SENSATIONS DE MOUVEMENT
quer que l'on arrive à expliquer tous les phénomènes en envisageant l'indication du lieu comme une nuance locale de la sensation du tact ({ui se dégrade de point en point (?)(•).
§ 177. — Sensations de mouvement (sens musculaire).
Les mouvements des muscles volontaires sont accompagnés de sensations qui nous permettent de graduer la force ou Vétendtte des mouvements exécutés. Dans les deux cas, ces sensations obéissent à la loi psycho-physique. En soulevant des poids, il nous est possible de les distinguer les uns des autres quand ils dilF&rent entre eux d'environ 1/17 de leur poids (Weber). Le siège des sensations de mouvement ne paraît pas être dans les muscles eux-mêmes , mais bien dans les cellules nerveuses motrices, parce que nous n'avons pas seulement la sensation d'un mouvement réellement exécuté, mais même celle d'un mouvement simplement voulu ; la sensation de mouvement parait donc directement liée à l'innervation motrice; aussi lui donnons-nous le nom de sensation (V innervation. Il est probable que ce n'est que par des conditions extérieures, pression, froncement de la peau etc., que nous difTérencions la force et l'étendue des mouvements ; aussi ne parvenons-nous pas à analyser bien exactement ces sensations , car très-souvent un mouvement pour lequel nous avons besoin d'employer une grande force nous semble être un mouvement d'une grande étendue.
L'existence de ces sensations de niouvemcnt a été niée par beaucoup de physiologistes. Us pensaient que ce n'est que par les sensations de la peau que nous mesurons exactement nos mouvements. £. II. Weher a signale un fait qui détruit complètement cette opinion ; c'est que la sensibilité pour soulever des poids est bien plus fine que celle pour la pression déterminée par ces poids. Parmi tous les faits qui ne peuvent s'expliquer que par les sensations musculaires , nous signalerons le degré exact de convergence et de divergence des yeux et les désordres particuliers de la vision dans les cas de paralysie d'un muscle de l'œil.
§ 178. — Sensations générales.
Sous le nom de sensations générales, nous comprenons toutes les sensations que nous ne rapportons pas au monde extérieur, mais qui nous font percevoir l'état et les modifications de notre propre corps. Les sensations générales résultent donc de la masse des sensations spéciales.
Ces dernières peuvent avoir leur siège dans les parties du corps les plus variées, quand elles sont munies de fibres nerveuses, et cela tout aussi bien dans les organes des sens eux-mêmes que dans tous les autres. Les sensations des organes
des sens deviennent sensations générales, lorsqu'elles sont très-intenses, de telle
Q) B. H. Weber, loc. cit. — Lotze, Medicinisclie rsychoL — Mcissnor, BeUrUge mr AiuU. u, Phyêiol. der Haut, et ZeiUchrlft f. ration. Meilicin, t. VIL — Czermak, Sitzungsh der Wiener Akademie, t. XV et XVII. — Volkmann, Leipziger SitzungiihenchU, 1858, t. I. — Wundt, Beitrâge zur Théorie d. Sinneêwahmehmung, l'« partie*
sorte que le phénomène objectif auquel elles se rapportent disparaît devant Timpression de douleur de l'organe. Les sensations développées dans les autres parties munies de nerfs sensitifs, telles que les muqueuses, les séreuses, les os etc.. peuvent être désigpiées sous le nom de sensations organiqiies spécifiques ou sensations organiques. Elles n'éveillent notre attention que lorsqu'elles sont assez fortes pour devenir douloureuses; ce sont alors des symptômes pathologiques. Dans la douleur, et d'autant plus qu'elle est plus forte, toutes les différences particulières de ces sensations disparaissent; aussi faut-il admettre qu'elles ne sont pas nettement distinctes les unes des autres et qu'elles sont fort mal localisées. Les sensations de mouvement décrites dans le paragraphe précédent forment une partie importante des sensations générales. Elles tiennent le milieu entre les sensations objectives et les sensations purement subjectives de nos organes; elles nous indiquent, en effet, des modifications de notre propre corps en môme temps qu'elles sont modifiées par les agents extérieurs.
Les sensations générales sont une des parties les plus obscures de la physiologie des sens. Joh. Millier en niait l'existence et les rattachait toutes à la sensibilité générale ou à la sensibilité tactile, qui, d'après lui, n'a pas seulement son siège dans la peau, mais encore dans les muscles et dans d'auti*es organes internes. Cette manière de voir fut combattue par K. H. Weber; il fut le premier à différencier les unes des autres toutes les sensations spéciales qui par leur ensemble constituent les sensationi; générales , il réserva ce dernier nom à la conscience de l'état dans lequel se trouTenI tous nos nerfs sensitifs. J'ai démontré que les sensations générales ne doivent pas, ainsi que l'a admis Weber, être envisagées simplement comme la somme des sensations spéciales, mais qu'elles dérivent de ces dernières par un phénomène psychologique Q). Les sensations les plus importantes au point de vue fonctionnel , comme la sensation de la faim et de la soif, ont déjà été étudiées en leur heu et place.