Action de la bile sur les aliments
L'action de la bile sur les aliments et le rôle véritable de cette sécrétion sont encore très obscurs et, malgré les nombreux travaux faits sur cette
(1) ^ consulter : Gré : Influence de l'oblitération de la veine porte sur la sécrétion de la bile (Comptes rendus, 185«). — Id. : Fonctinns de la veine porte 1861. — M. Schiff : Ue//er das Verhaltniss der Leber circulât ion zur Gallenbildung (Schwciser. Zeit. fiir Heilk. t. 1) — R. Heidenhain -.Uei.en die Nervi vagi einen Einfluss auf die Gallensecretion oi«? (Stud des phys. Instit. zu Breslau, t. II). — Chronszczewsky : Zur Anaf. und Phys. der Leber (Arch. fur pat. Auat., t. XXXV). — R. Heidenhain : Weitere Beohacht. betreffend die Gallensecretion (Stud. d. phys. Inst. zu Breslau, ls(i8). — E. Pflïiger : Ueber die Beziehunqen des Nervensystems zu der Leber und Gallensecretion (Arch. de Pfluger, t. II). — M. Schiff • Gallenbildung abhiingig von der Aufsaugung der Gallenstoffe (Arch. de Pflùger, 1810) — Hosapelly : Rech. théoriques et expér. sur les causes et le mécanisme de la circulation du foie, 1873. — Feltz et Ritter : Et. cliniques et expérim. sur l'action de la bile fJourn rauatomie, 1874). ^
question, on n'est pas encore arrivé à des résultats positifs et incontestables.
A. Action de la bile sur les diverses espèces d'aliments. — 1° Albuminoïdes. — La bile est sans action digeslive sur les substances albuminoïdes, comme la fibrine, l'albumine crue ou cuite, la gélatine, etc. Elle les précipite de leur solution dans les acides étendus et dans le suc gastrique. Les peptones et les parapeplones produites dans la digestion gastrique des albuminoïdes donnent avec la bile un précipité jaune, résiniforme, floconneux qui, dans l'intestin, adhère aux villosités et se reconnaît facilement. Ce précipité, soluble dans les alcalis faibles, ne consiste pas seulement en acides biliaires et matières colorantes; il contient aussi des matières albuminoïdes, car il donne la coloration rouge avec le réactif de Millon, mais il ne contient pas les peptones qui restent en dissolution et par conséquent absorbables. La pepsine du suc gastrique est entraînée mécaniquement par le précipité, sans cependant subir d'altération, et la liqueur perd tout pouvoir digestif. Cette précipitation, qui ne se fait pas si le milieu est alcalin, est due aux acides bdiaires mis en liberté par l'acide du suc gastrique. Ce précipité, d'après Moleschott, se redissout dans un excès de bile. En même temps l'albumine et la fibrine précipitées par les acides biliaires deviennent dures, se ratatinent et ne sont plus susceptibles d'éprouver le gonflement qui est la condition de leur digestion par le suc gastrique. Mais si la bile s'oppose à la digestion des substances albuminoïdes dans le suc gastrique, elle ne s'oppose en rien à leur digestion par le suc pancréati(iue. D'après Oddi et Dastre l'arrivée de la bile dans l'estomac n'empêcherait pas la digestion gastrique des albuminoïdes.
2° Uydrocarbonés. — Il y a sur ce sujet de très grandes contradictions entre les différents physiologistes. Suivant les uns, la bile fraîche (sauf peut-être celle du porc) serait sans action sur l'amidon (Nasse) ; cependant, sous certaines conditions encore indéterminées (bile altérée?), elle pourrait transformer l'amidon en glycose. D'autre part, V. Witlich a isolé de la bile fraîche un ferment diastasi'jue qui transformerait l'amidon en glycose et a obtenu la saccharification de l'amidon avec de la bile fraîche provenant d'une fistule biliaire chez une femme. Gianuzzi et Bufalini confirmèrent l'opinion de V. Witlich. D'après Bufalini la bile aurait la même action sur la substance glycogène du foie ; mais cette action ferait défaut avec la bile décolorée et privée de mucus.
3° Graisses. — La bile émulsionne les graisses, mais l'émulsion lient très peu de temps et est beaucoup moins complète que celle que forme le suc pancréatique. Mais quand les acides gras sont mis en liberté (par l'action du suc pancréatique), ils forment des savons soluhles avec les alcalis de la bile et les acides biliaires sont mis en liberté, et ce mélange de savons et d'acides biliaires a la propriété d'émulsionner les graisses d'une façon plus parfaite que la bile même (voir : Résorption de la graisse). D'après Landwehr, la bile décomposerait la mucine en mettant en liberté la gomme animale à laquelle il attribue le pouvoir d'émulsionner les graisses.
B. Usages de la bile. — D'après ce qui vient d'être dit de l'action de la bile sur les différents aliments, il est très difficile de se faire une idée exacte de ses fonctions. Ce qui rend la chose encore plus obscure, c'est que les physiologistes ne sont pas complètement d'accord sur le moment où se fait le maximum de la sécrétion biliaire. Les opinions des physiologistes sur les fonctions de la bile peuvent se ranger sous deux divisions principales.
Pour les uns, l'aclion de la bile serait une action digestive sur laquelle, du reste, on est loin de s'entendre. Cependant, la plupart la font intervenir dans la digestion des graisses. On a vu plus haut l'opinion de Cl. Bernard sur le rôle de la bile dans la digestion des albuminoïdes par le suc pancréatique, opinion infirmée par les recherches de Gorvisart. Quelques auteurs ont admis, en se basant sur la propriété qu'a la bile de précipiter les peptones et sur l'adhésion de ce précipité aux villosités intestinales, que la bile retardait ainsi le passage des matières assimilables dans l'intestin, de façon à rendre leur absorption plus complète.
Les physiologistes qui admettent que la bile n'a qu'une influence pnstdigi'Stive ne sont pas plus d'accord sur le mécanisme de son action. On a admis qu'elle facilitait la résorption des matières grasses, en se fondant sur ce fait que l'huile traverse plus facilement les membranes animales, même sous une faible pression, quand ces membranes sont imbibées de bile et surtout de bile acidifiée par l'acide chlorhydrique (voir : résorption de la graisse).
Pour Schiff, son action commencerait quand la graisse a déjà pénétré dans les chylifères; elle exciterait les contractions des fibres musculaires des villosités, faciliterait le cours de la lymphe dans les vaisseaux (on sait que la bile est un excitant des nerfs et des muscles) et permettrait ainsi à de nouvelles quantités de graisse de pénétrer dans les chylifères. En outre, elle parait exciter (probablement par action réflexe) les contractions de la couche musculaire de l'intestin ; l'ingestion de bile et de sels biliaires détermine en effet de la diarrhée et des vomissements.
Elle s'opposerait enfin à la décomposition putride des aliments dans l'intestin. Chez les chiens à fistule biliaire, l'alimentation Carnivore produit des gaz très abondants et des fèces d'odeur fétide. Cependant StolnikofF, dans une série d'expériences, n'a pu constater cette action antiputréûante de la bile; d'après lui, elle favoriserait simplement la résorption rapide des substances fermentescibles. Cependant Hoppe-Seyler et Emich ont constaté l'action antifermentescible de l'acide taurocholique.
Kuss a émis sur le rôle de la bile l'hypothèse suivante : l'épilhélium de la muqueuse intestinale se renouvellerait après chaque digestion et la bile aurait la propriété d'amener la chute de l'épithélium qui a servi à la digestion précédente et est devenu impropre à une digestion nouvelle ; en un mot, la bile balayerait l'intestin après chaque digestion.
La bile a encore le rôle d'un liquide excrémentitiel. Ainsi la cholestérine, une partie des acides biliaires et de leurs produits de décomposition sont éliminés avec les fèces.
Résorption de la bile dans l'intestin. — Une fois arrivée dans l'intestin, la bile est en partie décomposée. La cholestérine et une partie des acides biliaires spécialement l'acide glycocholique dont la décomposition est plus difticile, restent inaltérés et peuvent se retrouver dans les excréments; on peut aussi y retrouver des traces de matière colorante biliaire; mais ordinairement la matière colorante biliaire se transforme en urobiline dont une partie est résorbée et est éliminée par l'urine (voir : Sdcrctmi urinaire), tandis que l'autre donne leur coloration aux excré-
inenls. L'acide taurocholique se décompose parliellemeiit en taurine et acide cholalique ; ce dernier se retrouve dans les excrémetvts, tandis que la présence de la taurine y est plus rare. On y constate encore la présence de produits de décomposition plus avancés des acides biliaires et en particulier celle de la dyslysine et de l'acide choloidique ; cependant le fait est nié par Hoppe-Seyier. Mais ce qui est certain, c'est que la plus grande p<artie de la bile ou de ses produits de décomposition esl, à l'état normal, résorbée dans l'intestin et très probablement d'après les expériences de Tappeiner, dans le gros intestin plutôt que dans l'intestin grôle, où cette résorplion esl très faible. Cette l ésorption porte surtout sur les acides biliaires et la quantité éliminée parles fèces est très faible comparativement à celle qui esl sécrétée par le foie.
Fistules biliaires. — On a chercbé à résoudre la question du rôle de la bile au moyen des fistules biliaires, de façon que toute la bile sécrétée s'écoulât à l'extérieur, en observant les phénomènes physiologiques présentés par l'animal; mais, là encore, les résultats sont très variables. Un fait conslant, c'est que les animaux peuvent survivre liés longlemps à l'opération (Blondiol en a conservé plusieurs années), mais à une condition, c'est de donner à l'animal un excès de noui riiure; ainsi, un chien porteur d'um» fistule biliaire doit, pour ne pas perdre de son poids, manger une quantité de viande double de celle qui lui suffisait auparavant. Il est diflicile d'expliquer comment le déficit biliaire peut être compensé par un excédent d'alimentation, car cet excédent dépasse toujours la quantité de matériaux perdus par la fistule.
Dans les cas de fistules biliaires, une partie des substances albuminoides traverse l'intestin sans être digérée. La résorption de la graisse n'est pas arrêtée complètement, mais elle diminue; un chien qui en une heure résorbait par l'inleslin 08^463 de graisse par kilogramme de poids du corps n'en résorbe plus que Os'",09 et 06'",06 une fois la fistule établie, et le chyle, au lieu d'être laiteux, était devenu opalin et ne contenait plus que 0,19 p. 100 de graisse au lieu de 3,2 pour 100. Les excréments de ces animaux sont d une odeur repoussante; les animaux sont maigres, paresseux; leurs poils lombent; ils présentent en somme une allération profonde de la nutrition qui indique une influence réelle de la bile, et tous ces phénomènes montrent que cette influence ne se restreint pas à tel ou tel acte spécial de la digestion, mais qu'elle s'étend à Vememble des actes digestifs et peut-être aux actes intimes de la nutrition (Ridder et Schmidi). Rôhmann a obtenu des résultats contraires. Les chiens porteurs de fistules se sont comportés tout le temps comme des chiens normaux, sauf pour la résorption de la graisse.
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{{) A consulter : Blondlot : De l'inutilité de la bile dans la digestion, 1851. — Hoppc- Seyler : Ueber die Scliicksale der Galle im Darmkanal (Arch. fur pat. Anat., t. XXIV). — 0, Haramarsten : Ueber d^n Einfluss der Galle auf die Magenverduung (Arch. de Pflùger, 1870). — M. Schilf : Wirkung d'^r Galle auf den Chymus {id.]. — V. Wittich : Zur Physiologie der Galle (id , 1872). — J. Moleschott : Ueber die Eimoirkung der Galle und ihrer
Biblio«:raphie ^én^rale. — Bouisson : De la bile, 1843. — Blondi.ot : Essai sur fondions du foie et de ses annexes, 1 84G .
Article III. — De la digestion dans les divers segments
du tube digestif.