ÉCHANGE DE MATÉRIAUX DANS LE FOIE
Quelles sont, indépendamment de sa transformation en sucre, les modifications qu'éprouve cette substance glycogëne , et de quelle importance est-elle dans la nutrition? c*est là une question qui reste à vider. On ne saurait, en raison de sa Êdble diffusibilité , admettre qu'elle passe directement dans le sang ; on n'en trouve pas au reste dans ce liquide. Pavy admet que cette substance est destinée à la production de graisse et est éliminée par la bile ; mais cette opinion est tout au moins des plus hypothétiques. Si nous admettons que les corps qui par leur conjugaison donnent naissance aux acides biliaires naissent isolément, l'acide cholalique pourrait provenir de la substance glycogëne (voy. plus haut). Les découvertes de Cl. Bernard ont fait voir que les divers organes des embryons contiennent de la substance glycogëne ; ce fait pourrait servir de point de départ pour des recherches ultérieures.
Si dans les conditions normales l'amidon hépatique ne fournit en se transformant que peu ou pas de sucre, il n'en est pas de même dans d'autres conditions. De très-grandes quantités de sucre passent alors dans le sang et sont éliminées parles urines ; c'est ce que l'on observe par exemple dans le diabète sucré , dont cependant la cause nous est encore peu connue. L'on voit le sucre être éliminé chez les animaux soit d'une manière durable, soit passagèrement : l» à la suite d'une action sur certaines parties du système nerveux. Signalons ici avant tout la piqûre d'un point situé sur la ligne médiane du quatrième '«ntricule entre les orignes du nerf vague et du nerf acoustique (piqûre de Q. Bernard qui entraine le diabète). On a observé un diabète momentané à h suite de l'excitation du bout central du nerf vague sectionné (Cl. Bernard), ^rès une stimulation de la moelle épinière, (SchifF, Moos) et après la section des splanchniques (Graife , Ilenseii). 2° A la suite de désordres respira- ^Vcs. C'est ainsi que dans une asphyxie déterminée par le chloroforme, Téther ou la morphine, l'on trouve du sucre dans l'urine (Pavy, SchiiT). Q. Bernard vit quelquefois le diabète survenir dans l'empoisonnement par le cware, mais il faut alors encore l'attribuer à la paralysie des muscles de la respiration, car SchifTne l'a jamais observé quand il entretenait une respiration artiflcielle. 3° A la suite de désordres circulatoires généraux ou locaux. ^chiff trouva du sucre dans l'urine et dans le foie, chaque fois que la circulation était arrêtée ou gênée dans une partie du système vasculaire, par ttemple à la suite de ligature ou de compression des gros vaisseaux , des vais- ^ux cruraux par exemple. 11 est très-probable que toutes ces différentes ^nditions de production du sucre aux dépens de la substance glycogène peuvent et doivent se rattacher à une seule et même cause. Dans tous les cas que ïïous avons cités, il y a une gène ou un arrêt de la circulation , et les actions ^^rveuses elles-mêmes (voy. plus haut) peuvent se rapporter aux nerfs vaso- '''^oteurs. Aussi Schifl* a-t-il supposé que lorsque le sang stagne, il s'y produit ^ ferment qui en traversant le foie transforme la matière glycogène en sucre, ^tte hypotlièse manque encore de conlirmation; elle a toutefois l'avantage de P^Upcr tous ces faits isolés sous un même point du vue.
^. Bernard , après avoir découvert le sucre dans le foie , piqua le plancher du ^Irième ventricule pour voir quelle est raction de l'origine des j>neunio-gastn-
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ques sur la production du sucre. 11 supposait que la section de ces nerfs devait arrêter la production de sucre, et voulait ensuite rechercher ce qui se passerait quand on excite Torigine de ces nerfs. Mais bientôt Schrader lui fit observer que le point de k piqûre sur le plancher du quatrième ventricule ne correspond pas à Porigine des ncifs vagues , que cette piqûre produit son effet alors même que ces nerfo sont sectionnés, et qu'en excitant leur bout périphérique on n'obtient pas la production du sucre. Tous ces faits furent confirmés par Cl. Bernard lui-même. Cl. Bernard découvrit plus tard la matière glycogène dans le foie et Hensen le suivit de prés. On admit alors que toutes les causes qui produisent le diabète n'agissent qu'en augmentant la transformation normale de la substance glycogène. Schiff et Moos ayant produit un diabète artificiel en faisant passer un courant d'induction à Travers la moelle épinière, ou en administrant de la strychnine , attribuèrent l'effet produit à une excitation des vaso-moteurs du foie. Gncfe et Hensen , en raison de leurs expériences sur les nerfs splanchniques, Tattribuèrent au contraire à une paralysie vaso-motrice. Schiff accorda plus tard les deux opinions, en admettant un diabète d'excitation et un diabète de paralysie. Tout récemment, Schiff abandonna de nouveau cette opinion, lorsque ses recherches sur l'influence des désordres de la circulation locde l'eurent conduit à l'hypothèse que nous avons exposée plus haut. Schiff se rattarbe maintenant à l'opinion que soutient Savy; d'après eux^ le ferment pour la t^ul8fo^ mation en sucre ne se forme pas dans le foie , mais bien dans le sang. D'après Savy, quand Ton injecte de la substance glycogène dans le sang , elle s'y transforme en sucre, et, d'après Schiff, il en est de mémo avec l'empois d'amidon. Savy soutient encore que la formation du sucre dans le foie est, en réalité, un phénomène cadavérique. Cette opinion a été adoptée par Schiff, par Ilitter et par Meissner. Cette théorie laisse encore beaucoup d'obscurité sur le mode de transformation de la substance glycogène comme aussi sur son mode d'origine. Sa composition chimique, ainsi que sa production abondante après une alimentation amylacée et sucrée, militent en faveur d'une formation directe aux dépens des hydrocarbures des aliments; mais il est, en ce cas, difficile de supposer que le sucre deviendrait de la substance glycogène par voie rétrograde. Il nous faut donc admettre que les hydrocarbures de la nourriture agissent d'une manièi'c indirecte sur Ja formation de la substance gly«>gène, en rendant plus facile sa production aux dépens d'autres matériaux (par dédoublement des albuminoïdes ]>eut-étre) (*).
3" Modifications du sang dans le foie. La quantité de sang qui pénètre dans le foie par la veine porte étant de beaucoup supérieure à celle qui lui arrive par l'artère hépatique, et celui-ci étant d'autre part identique au sang artériel en général , nous devons surtout nous occuper des différences que présentent le sang de la veine porte et celxd des veines sus-hépatiques. D'après les analyses de Lehraann et de G. Schmidt , le sang de la veine porte est plus ri(^he en eau , en héraatine , en albumine , en sels , en graisse et probablement aussi en fibrine que le sang des veines sus-hépatiques , mais il contient relativement moins de globules blancs, de matières extraclives et de sucre. Le sucre, dont on ne trouve que des traces dans la veine porte, est beaucoup plus
0) Bemarfl, Leçons de physiologie. Paris 1855. — Hensen, Verhandl, d. phys^-fned. G^ in Wiirzburg, t. VII. — Moos, Archiv /. loiasemch. Heilk., t IV. — Schiff, Vntertw^ ^ die Zuckerbildung in der Leber. Wiirzburg 1859, et Journal de Vanat. et de la phyiioloS^' 1866. — Savy, Researches on the nature and treaiment of diabètes, London 1862, et Med. Tintes, 1865. — Ritter, Zeitschrift f. rati<m, Medicin, t. XXIV.