psychologie expérimentale. Que devient, par exemple, en présence des faits, l'argunient tiré en" faveur dû libre arbitre, du sentiment que nous avons de notre liberté? Je puis dire à un hypnotisé pendant son sommeil : Dans dix jours vous ferez telle chose à toile heure, et je puis écrire sur un papier daté et cacheté ce que je lui ai ordonné. Au jour fixé, à îheuro dite l'acte s'accomplit, et le sujet exécute mot pour mot tout ce qui lui a été suggéré • il l'cxé ' cnie convdinai qu'il est libre, qu'il arjil ainsi parce qu'il l'a hien voulu et 'qu'il aurait n~ agir aulremenl; et cependant si je lui fais ouvrir le pli cacheté, il y trouvera anuouc" dix jours à l'avance l'acte qu'il vient d'exécuter. Nous pouvons donc nous croire libres / ne pas l'être (Beaunis : Somnambulisme provoqué^ p. 183). ^
réponse : A rien. Il y ^ àonc un véritable état d'inertie ou plutôt de repos intellectuel, ce qui s'accorde bien du reste avec l'aspect physique de l'hypnotisé ; le corps est immobile, le iriasque impassible; la figure a même une expression de calme et de tran«|uillilé qu'elle atteint rarement dans le sommeil ordinaire. Il n'y a certainement ni rt'ves ni pensées d'aucune sorte, car les sujets (j[ui se rappellent si bien, une fois endormis de nouveau, tout ce qui s'est passé dans un sommed antérieur, ne se rappellent rien d'un sommeil hypnotique dans lequel il ne leur a pas été fait de suggestions. C'est môme à cette inactivité cérébrale, qu'il faut attribuer, à mon avis, le caractère bienfaisant et réparateur du sommeil hypnotique et une partie des effets thérapeutiques qu'on obtient en l'employant dans les maladies. Mais celte inertie cérébrale n'est qu'une inertie coticlitionnelle ; il suffit de la moindre suggestion, du moindre mot prononcé par l'hypnotiseur pour que cette inertie fasse place à l'activité et cette activité peut même être très développée, plus développée quelquefois qu'à l'état normal.
0° Rapport de rhypnotisô avec V hypnotiseur. — On a vu plus haut que dans les deux derniers degrés, sommeil très profond et somnambulisme, le sujet est complètement isolé du monde extérieur et n'est en rapport qu'avec celui qui l'a endormi. Ce rapport avec l'hypnotiseur s'établit non seulement par l'ouïe et la vue, mais par toutes les autres espèces de sensations. Ainsi, si l'endormeur prend la main du sujet endormi avec toutes les précautions possibles pour ne pas révéler sa présence, le sujet reconnaît immédiatement que cette main appartient àl'hypnotiseur, et il obéit aux attitudes et aux mouvements que l'hypnotiseur imprime à ses membres, sans que celui-ci prononce une parole. Si, par exemple, dans ces conditions, l'hypnotiseur soulève le bras du sujet, ce bras reste élevé, tandis que si une autre personne, non en rapport avec le sujet, lui élève le bras, ce bras retombe inerte. De même quand le bras a été mis en catalepsie, celle catalepsie cesse dès que l'hypnotiseur le prend, sans parler pour lui faire faire un mouvement, tandis que si c'est une autre personne qui fait la tentative, elle éprouve une résistance invincible; il en est encore de même pour les mouvements automatiques qui ne s'arrêtent que quand l'hypnotiseur les arrête lui-n^ême.
Quand des passes sont faites à quelques centimètres du sujet endormi, soit devant sa figure, soit même derrière lui, le sujet reconnaît si ces passes sont faites par celui qui l'a endormi ou par des personnes étrangères.
Ce fait de l'isolement absolu du somnambule et de son rapport exclusif avec l'hypnotiseur n'est pas admis par tous les expérimentateurs, et quelques-uns d'entre eux, Carpenler entre autres, le considèrent comme une conséquence d'une suggestion inconsciente soit de la part de l'hypnotiseur, soit de la part du sujet lui-même (auto-suggestion).
"Veille somnambulique. — J'ai donné le nom de veille somnambuliqiie {condition prime de Liégeois) à un état particulier qui n'est ni le sommeil hypnoti(]ue ni la veille et qu'on peut déterminer chez certains sujets. Cet élat se distingue du sommeil hypnotique par plusieurs caractères : le sujet est parfaitement éveillé, il a les yeux ouverts, il est en rapport avec le monde extérieur; il se rappelle parfaitement tout ce qui se dit ou se fait autour de lui, tout ce qu'il a dit ou fait luimême; le souvenir n'est perdu que sur un point particulier, la suggestion qui vient de lui être faite; c'est par là et par la docilité aux suggestions que cet état se rapproche du somnambulisme. Ces deux caractères sont du reste les seuls qui le distinguent de l'état de veille ordinaire. Dans cet élat de veille somnambulique les suggestions se réalisent comme dans l'état de sommeil hypnotique. C'est l'hypnose moins le sommeil. 11 existe du reste et on a décrit des états intermédiaires
sur lesquels je ne puis insister ici et qui représentent les degrés de transition entre le sommeil hypnotique et la veille somnambulique.
Suggestions. — Les suggeslionsqu'on peut déterminer chez les sujets hypnotises sont Irès nombreuses et portent sur toutes les catégories des phénomènes physiologiques, pathologiques et psychologiques. Je passerai rapidement en revue les plus intéressantes :
1° Modifications des fonctiom organiques par suggestion. — Ces faits sont des plus importants parce que, comme ils excluent toute idée de simulation, ils servent à démontrer la réalité des phénomènes somnambuliques. C'est ainsi que l'on peut, par suggestion, modifier la fréquence des battements du cœur, produire sur des régions localisées de la peau des rougeurs et des congestions persistantes, provoquer des hémorrhagies cutanées, diminuer, augmenter ou régulariser le flux menstruel, exciter ou arrêter les diftërentes sécrétions, larmes, sueur, lait, urine, sécrétions intestinales, etc., déterminer des contractions utérines analogues à celles de l'accouchement, faire monter la température d'une partie, provoquer môme, comme je l'ai vu, par simple suggestion, la vésication de la peau. En un mol, on peut dire qu'il n'y a pas de fonction organique qui échappe à la suggestion hypnotique (i).
2° Modifications de la motilité. — On peut par la suggestion déterminer la contraction d'un groupe de muscles, d'un membre, fixer un membre donné ou le corps entier dans une situation déterminée que le sujet conserve sans fatigue apparente pendant un temps très long, mettre un membi'e en état de catalepsie ou de contraelurc, renchx' le corps tout entier calalepti(iue et rigide comme une barre de fer, faire faire au sujet toutes sortes de mouvements automatiques qui continuent tant qu'ils ne sont pas arrêtés parla volonté de l'hypnotiseur, produire des paralysies partielles ou généralisées {paralysies psychiques expérimentales), en un mot déterminer chez le sujet tous les troubles moteurs observés en clinique. Les troubles moteurs peuvent se présenter dans la parole comme dans les autres actes musculaires. Si on interdit au sujet de prononcer telle lettre, tel mot, il les supprimera dans son langage, et remplacera toutes les voyelles par une seule voyelle, etc., etc.
3° Modifications de la sensibilité. — La sensibilité peut être abolie, exallée, pervertie, et ces modifications peuvent porter aussi bien sur les sens spéciaux que sur la sensibilité générale. On peut faire naître ou éteindre à volonté chez le sujet la faim, la soif, les besoins organiques, produire chez lui l'anesthésie ou l'hyperesthésie, l'insensibilité à la soullrance, ou des douleurs très vives, le rendre sourd, aveugle, le priver du goût ou de l'odorat ou exalter ces ditîérentes sensibilités; elles peuvent même être excitées ou abolies non seulement en totalité, mais partiellement : le sujet ne verra qu'une couleur, n'entendra qu'une catégorie de sons, ne goûtera qu'une saveur et sera insensible à tout le reste; vous pouvez faire disparaître pour lui telle personne présente, tel objet, et cette personne, cet objet sont pour lui comme s'ils n'existaient pas [hallucinations m'gatives). On peut même faire disparaître une personne partiellement. Le sujet ne la verra pas, mais il l'entendra; il pourra la voir et l'entendre, mais il ne sentira pas son contact.
La sensibilité peut être pervertie de toutes les façons possibles. Le sujet prendra de l'eau pour du vin, du sel pour du sucre suivant la suggestion qui lui aura été faite. Toutes ces modifications peuvent être partielles comme les modifications motiiccs; on peut rendre à volonté l'hypnotisé hémianestliésique, hémianopsique,
(I) On trouvera dans mon livre du Somnambulisme provoqué [Bibliothèque scientifique contemporaine) un certain nombre de faits de ce genre.
borgne, sourd d'une oreille, el transférer par une simple injonction Ja paralysie sensorielle d'un côté à l'autre du corps.
L'analgésie produite parla suggestion peut être portée assez loin, dans quelques cas pour qu'on ait pu pi'atiquer des opérations et même des opérations graves ou de longue durée (accouchements, amputations, etc.).
4" Siiygestions d\ictes. — 1/aulomatisme étant, comme on l a vu plus haut, un des caractères essentiels du somnambulisme provoqué, et le sujet étant sous la dépendance directe de celui qui l'a endormi, tous les actes, quels qu'ils soient, qui lui seront suggérées, seront exécutés par lui avec une précision mathématique, au moment voulu par l'expérimenlatour, soit pendant le sommeil, soit après le réveil, soit au bout d'un temps plus ou moins long (jusqu'à une année. Liégeois). Comme ce sujet ne conserve au réveil aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant son sommeil, il exécute l'acte comme s'il l'exécutait de son plein gré, convaincu qu'il était libre et qu'il aurait pu agir autrement. Dans certains cas cependant, quand l'acte suggéré a un caractère par trop singulier ou criminel, l'attention du sujet est éveillée et il s'étonne lui-même, non pas peut-être de l'idée, mais que cette idée soit acceptée par son intelligence et s'y implante avec le caractère d'une obsession; il sent alors que sa volonté est impuissante ; il se rend compte qu'il ne peut faire autrement et que toute résistance de sa part est impossible. Il est alors comparable à l'aliéné qui, sous l'empire d'une idée fixe et d'une impulsion irrésistible, tue, vole ou incendie avec la plus complète irresponsabilité. On conçoit facilement quelles peuvent être les conséquences de ces faits au point de vue médicolégal,
5° Hallucinations. — Les hallucinations peuvent affecter tous les sens; le sujet verra des objets, des animaux, des personnages, des scènes entières qui auront pour lui toute l'apparence de la réalité ; il entendra des voix, des chants, une conversation, etc. Les hallucinations peuvent porter aussi sur les sensations internes, la sensibilité musculaire, les lésions. On peut suggérer à l'hypnotisé qu'il fait tel ou tel mouvement, tandis qu'il reste absolument immobile {hallucinations motrices) ; la représentation de l'acte moteur dans le cerveau suffit pour faire croire au sujet que l'acte s'accomplit réellement. Ces hallucinations peuvent se réaliser non seulement au réveil, comme les suggestions d'actes, mais au bout d'un temps très long ; j'en ai suggéré une à cent soixante-douze jours de distance, et la réalisation a eu lieu à la date fixée.
Les hallucinations peuvent être rétroactives ; on peut suggérer au sujet qu'à un moment déterminé il a vu telle scène, exécuté tel acte, de façon que ce souvenir qui lui est suggéré devient pour lui une réalité incontestable. Je ne ferai que rappeler les hallucinations négatives dont j'ai parlé plus haut.
6" Modificiitions psychiques. — Les principales modifications portent sur la mémoire, la personnalité et les aptitudes intellectuelles. — a. Mémoire. L'anniésie provoquée est un des chapitres les plus curieux et les mieux étudiés de l'hypnotisme. C'est ainsi qu'on peut faire oublier à un sujet les voyelles, les consonnes, telle voyelle ou telle consonne déterminée, les nombres, l'empêcher de compter jusqu'à un chiffre donné, lui enlever la notion des substantifs, des noms, de son propre nom, lui faire oublier des périodes entières de son existence, abolir en lui la notion de la personnalité, provoquer môme, comme l'a fait Liégeois, la perte totale de la mémoire. Les amnésies partielles peuvent porter sur les plus petits détails, sur les faits les plus insignifiants, comme sur les notions les plus complexes et les plus abstraites.
L'hypnotisme permet de reproduire à volonté et instantanément toutes les
formes des troubles de la parole qui ont été si bien étudiées dans ces derniers temps, el on peut les reproduire avec une variété que la clinique ne connaît pas et qui n'a d'aulie limite que la volonté de l'iiynopliseur. L'exaltation de la mémoire se produit beaucoup moins facilement, d'après mes expériences; mais s il es( difficile d'accroître la mémoire d'une façon f^énérale, on peut aisémentla surexciter localement en portant, par suggestion, l'attention du sujetsurun point déterminé; on pourra, par exemple, donner à un sujet une idée fixe, celle d'une lettre, d un mot, d'un air de musique, de façon qu'il ne puisse parler, écrire, chanter (jue d'après l'idée fixe qui lui aura été suggérée. 11 y a là, dans l'ordre intell<^cluel, quelque chose de comparable à la contracture qu'on peut déterminer dans un muscle par suggestion, ou mieux encore à ces mouvements aulomaliques que le sujet ne peut arrêter dès qu'on lui a suggérés. — b. Personnalité. — Les modifications de la personnalité si bien étudiées par Ch. Richet constituent un des phénomènes les plus curieux du somnambulisme provoqué. On peut, chez certains sujets, substiluer à leur personnalité une personnalité dilieronte, celle d'un homme, d'une femme, d'un animal, et le sujet, ilocile à la suggestion reçue, modifie sa physionomie, sa tenue, sa voix, tout son être enfin pour les mettre en harmonie avec le rôle qu'il doit jouer. — c. Caractère, habitudes. — Enfin la suggestion hypnotique permet de modifier dans une certaine mesure et chez certains sujets le caractère, les habitudes (paresse intellectuelle, intempérance, etc.), les aptitudes inlellectuelles, etc., et les modifications ainsi obtenues peuvent être non seulemeni temporaires mah persistantes. Ou conçoit quelle im|)ortance ces faits peuvent avoir au point de vue du traitement moral de l'alcoolisme et au point de vue de l'éducation (1).
Interprétation des faits. — Je n'essayerai pas ici de donner une interprétation des faits précédents, théorie impossible dans l'état actuel de la science. Les anciens maanéliseurs admettaient et certains auteurs admettent encore l'existence d'un tluide (forec neurique, fluide magnétique, etc.), allant du magnétiseur au magnétisé. La plupart des physiologistes explitjuent aujoui'd'hui ces fails parla concentration de l'attention et de la pensée. Pour Bernheim, rien ne ditrérencie le sommeil hypnotique du sommeil naturel; la suggestion et la suggestion seule est la clef de tous les phénomènes observés. « La suggeslibilité existe à l'état de veille, mais elle est alors neutralisée ou réfrénée par les facultés de raison, par l'attention, le jugement. Dans le sommeil spontané ou provoqué, ces facultés sont engourdies, affaiblies; l'imagination règne en maîtresse; les impressions qui arrivent au sensorium sont acceptées sans contrôle et transformées par le cerveau en actes, sensations, mouvements, images. La modalité psychique ainsi modifiée, l'état de conscience nouveau qui se constitue rend le cerveau plus docile, plus malléable, plus suggestible, d'une part, plus apte, d'autre part, à réagir sur les fonctions et les organes par voie d'inhibition ou de dynamogénie; c'est cette aptitude exallée par la suggestion que nous utilisons de la façon la plus efficace dans un but thérapeutique. » (Préf. p. VI.)
Pour ma paî t il me semble qu'il y a dans la production du sommeil hypnotique et de la veille somnambuliqne un état particulier, une modification spéciale de l'innervation cérébrale qui peut jusqu'à un certain point se rapprocher du choc des chirurgiens, de la stuitidilé des médecins alii'nistes et de ce qu'on appelle communément des absences ou des distractions. Dans tous ces états, le fait primordial essentiel c'est une action d'arrêt, se produisani, soit graduellement comme dans le
(I) Pour les effets thérapeutiques de l'hypnotisme je ne puis que renvoyer <inx ouvra"-os de Liébeault et licrnheim. ' ° '
Beal'ms. — Pliysiologle, .30 édition. 11. — ;;2
sommeil hypnotique, soit brusquement comme dans la veille sonmambulique, action d'arrêt qui amène une disposition cérébrale particulière, dont la nature reste à déterminer, niais dont la caractéristique est Taptitudc à recevoir des suggestions.
Les états hypnotiques d'après l'école de la Salpêtrière. — L'exposé précédent des phénomènes hypnotiques a été fait en grande partie d'après mes observations personnelles et celles de Liébaull, Bernheim, Liégeois (école de Nancy). Mais l'école de la Salpêtrière représentée par Charcot et ses élèves, P. Richer, Féré, Binel, etc., donne une tout autre description et une tout autre inlerprélalion des faits.
Charcot, dont les recherches ont été faites à peu près exclusivement sur des hystériques et sur un très petit nombre de sujets, considère l'état hypnotique comme une véritable névrose constituée par trois états distincts, léthargie, catalepsie, somnambulisme, chacun de ces états ayant des caractères différentiels très nets que je vais résumer,
i° Léthargie. — On peut la provoquer directement par la fixation du regard ou d'un objet brillant, par la pression des globes oculaires à travers les paupières fermées, etc. Dans cet état, le sujet est dans la résolution musculaire et a toutes les apparences du sommeil; les suggestions sont impossibles; mais ce qui le caractérise, c'est ï hyperejccitabililé neuro-musculaire ; l'excitation mécanique d'un tendon, du muscle ou du nerf moteur produit la contracture du muscle, contracture qui persiste après le réveil; elle cède à l'action des muscles antagonistes. Cette contracture est de nature réflexe et a pour point de départ les nei'fs sensitifs des muscles ou des tendons.
'i° Catalepsie. — L'état cataleptique survient d'emblée à la suite de l'impression brusque d'une vive lumière ou d'un bruit intense (grand diapason, coup de gong). On peut passer de la léthargie à la catalepsie en ouvrant les paupières du sujet : si on ouvre seulement un œil, le sujet devient cataleptique du côté correspondant, l'autre moitié du corps restant en léthargie. Dans cet état les membres conservent les positions qu'on leur communique {catalepsie plastique); l'aneslhésie cutanée est complète; l'hyperexcitabilité neuro-musculaire n'existe pas. On peut produire dans cette période des suggestions par le sens musculaire [suggestions par attitude); en joignant les mains comme dans l'attitude de la prière, le sujet se met à genoux et sa figure exprime l'exlase religieuse. L'occlusion des paupières ramène immédiatement le sujet en léthargie.
3° Somnambulisme. — Cet état peut se produire d'emblée parles moyens ordinaires (fixation du regard, etc). On peut le produire chez les sujets léthargiques ou cataleptiijues par une friction légère sur le verlex. Dans cet état il n'y a pas d'hyperexcitabilité neuro-musculaire, mais sous l'influence d'excitations faibles portées sur la peau (souffle léger, attouchements) il se produit une rigidité musculaire spéciale distincte de la contracture de la léthargie et qui ne cède pas à l'action des antagonistes, tandis qu'elle disparaît sous l'influence de l'excitation qui a servi à la provoquer. En pressant sur les yeux on détermine la léthargie, en ouvrant les paupières, la catalepsie.
Telle est, dans ses traits généraux, la doctrine des trois états. Il ne peut entrer dans le cadre de ce livi-e de discuter cette théorie qui ne me paraît pas d'accord avec les faits. Dumontpallier et Mngnin, tout en admettant les trois états, ne leur assignent pas les mêmes caractères que Charcot et ses élèves, et croient que l'hyperexcitabililé neuro-musculaire peut se montrer dans toutes les périodes de l'hypnotisme (1).
(1) Je laisse volontairement de côté un grand nombre de phénomènes qui se rattachent
IMIYSIOLOGIE DE L'INNERVATION.
L'hypnotisme chez les animaux. — On peut, chez les animaux, provoquer corlains phénomènes (pii se rapprochent beaucoup des manifeslations hypnoti(|ues. Si Ton pose une poule ou un coq sur le sol et, quand il a fini de se débattre, si on trace avec de la craie une ligne droite parlant du bec de l'oiseau, l'animal reste immobile dans la situation où on l'a placé {Experimentiua mirabile du père Kircher, 1042). On peut de même immobiliser des écrevisses, des grenouilles, des cobayes, des lapins, etc. [c.alaiûexie de Preyer). La fascination qu'exercent les reptdes sur les grenouilles, les oiseaux, la façon dont certains dompteurs dressent les chevaux les plus rétifs, sont peut-être aussi des phénomènes du même ordre.
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1885. — K. RiEGERut ^1. TipPEL : Exp. Uni. iïb. die WillenstkàUgkeit, 1885. — Tii. Riuor : Les maladies d^ la personnalité, 1886, — Ch. Richet : Essai de psychologie générale,
1887. — W. WL'Mit : Grundzi/ge der physiol. Psychologie, 3^ éd., 1888. — Seuoi : La psychologie physiologique, 1887. — Id. : Hicerclie di psicologia sper. (Rivist. sper. di freuiatr., XII, 1887). — Cu. Eéhk : Sensation et mouvement, 1887. — Romanes : L'intelligi nce des animaux, 1887. — A. IIerze.n : Le cerveau et l'activité cérébrale, 1887. — (Voir aussi : Revue philosop/iique, passim) (2).
de plus ou moins loin à l'hypnotisme, tels que le somnambulisme à distance, 'a suggestion mentale, l'action des médicaments à distance, etc., phénomènes sur lesquels on n'a que des expériences iusufiisantes et sur lesquels la science n'est pas encore fixée.
(1) A consulter : Braid : Neurhypnologie, trad. irauçaise, 1883. — Philips (Durand de Gros) : Electro-dynamisme vital, 1855. — Id. : Cours théorique e! pratique de braidisme, 1860. — Demarquay et Giraud-Teulon : Rech. sur l'hypnotisme, 1860. — Gigot-Suard : Les mystères du magnétisme, etc., 18G0. — Laségue : Des catalepsies partielles (.\rch. de méd., 1805). — Liébeault : Du sommeil et des états analogues, 1860. — W. Preyer : Die Catnplexie, 1878. — Cn, Richet : Du somnambulisme provoqué (Journ. de l'auat., 1875 et Revue philos., 1880). — Heidenhain : Der sog. ihierische Mngnelismus, 1880. — F. Wi'iuhold : Ilypnol. Versuche, 1880. (Voir aussi, la Revue philosophiipie, la Revue de l'hyi>notisnie, les Archives de neurologie, V Encéphale, les Bulletins de la Société de psychologie physiologique, etc. — La bibliographie de l'hypuotisme s'est tellement étendue dans ces dernières années (jue je suis obligé de la restreindre aux ouvrages les plus importants.)
(2) A consulter : Di'lbœuf : La psychologie considérée comme science naturelle, 1876.
Id. : Théorie générale de la sensibilité, 1876. — Lotze : Principes généraux de psychologie physiologique, trad. fr., 1876. — Th. Ribot : La psychol. ail. contemporaine, 1879.
Physioloffie «lu système iiePTeux. - Louget : Ànat. cl physiol. du syst. nerveux 18i2. — Schiir : Uni. zur Phys. des Nerven^ystems, 1855. — Cl. Bernard : Leçons sur le syst. nerveux, 1865. — Vulpian : Rech. sîir la physioL génér. et comparée du syst. nerveux 1866. — Poincaré : Leçons sur la physiol. normale et pathologique du syst. nerveux, 1877-77!