Laboratoire de l'étudiant
Dans les Facultés de médecine, quelques étudiants seulement peuvent être admis dans les laboratoires de physiologie; mais si ces laboratoires sont à peine suffisants dans de petites Facultés, comme celle de Nancy, par exemple, il en est à plus forte raison de même dans celle de Paris. Là, en effet, la majorité des étudiants ne sait pas ce que c'est qu'un laboratoire de physiologie, et dans les écoles secondaires il en est de même, vu l'absence complète de laboratoire. On ne peut nier cependant que la physiologie ne soit aussi nécessaire au médecin que l'anatomie et la chimie ; on ne comprendrait pas l'étude de l'anatomie et de la chimie sans travaux pratiques; n'en est-il pas de même pour la physiologie ? Il m'a semblé qu'il y avait quelque chose à faire dans cet ordre d'idées et que dans l'impossibilité de trouver accès dans des laboratoires qui sont insuffisants ou n'existent pas, chaque étudiant pourrait avoir chez lui et à peu de frais so/i laboratoire de •physiologie.
Ce laboratoire pourra comprendre :
1° Les réactifs et les substances les plus nécessaires, eau distillée, acides azotique, sulfurique, chlorhydrique, acétique, sulfhydrique, de l'ammoniaque, de la soude, de la baryte, du chlorhydrate d'ammoniaque, delà teinture d'iode étendue, de l'iodure de potassium, de l'alcool, de Téther, du chloroforme, du chloral, la liqueur de Barreswil, le réactif de Millon, du papier de tournesol.
2"* Les appareils de chimie indispensables, une lampe à alcool avec un support, une douzaine de verres à pied, deux douzaines de tubes à essais, quelques petits ballons, quelques entonnoirs, des agitateurs, quelques tubes de verre de diamètre différent, une fiole à jet, une éprouvette graduée, quelques verres de montre, trois ou quatre capsules en porcelaine de grandeur différente, quelques soucoupes en porcelaine, du papier à filtrer, des bouchons en liège et un perce-bouchons, des tubes en caoutchouc de diverses grandeurs, etc.; deux grands bocaux servant d'aquarium pour les grenouilles, quelques vases et bocaux pour les préparations, un pèse-urine, un bain de sable, etc.
3° Des instruments ordinaires de dissection, pinces, scalpels fins, ciseaux, etc. ; des planchettes de liège pour fixer les grenouilles, un thermomètre ordinaire et un petit thermomètre médical à échelle fraclionnée, une seringue à injection souscutanée ou simplement une petite seringue en verre à bout effilé ; la pointe s'introduit par une piqûre faite à la peau de la grenouille avec les ciseaux ; — un sablier marquant la demi-minute ; une balance trébuchet ; — une pince de Pulvermacher ;
LE LABORATOIRE DE PHYSIOLOGIE. - TECHNIQUE PHYSIOLOGIQUE. 893 une petite pile au bichromate ; — un compas ; - un diapason avec une pointe écrivante.
4° Un appareil enregistreur constitué par un disque rotatif, comme les disques rotatifs de Newton, sur lequel on fixe un papier enfumé. Peut-être arrivera-t-on h construire des cylindres enregistreurs faits avec moins de précision et qui suffiraient cependant pour les recherches et pourraient, à cause de leur prix, être abordables aux étudiants. Il me semble qu'un cylindre enregistreur mû simplement par un poids serait facile à construire et suffisant pour la plupart des expériences.
5° Un levier myographique simple, comme celui du myographe de Marey. Ici encore, il serait désirable que les constructeurs pussent en fabriquer à meillemmarché.
6° Un tambour à levier de Marey.
7" Un cardiographe constitué par un simple tambour analogue au tambour de l'explorateur à deux tambours conjugués (fig. 371, p. 361, t.I), et qui pourrait servir à la fois pour la respiration, le cœur et le pouls carotidien.
8° Un microscope avec tout l'outillage nécessaire et les réactifs indispensables, tels qu'ils sont indiqués dans tous les traités de micrographie.
Avec cette installation sommaire dont le total ne dépasse certainement pas 300 francs, l'étudiant peut étudier pratiquement les principales questions physiologiques et répéter les expériences fondamentales, même en se restreignant à un seul animal, la grenouille. Il pourra étudier le sang, la lymphe, l'urine, la bile, la salive et les principaux liquides de l'organisme ; les digestions naturelles peuvent être faites facilement dans l'estomac vivant chez la grenouille ; on peut chez elle pratiquer des fistules gastriques, l'extirpation des poumons, de la rate, la ligature du foie, etc. Les mouvements du cœur et les conditions diverses qui les influencent, les mouvements de l'intestin, de la vessie, etc., y sont d'une observation facile; les expériences fondamentales sur les muscles, les nerfs, la moelle, l'encéphale, peuvent être répétées sur elle ; le microscope montrera la circulation capillaire dans la membrane interdigilale ou dans le mésentère de la grenouille ; la patte galvanoscopique permettra de déceler les courants électriques des muscles et des nerfs; enfin le développement des œufs et des têtards de grenouille fournira un vaste champ d'observations curieuses et instructives. D'un autre côté, l'étudiant peut étudier sur lui-même ou sur ses camarades les mouvements respiratoires et un certain nombre d'autres fonctions; quelques appareils très simples qu'il peut fabriquer lui-même lui permettront de répéter une partie des expériences de la vision et l'habitueront aux observations délicates sur les sensations. Enfin, avec un bain de sable placé l'hiver dans un poêle, il pourra faire des digestions artificielles et étudier facilement l'action de la salive et du suc gastrique.
Userait à désirer qu'un constructeur intelligent prit l'initiative de fabriquer ainsi et de réunir dans une caisse portative et peu volumineuse tous les appareils indiqués ci-dessus, on aurait ainsi le laboratoire de réludiant.