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ORIGINE DES ESPÈCES

étaient tous des organismes très-shnples ^ desquels sont sortis par métamorphoses lentes et successives les organismes complexes. Cette hypothèse, qui pendant longtemps n'avait aucune valeur sérieuse , parce qu'elle manquait de preuve, a été établie scientifiquement par les nombreuses recherches de Darwin. Elle tend à établir que tous les organismes si variés qui existent aujourd'hui sur terre, dérivent de ces êtres simples formés par génération spontanée. On admet, d'après cette idée, que par la reproduction des organismes il se fait d'une génération à l'autre des modifications dans l'individualité des rejetons, d'où dérivent d'abord les variétés, puis les races, et enfin les espèces. D'une espèce primordiale doivent ensuite naître des espèces variées.

Cette division d'une seule espèce en plusieurs autres est basée sur ce que tous les organismes possèdent la propriété de se modifier dans leurs descendants, c'est-à-dire de produire des rejetons doués de caractères spéciaux qui n'existaient pas chez les parents. On admet que ces caractères spéciaux des produits persistent et constituent ainsi les caractères de la race et de l'espèce , et cela, parce que les individus qui, en raison de leurs propriétés particulières, sont, par rapport au monde extérieur et aux autres êtres vivants, dans les meilleures conditions pour la reproduction , en s'accouplant avec d'autres individus de même nature , ont une grande tendance à exagérer leurs caractères distinctifs dans la personne de leurs produits. D'après cette hypothèse, la nature agirait sur les organismes de la même manière que le fait l'homme par la sélection. En accouplant suivant cette méthode des individus porteurs des mêmes caractères spéciaux, on voit ceux-ci s'exagérer, et en variant les croisements, on peut obtenir d'une seule et môme espèce, une certaine quantité de variétés et de races. On pense que c'est de la même manière, en raison même des conditions d'existence et surtout en raison de la lutte des animaux les uns avec les autres, que dans le cours d'une longue période de temps , beaucoup d'espèces ont pu provenir d'une même souche, et cela par la disparition complète de toutes les formes intermédiaires. En raison de son analogie avec la sélection artificielle, on donne à ce mode d'action de la nature le nom d^origine des espèces par sélection naturelle.

La possibilité pour un organisme de s'entretenir en hou état est nécessairement d'autant plus grande qu'il lui est plus facile de trouver ses moyens d'existence, et qu'il est plus fort, comparé aux animaux du même lieu qui ont besoin des mêmes moyens d'existence que lui. Aussi est-ce surtout la lutte soutenue par les êtres organisés pour garantir leur existence qui démontre 'a théorie de la sélection naturelle. Cette lutte amène forcément un perfectionnement des espèces, les plus perfectionnées ayant nécessairement toujours le pas sur celles qui le sont moins; mais elle détermine aussi la difl'érence des ^pèces, car les animaux d'espèces très-voisines luttent davantage les uns contre ^^8a\itres pour se disputer leurs moyens d'existence, que ceux d'espèces éloignées ou opposées. Si l'on poursuit plus loin cette hypothèse de la sélection na- ^nrelle, on arrive à admettre au début une création spontanée d'orçanismes inférieurs, probablement analogues les uns aux autres, qui, dans une période indéterminable de temps, ont produit, par modifications successives et continues.

toutes les espèces si nombreuses de plantes et d'animaux qui couvrent notre globe à l'époque présente (*).

Les faits principaux que Ton peut invoquer pour prouver qu'en réalité il existe une sélection naturelle comparable en grand à la sélection artiOcielle sont les suivants ;

1° Beaucoup d'espèces ont des caractères qui évidemment sont déterminés par leurs conditions extérieures d'existence.

Les insectes qui se nourrissent de feuilles sont ordinairement verts; ceux qui mangent des écorces sont gris ; les oiseaux qui habitent les sommets neigeux sont blancs ; le tétraotetrix est de la couleur de la tourbe etc. Ces couleurs sont évidemment celles qui permettent le plus facilement à Tanimal d'échapper à ses ennemis. D est probable que les espèces originelles étaient de couleurs variées; mais les individus colorés de la manière la plus favorable à la conservation de leur existence sont ceux qui persistèrent en plus grand nombre.

2® Les plantes qui ont une limite géographique très -étendue ont toujours une quantité considérable de variétés.

Ce fait s'explique par ce que la variété des espèces correspond à la différence des conditions d'existence.

3° Les êtres moins élevés dans l'échelle animale ont plus de variétés que ceux qui sont plus élevés.

Cette loi résulte du fait suivant : les genres et les familles des végétaux et des animaux inférieurs ont toujours une plus grande quantité d'espèces que les familles supérieures. L'hypothèse de la sélection naturelle nous l'explique aisément ; en effet, ces organismes sont encore à un degré inférieur du cycle total des métamorphoses.

4^ Les caractères des espèces sont plus vaiiables que ceux des genres.

C'est des systèmes botaniques et zoologiques que dérive cette loi. Notre hypothèse nous l'explique, car évidemment les espèces ont dû se former après les genres, et par conséquent les genres ont eu un temps plus long pour fixer leurs caractères.

5^ Les parties qui varient dans certaines espèces d'un genre , varient aussi dans d'autres espèces du même genre.

Ce fait, facile à vérifier, surtout chez les animaux, saute aux yeux, quand on réfléchit aux classiflcations zoologiques ; il nous démontre que c'est précisément par les variations de ces parties susceptibles de modifications que se sont produites les diverses espèces.

(^) Cette thëorio, éblouissante au premier abord, n'est cependant basée que sur une simple hypothëso. £n ofTot, la sélection artificielle n'est parvenue jusqu'ici à produire autre chose que des variétés d'une même cspëce; jamais elle n'a pu fournir d'espèces intermédiaires durables et capables de se reproduire à leur tour. On a prétendu dsos ces derniers temps avoir obtenu, par sélection, une espèce intermédiaire entre le lierre et le lapin, espèce qui, disait-on, se reproduit. Que sont devenus ces animaux nouveaux avec lesquels on se proposait déjà de peupler nos bois et nos plaines? (A. B.)

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