Causes de la différence des sexes
Il naît en moyenne 106 eiifanls mâles pour 100 enfants du sexe féminin. Les conditions qui déterminent le sexe du produit ne sont pas encore connues. On ne sait ni pourquoi ni à quel moment la sexualité apparaît. Existe-t-elie déjà dans l'ovule avant la fécondation, quoique le microscope ne révèle aucune dilTérence, ou est-elle due aux spermatozoïdes, ou bien esl-elle postérieure à la fécondation et tient-elle à la mère elle-même? Il est impossible de répondre à ces questions.
L'alimentation paraît avoir de l'influence sur le sexe. Une nourriture insuffisante produirait des mâles; dans les deux tiers des grossesses doubles, les jumeaux sont mâles. Le nombre des naissances de garçons serait plus grand dans les pays pauvres que dans les pays ricUes et dans les villes.
La constitution des parents pourrait aussi, d'après plusieurs auteurs, déterminer le sexe du parent le plus fortement constitué. L'âge des parents semble aussi avoir une certaine intluence. D'après Hofackor, quand le père est plus âgé que la mère, il y a plus de garçons que de filles ; quand les âges sont égaux, il y a moins de garçons que de filles; quand la mère est plus âgée, il y a beaucoup plus de filles. Beaucoup de slalistii[ues ne s'accordent pas avec ces lois.
D'après Thury, le sexe dépendrait du degré de maturité de Fœuf au moment où il est fécondé; l'œuf qui, au moment de la fécondation, n'a pas atteint un certain degré de maturité, donne une femelle; si ce degré est dépassé, il donne un mâle. Quand un seul ovule descend de l'ovaire, la fécondation donne une femelle au début de la menstruation, un mâle à la fin. Quand, dans une même période, plusieurs œufs se délacbent de l'ovaire, les premiers sont en général moins développés et donnent des femelles; les derniers sont plus niùrs et donnent des mâles. On pourrait ainsi obtenir une génisse en faisant saillir une vache au début du rut, un veau en la faisant saillir à fin. Cornaz, en suivant ces indications, dit avoir toujours obtenu des résultats exacts. Mais ces observations ont été combattues par beaucoup d'expérimentateurs.
Enfin le sang joue peut-être un rôle dans la sexualité. Dans les cas de fœtus acardiaques dont le sang vient d'un fœtus jumeau, dont les vaisseaux communiquent avec les siens, le fœtus acardiaque a te môme sexe que le foetus sain; dans ce cas, le sang déterminerait le sexe et les deux fœtus auraient le même sexe parce qu'ils auraient le même sang. Presque toujours les jumeaux ont le même sexe quand ils ont un seul chorion et que leurs vaisseaux placentaires communiquent : les jumeaux à placenta séparé sont souvent de sexe diiîérent.
Article III. — Mort.
Lorsqu'on détache une partie du corps du reste de l'organisme, celte partie n'en continue pas moins à vivre pendant un certain temps; ainsi une jambe coupée conserve encore pendant un temps plus ou moins long l'excitabilité de ses nerfs, la contractilité musculaire, les propriétés vitales de son épiderme, etc. L'interruption de la circulation, la séparation d'avec les centres nerveux n'abolissent donc pas immédiatement la vie des éléments, des tissus et des organes ; seulement ils sont fatalement condamnés à mourir au bout d'un temps déterminé, quand ils auront épuisé les matériaux indispensables à la manifestation de l'activité vitale qu'ils possédaient encore au moment de la séparation. Au moment de la mort l'organisme humain se trouve tout entier dans le cas de cette jambe coupée ; la respiration est arrêtée, le sang ne circule plus, mais chaque organe continue en-
core à vivre, el la durée de celle vie locale, post mortem, varie pour chaque organe suivanl sa struclure, sa composition chimique, ses rapports, etc. Il faut donc distinguer la mort générale ^omatique, de la mort locale et moléculaire. La première
suit immédiatement l'arrêt de la circulation et de la respiration, la seconde ne leur succède qu'au bout d'un certain temps, et ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles, comme dans la fulguration, que la mort soniatique coïncide avec la mort moléculaire el que les éléments et les tissus sont atteints en même temps que les grandes fonctions de l'organisme.
Pour qu'un élément ou qu'un tissu puisse fonctionner, puisse vivre, il faut qu'il réunisse trois conditions : 1° l'abord de l'oxygène; 2° l'abord des matériaux de nutrition; 3° une organisation déterminée. Cet élément, ce tissu mourront donc quand l'oxygène ou les matériaux de nutrition ne pourront lui arriver ou quand il sera désorganisé (chimiquement, mécaniquement, etc.). Le sang étant le véhicule de l'oxygène et des matériaux de nutrition, tout ce qui interrompra l'abord du sang (hémorrhagie, ligature, embolie, arrêt du cœur, etc.), tout ce qui empêchera le sang de recevoir de l'oxygène (arrêt de la respiration, destruction des globules rouges, gaz toxiques, comme l'oxyde de carbone, etc.) ou des matériaux de nutrition (inanition) deviendra une cause de mort.
Ces diverses causes de mort peuvenl agir sur tous les tissus et sur tous les organes. Quand un organe peu important est atteint, cet organe meurt, mais sa mort n'a pas d'influence fatale sur le reste de l'organisme ; mais si, au contraire, la cause de mort atteint un des organes qui sont nécessaires à la vie générale de l'organisme, le cœur, le poumon, le bulbe, etc., la mort locale de cet organe amène infailliblement, dans un temps plus ou moins court, la mort totale de l'organisme, la mort somatique. Ainsi, si le cœur cesse de battre par quelque cause que ce soit, la circulation s'arrête et la mort est presque immédiate. Du reste, quelle que soit, en dernière analyse, la cause éloignée de la mort, le phénomène qui la précède immédiatement, qui la détermine est toujours un arrêt du cœur et la cessation consécutive de la circulation. Que la mort arrive, comme on dit, par le poumon, par le bulbe, c'est toujours cet arrêt du cœur qui en constitue le fait essentiel.
La mort naturelle est excessivement rare, et je ne connais pas, pour ma part, d'exemple de mort arrivée par le simple affaiblissement graduel des organes en
dehors de toute lésion paLhologiqiie. Presque toujours on meurt d'une maladie intercurrente : la mort dans ce cas est procédée d'une agonie dont la durée et les caractères varient suivant la nature de l'affection qui termine l'existence. Dans l'agonie, les dillerenls organes et les ditférenls appareils meurent les uns après les autres : l'organisme meurt en détail, et cetlc disparition successive des fonctions vitales se termine quand la mort envahit les deux appareils fondamentaux de la respiration et de la circulation.
Quel que soit le genre de mort, l'agonie présente, en général, les caractères suivants : la face est livide, amaigrie (face hippocratique), les pommettes saillantes, les joues pendantes et flasques, le nez effilé et aminci; le front est couvert d'une sueur froide, visqueuse; les yeux sont ternes, sans regard; les paupières cà demi baissées; les lèvres décolorées et livides; la bouche entr'ouverte découvre des gencives desséchées et des dents couvertes d'un enduit brunâtre; le corps est inerte et s'abandonne aux lois de la pesanteur; il est immobile, sauf quelquefois des mouvements involontaires et tremblotants des doigts et des mains ; les extrémités sont froides et le froid gagne peu à peu les parties centrales; la respiration est faible; les mucosités accumulées dans la trachée déterminent à chaque temps de la respiration un ràle trachéal (ràle des agonisants) perceptible à distance ; les battements du cœur, d'abord plus fréquents, se ralentissent et diminuent d'intensité; le pouls devient imperceptible; la sensibilité s'émousse, l'œil ne voit plus la lumière ; le moui'ant se croit dans l'obscurité : l'ouïe se perd la dernière, il entend encore les personnes qui l'entourent; la voix est éteinte, à peine distincte; la parole est hésitante, embarrassée; il marmotte des mots incompréhensibles; l'intelligence peut être conservée, mais ordinairement elle est affaiblie et quelquefois elle a tout à fait disparu ; des lambeaux de sa vie passée, des souvenirs d'enfance, des rêves tantôt agréables, tantôt pénibles, paraissent traverser cette intelligence qui s'en va et en sont comme les dernières lueurs; c'est l'heure des retours sur soi-même, des regrets, des repentirs, mais c'est aussi l'heure des défaillances; il n'y a plus ni volonté ni caractère; l'inertie psychique égale l'inertie physique. Peu à peu tous ces phénomènes s'aggravent; la vie n'est bientôt plus qu'un souffle invisible, qu'une pulsation imperceptible; tout va finir, la dernière expiration se fait (fig. o*/7), le cœur s'arrête. L'homme n'est pourtant pas un cadavre; les organes, les tissus, les éléments vivent encore d'une vie locale, jusqu'à ce que ces restes d'existence aient disparu aussi, jus(iu'à ce que la mort moléculaire ait suivi la mort somatique et laissé le champ libre à la putréfaction cadavérique, seul signe absolument certain de la mort réelle et totale de l'organisme.
Mortalité. — Sur les 1,200 millions d'hommes qui vivent à la surface du globe, il meurt 80,000 hommes par jour et oo environ par minute, et il en nait à peu près autant. Sur 22 naissances, on compte un enfant mort-né; dans la première année, il meurt un dixième des nouveau-nés; de 5 ans à la puberté, la mortalité diminue; elle augmente jusqu'à 25 ans; de 30 à 35 ans, elle atteint son minimum, puis elle augmente de nouveau en s'aggravant au fur et à mesure des progrès de l'âge. La table suivante donne, pour la France, la mortahté par sexe et par à"e (De Monlferrand) :
Bral'nis. — Phyfiologie, 3» édition.