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ORIGINE DES ESPÈCES

6*> La variété d'uue espèce présente souvent des caractères d'une espèce voisine, ou retourne par certains points aux caractères de l'espèce primitive.

Souvent Tâne et le cheval présentent des rayures comme le zèbre , et cela sans que leurs ascendants aient présenté ce caractère. Il nous faut admettre que Tâne , le cheval et le zèbre dérivent tous d'un môme type qui était zébré. Les différentes races de pigeons nous offrent dans une môme espèce des faits analogues; il n'est pas rare , en effet , de trouver parmi ces oiseaux des individus qui ont tous les caractères du pigeon biset , d'où dérivent toutes les races de pigeons. Tout cela s'explique par ce fait d'observation que les descendants ont souvent , après quantité de générations , la tendance de reprendre les caractères de leurs ancêtres , en tenant compte toutefois de l'hypothèse que nous avons faite d'une souche commune à beaucoup d'espèces.

?•» Dans les couches de la croûte terrestre , les organismes des animaux se succèdent les uns aux autres suivant une série à peu près analogue à celle que tout organisme isolé parcourt durant sa vie embryonnaire.

Cette loi se base sur ce que tous les organismes proviennent de germes sensiblement semblables. Plus tard commencent les différences pour les organismes végétaux et pour les différentes classes d'animaux. Le développement reste d'autant plus longtemps le môme que les classes et les espèces sont plus voisines. Pendant ce temps , les embryons de tous les vertébrés se ressemblent ; plus tard seulement les embryons des mammifères commencent à différer. Un organisme moins élevé , mais à une période de développement déjà avancé , correspond toujours à certains moments moins avancés du développement d'un organisme supérieur. C'est ainsi que, par exemple, l'embryon des mammifères , à certaines phases de son développement , présente les caractères du poisson, de l'amphibie, de l'oiseau. C'est ainsi que dans les couches terrestres se succèdent les différentes classes des vertébrés. D'abord apparaissent les poissons, puis les amphibies, en dernier lieu les mammifères^ et dans toutes ces classes , les espèces les plus imparfaites précèdent toujours celles qui sont plus perfectionnées. Cette analogie entre le développement embryologique et le développement paléontologiqueB, surtout été étudié par Agassiz , l'adversaire de Darwin. Agassiz en a conclu que toute la nature organisée s'est formée par un série de créations uniques allant toujours de l'imparfait au plus parfait , série dont chaque élément correspond à un degré du développement de l'être le plus parfait , de Thomme. Haeckel a fait récemment remarquer, et à juste titre, qu'il y a là une preuve à l'appui de la théorie •le Darwin , car cette analogie nous fait voir précisément que les formes organiques dérivent probablement les unes des autres , de môme que les degrés du développe- "ient se succèdent les uns aux autres. Cette preuvo tirée de la géologie fait perdre ^ne grande partie de sa valeur à l'objection que Ton avait tiiée de Timpossibilité de découvrir jusqu'à présent les formes intermMiaires entre les différents types du '"^e animal et du règne végétal, formes intermédiaires qui néanmoins ont dû exis- 1er. Darwin avait déjà fait observer que ces types intermédiaires , en raison même de •a divergence de leurs caractères, n'ont dû avoir qu'une durée très-limitée (').

0)8aii8 nul doute, mais rien no s'oppose à ce que nous admettions que ces types in- ^^ïmédiaircs devraient se retrouver dans les couches terrestres ; il serait, en effet , ab- *^de de croire que les grands cataclysmes qui, par moments, ont englouti presque tous 1^8 êtres organises existant sur certains points du globe, ne se soient pre'cise'ment produits qu'au moment où les types différents étaient formés et où les formes intermd- ^aires avaient disparu. (A. B.)

L'hypothèse qui fait dériver toutes les diverses espèces de plantes et d'animaux les uns des autres avait déjà été opposée par quelques naturalistes (Lamarck , Geoffroy Saint-Hilaire) aux doctrines, alors régnantes, d'une grande quantité de créations isolées et de la constance des espèces. Darwin érigea cette hypothèse en doctrine scif^ntifique par l'observation de la sélection artificielle , qui crée un nombre considérable de variétés et de races dérivant les unes des autres. Puisque les races de pigeons ont toutes pour origine commune le pigeon biset, on ne comprendrait pas pourquoi un phénomène analogue à la sélection n'aurait pas pu se produire naturellement et créer ainsi , après un temps très-long , des espèces et des familles. Le principe de la sélection a été l'exagération des propriétés particulières à un individu par accouplement avec un autre individu doué des mômes propriétés. En poursuivanl ce principe, les éleveurs de pigeons font en Angleterre des choses presque incroyables. L'homme a toujours appliqué ce principe, sans le savoir, pour l'élève des animaux domestiques, qui lui ont fourni des races et des variétés si nombreuses.

La sélection sexuelle constitue , surtout dans le règne animal , un cas particulier de la sélection artificielle. Partout les animaux mâles se disputent la possession des femelles, et en général c^ sont les plus vigoureux, ceux qui remplissent le mieux le rôle que la nature leur assigne , qui sont les plus aptes à la reproduction. Le perfectionnement de l'espèce est donc le résultat fatal de cette sélection (}).

L'hypothèse de la sélection naturelle n'est que la généralisation de deux lois vérifiées pour des cas particuliers , la loi des variations et celle de Vliérita^e. La première produit les variétés ; la seconde fait que des caractères d'abord individuels se généralisent et deviennent persistants. Du moment où l'on généralise ces deux lois, il faut nécessairement abandonner les limites qui séparent les variétés, les races, les espèces, et ne considérer les trois facteurs que cx)mme le résultat des modiOcalions des individus. Et si l'on supprime les limites entre les espèces, on est conduit à supprimer aussi celles qui séparent les divisions plus élevées du système , divisions qui déjà sont tout à fait artificielles.

L'hypothèse de la constayice des espèces^ opposée à celle de leur variabilité, s« base surtout sur la faculté de reproduction limitée à des individus de la wcme espèce, tandis que des individus (ïespèces différefites ne peuvent se reproduire, ou, s'ils fournissent des produits, ceux-ci seront inaptes à la reproduction. Aussi tout le monde admet-il que ce n'est pas par formation de bâtards que les espèces ontpa prendre naissance. Mais on comprend aisément que le pouvoir de reproduction ne saurait être une preuve irréfragable pour la non- variabilité des espèces , car une foi? le principe de la variation accepté, rien ne s'oppose à admettre que, dans unclonpu** période de temps , la même souche commune ait pu fournir des rejetons qui , pricc à leur organisation spéciale , sont impropres à se reproduire par le croisement (^).

(1) Darwin, Ueber die J^stehuiig der Arteii im Thier- und Pflanzenreichy traduit p^ Bronn. Stuttgart 1860. — ■ Darwin, Dos Variiren der Thiere und Pjl^imxn im Zu8taft<^^ der Domestication f traduit par Carus, t. III. Stuttgart 1868. — U&ckcl , Oenerdk yf*^ phologie der Organisnien. Berlin 1866.

P) C'est Ik une pétition do principes; car l'auteur suppose prdcisëmcnt admis ce <l^* l'on discute, c'est la variation d'espèces à espèces. Oui , sans mil doute, la sëlectiuu cr*^f defr variëtës de races; mais les e'ieveurs de pigeons n'ont cré^ que des pigeons, et jàmi^^ do leiurs pig^eons ils n'ont pu faire des perdrix. On objecte toujours la question ^^ temps; sans aucun doute elle a sa valeur ; mais personne ne songe à demander aux él*-*" vours do faire des quantités d'espèces nouvelles. Une seule, s'il vous plaît, qui soit u»»*' vëritahlc espèce pouvant se reproduire, ayant tous les caractères d'une espèce, et nu^* nous avouerons battus. (A. 15)

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