REPRODUCTION PAR VÉGÉTATION
de reproduction de la simple croissance des tissus. Quand les individus produits ainsi restent en connexion persistante avec Torganisme mère , ils forment ce que l'on appelle, dans le règne animal, une colonie d'animaux. Au point de vue^e leurs fonctions générales^ de leur nutrition, de leurs mouvements etc., ces individus agrégés se comportent comme un seul organisme, et chacun d'entre eux peut être envisagé comme un organe isolé dépendant des autres. Presque tous les végétaux sont des organismes de ce genre , de même que les polypes y les ténioîdes, les annélides, quelques infusoires (vorticelles).
La segmentation appartient surtout aux infusoires et, conjointement au bourgeonnement , à quelques polypes et à quelques vers ; dans le règne végétal elle appartient aux algues molles ou multicellulaires. D'ordinaire elle se fait transversalement , rarement longitudinalement (ce dernier cas se présente chez les vorticelles). Beaucoup d'animaux inférieurs, infusoires , rhizopodes, polypes, peuvent être divisés artificiellement dans tous les sens , et chaque fragment devient im nouvel individu complet. *
Le bourgeonnement est le mode de reproduction par végétation le plus répandu. Dans toutes les plantes composées, le développement de la colonie d'individus se fait par segmentation et par bourgeonnement. Ce mode se retrouve aussi chez les polypes, les acalèphes cyclomorphes , les bryozoaires, les tuniciens, les ténioîdes, les annélides. Les bourgeons sont tantôt situés latéralement le long du corps , ce sont des bourgeons latéraux , et tantôt dans le sens de l'axe du corps, bourgeons axiUaires, Les polypiers nous fournissent un bel exemple de bourgeons latéraux ; chez les plantes , l'accroissement se Êdt surtout par segmentation des cellules, mais les bourgeons sont latéraux. Les bourgeons axillaires se trouvent chez les ténioîdes et les annélides par exemple ; chez les premiers, le bourgeon se développe à une extrémité du corps, n est clair que le bourgeonnement latéral se rapporte à la segmentation longitudinale, et le bourgeonnement axillaire à la segmentation transversale.
La régénération des parties du corps présente une grande analogie avec la reproduction par végétation; cette régénération est presque illimitée chez les animaux les plus inférieurs; chez la plupart des amphibies nus (les tritons, par exemple), elle peut aller jusqu'à reproduire des organes complexes, les extrélûiiés, la queue etc. Cette régénération se rapproche surtout de la segmentation artificielle; en effet, la multiplication qui a lieu chez Vhydra viridis (polype <l'eau douce), après segmentation artificielle, peut tout aussi bien être appelée ^e reproduction par division en particules isolées qu'une régénération de ces particules allant jusqu'à formation d'un individu complet.
A un point de vue absolu , tous les organismes composés peuvent être considérés comme des individus agrégés ; les parties élémentaires de ces organismes peuvent, en effet, végéter par segmentation ou par bourgeonnement. Ces parties 8^ comportent, d'autre part, comme des organes d'un individu isolé, c'est-à- ^ que les fonctions de l'individu isolé, nutrition, mouvements etc., sont départies entre elles toutes. Cette division du travail fait que parmi ces individus nés par reproduction asexuelle, quelques-uns peuvent acquérir les propriétés sexuelles. C'est ainsi que les organes de reproduction des végétaux les plus élevés peuvent être envisagés comme des individus propres à la génération ap-^
partenant à une colonie d'individus nés par reproduction asexueUe. Cest aina encore que les colonies libres d'acalèphes se décomposent en individus destinés à h locomotion et en individus destinés à la nutritign et à la reproduction. De mèmt que les différentes parties de la planle chargées de fonctions spéciales sont tout à fait semblables au point de vue morphologique, de même aussi les différents animaux d*une colonie, bien que se divisant le travail , se ressemblent entre eux.
§ 56. — Reproduction par spores.
La reproduction par cellules végétatives ou par spores tient le milieu entre celle par végétation et celle par fructiûcation d'un ovule. La cellule végétative chez les animaux naît d'ordinaire librement dans la cavité du corps, par une sorte de bourgeonnement intérieur; elle se sépare aussitôt de Torganisme maternel , et son développement ultérieur se rapproche de celui de l'ovule.
Les champignons, les lichens, les algues, se reproduisent par des spores. Chez les algues, les spores sont très-souvent garnies de cils. Un très-grand nombre de faits qui avaient semblé être des reproductions par spores doivent aujourd'hui être attribués à une reproduction sexuelle. Il en est de môme pour les infusoires. Tous les exemples de conjugaison que Ton trouve dans les algues et dans les infusoires doivent, paratt-il, être rapportés à la reproduction sexuelle. La coigugaison consiste, en général , dans la soudure de deux individus par un point de leur corps et dans l'échange de leurs produits sexuels parce point. Chez beaucoup d'algues, cette conjugaison Ta jusqu'à la soudure complète des deux êtres (copulation) (^).
Parmi les animaux , les trématodes et les infusoires présentent la reproduction par cellules germinatrices. On peut encore considérer comme appartenant à ce mode de reproduction la multiplication des pucerons asexués. Ces pucerons ont des générations qui alternent : tantôt ils sont munis d'organes sexuels et tantôt ils n'en ont pas; ils possèdent une sorte d'ovaire comparable à celui des animaux sexués; de cet ovaire, les cellules germinatives se détachent et tombent dans l'intérieur du corps de l'animal pour s'y développer.
§ 57. — Génération alternante et parthénogenèse.
Les deux formes de reproduction asexuelle ne sont pas d'ordinaire ^ peu^étre jamais, exclusives; elles supposent , au contraire, une reproduction sexuelle avec laquelle elles alternent. En raison de cette alternance, dans la plupart des cas , les individus à reproduction sexuelle diffèrent par leur organisation de ceux à reproduction asexuelle. Toute l'histoire des espèces d'animaux ou de végétaux se résume donc en deux ou plusieurs générations, dont rune,!^ sexuelle , dérive de l'asexuelle , et réciproquement. Quand cette alternance régulière existe pour une même espèce, elle prend le nom de génératioii aU^' nante,
(}) PrîngRheim, Sî^ur Kritik u, Oeschtchte der UrUermehungen ûber dos Algengetehlé^ Rerliii 1860. — Ralbiani, Herherches sur les phéfwmènes sextteU des infiisoires, Parisl^iil.