FAIM ET SOIF
firmer cette idée, c'est que dans le jaune de Tœuf de Toiseau, matière nutritive de l'embi7on, le rapport des éléments azotés est encore plus considérable 1 : 2. ij'explication de ce fait est facile quand on se reporte à ce que nous avons dit plus haut (§ 52) sur Torigine des forces vives dans Torganismc animal. En effet, TaJulte puise ses forces dans la combustion des substances non azotées , les albuminatcs servant fort peu à cet usage. Dans les organismes en voie de développement, les substances azotées sont au contraire indispensables à Taccroissement des différents tissus. Il est donc facile de se rendre compte de Terreur et du préjugé dans lesquels tombe le vulgaire qui condamne la majeure partie des enfants à une nourriture riche en amidon et presque dépourvue d'azote (*).
L'homme consomme encore, soit mélangées à ses aliments,* soit séparément, toute une série de substances contenant peu ou point d'éléments nutritifs, et qui jouissent cependant, soit sur la digestion, soit sur l'organisme en général, d'une action des plus favorables : ce sont les condiments. Beaucoup d'entre eux sont classés parmi les aliments; par leur action sur le sens du goût, ou par l'excitation qu'ils produisent sur les sécrétions des glandes buccales et stomacales, ils favorisent régulièrement la digestion. Sans même tenir compte des épiées proprement dites, c'est ainsi qu'agit le sel de cuisine, que nous mélan- •gcons aux mets en quantité bien supérieure à celle nécessaire pour l'alimentalion. Le vinaigre et certains produits empyreumatiques développés dans nos aliments par la cuisson agissent de la même manié: e. A côté de ces condiments peut se ranger toute une série d'autres substances qui sont, en général, préparées et consommées isolément ; le nom de condiments leur revient donc plus particulièrement. C'est à cette série qu'il faut rattacher les alcooliques, le café, le thé, le chocolat, le tabac et autres plantes ou extraits narcotiques (opium, haschisch etc.). L'alcool contenu dans les spiritueux, outre son pouvoir de cawrification dû à sa combustion, possède une action plus essentielle encore sur 1 encéphale et le système vasculaire. L'action des autres condiments se rap- P^che beaucoup de celle de l'alcool. Nous n'y insisterons cependant pas davantage; en effet, l'action qu'ils exercent sur le système nerveux étant plus iiîiportanle , nous l'étudierons plus tard (*).
§ 66. — Faim et soif
^o\as donnons le nom de faim et de soif aux sensations particulières que nous fait éprouver le besoin d'alimentation.
^ sensation de la faimdi son siège dans l'estomac ; à un degré plus développé, son si^e peut, en outre, se trouver placé dans l'intestin grêle et dans le Î5T0S intestin. Elle semble devoir être attribuée à une excitation des nerfs sensitifs de Ces parties du canal alimentaire. La réplétion de l'estomac apaise bien vite
v) Comp. Rocbleder, Oenussmittel u. Oewurze. Wien 1852. — Voit , Ueber den Einfiusa
cU* Koehscdzetf des Kaffeé's und der Mu^hdhewegungeii auf den Stofftcechsd. Milnchcn 1860.
0 Beaucoup de paysans, do montagnards surtout, de religieux de différents ordres, se
noorrigsent ou semblent se nourrir exclusivement de végétaux, mais ils consomment alors
des albuminates sous forme de fromages etc. (A. B.)
WUKDT. — Phyriologic 10
cette sensation. Mais dans le cas de rétrécissement du pylore, quand le passage des aliments dans l'intestin grêle se trouve gôné, la sensation de la faim peut n'être que diminuée. L'alcool, les narcotiques (opium, tabac) ou encore l'ingestion de matières complètement indigestiblcs apaisent la faim tout aussi bien que la réplétion de l'estomac. Un jeûne prolongé fait aussi disparaître cette sensation , probablement par suite de la fatigue des nerfs de l'estomac. Dans: l'état de maladie , surtout par suite de sécrétions irrégulières de la muqueuse stomacale ou intestinale, la faim peut se trouver. abolie pendant un temps assez long. De tous ces faits il résulte que c'est à l'extrémité périphérique d^s nerfs sensitifs de l'estomac et de l'intestin , surtout des nerfs pneumo-gaslriques, qiic doit être attribuée la sensation de la faim. Il en résulte aussi que les altérations de l'extrémité centrale de c^s nerfs peuvent, soit exciter, soit apaiser cette sensation. Les influences psychiques, de même que le fait de l'apaisement momentané mais non durable de la faim par ingestion de quantités de substances indigestibles, viennent à l'appui de cette théorie. En effet, la seule explication plausible à donner de ce dernier fait, c'est d'admettre que la nutrition imparfaite des points d'origine des nerfs de l'estomac et de l'intestin détermine une impression qui se localise à leur périphérie.
Ce n'est qu'à la condition d'admettre l'action des influences psychiques sur l'origine des nerfs vagues que l'on peut expliquer les résultats observés à la suite de la section de ces nerfs. Brachet, Sédillot etc. ont vu des chiens ingérer des aliments après la section des pneumo-gastriques. Longct a confirmé ces observations en démontrant que la section bilatérale des nerfs du goût n'influe en rien sur ce résultat. Or la section des vagues devrait abolir complètement la sensation de la faim ^ si on voulait rapporter celle-ci exclusivement aux filets terminaux de ces nerfs. II semble tout aussi peu juste de considérer la sensation de la faim comme le produit d'un défaut de nutrition, perçu par tous les nerfs sensitifs de l'économie. Cette sen* sation se localisant toujours dans l'estomac et l'intestin, il est logique d'en conclure qu'elle est dans les attributions des nerfs sensitifs de ces organes (^).
La soif est une sensatioti purement locale déterminée par la dessiccation de la muqueuse de la paroi postérieure du pharynx, et surtout de la partie de cette muqueuse innervée par le nerf vague , le trijumeau et le glosso -pharyngien. Cette dessiccation peut survenir par cause locale (inflammation , introduction d'air sec) ou par cause générale (diminution de la quantité d'eau dans le sang)- La soif se manifeste donc surtout à la suite d'une alimentation dans laquelle ^^ proportion d'eau est trop faible par rapport à la quantité d'aliments solid^*' surtout de sels. En humectant la muqueuse du pharynx, on peut calmer m^' mentanômejit cette sensation; mais pour la faire disparaître d'une mani^^^ durable, il est néce*ssaire d'introduire une quantité suffisante d'eau dans ^^ masse du sang, que celte eau soit introduite par les voies digestives ou par î**' jection directe dans les veines.
(1) n faut cffectivoment admettre que rimpressîon do la faim et de la soif est or»^ naircment transmise aux centres nerveux par l'dtat du sang qui, trop pauvre poitT ^^ nutrition de ces organes, réagit sur eux et détermine la sensation localisée à Testox^^ et à l'intestin , sans quoi chaque fois que l'estomac est en état de vacuité , alors m^^^ que la nutrition est parfaite , cette sensation viendrait à se produire. (A. B.)