LE PANCRÉAS
calculée pour 24 heures, n'était que de 2 à 3 grammes par kilogr. du poids total de l'animal. D'après Ludwig et Weinraann, la quantité qui s'écoule par une fistule permanente est journellement de 35 grammes par kilogr. Ces chiffres offrent cependant peu de certitude, car, en effet, dans les deux cas, il se produit des variations considérables dans la sécrétion. Elle augmente après l'ingestion des aliments; après l'ingestion d'eau , elle atteint, en peu de minutes, un maximum auquel elle n'arrive, après ingestion d'aliments solides, qu'au bout de 1/4 à l/'â heure. Sur un chien porteur d'une fistule permanente, Weinmann obtint en une heure, à la suite d'une nourriture abondante, 97iî»',8 de suc pancréatique, tandis qu'après une abstinence de 45 heures , il n'en obtint dans le même temps que 0^,48.
Nous ignorons complètement d'où vient la différence dans la quantité du liquide obtenu par les deux espèces de fistules; nous ne savons môme pas au juste lequel des deux est le suc pancréatique normal. Bidder et Schmidt, Gl. Bernard, qui ont expérimenté sur des fistules temporaires , sont disposés à admettre que le liquide qui s'écoule constamment par les fistules permanentes est altéré. Ludwig, qui se servit de fistules permanentes, croit, au contraire, que le liquide visqueux obtenu par les fistules temporaires est anormal en raison du désordre de l'innervation produit par l'ouverture de l'abdomen. Il estjà remarquer cependant que le suc pancréatique dissout toujours normalement des albuminoîdcs dans Tintestin , tandis que cette propriété fait défaut au liquide fluide. Il serait possible aussi qu'aucune des deox méûiodes ne fournisse de liquide pancréatique normal ; il est évident , en effet , k en raison de la grande quantité de filets nerveux que le pancréas reçoit du pneumo- [ g&strique et du sympathique , que toujours Topération de la fistule produit des troubles dans rinnervation de la glande. Peut-être le liquide fourni parles fistules permanentes serait-il comparable à la salive obtenue par Texcitation de la corde du tympan , tandis que celui fourni par les fistules temporaires correspondrait à la salive obtenue pir excitation du sympathique; mais Tinfluence de Tinnervation sur la sécrétion n'a pas encore été étudiée directement. D'après Schmidt, le liquide obtenu contient «urlOOO:
Fistule temporaire. Fintole permanente
Eau 980,45 900,76
Matières solides 11,55 99,24
Albuminoîdes et ferments. . . . 12,71 90,44
Sels 0,84 8,80
Les sels sont des sels de soude , de chaux , de magnésie , du chlorure de sodium , ^potassium, du phosphate de chaux et de magnésie, du phosphate tribasique du soude. Danilcwsky obtint le ferment des substances albuminoîdes en étendant la seoption fraîche avec de l'eau et en y ajoutant du collodion. Ce dernier se précipite en ^elée dans la solution aqueuse et entraîne mécaniquement le ferment. On lave le I précipité avec de Teau pour le débarrasser de l'albumine, et on reprend par un méf lange d'alcool et d'éther pour enlever le collodion. Le corps incolore qui reste digère très-rapidement les albuminoîdes en solution aqueuse (*j.
Cl Hiddcr et Scliraîclt, loc. cit. — Schmidt , Annaleii dcr Chem. u. Pharm,^ t. XCII. — "cinmann, ZeiUchrlft f. ration. Mediein, nouv. Bcric , t. III. — Cl. Bernard, leçons de P^ytiologicj 1856. — Corvisart , Collection de inivwlrcs sur une fonction du pancréas. Paris
^'•1863. — Ludwig, Lehrbuch der Physioloyie, t. II — Danilcwsky, Archiv f. patholo- ^"^ Matomxe, t. 1862.
^ClïDT. — Phyriologic. 12
§ 84. — Digestion par le liquide pancréatique.
Le liquide pancréatique possède trois modes d'action digestive : !• il transforme l'amidon en sucre ; 2^ il émulsionne et transforme en partie les graisses; et 3» il transforme les albuminoïdes en peptones.
Le liquide pancréatique possède la propriété de transformer Vamidon en sucre à un plus haut degré que la salive , et ne le perd pas par son mélange avec du suc gastrique ou de la bile.
Son action sur les graisses est tout autant mécanique que chiyniqiie. Quand on l'agite avec une graisse liquide, il Témulsionne, et cette émulsion ne disparaît pas par le repos. Le suc pancréatique décompose, en outre, une partie des graisses en acides gras et en glycérine ; si dans le liquide se trouvent des alcalis, les acides se combinent avec eux pour former un savon. On n'est pas encore fixé sur la question de savoir si la sécrétion pancréatique agit de la même manière dans l'intérieur du corps , et si ce liquide est ainsi un véritable moyen de digestion des graisses. Cl. Bernard prétend qu'après la ligature du canal pancréatique, on ne voit plus de graisse passer par les chylifères; au contraire, ShilF, Colin et Bérard ont vu que la digestion de la graisse n'est pas diminuée par l'extirpation du pancréas. Dans des caà pathologiques, alors que chez l'homme le pancréas était dégénéré, on a vu , tantôt survenir de ramaigrissement et une impossibilité de digérer les graisses, tantôt, au contraire, on n'a rien remarqué de particulier. Il résulte de tous ces faits contradictoires, qu'en tout cas, ce n'est pas le liquide pancréatique qui est le seul agent de la digestion des graisses. Mais il est hors de doute qu'il a une certaine action sur cette digestion, puisqu'il peut, indépendamment des autres sécrétions, de la bile, du soc intestinal, émulsionner les graisses, ce qui les rend plus aptes à ôtre absorbées, et qu'il peut , en partie , les décomposer en acides gras et en glycérine. Cette dernière décomposition se produit alors même que le suc pancréatique est neutralisé ou acidifié; mais à 100« elle cesse d'avoir lieu; ce qui prouve qu'elle n'est pas due à la présence d'un alcali libre , mais bien à celle d'un ferment C'est probablement l'albuminoïde en solution dans le liquide qui émulsionne la graisse.
Frericlis, Bidder et Schmidt, Lenz etc. ont contredit les résultats obtenus ptr Cl. Bernard en liant le canal pancréatique. Ce dernier leur objecta que, dans leurs expériences , ils n'avaient pas tenu compte d'un second canal pancréatique plus petit et de glandules pancréatiques accessoires situées dans la paroi intestinale. L'extirpation du pancréas met à l'abri du premier de ces reproches ; il en est de même des expériences de Cohn et Bérard, qui lièrent les deux canaux chez des chiens et M lièrent le canal de Wirsung chez des bœufs qu'après s'être assurés qu'il n'existait p» de canal accessoire, et néanmoins ces auteurs virent toujours la graisse apparaître diw le chyle du canal thoracique. Quant aux glandules accessoire^, elles sont trop petites pour expHqucr comment il se fait qu'après la hgature des canaux pancréatiques II digestion des graisses soit si peu troublée. Ceux qui nient complètement l'action digestive exercée par le pancréas sur les matières grasses n'ajoutent guère d'impôt tance à l'action chimique et mécanique que l'on obtient sur la graisse, en dehors de l'organisme , par le suc pancréatique , car ils disent que dans les portions de Tintes-