DIGESTION ET SÉCRÉTIONS DIGESTIVES
La digestion a pour but de préparer l'assimilation; elle répare les pertes de l'organisme et lui fournit les matériaux de son accroissement; elle comprend par conséquent tous les actes qui se produisent depuis l'introduction des aliments dans le tube digestif jusqu'au passage dans le sang et dans le chyle des aliments plus ou moins modifiés (1).
Article I". — Des aliments.
Il y a une corrélation intime entre la constitution d'un organisme et les aliments que cet organisme doit ingérer. Le corps étant, comme on l'a vu plus haut, dans un état incessant de mutation, et ces mutations étant la condition même de la vie, les substances qui font partie de l'organisme sont peu à peu éliminées avec les produits de désassimilation et doivent, par conséquent, être remplacées. Le gain, c'est-à-dire l'alimentation, doit donc être réglé sur la dépense, c'est-à-dire sur les pertes de l'organisme ; s'il ne couvre pas les pertes, le corps perd de son poids; si au contraire, comme dans la première période de la vie, le gain dépasse la dépense, le corps s'accroît et l'accroissement est en rapport exact avec l'excès des entrées sur les sorties.
Quand les pertes de l'organisme atteignent un certain degré sans qu'une réparation suffisante intervienne, quand en un mot l'écart entre l'assimilation et la désassimilation s'accentue au profit de cette dernière, nous éprouvons une sensation particulière, celle de la faim, qui nous révèle l'état
(1) Les phénomènes mécaniques de la digestion (mastication, progression des aliments, etc.) seront étudiés avec la physiologie des mouvements.
d'appauvrissement général de l'organisme, sensation qui se localise d'une façon confuse dans la région épigastrique. La sensation de la faim apparaît en général quand la perte de poids du corps atteint environ 600 grammes, abstraction faite des urines et des excréments. Il y a du reste sur ce sujet de très grandes différences individuelles, et l'influence de l'habitude joue aussi un rôle considérable (voir : Sensations internes). Quand la privation d'aliments se prolonge pendant un certain temps, il survient des phénomènes spéciaux qui seront étudiés plus loin à propos de l'inanition.
En outre l'alimentation doit répondre aux pertes de l'organisme non seulement comme quantité, mais aussi comme qualité, et comme nous perdons chaque jour par les diverses voies d'excrétion une certaine proportion de substances azotées et non azotées, d'eau, de principes minéraux, il faut que ces différents principes se retrouvent dans l'alimentation et s'y trouvent en proportion de la perte subie par chacun d'eux. Cette nécessité a du reste été prouvée expérimentalement par les recherches de Magendie, de Tiedemann et Gmelin et de Ghossat. Tous les animaux, (chiens, lapins, chats, pigeons, etc.) qu'on essayait de nourrir exclusivement de substances azotées ou non azotées ne tardaient pas à succomber.