INNERVATION DU CŒUR
des centres excito-moteurs situés dans le cœur ou dans le cerveau, soit encore à la trop grande réplétion des vaisseaux. Ces différentes causes peuvent agir simultanément, et chacune d'entre elles peut dépendre de circonstances fort variables.
Nous pouvons maintenant nous expliquer l'impossibilité dans laquelle nous sommes encore aujourd'hui de rapporter à leurs causes véritables les oscillations que déterminent dans là fréquence du pouls le sexe , l'âge , l'éjjoque du jour, l'alimentation etc. , et pourquoi nous sommes réduits à nous payer d'hypothèses dans tous les cas d'irrégularités pathologiques.
Selon Rameau, la fréquence du pouls diminue à mesure que le corps s'accroît en longueur. Le pouls de la femme est plus fréquent que celui de Thommc. 11 va en diminuant de fréquence depuis la naissance jusqu'à la 20« année. Volkmann a trouvé les chiffres moyens suivants : pour la l""» année, 434 pulsations; pour la 22« année, 70 pulsations; et pour la 80» année, 79 pulsations.
Après une saignée on voit le nombre des pulsations s'accroître , et d'après Lichtenfeld et Frœhlich, la fatigue' qui résulte d'efforts musculaires produit le même effet. Ces observateurs ont encore cherché à se rendre compte de Tinfluence produite sur la rapidité de la circulation par les différentes heures du jour, et par l'alimentation.
Pour dégager les influences horaires de celles de l'alimentation , on prenait l'état du pouls à chaque heure dans les jours de diète , on trouva par ce moyen que la fréquence allait en diminuant rapidement depuis le matin (c'est-à-dire dix heures après le dernier repas) jusque vers midi, et qu'elle augmentait ensuite, mais de quelques pulsations seulement. 11 n'en est plus de même lorsque l'on alimente. On observe alore que bientôt après le déjeuner (8 heures du matin) la fréquence du pouls monte et arrive rapidement au maximum de la journée, et qu'elle diminue ensuite jusque vers midi. Après le dîner (midi), nouvelle reprise, mais plus lente et moins forte que celle du matin, puis de nouveau diminution progressive allant jusqu'au souper, iprès lequel s'observe une troisième ascension de la fréquence. Inutile d'ajouter qtt'ea changeant l'heure des repas on obtiendrait des résultats autres que ceux fournis par les précédentes observations. La composition de l'alimentation joue un très-grand rôle sur la rapidité et la fréquence de ces variations. Pour les corrélations entre la fréquence du pouls et le nombre des respirations, nous renvoyons au §129.
Les poisons qui modifient la fréquence du pouls semblent agir les uns directement sur les ganglions du cœur; d'autres, au contraire, paraissent concentrer leur iûfloence sur les origines du pneumogastrique. Aux §§4 et 2 nous avons déjà laissé entrevoir l'action des principaux poisons et nous avons également mentionné «n passant l'action du curare. La nicotine paraît exciter d'abord et paralyser ensuite les appareils excito-moteurs du cœur lui-même ; car si l'on vient à couper les pneu- *ûogastriques, on n'en voit pas moins la fréquence du pouls et la pression du sang augmenter d'abord pour diminuer ensuite (Traube, Rosenthal). Vupas Antiar (Alfermann, Neufeld) et la vératrine (v. Bezold) ont une action excito-motrice encore *^ucoup plus énergique, et déterminent à dose suffisante une véritable contraction ^tanique des ventricules. Vextrait de fève du Calahar produit des effets pareils à ^^®^ de l'excitation du pneumogastrique , c'est-à-dire le ralentissement du pouls et U diminution de la pression centrale ; mais puisque ces phénomènes se produisent
niémc après la section de ces nerfs , il faut bien admettre qu'ils sont la conséquence d'une excitation des ganglions modérateurs du cœur (*).
Théorie de l'innervation du cœur. Bien qu'il ne nous soit pas encore possible d'établir d'une manière définitive une théorie exacte des mouvements rhythmiques du cœur, il nous semble cependant indispensable de grouper tous les faits connus de manière à donner une idée du phénomène. Voici ce qu'il nous est possible d'établir aujourd'hui : 4° Les centres qui président aux mouvements cardiaques sont situés dans le cœur lui-môme; l'innervation extérieure réagit à son tour sur ces centres d'une manière régulière sous certaines conditions de l'organisme. 2» Ces centres nerveux sont paralysateurs et excitateurs. 3^ Le sang chargé d'O agit comme stimulant de ces centres. Les expériences de Staimius tendent à prouver que ces appareils nerveux , paralysatcurs et excitateurs , sont 'dans le cœur à un étal permanent de stimulation. Mais cette stimulation peut varier d'intensité, de telle sorte que tantôt elle est plus forte pour les uns et tantôt pour les autres. L'hypothèse la plus simple consisterait à admettre que la contraction produit elle-même la stimulation du centre paralysateur, et que la réplétion du cœur pendant le repos de l'organe détermine à son tour une stinmlation du centre excitateur. Cette idée est plausible, car, en elfet, i« l'on voit sur un cœur qui a cessé de battre une seule contraction artificielle entraîner un certain nombre de battements à sa suite, et 2« le tissu du cœur se gorge de sang quand les artères coronaiies se remplissent pendant la diastole (§ 116) ; l'oblitération de ces artères produit une très-grande diminution dans l'action du cœur. Nous admettrons donc que c'est la contraction systolique du muscle cardiaque qui stimule les centres nerveux paralysatcurs de cet organe, tandis que la dilatation diaslolique du cœur, augmentée de sa réplétion sanguine, joue le même rôle pour les centres excitateurs. L'on peut se rendre compte de la manière dont les contractions de l'oreillette et celles du ventricule se succèdent, en songeant à la durée moins longue de la systole auriculaire, durée qui dépend probablement de la structure de l'oreillette, car si toutes les conditions étaient les mômes pour les deui parties du cœur, l'oreillette qui entre plus tôt en repos devrait aussi commencer sa contraction avant le ventricule.
La théorie que nous venons de donner explique clairement comment l'excitation ou la i)aralysie des nerfs en relation avec les centres propres de l'organe n'agissent qu'en modifiant le rhythme des mouvements cardiaques. Nous pouvons donc admettre que la stimulation des centres excitateurs ou paralysatcurs est due à une action constante et à une action variable. Supposons, par exemple, que l'innervation constante du centre paralysateur soit augmentée dans un certain degré par une stimulation venue du nerf vague, l'action du centre excitateur aura besoin d'être j)lus forte et par suite de plus lonj^ue durée poui- l'emporter sur celle du centre }>«ralysateur; en d'autres termes, les pulsations seront ralenties, et enfin si l'action du nerf vague surajoutée à la stimulation constante dépasse certaines limites , le cœur s'arrête en diastole. Le sympathique agit de la môme manière sur les centres excitateurs, mais il est à remarquer que l'on n'aiTÎve pas par la seule stimulation du syiflpathique à arrêter le cœur en systole ; il faut, pour y arriver, se servir d'autres agents? comme la chaleur ou certains poisons qui semblent agir en diminuant ou en supP^*' mant l'innei-vation constante des centres paralysatcurs.
Les nerfs accessoires du cœur peuvent ôtre soumis à une excitation prolong*sans autre effet que de modifier la fréquence et la force des pulsations; oncomp^*^
(1) Traubo, Med. Ceiitralzeit., 1863. — Roscnthal, .4rcAti?/. Anat. u. Fhynol,y ^^''Z V. Bczold, Studien des Wiirzb InstiliUs, 1867. — Neufeld, Studien des Breslauer Ingti^^^^ 1865. — LcDz, Uèber die Calabarbohne. Dissert. Zurich 1864.