R. MANIFESTATION DES FORCES MOLÉCULAIRES
§.40. — Production de chaleur, de lumière et d'électricité
par la cellule.
Les forces vitales qui agissent activement dans les organismes élémentaires comme forces moléculaires produisent des phénomènes de chaleur et d'électricité, quelquefois, mais rarement, des phénomènes de lumière. L'échange moléculaire de la cellule consiste, comme nous l'avons vu au § 35, surtout dans des phénomènes d'oxydation. Or tous les phénomènes d'oxydation , de combustion , produisent de la chaleur. Par les fermentations, que nous avons envisagées plus haut comme des phénomènes de nutrition cellulaire, il se produit toujours aussi beaucoup de chaleur. Mais quand les phénomènes d'oxydation sont intenses, outre la chaleur il se produit même de la lumière ; aussi les cellules en déterminent -elles quelquefois. La cellule végétale vivante ne paraît jamais produire de j)hénomènes lumineux ; mais ceux du bois pourri sont dus probablement à l'oxydation de la cellulose. Quelques insectes (les lampyres) possèdent une graisse phosphorée qui, en s'oxydant, donne lieu à des phénomènes lumineux. Beaucoup d'animalcules marins inférieurs (les acalèphes, les polypes, les inftisoires etc.) produisent de la lumière et donnent ainsi lieu au phénomène de la mer phosphorescente. Les cellules de tous les organes électriques déterminent des courants très-intenses; tous les éléments nerveux et musculaires produisent des courants électriques plus faibles. Quelle que soit l'importance de' la production de chaleur et d'électricité au point de vue fonctionnel, nous nous bornerons à ces quelques mots, car cette importance résulte surtout de la combinaison des différents organes les uns avec les autres dans les oi^nismes composés.
Pour la production de la chaleur, voyez § 52; pour les phénomènes électriques des nerfs et des muscles , voyez la physiologie spéciale des nerfs et des muscles.
m. MULTIPLICATION DE LA CELLULE.
§ 4i . — Forme de la cellulogenése.
La cellule se multiplie de trois manières : 1" Par multiplication endogène; 2« Par segmentation; .> Par bourgeonnement.
Tous ces trois modes peuvent être ramenés à un seul, la division du contenu cellulaire. Quand ce contenu se divise sans que la membrane de la cellule y prenne part, c'est une multiplication endogène. Si la membrane prend part à la division, c'est une segmentation. Si le conteim s'est accumulé en un point avant que la division s'opère , c'est un bourgeonnement.
Toujours la multiplication de la cellule débute par une multiplication du noyau. Tantôt le noyau primitif se segmente ou bourgeonne, tanU*»t il .se dis-
FORME DE LA. CELI.ULOGta«ÊSE. ÎH
sont pour ainsi dire dans le protoplasma, et l'on voit apparaître autant de noyaux qu'il se formera de nouvelles cellules. Ce dernier mode de multiplication du noyau parait être le seul que l'on retrouve dans les cellules végétales, tandis que d'ordinaire dans le règne animal c'est le noyau primitif qui se segmente.
Pendant la période de développement des organismes, c'est \a formation cellutah'e endogène qui est la plus habituelle. Le germe des plantes et des animaux est tout d'abord une cellule unique, tantôt un ovule (animaux à reproduction sexuelle) , tantôt une cellule gorminative (organismes â reproduction non sexuelle) ou encore une vésicule germinative (plantes phanérogames. — 11 ne faut pas confondre cette vésicule germinative avec celles de l'ovule des ^animaux). Le développement ultérieur de ce germe commence par une division du contenu , précédée toujours de la disparition du noyau (la vésicule germinative de l'ovule des animaux). La division du contenu donne naissance à une quantité de cellules dépour^-ues d'enveloppe et munies chacune d'un noyau. C'est ce que dans l'ccuf l'on appelle le phénomène de la segmentation du vilellus. La Fig. 15 montre les deux stades primordiaux de cette s^mentatioQ de l'œur des mammif&res.
Les phénomènes de multiplication sont donc presque tous des segmentations, et l'accroissement ^ ultérieur des organismes végétaux et animaux tient à ces segmentations cellulaires. La multiplication endogène , c'est-à-dire
la division du contenu sans que la membrane d'enveloppe y prenne part , ne se retrouve plus alors que dans un seul cas, dans la multiplication des cellules du cartilage.
Quant au boui^onnement, ce mode de multiplication ne diffère des précédents que par ce que c'est un point déterminé de la cellule <|ui s'accroît d'abord avant que la division ail lieu. Quelquefois les ceufs se forment par bourgeonnement; c'est ce que Meissnera observé chez les gordius et chez quelques ascarides. La Fig. 16 montre ces ovules des gordius d'après Meissncr('). Ce mode de reproduction est du reste très-répandu chez les végélaui et les animaux inférieurs. Toujours, quand l'oi^anisme se forme tout entier par boui^eonnement , c'est /É M même mode de multiplication qui existe dans la cel- \" liile originelle.
Outre ces trois modes de reproduction, on admettait ^ilretois une formation cellulaire libre, on croyait, en Fig.nJ. "~
'^"ntree termes, que des cellules peuvent ae former, in-
''^pendamment d'une celu Ile- mère , dans une substance amorphe. L'histologie wiftaie avait été amenée â cette manière de voir par la soi-disant formation libre
I |«Ei]iB Entstebnng der Ëier durch dcDtliohe Knoepenbildnng balic ich gelegentlicli ""Wh bel der BuhrmnBchel (PAolaa dacfyltu) beobachtel. ■■
du protoplasma; mais cette formation est en réalité une multiplication endogène, dans laquelle , à la vérité , ce n*est que d'une partie du protoplasma contenu dans la cellule-mère que naissent les cellules-filles. Ce mode de formation cellulaire ne se trouve pas seulement dans le règne végétal, par exemple dans la formation de la vésicule germinative de Tovisac, mais on le rencontre aussi chez les animaux, dans la segmentation partielle du vitellus. La formation libre des cellules, telle qu'on l'entendait autrefois, c'est-à-dire sans préexistence d'autre cellule; n'existe nulle pail; les cellules qui paraissent nées de cette manière sont toujours le résultat d'une multiplication endogène ou d'une segmentation. Les phénomènes ultérieurs de la segmentation , suivis par Reichart et Remak , de môme que l'évolution pathologique des cellules, étudiée par Virchow, confirment cette manière de voir. La ceUulo* genèse se trouve donc ainsi d'accord avec la genèse des organismes complets; ces derniers, en effet, ne peuvent absolument naître que d'organismes préexistants; c'est là une loi que nous pouvons appliquer aujourd'hui aux cellules , en disant que toute cellule naît d'une autre cellule (omnis cellula a cellula).
Les causes physiques de la multiplication cellulaire nous sont totalement inconnues. La théorie de Schwann, qui envisageait cette multiplication comme une cristallisation stratifiée de substances capables d'imbibition, ne s'accorde p^ avec les faits; elle est aujourd'hui abandonnée. Toute théorie à venir devra cependant tenir compte du fait suivant : dans les cellules végétales , le protoplasma , avant de se diviser, devient immobile et prend la forme globuleuse , fait qui toutefois ne se véi-ifie pas toujours dans les cellules animales. La seule chose capitale qui reste debout, c'est le rôle du noyau dans la multiplication cellulaire, soit qu'il agisse sur le protoplasma environnant par simple attraction moléculaire , soit qu'en se dissolvant dans ce protoplasma, il en modifie la constitution chimique et physique. Toujours, avant la segmentation de la cellule, le protoplasma devient plus dense, toujours il devient granuleux ; souvent son adhérence à la membrane diminue , et on le voit s'en détacher comme une gouttelette de mercure se détache d'une lame de verre. Une fois que les noyaux de nouvelle formation se sont développés , le protoplasma reprend aussitôt sa forme primitive. Quand la segmentation s'accompagne de modifications dans l'enveloppe cellulaire (d'étranglements, de dépressions de l'enveloppe), ces phénomènes paraissent être purement passifs et dus à l'action mécanique que le contenu exerce sur la membrane périphérique (*).
Le.s fonctions des organismes composés se divisent , comme celles des organismes élémentaires , en :
1» Phénomènes d'échange de matériaux ;
2® Phénomènes des forces de la vie ;
3» Phénomènes de reproduction.
La cellule se nourrit en attirant à elle et en éliminant des matériaux; elle assimile et elle excrète. Absorption et élimination, assimilation et excrétion,
(1) De tous ces faits nous pouvons conclure h, notre ignorance complète touchant le* phënomciics physiques qui accompagnent la prolifération cellulaire. Et alors même qo^ ces phénomènes viendraient à nous être connus, la force qui les dt^veloppe, qui 1^ fait entrer en jeu, noun échapperait encore. Mieux vaut donc avouer notre ignorance.